GENÈSE
A la feutrée des vacances de Pâques de Vannée 1867 ^ arrivait au Lycée de Versailles un jeune élève originaire de Saintes; il s'appelait Maurice Ordonneau.
Attiré par la bonne mine et la cordialité de ce nouveau camarade, je ne tardai pas à faire de lui mon meilleur ami, et j'ajoute que cette amitié, qui va remonter à quarante ans, n'a jamais été un seul jour, un seul instant même, amoindrie; aucun dissentiment, aucun de ces refroidissements qui résultent de tendances différentes, ne nous ont jamais éloignés Hun de Vautre. Et maintenant encore, bien qu'arrivé à une haute situation, auteur de nombreuses pièces de théâtre plusieurs fois centenaires, c'est toujours le même ami au regard franc que je retrouve, V homme qui ne s'est jamais départi de sa simplicité native, heureux comme moi de nous retrouver, de renouer nos entretiens et nos pensées, et de revivre dans le présent le passé qui a fui.,.
Nous sortions certain jour de la classe d'Histoire, où le professeur venait de nous parler des grands capitaines qui furent la gloire de notre vieille France. « Sais-tu, me dit-il, que j'ai un ancêtre qui fut général à V époque du premier Empire? — Ma foi non, — Et je crois même que son nom . est inscrit sur VArc de Triomphe de VEtoile. — // faudra vérifier le fait, un jour que nous serons libres. »
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Peu de temps après cette conversation^ munis de la permission de nos parents, — ceci se passait en 1868, — nous partîmes par le chemin de fer et arrivâmes àV Arc de r Etoile.
Ce ne sont certes pas les noms de héros qui manquent sur ce monument y et nous voilà, nez en F air, cherchant celui qui nous intéressait. Inutile de dire que nous le trouvâmes seulement sur le dernier des quatre piliers; il en est toujours ainsi dans les recherches de ce genre; mais enfin nous le trouvâmes ; il n'y avait donc plus d^ erreur possible : le nom d'Ordonneau était bien celui d'un acteur du drame napoléonien. Cet homme devait sûrement avoir accompli de grandes actions; sa vie devait être bien intéressante à connaître; aussi, dès ce moment, sans communiquer ma pensée à mon ami, je décidai qu'un jour ou Vautre j'écrirais ce qu'avait été le général Ordonneau.
Mais les événements se succédèrent : la guerre funeste de 1870, suivie bientôt de la Commune; C Assemblée nationale à Versailles; le procès Bazaine : tout cela me détourna de mon projet. L'histoire contemporaine se déroulait devant nos yeux et nous n avions pas besoin de récrire pour nous la rappeler. Les malheurs présents nous rendaient amer le souvenir des victoires d'antan.
Les années s écoulaient; souvent je revoyais le pilier ouest de F Arc de Triomphe et ce nom d Ordonneau, au milieu de tant d autres si glorieux; mais^ de documents, point, La famille ne connaissait rien du passé de l'ancêtre; je n^ avais donc pas à compter sur elle.
Enfin, il y a quelque vingt ans, surgirent les Cahiers du capitaine Coignet (1883); on se rappelle le succès qu'ils obtinrent; cette publication eut pour résultat de
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faire sortir des Archives de famille les manuscrits des principaux écrivains militaires de la Révolution et de r Empire. Alors ^ de temps à autre ^ m' apparut dans les Mémoires le nom dOrdonneau, et je commençai à prendre mes notes avec un soin scrupuleux. Ces notes étaient très utiles surtout parce qu elles m'ouvraient des horizons nouveaux; elles me guidaient en quelque sorte, m'incitaient à parcourir bien des livres dont f ignorais auparavant r existence y et f avançais ainsi pas à pas dans la vie de mon héros.
Toutes ces notes, tous ces documents, tous ces renseignements, cela faisait-il au total vingt pages? tout au plus. Pris par d'autres travaux, paralysé par le manque de temps^ je ne pouvais mettre à exécution le dessein que je caressais; je ne pouvais faire ce que je considérais comme le complément indispensable de mon travail: consulter les Archives de la Guerre.
Mais, ce que je n'étais pas libre d'entreprendre, un autre pouvait le mener à bien; c'est alors que je pensai à Vun de mes jeunes amis, Henri Allorge, qui, par sa situation au Ministère, pouvait consulter tout le dossier du général, sans parler de la bibliothèque, où abondent les documents publiés.
Allorge, qui joignit dans cette occasion, à P imagination du poète, la conscience de l'historien, se mit à l'ouvrage et, six mois après lui avoir demandé sa collaboration, je recevais un résumé très complet sur lequel nous avons travaillé plusieurs mois encore.
Aujourdhuiy nous publions le résultat de nos recherches et de nos travaux; j'ai pu réaliser la promesse que je m'étais faite; Allorge a achevé avec bonheur la tâche que je m'étais imposée; sans lui, je ne serais peut-être
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jamais arrivé au but désiré; c'est pourquoi je m'en voudrais de ne pas rappeler ici sa collaboration efficace et amicale, au moment où je signe, en manière de préface, cette genèse explicative , où les lecteurs me pardonneront d'avoir évoqué des souvenirs lointains et chers. Octobre 1904.
Albert Terrade.
P. -S. — Nous avons eu la bonne fortune d'intéresser à notre étude plusieurs personnes, et parmi celles-ci nous tenons à citer M. Honoré Champion, dont l'érudition est hors de pair, et à qui nous sommes particulièrement heureux de pouvoir adresser des remerciements d'autant plus sincères que nous devons à son amabilité d'avoir été mis en rapports avec M. le comte de Toumon, auteur d!un ouvrage très remarquable et précieux, intitulé : Notes sur Flnvasion du Lyonnais en 1814.
M. le comte de Toumon, avec une bonne grâce à laquelle nous tenons à rendre le plus éclatant hommage, nous a permis, non seulement de puiser dans son livre, mais aussi de reproduire les cartes qui y sont contenues. Qu'il reçoive ici F expression de notre gratitude.
Nous tenons également à remercier M. Hennet, qui nous a facilité les recherches aux Archives administratives de la Guerre; M. le marquis de la Tour du Pin, M. le comte de la Panouse, M. Amable Boulland, M. Bouillette, M. Taupin, M. Langevin, M. Dauvel, MM. Bottet et J. Leroy, et enfin M. Maurice Brunet, qui a bien voulu mettre son talent de dessinateur à notre disposition.
A. T. et H. A.
Les soldats de la Révolution et de T Empire qui n*ont pas écrit leurs Mémoires ont eu grand tort; ils n'ont pu, malgré leur valeur, se faire connaître de la postérité, tandis que ceux qui ont couché sur le papier, fût-ce incorrectement, leurs campagnes, leurs actions d'éclat, ou tout simplement les aventures de leur vie errante, ont laissé d'eux une trace durable et un souvenir vivant.
Qui donc parlerait maintenant de Marbot, de Thiébault, de Parquin, du sergent Bourgogne et de tant d'autres, si leurs écrits n'étaient pas là pour les ressusciter?
Loin de nous la pensée de les blâmer; ils nous ont redit cette grandiose épopée qui commence à Valmy pour se terminer à Waterloo, et c'est grâce à eux que nous avons pu connaître ce qu'était la vie militaire à l'époque la plus guerrière et la plus triomphale de notre Histoire.
Mais ces Mémoires, si fidèles soient-ils, ont généralement un défaut capital : ils ne présentent jamais leurs auteurs sous un jour défavorable, et lorsqu'une faute a été commise, on peut être certain d'avance que les signataires n'en sont jamais responsables.
Néanmoins, nous devons être très indulgents pour eux ; les services qu'ils nous ont rendus sont précieux et si, parfois, ils
font pencher la balance un peu trop de leur côté, nous pouvons croire que c'est en toute sincérité.
Il en est d'autres qui, volontairement, sont restés dans l'ombre et n'ont rien livré à la postérité, soit par paresse, soit par modestie, persuadés sans doute qu'il leur suffisait simplement d'avoir été les acteurs des différentes scènes du Théâtre de la Guerre. Le jour où ceux-là se trouvent mis en évidence, on peut tirer de l'histoire de leur vie des enseignements beaucoup plus féconds, car ce sont alors les pièces d'archives qui fournissent la matière de Mémoires authentiques et impartiaux.
Tel est le cas du général Ordonneau.
Le nom du général baron Louis d'Ordonneau n'est pas des plus connus, et pourtant il occupe une place glorieuse dans nos fastes militaires, non pas seulement à cause des actions d'éclat qui valurent au simple volontaire de 1792 un avancement rapide, mais à cause des qualités de bravoure et de douceur, d'énergie et de bonté que révèle l'étude de ce caractère.
Cet humble fils de cabaretier, qui mourut baron à quatrevingt-cinq ans, après avoir essuyé le feu d'innombrables batailles, dont il était sorti couvert de blessures; ce soldat aux débuts si modestes, qui devint général de division, grandofficier de la Légion d'honneur, commandeur de l'ordre de Saint-Louis, et qui sut se faire également apprécier sous la Révolution, le premier Empire, la Restauration et même le second Empire, est certainement une figure attachante.
Il n'avait rien d'un soudard ni d'un reître; les personnes qui l'ont connu — et, parmi celles-ci, nous citerons M. Boulland, libraire à Paris, et M. Langevin, de Thoiry — portent sur lui un jugement en parfaite concordance avec celui du général Duhesme, que l'on verra bien souvent cité plus loin ; tous déclarent que le général Ordonneau était un homme très
bon et très doux, quoique ses expressions fussent parfois un peu vives. L'éloge est à retenir.
Ce n'est pas à dire qu'Ordonneau ne se soit pas signalé par des qualités proprement militaires ; le récit de ses actions d'éclat est saisissant; il sut s'attirer l'admiration de ses chefs et de ses compagnons d'armes à une époque oii l'héroïsme était une vertu presque banale. Les cicatrices dont son corps était déchiré perpétuaient une Iliade écrite avec le sang.
En même temps, Ordonneau se fit remarquer comme administrateur; doué d'un esprit solide et pondéré, il savait aussi bien prévoir et calculer qu'agir dans le feu des batailles. C'est grâce à lui, nous en avons le témoignage, que la disette put être évitée à Barcelone en 1811.
Ordonneau vécut dans les camps de 1792 à 1815; il servit aux armées du Nord, de Sambre-et-Meuse , des Côtes de l'Ouest, de Rhin-et-Moselle, d'Allemagne, de Naples, des Alpes, de réserve, et à l'armée gallo-batave. Il servit ensuite à l'armée d'Italie et de Naples, puis resta de 1808 à 1814 en Espagne, à l'armée de Catalogne.
En 1814, il joua un rôle brillant à l'armée de Lyon, sous Augereau. Puis il fut nommé commandant supérieur de l'île de Ré. Après une période d'inactivité, il fit la campagne d'Espagne de 1823, qui ajouta à sa fortune, sinon h sa gloire.
Ordonneau commanda ensuite une division militaire, et après des alternatives de disponibilité, de non-activité, de réserve, fut admis a la retraite; plus tard, relevé de cette retraite, il fut inscrit dans la section de réserve. Après avoir habité différentes localités, il s'était retiré en son château d'Autouillet, près de Thoiry, entre Versailles et Rambouillet, et c'est là qu'il mourut, le 28 septembre 1855.
Tel est l'homme dont nous allons nous occuper; nous n'avons certes pas la prétention de dire que nous donnerons
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la biographie complète de ce grand soldat, dont le nom est incrusté dans la pierre de TArc-de-Triomphe, mais nous pensons qu'avec les renseignements puisés dans nombre d'ouvrages militaires, grâce surtout aux Archives administratives du Ministère de là Guerre, nouis aurons réussi à mettre sufûsamment en lumière un homme dont l'Histoire, malgré le peu de temps écoulé, a déjà fait un glorieux ancêtre.
Jeunesse d'Ordonneau. — Son entrée au service. — Il est nommé officier et attaché au général Duhesme. — Fait d'armes de ce général. — Armée du Nord : premier exploit d'Ordonneau à Prischy. — Il est blessé è. Landrecies. — Armée de Sambre-et-Meuse : Brftine-le- Comte; nouvelle blessure. — Prise de Montegnack : Ordonneau est atteint d'un coup de pistolet k la tête. — Prise dn fort Saint- Pierre; certificat médical; attestation de civisme. — Ordonneau rejoint Duhesme k l'armée de Brest. — Son retour avec c« général k l'armée du Rhin. — Il est nommé capitaine. — Belle conduite du général Duhesme. —> Ordonneau dégage Vandamme è Diercheim.
Ordonneau (Louis) naquit le 23 juillet 1770, à Saint-Maurice (Charente-Inférieure). Voici un extrait du registre de l'état civil de cette commune, qui dépend du canton de la Rochelle :
L*an mil sept cent soixante-dix, le vingt-cinq juillet, a été baptisé Louis, né le vingt-trois du courant du mariage légitime entre Pierre Ordonneau, cabaretier, et Magdeleine Girard; son parrain Louis Marot, marin, la marraine Jeanne Foucaud, qui ont déclaré ne savoir signer ; le père a signé avec nous. Signé au registre : Ordonneau, Martln.
Brémaud, curé de Saint-Maurice.
Je soussigné, secrétaire de Tadministration municipale du canton de la Rochelle, certifie sincère et véritable le présent extrait tiré du registre de naissances de la commune de Saint-Maurice.
La Rochelle, le 10 pluviôse an YI de la République une et indivisible.
(Suit la légalisation de la signature,) Signé : F. Mouneau.
Fils de cabaretier, comme on vient de le voir, appartenant également à une famille de cultivateurs de la Saintonge, il pouvait rivaliser de noblesse avec les Lannes, les Murât,
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les Lefebvre, et tant d'autres appelés à devenir les grands soutiens de l'Empire.
Il exerçait la profession de commis marchand lorsqu'il entra, le 14 juillet 1789, dans la garde nationale de Bordeaux, d'où il fut congédié le 6 septembre 1791.
Il vint alors à Paris. Ici se présente un problème assez curieux; si nous en croyons les Fastes de la Légion d'honneur, Ordonneau, entré comme grenadier dans le l^r bataillon de la Butte-des-Moulins le 5 septembre 1792, passa le 29 octobre dans les chasseurs à pied de la forêt de Mormal, où il fut nommé sergent-major le 11 novembre suivant. Ce bataillon forma, le 16 du même mois, le 4^ bataillon franc, qui fut incorporé plus tard dans la 32® demi-brigade d'infanterie légère.
Ces dates, qui paraissent exactes, ne furent pourtant pas acceptées comme telles à l'époque où le général demanda la liquidation de sa retraite; une contestation s'éleva au sujet de son entrée au service. Voici comment un rapport au ministre résume les faits :
Les pièces existant au dossier de M. le général Ordonneau n'étant point suffisantes pour établir l'état de ses services, on écrivit au Bureau des Lois et Archives, pour avoir l'extrait des premiers services de cet officier général.
La note adressée par ce bureau ne fait remonter les services de M. Ordonneau qu'à la date du 5 octobre 1792, époque à laquelle il entra au l»"^ bataillon de la Butte des Moulins, et elle fait connaître que ce général n'a commencé à servir dans les chasseurs de Mormal que le 29 du même mois.
Quatre états de services de M. Ordonneau, envoyés par lui au ministre de la Guerre et qui se trouvent dans son dossier, ne donnent point les mêmes dates. Il paraîtrait, d'après ces pièces, que cet officier général serait entré au i'^' bataillon de la Butte des Moulins le 28 août 1792 et dans les chasseurs de Mormal le 29 septembre suivant.
Malgré ces différences, on s'en serait tenu aux détails donnés par le Bureau des Archives, si l'on n'avait trouvé dans le même dossier d'autres états de services, également envoyés par M. Ordonneau, desquels il paraîtrait résulter que le commencement de
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ses services aurait eu lieu le 11 ou le 29 septembre 1791 , dans les chasseurs de Mormal.
Pour plus d'exactitude, on crut devoir écrire à cet officier général pour lui demander des pièces authentiques constatant ce dernier fait.
Il vient de répondre qu'il a perdu ses papiers et que par conséquent il ne peut constater qu'il est entré au service le 29 septembre 1791, mais que cependant c'est bien à cette date qu'il est entré dans les chasseurs de Mormal.
D'après les détails donnés par les quatre états de services de M. le général Ordonneau dont il est parlé ci-dessus, et ceux donnés par le Bureau des Archives, on est fondé à croire que ce général est dans Terreur en assurant qu'il est entré au service en 1791 et qu'il y a lieu de penser que le temps considérable qui s'est écoulé depuis- 1792 lui aura fait perdre de vue la date précise de son admission au service.
Au surplus, on va écrire au Bureau des Archives pour avoir la date de la formation du corps des chasseurs de Mormal.
Une note postérieure nous apprend Tinsuccès de ces recherches :
Ce bureau vient de répondre qu'il n'existe point de contrôle particulier des chasseurs de Mormal.
Nous ignorerons donc toujours les dates précises de l'entrée au service du futur général de division.
Dans le doute, nous accepterons donc comme véritables les dates fournies par les états de services, tels que nous les publions à la fin de notre travail, d'après les pièces officielles du ministère de la Guerre.
A partir de 1793, les dates deviennent précises; en 1792, on ne sait encore de manière exacte si c'est en octobre ou en novembre que notre héros est nommé sergent-major, tandis que pour la date du 7 février 1793 il y a concordance entre tous les documents; c'est ce jour-là que le jeune Ordonneau reçut Tépaulette de sous-lieutenant, au choix de ses camarades. Le nouvel officier va être attaché à un général, Duhesme, que nous tenons à présenter à nos lecteurs :
Le 6 juillet 1793, au combat du bois de Villeneuve, nos
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troupes enlevèrent un poste pendant la nuit; mais, dès que le jour parut, toutes les colonnes ennemies s'avancèrent pour le reprendre. Le désordre s'étant mis dans les rangs des grenadiers français, Duhesme, en voulant les rallier, fut atteint de deux coups de feu. Malgré la perte de sang, il s'élance au-devant d'une compagnie qui se laissait entraîner, met un genou en terre pour se soutenir, présente la pointe de son sabre aux fuyards, rétablit Tordre et obtient même des avantages sur Tennemi. Les représentants du peuple, témoins de sa valeur, rélevèrent au grade de général de brigade.
Si nous avons tenu à relater ce fait d'armes, qui venait de faire de Duhesme un général appelé à devenir l'un des plus marquants du premier Empire, c'est que nous pensons qu'un homme de cette trempe ne devait pas choisir à la légère les officiers appelés à servir auprès de sa personne, en qualité d'aides de camp. Cet honneur cependant était réservé au souslieutenant Ordonneau, qui, à la date du 20 octobre 1793, recevait du général Duhesme la lettre suivante :
Je viens d'apprendre. Citoyen, ma nomination au grade de général de brigade. Comme j*ai le choix de mon aide de camp, j'ai jeté les yeux sur vous. Votre patriotisme et votre courage me donnent lieu d'espérer que vous me seconderez avec succès dans l'honorable mais pénible emploi auquel je viens d'être promu ; vous voudrez bien vous tenir prêt pour me venir joindre aussitôt que je serai arrivé à l'armée.
Je vous embrasse fraternellement.
Le Chef du 4« bataillon de chasseurs francs, nommé général de brigade à l'armée du Nord, G. Duhesme.
Cette nomination ne reçut d'effet légal que plusieurs mois plus tard, car ce n'est qu'à la date du 23 germinal an II (12 avril 1794) qu'Ordonneau, lieutenant depuis le 23 décembre 1793, fut nommé aide de camp provisoire du général ; il ne sera confirmé dans cet emploi que le 6 juillet 1795.
Voici d'ailleurs une seconde lettre de Duhesme, datée de
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Paris, du 15 messidor an III (3 juillet 1795), et adressée au commissaire exécutif de la 9^ commission :
Citoyen,
Je vous préviens que je conserve pour un de mes aides de camp le citoyen Ordonneau, lieutenant de la 32° 1/2 brigade d'infanterie légère, qui en fait les fonctions depuis le 20 octobre 1793, avec autant de courage, de bravoure, que d'intelligence et capacité.
Je demande votre approbation.
Salut et fraternité.