‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 91 sur 236 · CONFÉRENCES ENTRE LES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

CONFÉRENCES ENTRE LES GÉNÉRAUX

dans la capitale (i). Le premier alla remercier l'Assemblée, le 26 février, et il dut. en raison de son accent allemand, faire lire son discours par Narbonne (2). Au Conseil du roi, on discuta le plan de campagne, Rochambeau, disait-on, opinait pour la paix, tandis que ses deux collègues se prononçaient pour la guerre offensive'( 3). Les discussions furent si vives, que Narbonne voulut donner sa démission. Luckner et La Fayette l'en dissuadèrent dans des lettres, datées du 4 mars 1 792, et rendues publiques (4), et le ministre se laissa convaincre. Toutefois, on arriva à s'entendre : La Fayette devait entrer dans les Pa^s-Bas avec quarante mille hommes et être soutenu par Rochambeau, tandis que Luckner opérerait sur le Rhin. Rochambeau avait proposé La Fayette pour cette invasion, parce qu'il s'agissait de révolution. Or, avait-il dit avec finesse au roi : « Votre Majesté sait que M. de La Fayette s'y connaît mieux que personne (5). »

Le 6 mars 1792, Narbonne vint faire connaître à l'Assemblée les observations faites par les généraux sur la nécessité (( de réunir tous les moyens nécessaires pour rendre l'armée telle qu'on puisse l'opposer aux puissances

(i) La Fayette était encore, le 20 février 1792, à Metz, d'où il écrivit au ministre Narbonne. ^Cf. Arch. hist. de la guerre, armée du Centre.) — Le Patriote français, de Brissot, annonçait, le 24 février 1792 (n" 928, p. 220) : Il M. Rochambeau est encore à Paris. Le ministre de la guerre a écrit à MM. Luckner et La Fayette de s"y rendre, pour y concerter les opérations d'une guerre que la Cour ne veut pas. »

(2) Cf. Moniteur, t. XI, p. 487.

■(j) Le Patriote français annonçait, le i" mars 1792 fn» 9,m, P- 244) : «On assure que Luckner veut la guerre offensive, Rochambeau la paix, et M. La Fayette la guerre offensive, s'il y a guerre. » — Le 7, il disait (n» 940, -p. 269) : o Luckner persiste toujours à croire que l'on est trompé par les négociations, que l'on aura la guerre et qu'il vaut mieux la prévenir. Il est mcroyable que l'on laisse le commandement à M. Rochambeau, qui veut la paix, précisément dans la partie par laquelle il faudrait attaquer ; c'est la vraie place de Luckner. »

(4) Cf. Mémoires de La Fayette.

($) Cf. Mémoires de La Fayette. — Voir aussi Mémoires de L>umouric^ t. 11, p. 225, et Jomini, t. Il, p. 12 et 15.

militaires de l'Europe, sans avoir besoin de compter sur les ressources du désespoir », et les réformes demandées pour arriver à ce résultat : i" assurer le prêt en monnaie; 2° augmenter le traitement en proportion de la perte des assignats ; 3° former des bataillons francs pour y recevoir les déserteurs; 4° assurer l'exécution des réquisitions militaires; 5" décharger les généraux d'armée de toute responsabilité dans les opérations des trésoriers et payeurs ; 6° donner au général le droit de faire des règlements de police et discipline correctionnelle (i).

Les généraux prolongèrent leur séjour à Paris. La démission du ministre de la guerre, l'arrivée aux affaires d'un cabinet girondin, retenaient La P'ayette dans la capitale. Le 16 mars 1792, il écrivait à Washington :

J'ai été appelé de l'armée à la capitale pour une conférence entre les deux autres généraux, les ministres et moi, et je vais à présent retourner à mon poste. La coalition des puissances continentales pour ce qui touche nos affaires est certaine et ne sera pas rompue par la mort de l'empereur (2). Mais, quoique les préparatifs de guerre continuent, il est encore douteux que nos voisins osent s'approcher pour éteindre une flamme aussi communicative que celle de la liberté.

Si La Fayette doutait encore de la guerre, il était certain de l'influence néfaste du ministère girondin, qu'il jugeait avec passion :

Il s'est opéré des changements dans le ministère. Le roi a choisi son conseil dans la portion la plus violente du parti populaire, c'est-à-dire dans le club des Jacobins, espèce d'institution jésuitique, plus propre à faire déserter notre cause qu'à nous attirer des prosélytes.

(i) Cf. Moniteur, t. XI, p. 567.

(2) L'empereur Léopold II était mort brusquement le i""' mars 1792.

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