‹ Le général Lee;Chapitre 1 sur 20 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Les pages qui suivent, écrites avec toute l'impartialité possible, ont pour objet de faire connaître en France une des figures les plus marquantes du Nouveau Monde, — celle du général Lee, commandant en chef des armées du Sud dans la grande guerre civile qui désola les États-Unis pendant quatre ans, d'avril 1861 à avril 1865.

Ce qui manque à notre époque, ce sont les caractères. Celui que nous allons décrire est antique dans sa simplicité, vrai, plein d'humilité, foncièrement chrétien, et ayant pour unique mobile le sentiment du devoir. Au milieu de l'abaissement général du niveau moral, dans ces temps où le succès excuse et consacre tout, la grandeur d'âme du général Lee s\>

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levant à cent coudées au-dessus de ses contemporains repose et fortifie les consciences troublées.

Le lecteur le plus prévenu ne pourra qu'admirer cette vie entièrement vouée à l'idée du devoir. Plus grand dans l'adversité que dans le succès, cet homme de bien lutta jusqu'à la fin sans désespérer et succomba sans faillir à l'honneur. Depuis les temps d'Annibal on n'avait pas vu un capitaine soutenir une lutte plus inégale avec des forces plus disproportionnées et ayant devant lui la perspective d'un avenir plus sombre.

Toute cette période de quatre ans rappelle par la grandeur des moyens employés, par le nombre des combattants et l'importance des intérêts enjeu, les guerres les plus célèbres de l'antiquité. C'est un grand moment dans l'histoire. L'enlrevue finale de Lee et de Grant évoque involontairement le souvenir de celle qui eut lieu entre Annibal et Seipion, avec celte ditférence que celle-ci précéda la bataille au lieu de la suivre. Comme Annibal cherchant à faire accepter p3r ses concitoyens les dures conditions du vainqueur, Lee, depuis 1865 dans sa retraite, fit tout ce qui dépendait de lui, par son exemple et par ses paroles, pour apaiser les ressentiments

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et rétablir la concorde. « La carrière de Lee, dit un auteur anglais, répond victorieusement au reproche si souvent adressé à l'Amérique de ne produire que des gens d'affaires à l'âme mercenaire. Le pays qui a donné le jour à un tel homme peul marcher de pair avec ce qu'il y a de plus chevaleresqu'e en Europe, car les patries de Bayard et de Sidney n'ont jamais eu de fils plus noble, de soldat plus brave, de gentleman plus parfait, de chrétien plus sincère que Robert- Edward Lee, l'héroïque défenseur de la Virginie. »

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