‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 38 sur 236 · ADIEUX DE WASHINGTON II · texte numérisé non relu

ADIEUX DE WASHINGTON II

temps ensemble, respectés et aimés, et transmettre à une nombreuse postérité les vertus que vous possédez tous deux (i).

Washington quitta Annapolis le 30 novembre 1784, pour rentrer à Mount Vernon. Il a dépeint lui-même à son ami, dans des termes admirables, les impressions de son cœur :

Au moment de notre séparation, sur la route, pendant le voyage, et depuis lors, à toute heure, j'ai ressenti profondément tout ce que le cours des ans, une étroite union et votre mérite m'ont inspiré d'affection, de respect, d'attachement pour vous. Pendant que nos voitures s'éloignaient l'une de l'autre, je me demandais souvent si c'était pour la dernière fois que je vous avais vu? Et malgré mon désir de dire noriy mes craintes répondaient oui. Je rappelais dans mon espritles jours de ma jeunesse, je trouvais qu'il y avait bien longtemps qu'ils avaient fui pour ne plus revenir, que je descendais à présent la colline que j'ai vue cinquante-deux ans diminuer devant moi; car je sais qu'on vit peu de temps dans ma famille, et, quoique doué d'une constitution forte, je dois m'attendre à reposer bientôt dans la funèbre demeure de mes pères. Ces pensées obscurcissaient pour moi l'horizon, répandaient un nuage sur l'avenir, par conséquent sur l'espérance de vous revoir. Mais je ne veux pas me plaindre, j'ai eu mon jour (2).

(i) Cette lettre est datée du 25 novembre 1784. (Cf. Jared Sparks, t. IX, p. 7h)

(2) Voici le texte de cette lettre de Washington à La Fayette, datée de Mount Vernon, le 8 décembre 1784 :

« In the moment of our séparation, upon the road as I travelled, and every hour since, I hâve felt ail that love, respect and attachment for you, with which length of years, close connexion, and your merits hâve inspired me. I often asked myself, as our carriages separated, whether that was the last sight I ever should hâve of you? And though I wished to say No, my fears answered Yes. I called to mind the days of my youth, and found they had long since fled to return no more; that I was now descending the hill I had been lïfty-two years climbing, and that, though I was blest with a good constitution, I was of a short-lived family, and might soon expect to be entombed in the niansion of my fathers. Thèse thoughts darkened the

Si La Fayette, par l'effet de son âge et de sa nature, n'avait pas de si graves pensées, son cœur n'était pas moins triste en s'éloignant, sur la route de Baltimore, de celui qu'il chérissait comme un père. Il ne fit que traverser cette dernière ville et Philadelphie et il arriva à Trenton, dans le New-Jersey, le 8 décembre 1784. Le Congrès y tenait séance et il résolut de faire en l'honneur du général une imposante manifestation : un Comité, composé d'un membre de chacun des treize Etats, porta à La Fayette, le 1 1 décembre, les félicitations du Congrès tout entier. Le héros de cette fête répondit avec émotion :

J'embrasse avec joie cette occasion favorable de remercier le Congrès de la confiance dont il m'a honoré pendant tout le cours de la révolution. Elle commença lorsque, jeune encore et sans expérience, je ne pouvais réclamer que l'adoption paternelle dont mon illustre et respectable ami m'avait cru digne ;elle m'a été continuée avec la plus touchante bienveillance dans toutes les circonstances politiques et militaires de la guerre (i).

De plus, le président du Congrès remit à La Fayette une lettre pour le roi Louis XVI, où les louanges du porteur n'étaient pas épargnées. Le marquis revint à New- York, le 15 décembre 1784, et il eut le plaisir d'y voir son vieil ami et compagnon d'armes, le général Greene, venu à cet effet de Hartford. Enfin, le 21 décembre, il s'embarqua au port de White-Hall avec le chevalier de Caraman sur le canot de la Nymphe, et fut salué par treize coups de canon. A peine arriva-t-il à bord de la frégate, que le capitaine de Grandchain répondit au salut des habitants

shades, and gave a glooni to the picture, and consequently to my prospect of seeing you again. But I will not repine; 1 hâve had my day. » (Cf. Jared Sparks, t. IX, p. 77.)

(i) Cf. Saint-John de Crèvecœur, t. III, p. J75 à 375, et le Courrier de l'Europe, n» du 22 février 1785, p. 118.

Page 1