G. DUHESME
On voit à quel point le général Duhesme, alors employé à Tannée des côtes de Brest, appréciait Ordonneau et tenait à le conserver près de lui.
Mais, dès son arrivée à Tarmée du Nord, commandée par Pichegru, le lieutenant Ordonneau ne tarde pas à appeler l'attention sur lui. Le 2 prairial an II (21 mai 1794), devant Prischy, il traverse l'armée ennemie pour porter un ordre au général Solan; son escorte est écrasée et prise, mais il re traverse seul la ligne ennemie pour rendre compte de sa mission.
Le 12 du même mois (l^' juin 1794), devant Landrecies, il est blessé d'un coup de biscaïen à la jambe gauche, en enlevant avec six compagnies de grenadiers les hauteurs et les redoutes, où il fait une centaine de prisonniers.
Le général Duhesme est envoyé à l'armée de Sambreet-Meuse, commandée par Jourdan ; le lieutenant Ordonneau le suit et est encore blessé à la jambe gauche à Braine-le- Gomte, le 18 messidor an II (6 juillet 1794). Il a en outre son cheval tué sous lui.
C'est à cette époque que Jourdan conçut le projet de s'emparer de la ville de Maëstricht. Kléber fut chargé de cette expédition; mais à peine était -il arrivé devant cette place avec sa division, forte de 35,000 hommes, qu'il fut rappelé auprès de Jourdan pour coopérer au succès de la bataille d'Aldenhoven. Comme il avait emmené en partant la moitié de l'armée de siège, Duhesme fut nommé pour commander,
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pendant son absence, le corps qui devait maintenir l'investissement de Maëstricht. Les chances ne furent pas égales pour le général et le lieutenant : Duhesme, qui conduisit du reste l'opération avec un talent si remarquable que Kléber rendit un hommage public à •la valeur de son compagnon d'armes, obtint pour lui le grade de général de division le 18 brumaire an III (8 novembre 1794); quant à Ordonneau, il se contenta, le 1 «' complémentaire de Tan II (1 7 septembre 1 794) , de s'emparer de Montegnack, position des plus importantes, avec six compagnies de grenadiers et un escadron du 14^ régiment de dragons, de se faire blesser à la tête d'un coup de pistolet et de se retirer après avoir mené à bien son expédition.
Cet exploit ne lui suffisant sans doute. pas, dans la nuit du 9 au 10 brumaire (30-31 octobre), à la tête d'un escadron du 3^ régiment de chasseurs à cheval, il reprend sur l'ennemi, devant le fort Saint-Pierre, une batterie de carions et fait 90 prisonniers, dont 7 officiers. Son cheval tombe mort sous lui, percé de cinq coups de feu.
Ces blessures successives eurent sans doute pour conséquence d'éloigner momentanément Ordonneau de son général, qui partait alors h l'armée des côtes de Brest, sous les ordres du général Hoche, car nous retrouvons notre jeune officier, le 7 frimaire an III (27 novembre 1794), à Cologne, oii il lui est délivré un certificat médical contenant cette phrase : « Le dit lieutenant Ordonneau a toujours donné des preuves d'un civisme épuré. »
Nous pensons que le civisme du brave officier devait être probablement plus éprouvé qu'épuré; par contre, son sang, éprouvé par les derniers événements, était sans doute très épuré.
Ces attestations de civisme, si utiles h cette époque, devaient être sollicitées par les intéressés ; il est certainement curieux d'en trouver une à la fin d'un certificat purement médical; d'autre part, la Convention exigeait des renseigne-
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ments sur les opinions politiques des officiers. C*est ainsi qu'à la date du 5 ventôse an III (23 février 1795), nous trouvons cette observation de Duhesme, sur un état relatif à Ordonneau :
Est bon républicain, patriote et attaché sincèrement à la Révolution; a les mœurs douces et décentes; a la conduite d'un honnête homme.
A côté de cette appréciation, qui concerne les qualités morales et politiques, en voici une autre plus technique :
Capacités et talents militaires.
Connaît les manœuvres de Tinfanterie et surtout le service des avant-postes ; a un coup d'œil exercé aux positions et beaucoup d'activité; sait lire, écrire et calculer; a montré de la capacité, de rintelligence et de la bravoure dans le service d'aide de camp qu'il fait auprès de moi depuis le 20 octobre 1793, vieux style.
Le Général de division, G. Duhesme.
Le même état de renseignements précise ainsi la situation d'Ordonneau :
Lieutenant par ancienneté dans la 8» compagnie du 4* bataillon franc, actuellement lieutenant au 5S« bataillon de la 32« 1/2 brigade d'infanterie légère, dont fait partie le 4® bataillon franc.
De semblables certificats dans la poche d'un officier devaient être des passeports de tout premier ordre. Quoi qu'il en soit, nous devons reconnaître que le lieutenant Ordonneau n'avait pas fait mentir les prévisions du général Duhesme; en moins d'un an, il avait prouvé qu'il était à la fois un officier distingué et un brave soldat !
Les archives nous donnent la date précise à laquelle Ordonneau rejoignit son général. Le 18 messidor an III (6 juillet 1795) de la République française une et indivisible, la Commission de l'organisation du mouvement des armées de terre prévient le citoyen Duhesme, général de division employé à l'armée des côtes de Brest, que le Comité de Salut
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public a autorisé le citoyen Ordonneau à exercer sous ses ordres les fonctions d*aide de camp. C'était du reste le général qui avait adressé cette demande au Comité.
Cette nomination fut la cause d'une erreur ; le citoyen Pille,, commissaire exécutif, croyant sans doute que le lieutenant Ordonneau venait seulement d'être nommé aide de camp de Duhesme, ne faisait partir sa nomination qu'à la date du 18 messidor; Ordonneau écrivit au ministre pour lui signaler l'erreur de Pille et rappeler que sa nomination d'aide de camp remontait au 20 octobre 1793.
Le général Duhesme resta peu de temps à l'armée de Hoche ; il revint à l'armée du Rhin, commandée par Pichegru,. et nous le retrouvons en l'an V à l'armée de Rhin-et-Moselle,. commandée par Moreaif.
Ordonneau suivit son général, mais rien de bien marquant ne lui arriva sans doute à cette époque, car les archives sont muettes sur cette période de sa vie. Cependant, sur la demande de Duhesme, Ordonneau est promu capitaine à la date du 1er germinal an IV (21 mars 1796), à compter du 23 vendémiaire (15 octobre 1795), quoique ses états de services ne le donnent comme remplissant les fonctions de ce grade qu'à la date du 5 octobre 1796.
Le général Duhesme et son aide de camp devaient se distinguer brillamment à l'armée de Rhin-et-Moselle. Ce fait de guerre mérite d'être raconté en entier, pour qu'on en puisse bien suivre les phases.
Le l®'* prairial, à l'ouverture de cette campagne, le général Moreau chargea Duhesme du commandement des troupesdestinées à effectuer le passage du Rhin dans la direction de Diercheim. Il s'avançait à la tête des colonnes du général Davout, qui s'emparèrent d'abord do ce village, situé sur la rive gauche du Rhin, ainsi que des bois qui l'avoisinent, lorsque, repoussé de Diercheim, malgré les efforts prodigieux qu'il fit pour s'y maintenir, il saisit la caisse d'un tambour tué auprès de lui, puis, précédant ses soldats, il battit la
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charge avec le pommeau de son épée et eut la main droite percée d'une balle.
C'est à ce moment que le capitaine Ordonneau s'aperçut que les troupes allaient faiblir; il n'hésita pas un instant à rallier les soldats et réussit à dégager le général Vandamme, cerné dans Diercheim. Cette action d'éclat valut à Duhesme une lettre de félicitations du Directoire.
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Armée de Rome et de Naples. — Beau trait de dévouement au passage du Yoltumo. ~ Prise de Naples et de la place Capouane. — Blessure grave d'Ordonneau ; il est nommé chef d'escadron sur le champ de bataille. — Andria et Trani. — La porte de Barra. — Horribles massacres. — Ordonneau à l'armée des Alpes. — Le camp retranché de Bussolino. — Combat de Pignerol. — Créma. — Passage du Pô. — Ordonneau est blessé devant Crémone. — Beau fait d'armes sur TAdda.
Duhesme quitta bientôt l'armée du Rhin pour aller rejoindre celle de Rome, commandée par Championnet. Après avoir opéré dans les Abruzzes, où il montra du reste la plus grande valeur, Duhesme rejoignit le gros de Tarmée mise en mouvement sur Naples; elle se dirigea vers cette ville par la route d'Acerra. Le 22 nivôse an VII (11 janvier 1799), les troupes de Duhesme traversèrent la rivière de Voltumo, près de Capoue. Au passage, Ordonneau accomplit un acte de courage que nous tenons à relever tout particulièrement : un grenadier entraîné par le courant allait périr ; devant toute la division, Ordonneau se jeta à la nage et fut assez heureux pour sauver d'une mort certaine cet humble soldat.
L'armée avait reçu l'ordre de s'emparer de Naples et de la place Capuana (Capoue). Duhesme contribua puissamment à la prise de la première de ces deux villes. Le 2 pluviôse (21 janvier), la division continua de marcher sur Capoue, où elle s'empara encore de quelques canons; mais à l'entrée de cette place se trouvait un petit pont, que défendait le feu de quelques maisons crénelées. Ce feu était si vif que le général Monnier, blessé dangereusement, fut mis hors de combat, ainsi qu'un grand nombre des braves qui étaient à la tête de sa colonne. L'avant-garde dut se i*eplier. Toutefois, le général
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Duhesme s'étant avancé au soutien de cette troupe, l'aide de camp Ordonneau força le passage à la tête de deux compagnies de grenadiers; mais, parvenu à la place Gapuana, cet officier reconnut l'impossibilité de s'y maintenir.
La place Capuana forme un ovale en dehors de l'enceinte de Naples, qui a, sur ce point, une porte flanquée de deux tours d*ancienne construction : une multitude furieuse était accumulée jusque sur le faîte des bâtiments qui entourent la place. Ce faîte, disposé en terrasse, permettait aux Napolitains de faire un feu plongeant sur les grenadiers français. Le général Duhesme, qui était accouru sur les lieux, ayant vu tomber son aide de camp Ordonneau, blessé par un biscaïen, fit retirer ses grenadiers.
Voici comment les choses s'étaient passées, en ce qui concerne Ordonneau : au moment où le général Monnier avait été blessé, alors qu'il était chargé d'enlever le faubourg de Capoue, l'aide de camp avait pris le commandement de la demi-brigade et pénétré sur la place Gapouane ; les rebelles semblaient Taccueillir avec joie; mais, comme il allait parlementer, ils l'assaillirent d'un feu de mousqueterie; c'est alors qu'il fut blessé d'un coup de boulet à la cuisse, ou plutôt à la fesse droite.
Le général en chef Championnet, témoin de la belle conduite qu'il avait tenue dans cette journée, le nomma chef d'escadron sur le champ de bataille, grade dans lequel Ordonneau fut confirmé par arrêté du Directoire exécutif en date du 27 du même mois (15 février 1799).
Cette fois, la blessure était des plus sérieuses et nous voyons, par un certificat médical délivré le 20 germinal de la même année (9 avril 1799) au chef d'escadron Ordonneau, au quartier général de Naples, que celui-ci a été retenu au lit pendant une durée de cinquante jours et que sa blessure le fait souffrir k chaque changement de temps.
Mais notre jeune et ardent officier n'était pas de ceux qui se laissent abattre; malgré la blessure qui venait de le clouer
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longtemps sur son lit de douleur, il trouva bientôt la force de venir reprendre sa place de bataille. Depuis la fameuse journée de Capoue, qui n'avait pas été une journée de délices pour Ordonueâu, de nouveaux mouvements de troupes avaient été ordonnés. Le général Duhesme avait été chargé par Championnet du commandement supérieur des troupes envoyées dans la Fouille et la Calabre, qui s'étaient mises en état d'insurrection. Il envoya le général Olivier vers la deuxième de ces deux provinces, pendant que lui-même opérait sur la première. Duhesme se dirigea vers le nord de la Fouille ; Troya, Lucera, Bovino se soumirent avant même l'arrivée des troupes françaises. Le 7 ventôse (25 février), il battit les insurgés près de San Severo, leur tua 3,000 hommes en enleva tous les étendards de leur cavalerie.
Fendant que le général Duhesme opérait dans le nord de la Fouille, le général Broussier agissait plus au sud ; il avait reçu la mission de s'emparer de deux petites villes, Andria, près de la mer Adriatique, et Trani, tout près de celle-ci et sur la côte.
L'aide de camp Ordonneau ayant amené les compagnies de grenadiers des 17^ et 73® demi-brigades, le général se trouva en mesure d'attaquer et marcha sur Andria le 1^^ germinal (21 mars). Le lendemain, au point du jour, cette ville fut cernée; les dragons, aux ordres du chef de brigade Leblanc, furent placés de manière à intercepter toute communication entre les insurgés d'Andria et ceux de Trani.
Une colonne, formée de deux bataillons de la 17^ et de la légion Caraffa, fut chargée de l'attaque de la porte Comoza, tandis que le général Broussier, avec une autre partie des troupes, devait attaquer la porte de Trani, et qu'un bataillon, conduit par l'aide de camp du général Duhesme, Ordonneau, s'avançait vers la porte de Barra. L'attaque du général Broussier fut très vive, et déjà les échelles allaient être dressées contre les murailles, lorsqu'un obus renversa heureusement la porte de Trani. Les Français se précipitèrent par cette
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ouverture, et, après un combat meurtrier, soutenu au passage du fossé creusé derrière la porte, ils pénétrèrent jusque ,sur la place, où ils s'établirent.
, A cette journée furent grièvement blessés plus de 12 officiers et un grand nombre de soldats, qui avaient rendu les -pliis grands services à la division depuis le commencement de la campagne.
La colonne conduite par Ordonneau n'ayant pu, malgré les plus grands efforts, réussir à enfoncer la porte de Barra, ^tait venue s'appuyer aux troupes de Broussier et était entrée dans la ville avec elles.
Si Ordonneau ne put enfoncer cette porte, il se fît néanmoins remarquer encore par sa belle conduite, car il monta à J'assaut à la tête de la colonne du centre qu'il commandait.
Pour donner à nos lecteurs une idée de ce que fut celte épouvantable affaire d'Andria et de Trani, nous extrayons des Fastes de la Légion d'honneur (biographie du général Broussier) le passage suivant :
• Le 30 ventôse (20 mars 1799), il marcha sur Andria, dont il se rendit maître dès le lendemain, après un combat dans lequel il perdit 30 officiers et 250 sous-officiers et soldats. 6,000 habitants furent passés au fîl de l'épée, et la ville devint la proie des flammes.
Cette vengeance terrible, qu'on avait jugée nécessaire pour contenir le pays par la terreur, n'effraya point la ville de Trani, •centre de la révolte, et qui, outre ses habitants, comptait 8,000 anciens matelots, soldats ou corsaires parmi ses défenseurs.
Broussier l'investit le 11 germinal (31 mars). Deux jours après, il ordonna l'assaut, mais, comme toutes les maisons étaient crénelées et les rues défendues par de Tartillerie, le général français fit monter ses grenadiers sur les plates-formes des maisons; on marcha ainsi de maison en maison, balayant successivement tout •ce qui s'y trouvait. Trani eut le même sort qu'Andria. Les habi- ,tants furent passés par les armes, le feu consuma toute la ville. Cinquante pièces de canon, douze drapeaux, une grande quantité de fusils et de munitions de guerre se trouvèrent dans la place.
Cette campagne des Abruzzes, de la Gampanie, de la
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Fouille et de la Calabre a été une lutte sans merci; des acte» d'atrocité ont été commis de part et d'autre. Pour s'en convaincre, il suffît de lire dans les Mémoires du général baron Thiébault, au tome II, les chapitres xiii et xiv, où l'auteur, doué d'un véritable talent d'écrivain, a retracé tous les faits avec une conscience d'historien à laquelle nous rendons d'autant plus hommage que nos renseignements, pris à d'autres sources, sont identiques aux siens. Au cours de ce récit, le général Thiébault apprécie la belle conduite d'Ordonneau.
On sait que ce fut à cette époque que Championnet fut rappelé et tomba en disgrâce; ce que l'on sait moins, c'est que le général Duhesme fut, lui aussi, enveloppé dans celte mesure et destitué le 26 ventôse an VII (16 mars 1799). Cette disgrâce fut du reste de peu de durée, car il rentra en activité le 5 messidor de la même année (23 juin).
Championnet, également rentré en grâce, prit le commandement de l'armée d'Italie et Duhesme celui de l'armée des Alpes.
Malheureusement, Championnet ne devait pas garder longtemps son commandement; il mourut à Nice, le 19 nivôse an Vill (9 janvier 1800).
Ordonneau alla rejoindre son général à cette armée, où il ne tarda pas à se signaler de nouveau. Le 7 brumaire an Vllt (29 octobre 1799), à l'attaque que le général Duhesme fit faire du camp retranché de Bussolino, près de Suze, il tourna la position par le sommet des montagnes avec les grenadiers des 26®, 27® de ligne et 107® légère (1), et arriva avec tant de promptitude sur les derrières de l'ennemi, qu'il détermina le succès de la journée et la déroute d'une colonne de 4,000 Autrichiens, après avoir fait prisonniers 400 hommes qui défendaient une redoute dont il s'empara.
La Gazette Nationale (Moniteur Universel) raconte ainsi
(!) Les Fastes de la Légion d'honneur donnent les 25«, 26« et 107« demi- Jbrigades.
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cette affaire importante, k la date du 23 brumaire (14 novembre) :