‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 9 sur 236 · J DEPART POUR L AMERIQUE I · texte numérisé non relu

J DEPART POUR L AMERIQUE I

Après avoir payé son tribut à la mer, La Fayette écrivit de son bord, le 30 mai, une touchante lettre à sa jeune femme. « Défenseur de cette liberté que j'idolâtre, disait-il, libre moi-même plus que personne, en venant, comme ami, offrir mes services à cette république si intéressante, je n'y porte que ma franchise et ma bonne volonté, nulle ambition, nul intérêt. En travaillant pour ma gloire, je travaille pour leur bonheur. »

Pendant que La Fayette voguait vers le continent américain, la nouvelle de ce départ romanesque faisait grand bruit à la Cour et à la ville. Le duc d'Ayen exhalait sa fureur et son étonnement. Il ne se doutait pas du tempérament de son gendre, et il ne savait pas que, sous un extérieur froid et timide, ce grand jeune homme roux cachait « l'esprit le plus actif, le caractère le plus ferme et l'âme la plus brûlante (i) ». La jeune marquise de La Fayette, enceinte de son second enfant, avertie

datées de Londres, 18 avril : « Hier, le général Clinton et lord Thomas Pelham Clinton, fils du duc de Newcastle et membre du Parlement de la part de Westminster, qui doit servir sous le général Clinton, en qualité d'adjudant, eurent un long entretien avec le roi, de qui ils prirent congé, et se sont embarqués aujourd'hui pour l'Amérique. Le même jour, le comte de Bulkeley, officier dans la brigade écossaise au service de la France et résolu de servir en Amérique comme volontaire, fut introduit auprès du roi au palais Saint-James et gracieusement reçu. S. M. Très Chrétienne a non seulement agréé la résolution de ce comte, mais a accordé à d'autres officiers la permission d'aller joindre en Amérique les troupes de la Grande- Bretagne et d'y maintenir l'autorité du roi contre les colonies révoltées. » (i) Le comte de Ségur a, dans ses Mémoires (I, p. 109), tracé le portrait suivant de son ami : « La Fayette, dit-il, eut de tout temps, et surtout quand il était jeune, un maintien froid, grave, et qui annonçait même très faussement une apparence d'embarras et de timidité. Ce froid extérieur et son peu d'empressement à parler faisaient un contraste singulier avec la pétulance, la légèreté et la loquacité brillante des personnes de son âge; mais cette enveloppe, si froide aux regards, cachait l'esprit le plus actif, le caractère le plus ferme et l'âme la plus brûlante. J'avais été mieux que personne à portée de l'apprécier, car, l'hiver précédent, amoureux d'une dame aimable autant que belle, il m'avait cru mal à propos son rival, et, malgré notre amitié, dans un accès de jalousie, il avait passé presque toute une nuit pour me persuader de disputer contre lui, l'épée à la main, le coeur d'une beauté sur laquelle je n'avais pas la moindre prétention. »

par sa mère de ce départ imprévu, s'alarmait des dangers qu'allait courir son époux (i). Le mariage du comte de Ség'ur avec la plus jeune sœur de la duchesse d'Ayen, Antoinette- Elisabeth-Marie d'Aguesseau, célébré à Paris dans la chapelle du duc de La Vallière, le 30 avril 1777, apporta quelque diversion à ces chagrins de famille (2). Le marquis de Noailles, en sa qualité d'ambassadeur en Angleterre, se montra fort ému de la fugue de son neveu. Le 8 avril 1777,11 écrivait d'un ton chagrin au comte de Maurepas :

Ma surprise a été extrême, monsieur le comte, en apprenant hier par des lettres de Paris que M. de La Fayette était parti pour l'Amérique. Son âge heureusement peut excuser de grandes légèretés; c'est une consolation qui me reste dans le chagrin que me cause une démarche aussi inconsidérée (3).

Le comte de Maurepas le consola eu ces termes, le 28 avril 1777 : "~

Vous aurez appris, monsieur le marquis, l'inutilité de nos précautions pour M. le marquis de La Fayette; M. le maréchal, que j'eus l'honneur de voir hier, m'a paru tout aussi affligé que vous le serez siirement. D'ailleurs, toute votre maison n'a rien à se reprocher et le roi ne peut vous savoir mauvais gré des démarches d'un jeune homme à qui on a fait tourner la tète (4).

Les journaux et les nouvellistes mentionnèrent le dé-

(i) Madame de La Fayette dit de sa mère à ce propos, dans la Vie de la duchesse d'Ayen, p. 57 : « Elle m'apprit elle-même le cruel départ et s'occupa de me consoler en cherchant les moyens de servir M. de La Fayette avec cette tendresse généreuse, cette supériorité de vues et de caractère qui la développaient tout entière. »

(2) Cf. Journal de Paris, du 2 mai 1777, p. 4. — Le comte de Ségur devint, par ce mariage, l'oncle de La Fayette.

(}) Arch. des Affaires étrangères, Angleterre, t. 522, fol. 370. (Cf. H. Doniol, t. II, p. J96.)

(4) Arch. des Affaires étrangères, Angleterre, t. 522, fol. 452. (Cf. H. Doniol, t. II, p. 410.)

['777] ÉMOTION CAUSÉE PAR SON DÉPART i^

part de La Fayette. Ils l'attribuaient au mécontentement qu'éprouvaient les militaires de végéter sans avancement dans les garnisons, mais d'aucuns lui donnaient pour cause un dépit amoureux ( i ). Les renseignements donnés par la Correspondance de Métra (2) et par la Gâchette cV Amsterdam (3) sont inexacts, mais témoignent du bruit que

(i) On disait en effet que le jeune marquis était amoureux de la jolie comtesse d'Hunoistein, fille de M™« de Barbantane, et qu'ayant été éconduit, il avait voulu faire quelque action d'éclat pour mériter, au retour, les faveurs de sa belle. C'est ce que raconte le comte d'Espinchal dans un récit plein de sentiments hostiles pour La Fayette. (Cf. Paul Cottin, Revue rétrospective, année 1894, p. 291, communication de M. Paul Le Blanc, d'après les papiers du comte, conservés à la bibliothèque de Clermont-Ferrand.)

Les Mémoires secrets de Bachaumont, t. XXIII, p. j^, publient, à la date du 50 juin 1785, l'information suivante sur le même sujet :

i< Madame la comtesse d'Hunoistein est une jeune et jolie femme attachée à Madame la duchesse de Chartres, et dont le mari est colonel du régiment de ce prince, infanterie. Il est connu que Son Altesse en a été amoureuse, et en a eu les bonnes grâces. Le marquis de La Fayette, qui en était épris dans le même temps, ne pouvant réussir auprès d'elle, de dépit passa chez les Insurgents, et elle devint indirectement le principe de sa fortune et de sa gloire. La première fois qu'il revint d'Amérique, sa passion n'étant pas éteinte, mais bien celle du duc de Chartres, Madame d'Hunoistein fut moins cruelle, et l'on ajoute qu'il en survint un enfant. Quoi qu'il en soit, elle a depuis mené une vie très débordée... Ce qu'il y a de constant, c'est que Madame de Barbantane, sa mère, a écrit à Madame la duchesse de Chartres pour lui représenter que sa fille était désormais indigne de ses bonnes grâces et même d'approcher de sa personne; qu'en conséquence elle lui demandait la permission de la faire enfermer pour mettre un frein à son libertinage, à ses escroqueries, et empêcher qu'elle ne déshonore plus longtemps sa famille et son nom. Tel était hier le bruit général de l'Opéra et du Palais-Royal... »

(2) On lit dans le tome IV, p. 264, à la date du 2 avril 1777: « Le mécontentement presque général de notre militaire et les offres que les agents des Américains font ou vont faire, engagent nombre de nos officiers à passer en Amérique avec congé, si on le leur accorde, et sans congé, si on le leur refuse. Le marquis de La Fayette, gendre du duc de Noailles, dégoûté de l'inexécution des promesses du ministre pour son avancement, a pris le parti de faire armer en secret un navire à Bordeaux, sur lequel il s'est embarqué avec cinquante autres officiers pour aller joindre Washington, laissant sa femme, jeune, jolie et fort riche, et un enfant, de quatre ans. Au moment de son départ d'ici, qu'il avait concerté avec MM. Franklin et Deane, il avait confié son intention au duc de Coigny, son ami, qui crut devoir en avertir la famille; elle a fait courir après le marquis, mais il était déjà en pleine mer, lorsque les ordres de l'arrêter sont arrivés. » (j) On lit dans la Galette d'Amsterdam, à la date du 15 mai 1777, les nouvelles suivantes de Paris, du 5 mal : « Le marquis de La Fayette, qui,

l6 LE GÉNÉRAL LA FAYETTE [l777]

faisait cette] aventure dans la société parisienne. VEspion anglais raconta les faits avec plus de précision et donna des détails sur le marquis et sur sa famille, non sans une pointe malveillante (i).

Enfin, Benjamin Franklin et Silas Deane annoncèrent officiellement au Congrès, le 25 mai 1777, dans ces termes flatteurs, le départ de La Fa5^ette :

Le marquis de La Fayette, jeune gentilhomme de grands entourages de famille ici et de grande fortune, est parti pour l'Amérique sur un vaisseau à lui, accompagné par quelques officiers de distinction, afin de servir dans nos armées. Il est extrêmement aimé et les vœux de tout le monde le suivent. Nous ne pouvons qu'espérer qu'il trouvera une réception qui lui rende le pays et son entreprise agréables. Ceux qui la censurent comme une légèreté de sa part, applaudiront néanmoins à l'esprit qui l'anime, et nous serions heureux que les prévenances et les respects qui lui seront montrés soient utiles à nos affaires ici en faisant plaisir, non seulement à ses puissantes relations et à la Cour, mais à toute la nation française. Il a laissé une jolie jeune femme et, pour l'amour d'elle particulièrement, nous espérons que sa bravoure et son ardent désir de se distinguer seront un peu retenus par la sagesse du général, de manière à ne pas permettre qu'il se hasarde trop, à moins que l'occasion ne l'exige (2).

depuis quelque temps, sans en avoir demandé permission au roi, voulait partir pour l'Amérique et servir comme volontaire dans l'armée des Insurgents, mais qui reçut à Saint-Sébastien ordre de la Cour de suspendre son voyage et obtint, depuis lors, de Sa Majesté la liberté de voyager pendant cinq mois, a profité de cette occasion de s'embarquer à Bordeaux et de passer à bord de son vaisseau, qui mouille à Saint-Sébastien,pour se rendre de là en Amérique. »

(1) Cf. à la date du 26 mai 1777, t. VI, p. $$ à 60. M. H. Doniol a reproduit cet article, t. II, p. 421. Voici un des passages :

<< Je veux croire que le marquis de La Fayette, entraîné par une louable ambition, ait conçu de lui-même le hardi projet d'aller servir la cause des Insurgents; il n'y a rien là d'extraordinaire; mais s'il est enflammé de l'ardeur de la gloire, il est en même temps très jeune et d'un caractère modeste et timide. Est-il vraisemblable qu'il ait osé ou pu l'exécuter sans que sa famille en ait eu connaissance? »

(2) Cf. H. Doniol, t. II, p. 414.

Débarquement à South-Inlet le ij juin 1777. — Réception à Georgetown par le major Huger. — Séjour à Cliarleston. — Entliousiasme de La Fayette pour l'Amérique et les Américains. — Départ pour Philadelphie le 25 juin, et arrivée dans cette ville le 27 juillet. — Acceptation de ses services comme major général par le Congrès. — Première entrevue avec Washington, à Philadelphie. — Attaché à la personne du général en chef. — Naissance d'une seconde fille. — • Blessé à la bataille de Brandywine, le 11 septembre 1777. — Sa convalescence. — Correspondance avec sa femme. — Combat de Gloucester (2^ novembre). — Reçoit le commandement d'une division. — Espère l'intervention de la France. — Est chargé d'une expédition contre le Canada. — Déclare ne vouloir seivir que sous les ordres de Washington. — Est obligé d'abandonner l'expédition et exhale ses regrets. — Accès de vanité. — Est consolé par Washington. — Assiste à une assemblée d'iroquois, et est surnommé Kayewia. — Reçoit les félicitations du Congrès. — Célèbre le traité de commerce et d'alliance conclu entre la France et les Etats-Unis. — Fait prêter serment aux officiers. — Conduit une expédition à Barren-Hill et fait une habile retraite (28 mai 1778;. — Apprend la mort de sa fille Henriette. — Se distingue au combat de Montmouth (28 iuin 1778). — Rejoint la flotte du comte d'Estaing à Providence (4 août). — Proteste contre les reproches adressés à la flotte française. — Evacue Rhode- Island le ]o août t-78 et est félicité parle Congrès. — Envoie un cartel à lord Carlisle et en reçoit une réponse ironique. — Propose vainement une expédition au Canada. — Obtient du Congrès un congé, le 21 octobre 1778. — Part de Philadelphie pour Boston et tombe gravement malade à FishkiU. — Fait ses adieux à Washington et s'embarque à Boston sur l'Alliance le 11 janvier 1779.

La traversée de la Victoire fut longue. La Fayette empêcha le capitaine de relâcher aux Iles-sous-le-Vent, où il supposait avec raison qu'une lettre de cachet l'attendait. Le seul incident du voyage fut la rencontre d'un navire, qu'on prit pour un ennemi et qui se trouva être américain. Le marquis employa ses loisirs à apprendre l'anglais. En approchant des côtes on avait à craindre les croisières ennemies, mais la fortune favorisa la Victoire, qui aborda, après sept semaines de navigation, le vendredi 13 juin 1777, à deux heures de l'après-midi, à

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South-Inlet, petit port de la Caroline du Sud (i). Aussitôt La Fayette entra dans un canot avec'le baron de Kalb, le chevalier Du Buysson et d'autres officiers, et il remonta la rivière, sans rencontrer personne que des nègres péchant des huîtres. Enfin, à dix heures du soir, les voyageurs aperçurent une lumière; ils débarquèrent et leur présence fut dénoncée par les aboiements des chiens. On leur demanda qui ils étaient ; le baron de Kalb, qui savait l'anglais, répondit qu'ils étaient des officiers français venant combattre pour la cause américaine. Alors ils furent reçus avec la plus grande cordialité, dans la maison du major Huger, à Georgetown.

La Fayette avait enfin touché cette terre américaine, objet de ses vœux. Tout était nouveau pour lui et le charmait. Dès son arrivée il ajouta un mot à la longue lettre écrite à sa femme pendant la traversée et confia sa missive au capitaine d'un navire en partance. <( Les manières de ce monde-ci, disait-il, sont simples, honnêtes et dignes en tout du pays où tout retentit du beau nom de liberté. » Et il terminait par ces mots : « N'est-il pas vrai que vous m'aimerez toujours?» L'hospitalité du major Huger avait porté ses fruits. Après s'être reposé, La Fayette partit, le 14 juin au soir, pour Charleston, où le gouverneur Rutledge et les généraux Howe, Moultrie et Culden l'accueillirent avec distinction. Son enthousiasme ne fit que croître. Comme tout bon aventurier, notre héros avait foi en son étoile (2). L'heureuse issue de son voyage

(i) Et non le 15, comme je l'ai dit. Les dates concernant l'arrivée et le séjour de La Fayette en Amérique ont été rectifiées d'après l'ouvrage de M. Charlemagne Tower.

(2) La Fayette écrivait à sa femme, le 19 juin 1777, qu'il craignait que les Anglais n'interceptassent sa lettre. « Cependant, je compte assez sur mon étoile pour espérer qu'elle vous parviendra. Cette étoile vient de me servir de manière à étonner tout ce qui est ici; comptez-y un peu, mon cœur, et soyez sûre qu'elle doit vous tranquilliser entièrement. » — La

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le prédisposait à tout voir en beau, et son esprit, avide de nouveauté, se rassasiait naïvement. Il ne connaît encore qu'une ville, et, avec une présomption juvénile, il prétend juger la nature, les hommes et les choses.

La simplicité des manières, le désir d'obliger, l'amour de la patrie et de la liberté, une douce égalité régnent ici parmi tout le monde. L'homme le plus riche et le plus pauvre sont de niveau, et quoiqu'il y ait des fortunes immenses dans ce pays, je défie de trouver la moindre dififérence entre leurs manières respectives les uns pour les autres... La ville de Charleston est une des mieux bâties et des plus agréablement peuplées que j'aie jamais vues. Les femmes américaines sont fort jolies, fort simples et d'une propreté charmante... Il n'y a en Amérique ni pauvres, ni même ce qu'on appelle paysans 1 1).

Les mots : nous autres républicains, viennent tout naturellement sous sa plume. Quel mirage ont produit la ville et les habitants de Charleston dans la cervelle de ce gentilhomme de vingt ans! Les cordiales réceptions le grisent; à un dîner magnifique, offert par un particulier, il a risqué ce qu'il sait déjà d'anglais. C'est le comble du bonheur, semble-t-il, et cependant le héros s'attendrit et, par un de ces contrastes coutumiers à sa nature, il fait place au mari et au père. Le 19 juin 1777, il écrivit à sa femme :

Vous me manquez, mon cher cœur, mes amis me manquent et il n'y a pas de bonheur pour moi loin de vous et d'eux. Je vous demande si vous m'aimez toujours, mais je me le demande bien plus souvent à moi-même, et mon cœur me répond toujours que oui; j'espère qu'il ne se trompe pas...

perte de son vaisseau la Victoire, qui sombra en essayant de franchir la barre de Charleston, dut confirmer encore la foi de La Fayette en son étoile.

(i) Lettre de La Fayette à sa femme, du 19 juin 1777.

Embrassez bien Henriette : puis-je dire, mon cœur, embrassez nos enfants ? Ces pauvres enfants ont un père qui court les champs, mais un bon et honnête homme dans le fond, et un bon père, qui aime bien sa famille, et un bon mari aussi, car il aime sa femme de tout son cœur (i).

Tout en exprimant ainsi les sentiments divers qui agitaient son âme, La Fayette se préoccupait d'atteindre au plus tôt Philadelphie, siège du Congrès. Il renvoya en Europe son vaisseau, qui périt sur la barre de Charleston ; puis il acheta des chevaux et des voitures et, le 25 juin 1777 (2), il quitta Charleston en brillant équipage, avec six ofïïciers, parmi lesquels le baron de Kalb, le vicomte de Mauroy et le chevalier Du Buysson. La petite troupe arriva à Petersburg le 17 juillet, après une route pénible et fertile en accidents. Plus de voitures : c'est ce que La Fayette annonce gaiement à sa femme : « Vous savez que j'étais parti brillamment en carrosse; vous saurez à présent que nous sommes tous à cheval, après avoir brisé les voitures, selon ma louable coutume. » Le 23, il passa par Annapolis, oubliant sa fatigue dans le plaisir des réceptions et l'ardeur de l'enthousiasme, et il entra enfin, le 27 juillet (3), dans Philadelphie, harassé de cette course de trente-deux jours, mais heureux de toucher le but désiré.

A peine descendu de cheval, La Fayette courut présenter ses lettres d'introduction. Des membres du Congrès les prirent et lui dirent de revenir le lendemain. L'accueil était froid, et non sans raison. Tout ce que l'Europe

(i) Le 19 juin, pour assurer l'arrivée de ses nouvelles en France, La Fayette écrivit à ses amis de Coigny, de Poix, de Noailles, de Ségur. et à sa belle-mère, la duchesse d'Ayen.

{2) Et non le 21. — Cf. le récit du chevalier Du Buysson, publié par M. H. Doniol, t. III, p. 215, d'aprùs les Archives des alîaires étrangères.

(5) Et non le jo. — Cf. Tower, 1, 179.

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