‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 80 sur 236 · RÉCRIMINATIONS DE MIRABEAU · texte numérisé non relu

RÉCRIMINATIONS DE MIRABEAU

ces fameuses journées. La Fayette, qui ne croyait pas les témoignages suffisants pour justifier une mise en accusation (i), fut sollicité, par l'intermédiaire de son ami Ségur, d'assister à la séance où le rapport serait discuté, afin de prendre la défense de Mirabeau. Prit-il à ce sujet un engagement formel ou conditionnel? Ses amis disent non et ses ennemis oui. Toujours est-il qu'il se contenta d'envoyer, le i" octobre, au président de l'assemblée un billet écrit par lui à M. de Saint-Priest au moment des événements d'octobre (2). et qu'il n'assista pas à la séance du 2 octobre, où la discussion se termina par l'adoption, à une grande majorité, d'un décret portant qu'il n'y avait pas lieu à accusation contre « J\I. Mirabeau l'aîné et i\I. Louis-Philippe-Joseph d'Orléans ».

]\Iirabeau se plaignit amèrement du manque de parole de La Fa3-ette et il entretint à ce sujet une correspondance aigre-douce avec Louis de Ségur (3). Le 3 octobre 1790, il écrivait au comte de La Marck une lettre pleine de récriminations et de menaces :

Je ne crois pas que ni M. de Ségur, ni même le partisan le plus effréné de M. de La Fayette, puisse trouver à son étrange absence de l'Assemblée une raison plausible, à moins, mon cher comte, que la meilleure ne soit la parole d'honneur que je ne lui demandais pas, et qu'il m'avait donnée chez vous, devant vous, après une négociation de trois jours pour obtenir une conférence de moi, qu'il viendrait prendre sa place le jour du rapport et serait ostensiblement très bien pour moi, lui et ses amis... Je pouvais (M. de Ségur peut m'en croire), je pou-

(i) Le 28 août 1790, La Fayette écrivait à Wasiiington : « Le rapport sur les événements du 6 octobre doit être fait à l'Assemblée la semaine prochaine. Je ne crois pas qu'il y ait contre le duc d'Orléans, et je suis sûr qu'il n'y a pas contre Mirabeau, des témoignages suffisants pour décider une accusation. Il y a quelque chose d'obscur dans le système actuel de ces deux hommes, quoiqu'ils ne paraissent plus liés. »

(2) Cf. Moniteur, t. VI, p. 26, et A. Tuetey, t. I«'', n» io;i.

(j) Cf. Correspondance entre Mirabeau et La Marck, t. II. p. 205 à 208.

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vais imprimer hier à M. de La Fayette une tache ineffaçable que, jusqu'ici, je ne lui destine que dans l'histoire. Je ne l'ai pas fait; j'ai montré le sabre et je n'ai pas frappé. Le temps le frappera assez pour moi. Mais s'il veut que j'anticipe sur le temps, il n'a qu'à me provoquer par la plus légère agression personnelle. Si, au contraire, il commence à sentir que nul n'est assez fort pour avoir raison contre un homme de talent et de courage, quand on a tort avec lui, je suis prêt encore à sacrifier à la chose publique, et au bien qu'il y peut faire, le ressentiment très profond et souverainement juste que je nourris contre lui au fond de mon cœur (i).

Cette lettre est capitale pour la compréhension de la lutte qui se poursuivait entre les deux rivaux. La Fayette, de son côté, se plaignait que Mirabeau avait manqué à ses conventions de n'être pas mal pour lui (2). Le 3 octobre 1790, il écrivait au comte de Bouille :

Vous connaîtrez la procédure, le rapport et le décret de l'Assemblée sur l'affaire du 6 octobre. Le parti d'Orléans cherche à me compromettre et même à m'attaquer. On fabrique un mémoire, on paye des motionneurs et des libellistes: le prince s'exerce à casser des œufs à coup de pistolet.

Cet incident n'était pas fait pour aplanir les difficultés et pour dissiper les défiances réciproques. jMirabeau travaillait sourdement à enlever toute influence à son rival. La constitution d'un nouveau ministère lui paraissait favorable pour sauver le trône et arracher la dictature à La P'ayette (3). « Il faut, disait-il le 16 octobre 1790, éviter avec soin d'admettre aucun ministre du choix de

(i) Cf. CcrresponJanCi\ t. Il, p. 208.

(2 C'est ce que le comte de La Marck mandait, le ; octobre, à Mirabeau (Cf. Ccrrcspondiiiicc, t. Il, p. 202).

(3} Cf. Trente et unieine note du eonite de Miral'eatt pour la Cour, en date du 15 octobre 1790 (Correspondance, t. Il, p. 251).

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