‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 79 sur 236 · RIVALITÉ AVEC MIRABEAU · texte numérisé non relu

RIVALITÉ AVEC MIRABEAU

d'armes morts à Nancy, qui fut célébré, le lundi 20 septembre, au champ de la Fédération, et auquel il assista ( I ).

A la Cour on continuait à comploter contre La Fayette. Mirabeau prophétisait en ces termes dans sa note du 10 septembre 1790 :

Les émotions populaires sont la ruine de M. de La Fayette, parce que, sans lui créer un seul partisan de plus, elles lui donnent pour ennemis tous ceux qui s'irritent de la licence et qui sont toujours prêts à l'attribuer à la négligence, aux fausses mesures, ou même à la connivence de l'autorité.

Et, avec une juste vision des événements probables, il ajoutait :

Pour ne parler que d'un événement plus facile à prévoir, il est possible que la honte de tolérer une insurrection à côté d'une armée de trente mille hommes, porte un jour M. de La Fayette à faire tirer sur le peuple. Or, par cela seul il se blesserait lui-même à mort. Le peuple, qui a demandé la tête de Bouille pour avoir fait feu sur des soldats révoltés, pardonnerait-il au commandant de la garde nationale, après un combat de citoyens contre citoyens (2)?

La Fa3^ette, de son côté, allait voir le comte de La Marck, le 15 septembre, et celui-ci l'assurait qu'il ne le trouverait pas seul disposé à agir de concert avec lui (3). Le même jour, Mirabeau exposait les moyens de démasquer les projets de son adversaire (4). Le 28, il se plaignit amèrem.ent que La Fayette eût manqué à sa promesse de

(i) Cf. Proccs-perbaux, t. VIII, p. 66 à 68.

(2) Cf. Correspondance entre Mirabeau et La Marck, t. II, p. 170 et 171. — Dans une note du même jour, il conseillait des atermoiements. « M. de La Fayette, disait-il, n'est point encore assez nul pour que les petits roquets, qui n"ont eu de force que par lui, puissent se passer de lui. »

(j) Cf. Correspondance entre Mirabeau et La Marck, t. II, p. 179 et 180.

(4) Cf. Correspondance, t. II, p. 181 à 186.

le faire nommer un des commissaires pour la revision de la Constitution et il en accusa la pusillanimité, l'incurable faiblesse et la mauvaise foi de son rival ( i ).

Le 30 septembre 1790, La Fa3'ette, toujours plein de déférence pour la municipalité, prêta, dans le sein de l'assemblée des représentants, le serment prescrit par l'arrêté du 24 et affirma qu'il n'avait jamais rien reçu de la Commune et qu'il ne voulait rien recevoir (2). Il ajoutait :

Permettez qu'en affirmant, sur mon honneur, que je n'ai jamais rien reçu, ni indirectement, ni directement de la Commune, ni du pouvoir exécutif, j'ajoute que je trouve un dédommagement bien doux de toutes les peines que m'ont pu causer les fonctions du poste éminent auquel le vœu du peuple m'a appelé, dans les témoignages de bonté dont vous avez toujours daigné m'honorer. En persistant dans mon refus, je n'affiche pas une fausse générosité : loin de dédaigner, je serais disposé, non seulement à accepter, mais même à demander, à solliciter du peuple, à qui j'ai consacré ma fortune et mon sang, les indemnités de mes dépenses, si cette même fortune ne me mettait au-dessus du besoin; elle était considérable; elle a suffi à deux révolutions, et, s'il en survenait une troisième pour le bonheur du peuple, elle lui appartiendrait tout entière (}).

Cependant Alirabeau et le duc d'Orléans, rentré à Paris peu de jours avant la Fédération, étaient accusés d'avoir provoqué les événements des 5 et 6 octobre 1789. Le dauphinois Chabroud fit, le 30 septembre 1790, un rajDport sur la procédure criminelle instruite au Châtelet sur

(1) Cf. Vingt -hiiiticme noie du comte de Mirabeau pour la Cour {Correspondance, t. II, p. 192 à 198).

(2) Proccs-verbaux, t. VIII, p. ij$ et ij6.

(}) Cf. Sur la fortune de La Fayette, Henry Mosnier, p. 54. En 1777, le général avait 146,000 livres de rente, et en juillet 1789, 108,000. Au lo août 1792, il n"cn possédait plus que 80,000. L'avocat Morisot-Grattepain, qui fournit ces chi/fres à la Commune de Paris après la fuite de La Fayette, estimait que l'amour de la liberté avait fait perdre à notre héros 1,500,000 fr.

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