‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 56 sur 236 · JOURNÉES DES ^ ET 6 OCTOBRE · texte numérisé non relu

JOURNÉES DES ^ ET 6 OCTOBRE

nétra dans le château, avec deux commissaires delà commune. « Voilà Cromwell ! » s'écria un homme. « Monsieur, répondit La Fayette, Cromwell ne serait pas entré seul. »

Départ ^c^ûeneraZrarzJien^

9Tlej à/nùJ ■/?wne^n{riieyvcn/J prie couc/iet^ L'ordre fut rétabli (i), et La Fayette put aller prendre

(i) Le 5 octobre, La Fayette alla du château à l'hôtel des gardes du corps, menacé par la foule, dans la voiture du comte de La Marck. Celleci fut bientôt arrêtée par des gens armés de piques. Le général se mit alors à la portière, se fit reconnaître et dit : « Mes enfants, que voulezvous? i> — " Nous voulons les têtes des gardes du corps. >• — » Mais, pourquoi? » — « Ils ont insulté la cocarde nationale ; ils ont marché dessus; il faut les en punir. » — « Je vous le dis encore : restez tranquilles, fiezvous à moi ; tout va bien. » Sur ces paroles, et après une distribution de trois écus, les cris cessèrent et la voiture passa. (Cf. Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de La Marck, t. I, p. 117.)

quelque repos à l'hôtel de Noailles. Le 6 octobre, sur les six heures du matin, la populace for^a les grilles du château, mais la garde nationale la repoussa et occupa les appartements. Le général se rendit aussitôt auprès de la famille royale ; du haut du balcon, il harangua la foule et annonça que le roi allait partir pour Paris. Sur ses conseils, la reine se montra au balcon, et La Fayette lui baisa la main, aux vivats de la multitude. Il amena un garde du corps, lui donna sa cocarde et fit applaudir cette troupe, qu'on voulait égorger (i). Puis Louis XVI monta en voiture avec sa famille, et le commandant général fit route auprès de la portière jusqu'à l'Hôtel de Ville et ensuite aux Tuileries. Là, il reçut les remerciements du roi et des siens. « Je vous dois plus que la vie, dit Madame Adélaïde, je vous dois celle du roi, de mon pauvre neveu. » M""" Elisabeth lui serra la main (2).

Dans ces journées des 5 et 6 octobre 1789, qui ont eu des narrateurs si divers d'opinions et de jugements (3),

ti La Fayette sauva plusieurs !;ardes du corps. Ceux-là lui rendirent pleine justice. Dans une lettre écrite, le i6 février 1790, Bcrard, hri- <:adier de la compagnie de Noailles, déclara que lui et ses camarades étaient entourés par une foule furieuse, qui voulait les tuer, quand La Fayette intervint. « Dans cette cruelle incertitude, M. de La Fayette est heureusement arrivé. Il nous a sauvés en disant au peuple qu'il avait donné sa parole sacrée au roi, qu'aucune insulte ne nous serait faite. Il appelle auprès de lui les troupes nationales et leur dit qu'il les chargeait du serment qu'il avait fait à Sa Majesté. Les soldats ont juré de s'y conformer et de veiller à notre sîireté. Ensuite, M. de La Fayette s'est adressé à nous en nous disant de prêter le serment à la nation et au roi, comme toutes les troupes, ce que nous avons fait. » (Cf. Lettres et récits des gardes du corps du roi sur les événements des 5 et 6 octobre 1789, ms. de 257 pages in-4, Archives nationales, C 222, n°^ 160, 157.) — Dans les dépositions faites au Châtelet sur ces fameuses journées, celles du marchand tapissier versaillais Grincourt et du comte de Saint-Aulaire,' maréchal de camp, commandant l'escadron des gardes du corps, témoignent aussi en faveur de La Fayette. (Cf. Moniteur, t. II, p. 5J7 et 565.,

(2) La Fayette a écrit deux récits de ces journées; ils ont été publiés dans ses Mémoires.

(î) On ne saurait faire ici l'histoire critique de ces événements. Je me bornerai à citer deux- témoignages contradictoires, dus à deux généraux. Mathieu Dumas, qui, comme colonel, préparait, à Versailles, le plan d'or-

[1709] LA. FAYETTE ET LE DUC d'ORLÉANS ICI

La Fayette vit d'abord ses ordres méconnus, mais il ressaisit bientôt son autorité et c'est grâce à elle que de plus grands excès furent évités. Sa popularité, un instant obscurcie, restait entière, et, s'il avait voulu jouer le rôle de Cromwell, comme on- le prétendait, cela ne lui eût pas été difficile. Il se contenta de faire éloigner un de ceux dont les intrigues lui paraissaient le plus funestes à la chose publique. Depuis longtemps, La Fayette était en froid avec le duc d'Orléans, qui, au temps du retour d'Amérique, l'avait jalousé et dénigré. Le 7 octobre, il eut une entrevue avec ce prince chez la marquise de Coigny, rue Saint-Xicaise, et il exigea que celui-ci partît pour Londres, sous le prétexte de remplir une mission. Le duc promit, mais il se ravisa, sur les conseils de ]\Iirabeau, qui déclara que le duc d'Orléans ne devait pas se soumettre à La Fayette, « qui prenait des airs de maire du palais (i) ». Le général demanda, le vendredi 9 octobre, une seconde entrevue au prince par la lettre suivante, qui porte pour adresse : « A son Altesse Sérénissime Monseigneur le duc d'Orléans, » et dont le ton est des plus respectueux (2) :

Si Monseigneur avait la bonté de me donner des ordres sur l'heure à laquelle je pourrais avoir l'honneur de le voir, ou s'il lui convenait de faire demain, dans l'après-dîner, une

çranisation de l'armée, assista à tous les épisodes et il assure que La Fayette accomplit ses devoirs de commandant général avec la plus irrande activité. (Cf. Sotii'cnirs, t. I. p. 460 et 461.) — Paul Thiébault était alors grenadier de la garde nationale et il se rendit à Versailles avec le détachement dont se fit accompagner le commandant général. Il critique avec vivacité la conduite de La Fayette. {Cf. Mcmo ires, édition Fernand Calmettes, l. I. p. 240 à 250.)

(i) C'est ce que raconte le comte de La Marck (t. L p. 126 et 127), qui prétend que La Fayette voulait « se débarrasser du prince, sur le compte duquel il voulait mettre les crimes du 6 octobre, qu'il n'avait su ni prévoir, ni empêcher. »

(2' Cette lettre inédite, dont l'original est conservé au musée Carnavalet, m'a été signalée par M. Georges Gain.

visite à Madame de Coigny, j'en profiterais pour lui dire

quelques mots qui peuvent l'intéresser.

La Fayette.

Ce vendredi.

L'entrevue eut lieu; La Fayette présenta le prince au roi et le duc d'Orléans quitta Paris le 14 octobre 178g (i).

Ces graves préoccupations ne l'empêchaient pas de remplir avec exactitude ses fonctions militaires. Le g octobre, La Fayette se joignit au maire et à la députation de l'assemblée des représentants, qui allèrent porter au Roi les témoignages de respect, d'amour et de reconnaissance de la ville de Paris, puis il annonça à ladite assemblée que l'Assemblée nationale viendrait tenir ses séances à Paris et présenta l'état de l'état-major et des officiers de la cavalerie nationale parisienne, tel qu'il avait été dressé par le Comité militaire (2). Le 10, le roi lui confia le commandement des troupes placées dans les environs de Paris, à quinze lieues à la ronde, ce qui lui conférait les pouvoirs d'un gouverneur militaire de la généralité de Paris. Le 12 octobre, La Faj^ette pressa l'assemblée des représentants d'envoyer une adresse aux provinces sur le retour du roi à Paris, déclara que le service du roi nécessiterait l'augmentation des escadrons et des bataillons de la garde nationale et annonça que le roi avait fait choix de Mathieu Dumas comme aide maréchal général des logis de l'armée (3). Le 14, il fit nommer des commissaires pour engager le lieutenant criminel et les conseillers au Châtelet à se hâter d'entamer les procé-

(1) Une brochure, intitulée Domine sali'iiin fac rcgcm, parut le 21 octobre. L'auteur, Peltier, dénonçait le complot qui consistait à faire partir le roi pour Metz et à donner la lieutenance générale du royaume au duc d'Orléans et la mairie de Paris à Mirabeau. 11 félicitait La Fayette d'avoir déjoué ces coupables projets. (Cf. Tourneux, t. I, n" 1428.)

(2) Cf. Sigismond Lacroix, t. II, p. 251, 254 et 25c.

(}) Cf. Souvenirs de Mathieu Dumas, l. I,p.466, et S. Lacroix, t. II, p. 269.

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