I.i: (iÉXKUAL ROGET ET DREYFUS IS-'J
œuvre personuell»' dri)ciul tout à fait de l;i personne qui l'a faite »,
Si l'on choiisit rij\pothé.se des documents originaux, c'est la nature des notes qui permet de soupi.onner Dmius.
D;mi- le premier cas, Thypothcse a besoin d'être rdunniifc par la dé(!ouverte de leur auteur, et reste en suspens tant qu'il n'est pas découvert.
Dans le deuxième cas, la découverte de l'auteur dépend de l'exactitude de l'hypothèse sur la nature des notes, et tant que eelle-oi n'est pas vérifiée, la découverte est impossible.
Les deux difficultés sont xlifférentes, mais équivalentes. Le général croit les détruire l'une par l'autre, frrâce à une combinaison de génie : de deux pétitions de principe et d'une contradiction il fait un cercle vicieux, et s'y enferme avec Dreyfus, le tenant à la LTorge.
Il suffit de souffler sur cette belle construction pour délivrer les deux prisonniers. Non, le mot note, serait-il répété cent fois, au lieu de quatre, dans le bordereau, ne saurait jamais prouver que l'auteur doit être un officier d'état-major et par con-
C est par une pétition de principe que, dans (( modifications aux formations de l'artillerie », le général Roget prend « formations » au sens de l'état-major. — Tris dans cette acception, dit le ;;énéral Koget. <e mot n'est empiloyé qu'à l'étatmajor. Mais,quelleacception?8i c'est le sens où l'on
l.S'j LE GÉNÉRAL ROGET ET DREYFUS
doit entendre les modifications résultant de la loi par laquelle ont été supprimés les pontonniers, le général fait là une nouvelle pétition de principe : il ne peut s'ajçir de ces modifications que si formations est pris dans son sens d'état major; par conséquent les deux mots ne s'expliquent pas réciproquement, et l'un ne peut servir à explicjuer l'autre, tant qu'il u'a pas été expliqué lui-même par un autre moyen.
Le général Roget n'aperçoit même pas la diffîtulté. Le 22 novembre, en étudiant la date du bordereau, il parle de la suppression des pontonniers, comme s'il n'y avait aucun doute possible sur le sujet de la note ; le 23, il se borne à affirmer « que le mot formations, employé dans l'acception qu'il a dans le bordereau, ne s'emploie qu'à l'étatmajor de l'armée ' . ')
Il aurait fallu que le général Roget prouvât d'abord qu'il était impossible d'admettre que formations fût pris ici dans le sens usuel de l'artillerie'.formation des manœuvres, formation de marche, formation de combat, etc.
Le général Roget ignore qu'à Tété de 1894, il y a eu des études pour des modifications aux formations de l'artillerie, en prenant le mot o formations» dans le sens des artilleurs. — Si, en 1894. il n'y avait eu aucune modification réalisée ou étudiée à ces sortes de formations, on comprendrait que le général Roget se rabattît sur les modifica-
I. Par le mot formation, dit le Ri'-néral Oonse, dans sa déposition du 12 décembre, on cntond, dans le lanf;aji;<> courant de létal-major, l'organisation ot In proupomcnt des ^''^''^cates unité» do guerre.
LE GÉNÉRAL ROGET ET DREYFUS ItST)
tiens dans le groupement des unités, qui résultaient de la suppression des pontonniers; mais le commandant Hartmann a appris à la Cour (Déposition du 1" fécrier.) qu'en 1894, « quelques brigades d'artillerie ont été chargées d'expérimenter un projet de règlement sur les manœuvres des batteries attelées. Ce règlement comportait précisément des modifications importantes aux formations des manœuvres de l'artillerie. » Ce projet a été appliquépar les deux régiments de la 3** brigade aux manœuvres de masse du camp de Chdlons, en août 1894.
Le commandant Hartmann cite à ce sujet un article de la France militaire du 11 août, qui annonce ces manœuvres, et où l'on relève cette phrase curieuse, à cause de la coïncidence avec deux indications au bordereau : « On n'essayera rien moins que le Projet de Manuel de tir et le Projet de Règlement sur les manœuvres des batteries attelées. »
De son côté, le général Deloye cite le texte d'une note, parvenue le 27 septembre 1894 à la direction de l'artillerie, où l'attaché militaire allemand demande ;i un correspondant des informations sur un projet de règlement des manœuvres des batteries attelées. ( 'cite note est ainsi conçue : « Quelle est la compo- >ition de batteries du régiment de corps à Châlons? Combien de batteries de 120? Quels obus tirenttlles ? Quels sont les effectifs des batteries ? Manuel 'le tir de l'artillerie de campagne 'f Réglette de lorrespondance? Mobilisation de l'artillerie? Le nouretni cnnon? Le noincaii fusil? l'onu.ifioii (l(>s
armées, divisioiïs et brigades de réseme. Le fort de Manonviller?' PPojet de Règlement sur les manœurres des batteries attelées. »
J'ai transf'rit entièrement cette note, parce qu'il est évident qu'elle a été faite à l'époque où les écoles à feu et lès manœuvres du camp de Châloiis rendaient possible à un observateur attentif de répondre à la plupart dès questions, et aussi parce que, sur cinq des notes annoncées par le bordereau, deux sont des réponses à des (juestions de cette note.
La note sur le frein hydraulique du 12G et la manière dont cette pièce s'est conduite répond à la question : Le nouveau canon ?
L'envoi du Projet de Manuel de tir de l'artillerie de ramparjne répond à la demande même Projet.
J*én conclus qu'il serait non seulement possible, mais encore très vraisemblable ([ue la note sur une modification aux/ormntions de l'artillerie fût aussi une réponse à la question : Projet dérèglement sur les manœuvres de batteries attelées f
Pindique même, en passant, une hypothèse à examiner, et qui semble ne l'avoir jamais été, quoique la note de l'agent étranger fût connue en septembre IRîM; l'auteur du bordereau n'àvait-il pas reçu un questionnaire semblable, et l'envoi annoncé parle bordereau ne ponmif-il p'- '''""> '"v réponse 'i ce questicmnaire?
Le général Roget pouvait, moins que personne, décider arbitrairement que, dans le bordereau . « formations » était un terme technique de Tétat-
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major. — Il est donc certain que, dans le bordereau, le mut de forniationti peut se prendre dans l'une ou l'autre de ses acceptions : acception d'artillerie (•ejjtion d'état-major. La connaissance du ÙM. M. lient envoyt^ pourrait seule permettre de dire exactement dani* quel sens il a été employé ; le ::<'néral Roget n'a pas le droit de décider qu'il est pris dans le sens d'étatmajor, pour en inférer ensuite, comme une chose démontrée, que l'auteur du bordereau, étant un officier d'état-raajor, peut être Dreyfus.
J'ajoute que la déposition du commandant Hartmann semble bien établir que, à partir du 28 août, il n'y avait plus rien à apprendre à Sclnvarzkoppen sur les modifications aux formations de l'artillerie résultant de la suppression des pontonniers. Ce jour-là, en effet, la France militaire publia la lettre ministérielle ' du 4 août sur l'application de la loi et des décrets complémentaires. Il en résulte que, si quelqu'un n'avait pas le droit de décider arbitrairement ({ue format ions de L'artillerie devait être pris au sens de l'état- major, c'était le général Koget, qui place l'envoi du l)or(l«'rerni {\-\\\< Ic^ derniers jours du mois d'août.
Par contre, j'ai le droit de noter :
1" Que, pour le sens du mot no^e, le général lioget 1 jugé contre le sens commun, par prévention ' «litre iJreyfus ;
",' ' i)\\'{-\\ (li vcil I.'i 1 1 1 11' -iM- i!i- II' nuit .ivci- !'ii-
iioii (lu 12 «iHcembre, cnnim»' d'un document confi-
' (tli voit iiii'il III- l'i-r.'iil iiliK :i l;i liii ir.-wint.
quart, il est tombé dans un gâchis logique extraordinaire;
3" Qu'il ;i a[)|)urt('' les nK'UU> ]in-vriiiiiMi> a.ui:^ l'interprétation du mot/ormfl'^/or?.s' que dans celle du mot notes :
4° Que, dans nu >cur~ » uiuuu- Waii> l'autre, les informations qu'il a fournies à la Cour sont tout à fait incomplètes.