‹ Le général Roget et Dreyfus; étude critique sur la déposition du général Roget devant la Cour de cassation (21, 22, 23, 24 novembre 1898, 28 janvier et 3 février 1899]Chapitre 31 sur 50 · I.i. i.l'.M-.KAL i;tli.l-.l I'. 1 DUl.'^l-l ~ l'-'l · texte numérisé non relu

I.i. i.l'.M-.KAL i;tli.l-.l I'. 1 DUl.'^l-l ~ l'-'l

Miinl'luii et celles de 1X94 est i)ar trop cliw- Me".

En fait, tes deux notes ayant été toutes le» deus rédi^'c'es à l'état-major, il importe assez peu que le liuidi'reau annonce l'une ou l'autre, pour savoir si l'on peut en déduire que l'auteur dn bordereau appartient à l'état-major. Miiiw en réalité, on ignom s'il s'agit de l'une des deux, et il pourrait •^e faire qu'il ne s'agît ni de l'une ni de l'autre.

Dans son commentaire du borderes^u j^.n i^ij^xm à Esterbazy, M. Cavaignae a dit (.9 novembre, aprèsmidi) : (( Il n'est évidemment pas impossible, les renseignements étant plutôt confidentiels que tout à faitsecret.s,(iu'uneindis<,-rétion fût commise, mais elle l'aurait été plus vraisemblablement au sein de l'étatmajor général, au sein duquel les études se poursuivaient. » Si le sein de l'état-major n'est ici que vraisemblable, on n'en peut rien tirer de valable pour l'induction qui permet de placer l'auteur du bordereau dans le groupe des officiers d'état-major : de l'aveu de M. Cavaignae, l'enceinte a une porte de

ii)iiiiiiiiriic.'iiii>ii .■i\'('c le (Iclinr-s.

. uiiial Zuiliiicl<;u a, a pmpos de cett<î yutf sur

'»% un posr^age admirable {D/; position du il no-

sait (ju'eii lMy4, c'est la note de f('*vrier (pii a

user Dreyfus; aussi, après avoir parlé du haut

t if la note d'août, à i;ouko des renseignements

r<'al«'rraait sur l'expédition préparée, il ajoute cau-

!i<Mit : " r Mints qui ne pouvaient être

.s fjued'uii major, ce qui pouvait per-

■ aisément m Cu u )ii\.r l'auteur, ont dû troubler

is, au moment de s<'s pn-micrs inlerro<jatolres, car

M. i. voit, à (!'■■;': i"-' ■■■ ■•' ■■ i- 1

:ette question.

102 LE CÎÉNÉRAL ROOET ET DREYFD8

Aussi bien le bordereau ne dit pas : Note sur le plan de campar/ne de Madayaacar ; il dit simplemant : Note sur Madagascar. Il y a donc doute sur la nature même de la note, et l'on ne peut dire si elle est géographique ou militaire. L'enceinte n'est donc plus qu'une trace hypothétique sur le sable, impropre à enfermer qui que ce soit.

Avec la date à laquelle le général Roget place l'envoi du bordereau, il est impossible d'admettre que la k note sur Madagascar » se rapporte à la note faite en août à l'état-major. — Il y a mieux: si l'on admet que la note du bordereau soit un extrait ou une copie de la note du mois d'août, il faut examiner quand et comment Dreyfus en a pris con naissance, puisque, en définitive, c'est lui qu'on cherche dans l'enceinte de l'état-major.

Le général Zurlinden dit que cette note a été élaborée au H" bureau où se trouvait Dreyfus : elle a été terminée le 20 et tirée le 29. Or Dreyfus n'est entré au 3' bureau que le 1"" juillet, six mois après que les études relatives à l'expédition de Madagascar avaient été commencées. Jamais on n'a établi qu'il ait eu, par l'officier ou les officiers chargés du travail préparatoire, communication de quoi que ce fut ; la preuve en est qu'on s'est rabattu, en 189-1, sur la note de février, parce qu'elle avait été copiée dans une antichambre. Enfin, les mêmes hommes qui déclarent (pie Dreyfus n'a pas su avant le 27 ou 28 août qu'il n'irait p.is m mantpuvres, et en concluent qu'il est l'auteur du bordereau, ne peuvent pourtant pas l'accuser d'avoir

LE «ÉNKRAL ROGET ET DREYFUS VXi

connu le 28 une note qui n'a été tirée que le 29 : ils doivent donc conclure de cette impossibilité qu'il n'est pas l'auteur du bordereau.

Ainsi, si l'on prend au pied de la lettre les assertions des généraux Zurlinden et Roget à propos de la Xote sur Madagascar, on s'aperçoit que, loin d'aider à construire une enceinte où l'on soit assuré de trouver Dreyfus, elles permettent d'en construire une où l'on est assuré qu'il n'avait pas pénétré à la date que l'on assigne au bordereau '.

La (( note sur les troupes de couverture » est rargument principal du général Roget, pour décider que l'auteur du bordereau est un officier d'état-major. — Le général Roget, dans sa déposition du 23 novembre, a consacré un long dévelop- I>ement au deuxième paragraphe du bordereau : Note sur les troupes de couverture [quelques modifications seront apportées par le nouveau plan). L'objet essentiel de sa démonstration est de démontrer qu'une note annoncée dans ces termes ne peut venir que d'un officier de l'état major, de ce qu'il appelle « un officier de la maison ».

Il y a à cet égard, dans la phrase du bordereau, deux points à examiner : l*' troupes de couverture ; 2** les modifications qui seront apportées par le nouveau plan aux troupes de couverture.

1. Voir siir Madagascar la déposition du commandant Hartmann (/"/Vcner», très intéressante, parce qu'elle donne des extraits de journaux militaires de 1894, et se l'onde sur le rapport du général Ducheine.

I 'i II- GÉNÉRAL ROGET ET DREYFUS

Le général Rog'et affirme, sans le savoir, qu'il s agit d'un dispositif d'ensemble des troupes de couverture. — Sur le premier point, les troupes dv. courcvture, le géïK'Tal Roget s'est bien gardé dt> faire une analyse complète du sujet

Il a pris soin, en commençant, de faire observer que le bordereau ne parlait pas « de la couverture au point de vue théorique », ce qui parait probable, eu effet, puisqu'il est question de modifications ;.maiaiia dépju^sé aussitôt après^ les limites permises à l'induction, eu ajoutant qu'il ne s'agissait pas « de telles ou telles troupes qui seraienteonnues de l'auteur, mais des troupes en généraU c'est-à-dire d'un (lispusitif (V ensemble ». Peut-être oui, peut être non. Leindications du l)ordereaii sont, comme il convient à un bordereau, des indications sommaires ; l'auteur ne .^e pique pas d'une précision et d'une corrcifion de langage parfaits^ et de ce qu'il n'a pas m\> troupes de couverture », mais « Zes troupe- m couverture », il est tout à fait abusif de conclure qu'il a nécessairement exposé dans sa note un dispositif d'ensemble. Il est tn»s possible qu'il n';ut parlé que de ce qu'il savait sur les troupes de couverture.

Le point de départ du général Roget est donc fixé arbitrairement, et il eu résulte, pour commencer, qu'une chance d'erreur radicale s'attache à tout le commentaire qui suit.

Le général Roget affirme, sans le savoir, qu'il s'agit des ordres de transport relatifs aux troupes de couverture. — Si l'on accepte le dispu'-itif d'ensemble comme point de départ, on voit que le

LE GÉNÉRAL ROGET ET DREYFUS l'U

jréuéral Hop^t. dans les (.'onséquences qu'il eu a tirées, a (^outinué de s'abstenir d'une analyse complète. Il a cru ou feint de croire (juc, sous ce mot troupes de couvertnre , il ne pouvait être question (|ue des ordres de mouvement aux troupes de cou verture; ces ordres, préparés par l'état major, sont, par nature, secrets, comme tout ce qui concerne la < «mcentration, et ne doivent être connus qu'à l'ouverture de la campagne. A la place de « troupes de courertitre)), le général a donc lu « transport de^ troupea (le couverture yy, ce qui, en effet, ne laisserait place à aïK'Uu doute, si le mot de /"/vf/îiîpor^était écrit en toutes lettres, mais ce qui est une simple hypothèse, du moment que ce mot ne se trouve pas dans le bordereau.

Le général Roget n'a pas tenu compte, dans son raisonnement, de l'existence des troupes de couTerture en tant que vivantes et visibles. — Si le général Roget avait tenu ;i donner à la Cour de cassation une idée complète du sujet*, il aurait été indis pensable qu'il ne lui parlilt pas seulement de ce qui en est la partie invisible et secrète; il y a, en effet, une partie visible et publique, dont les modifi- • ations sont nécessairement visibles et publiques, et peuvent donner lieu à des observations intéressantes de la part d'un agent de renseignements.

Les troupes de couverture n'ont pas, en temps de paix, une existence purement théorique ; elles exist<!it it que sur le papier, et le lecteur le

l)lu- ' — ^ . aux choses militaires peut s'en aper- •evoir à quelques détails de la déposition du général Roget lui-mémei ou de celle de M. Cavaignac.

■ i.M KM. l;tn.i.i i.i l»i^l.^^L

Le gciicnil Ro{^et parle d'une objection qui lui fut faite par un officier d'état-niajor d'une division de couverture : il y a donc des divisions qui sont des divisions de couverture et qui le savent.

M. Cavaignac a dit, dans sa lettre du IH avril 1899, au président Mazeau, « que l'emplacement des troupes de couverture en temps de paix pouvait être connu, qu'il n'avait qu'une importance secondaire ». Ce dernier détail est sui)erflu : l'essentiel est de .savoir que la disposition d'ensemble des troupes do couverture en temps de i)aix n'est pas secret d'étatmajor.

Le général lîu^xl, eu t:\plitiuani la préparation des ordres de transport nouveaux pour la couverture, en vue de l'automne de 1891, a dit que cette préparation avait été nécessitée par des changements de garnison, qui devaient, à cette époque, modifier l'emplacement de presque toutes les troupes de couverture. Il est donc certain que, au moment où le bordereau a été écrit, on se trouvait à la veille de modifications importantes dans la disposition d'ensemble des troupes de couverture, et (juane note sur ces changements prochains, tout en étant moins intéressante qu'une note sur les transports de ces troujxjs après la déclaration de guerre, pouvait avoir son utilité.

(( Une note sur les troupes de couverture, dit M. Cavaignac (Déposition du U novembre ISOS.), implique la connaissance de renseignements de fait. M Assurément; mais toute la question est de bavoir si ces renseignements de fait ne peuvent Atrc que des secrets d'état-major. M. Cavaignac n !.•

général Roget ne se le sont même pas demandé dans leur déposition.

M. Cavaignae ne s'est décidé à parler de remplacement en temps de paix que dans sa lettre à M. Mazeau {18 avril] ; c'est qu'il sentait alors le l)esoiu de répondre au commandant Hartmann, qui ;ivait signalé dans Xq Journal des sciencea militaires de mai 1894 un article sur « Le 6"® corps et les troupes de couverture », où se trouvent, sur la composition de celles-ci, les renseignements les plus détaillés. Tout ce que M. Cavaignae a trouvé à répondre, c'est que cela est secondaire, comme s'il était évident a prtort qu'aucune des notes du bordereau ne peut être faite de renseignements de second ordre.

C'est toujours le môme système, et plus âpre encore chez M, Cavaignae que chez le général Roget, d'établir comme un dogme, à la seule lecture du texte, l'importance primordiale de tout ce qu'annonce le bordereau en termes vagues et incomplets, afin de tirer ensuite de cette importance un argument contre Dreyfus.

Rien ne prouve qu'une note sur les troupes de convertures ne puisse sortir que de l'état-major. — Le silence du général Roget sur tout un côté du sujet indique par le mot troupes de couverture implique, dans son esprit, la i)étition de principe ou le cercle vicieux que nous connaissons déjà : ionsidérer comme prouvé quelque chose qui ne l'est pas; jnvoquer ensuite comme preuve quel(|ue <"hose qui aurait besoin d'être prouvé.

J'.'S i.i: <;É\i:uAL roget et dreyfos

Pour iiuus, nous ne pouvons consentir n». ... m 11..11, il admettre comme hor<! de doute qu'une note .tur /es- troupes de aouoerturfi ne puisse sortir que de

]V''f -1 1- 111 ri iiif.

Kicn u indique que les (( modiâcations)) soient des modifications d'ordre secret, exclusivemeut connues de l'état-major. — Mais, dini-t-on, à 1}<>té du mot troupes do couverture, (jui ••effet, un termegéuéral, il y a une indit-ation pi entre parenthèses : (quelques modijicationa seront apportées par le nouveau plan). C'est là l'indice que la note sort de l'état-major.

Il faut faire observer d'aJbord que la nature dc modifîcatioiis dépend de celle de l'état de c! au([uel elles s'appliquent. La note ne donu»demment pas ces modifications, puisqu'elle les- tait seulement prévoir ; mais les donnerait-elle, on n'en resterait pas moins euprtisence de deux hypothèses, également acceptables et invérifial)li' celle des changements aux ordres de trauspuii - u temps de guerre; — celle des chanirements aux résidences en temps de paix.

Le général Roget répomli... .t ■ t i.. .,...: .. .|.ii indique la source d'état-major, c'est <|ue Fauteur du bordereau a su que le nouveau plan entraînerait pour les troujjes de couverture ■!•< i.i...l.iîi -.li..,,^ de ((uelque nature qu'elles suieiii

Il est impossible qu'en août 1894. lo fait que l'état-major travaillait, depuis le printemps précédent, à un nouveau plan de concentration, pour

LE GÉKfiRAL ROC. ET ET DREYFUS l'»

le printemps suivant, ait été un fait absolument igpnoré dans le reste de l'armée. — Pour qu'on fût oblifît' d'admettre que Tannonce de modifications auK troupes de couyertUTe, par suite du nouveau plan, venait né<'essairenient de l'état major, il faudrait <|ue, au moment où l'on place la rédaction du liordereau, la préparation d'un nouveau plan de concentration pour le printemps de OH eut été un secret. Le jjéntT.il Hu'M'f iT.» n.i< osé Icilivc ot il ne l'aurait pas pu.

Il a admis que Dieylus ait pu, à Bourges, ap prendre par conversations des choses intéressantes sur le frein hydropneuma'tique; il nous a représenté, pendant la période d'essais de ce frein, tous les officiers d'artillerie de Bourges à l'affût des moindres renseignements sur un sujet dont le secret était alors entre dix personnes; il sait très bien qu'une opération aussi vaste que la réfection du plan de concentration ne peut être entreprise à l'état-major, sans qu'il en transpire quelque chose au dehors.

Par lui, nous savons qu'il y a eu délibération du (.'onseil supérieur de la guerre, puis négociations entre trois l)ureaux de l'état-major, avant d'arriver :i un accord. II a reconnu que les jeunes stagiaires (le ces bureaux ne sont pas toujours très discrets, ' <pf ils restent en relations avec leurs camarades de l'Kcole de guerre, et (ju'il y a, près de l'École militaire, un café où des jeunes gens ont parlé des travaux de l'état-major ». La réfection du plan n'était [)as un de «es travaux qu'on pût leur laisser ignorer.

raisons pour lesquelles les stagiaires n'étaient pas allés aux manœuvres était cette réfection même. Il est donc supposable que l'exécution de ce tra\ail a été connue autre part qu'à l'état-major.

L'aveu précis en a d'ailleurs été fait par le géuùral Roget. Il a demandé, eu terminaut son développement sur ce sujet, « comment quelqu'un qui n'était pas de la maison aurait pu parler du nouveau plan avant la fin de juin, attendu que la première communication relative au nouveau plan, qui ait été faite aux commandants de corps d'armée, l'a été par lettre du 20 juin ». Il est donc sûr, d'après lui-même, que, postérieurement au 20 juin, la nouvelle de la réfection da plan pouvait se répandre par d'autres conversations que celles des officiers de l'état-major, et que quelqu'un qui n'était pas de la maison pouvait en parler en août.

Ici nous touchons au dernier réduit de l'hypothèse du général Roget. On a pu savoir qu'il y avait un nouveau plan en préparation; mais savoir que le nouveau plan entraineraitdes modifications pour les troupes de couverture, c'était là le secret des secrets. <( C'est, a dit M. Cavaignac, une de ces décisions qu'on prend dans l'intimité même de la direction ; on arrête une mesure, on reconnaît qu'elle implique de grandes difficultés et on arrête dans son esprit qu'elle ne sera que provisoire : c'est là une décision qui no jwrterason effet qu'ultérieurement, qui n'en-

tr.MÎllO [VIS (\0 !)u'vnr«'< ij'i-vi'.iitir)!!. ))

Il est inadmissible qu*eu août 1894. on ne se soit pas préoccupé dans les corps des modifications aux

troupes de couverture, — dunouveau plan déconcentration, — des difficultés qu'il y avait à les accorder. — et des changements de garnison qui en résulteraient au printemps. — Il semble, à lire ce passage de M. Cavaignae, que letat-major plane loin des réalités matérielles, méditant dans son cœur la solution de problèmes abstraits. La réalité est tout autre et nous nous en apercevons aux renseignements mriiit's (|ue donnent M. Cavaignae et M. Roget.

Le générai Koget croit triompher parce qu'il a découvert que les états-majors intéressés n'ont reçu les ordres de transport de la couverture que le 20 octobre, et ont été prévenus en même temps que, pour certaines unités, on avait maintenu les transports de l'ancien plan, ce qui entraînerait des modifications lors de l'application du nouveau.

Mais cette communication du 20 octobre n'avait rien d'imprévu pour les chefs de corps d'armée; elle était le terme d'études qui ne s'étaient pas poursuivies exclusivement à l'état-major général, qui avaient entraîné, entre eux et lui, une correspondance déjà longue.

Les chefs de corps avaient reçu dès le 20 juin (/>éfpo.'!»i7wn/?o/7e^) la première communication relative au nouveau plan. Dès le milieu de juillet (Déposition Cavaif/nac.)ou leur avait demandé les renseignements relatifs aux modifications de la couverture. (( C'est alors, dit M. Cavaignae, qu'on avait touché du doigt la difficulté de modifier la couverture en fonction du nouveau plan, avant l'application totale de ce plan, et ces difficutés n'étaient pas des diffi-

cultes d'ordre abstrait : une division passait de la conceutration à la couverture, et une delà couverture à la concentration.» Est-il invraisemblable que, dans ces divisions mêmes, il ait transpiré quelque chose de ces difficultés et des incertitudes qui en résultaient?

Ces difficultés se liaient aussi en partie, nous ie savons par le général Roget, à des changements de garnison : un .régiment de cuirassiers devait aller occuper un quartier neuf à Noyon. Ce quartier n'avait pas été bâti en secret; le régiment qui devait l'occuper n'a pas été désigné à Timproviste, non plus que les cinq autres régiments de cavalerie qui devaient se déplacer à sa suite. Il n'y -a pas de sujet de conversation plus palpitant dans une garnison que le changement de garnison : on en cause beaucoup et longtemps à l'avance ; ce ne sont pas secrets d'état-major.

Ainsi, avec les éléments mômes fournis par MM. Roget.etCavaignac, on arrive à constater que, s'il s'agissait de modifications dans l'emplacement des troupes de couverture ou dans leur composition, il est absolument invraisemblable qu'en août 1894 le secret en ait été enfermé dans les bureaux de l'étatmajor avec celui des transports; on s'en est certainement inquiété dans lescorps, en même temps que des difficultés que ces modifications rencontraient, deshésitations qui en résultaient, etdes ajournements jusqn'à l'application du plan mou veau.

Donc, les affirmations du général Roget et de M. Cavaignac ne suffisent pas pour prouver qu'aucune partie du paragraphe 2 du bordereau indique nécessairement un officier d'état-major.

LE GÉNf^BAL, ROGET ET DREyFl•^

Il n a jamais été prouvé que Dreyfus ait été à même suivant l'hypothèse du g-énéral Boget, de connaître tous les transports de la couverture. — Mais, si la noie sur les troupes de couverture décèle uu officier d'état-major, alors un contrôle particulier devient nécessaire, et, au lieu de se contenter de l'indication vague d'une enceinte où Dreyfus se trouve avec beaucoup d'autres, il faut prouver qu'il a été réellement en état de fournir des documents secrets sur la couverture. Or, ni M. Cavaignac, ni le général Koget ne l'ont fait.

Us ont donné sur lui une .seul» indication précise, et leurs dires ne concordent pas d'une manitire absolue. Dreyfus, dit le général Roget, chargé uu jour, à la fin d'août, de surveiller à l'imprimerie du service géographique le tirage de documents relatifs à la couverture, «se rendit à l'imprimerie du service intérieur, et cette erreur est tout à fait sinr/ulière. 'idant ce peut n'être qu'une erreur. Les docu-

-qu il ra,pporta du service intérieur ne parurent

pas pouvoir être utilisés ; on lui laissa les docu- - entre les mains pour les faire tirer de noule lendemain; c'est lui, en effet. (|uL. le Iciulomain, surveilla le travail. »

M. Cavaignac raconte le fait de son côté / sition du JO nooemhre.) dans les termes sui\ " Le commandant Deprcz se souvient qu'il chargea ■■ 'us de porter des renseignements .secrets 1- à la couverture à rimprimcrie du service intérieur, au lieu de le porter à l'imprimerie du >ervic . iphiqucde l'armée, et que l'impres-

siou 1 mal faite, on laissa les documents

vingt-quatre heures à la disposition de Dreyfus, pour les reporter à l'inàprimerie du service géographique. »

Dans cette version, la note malveillante de singularité donnée par le général Roget disparaît, et l'erreur n'est plus le fait de Dreyfus, mais celui du commandant Desprez.

Dreyfus du reste a reconnu qu'il avait eu ces documents secrets entre les mains, dès son premier interrogatoire, et n'a pas eu à ce sujet la moindre réticence.

Ces documents étaient relatifs aux approvisionnements et non pas aux troupes elle-mêmes ou à leurs transports. « La lecture de ce document, a dit le capitaine Cuignet, ne permet pas de connaître quelles seront les troupes alimentées par les centres d'approvisionnements. » Aussi, comme personne n'est jamais en peine d'hypothèses, dès qu'il s'agit de Dreyfus, le capitaine déclare « qu'il y a tout lieu de croire que l'auteur du bordereau s'est inspiré d'une instruction sur les troupes de couverture» qui appartient au 3^ bureau.

C'est une affirmation gratuite. Du moment qu'on nomme un document précis, il faut faire un contrôle précis, et montrer quand, comment, où Dreyfus a pu le prendre. Personne n'a jamais rien fait de pareil pour ce document.

J'ajoute que le gros du travail sur la couverture avait été fait au 3^ bureau pendant le '1®"^ semestre, que Dreyfus était alors au 2*' bureau, et que le 2* bureau a été le seul oiî on ne s'occupât pas de la question.

LE (iÉNÉRAL ROGET ET DREYFUS 205

La note sur les troupes de couverture ne prouve absolument rien contre Dreyfus. — Il est donc évideut que, sur ce point comme sur les précédents, le général Roget a pris ses désirs pour des réalités.

Pour nous, qui nous croyons obligé de constater les réalités les plus contraires à nos désirs, nous devons noter :

1" Que le général Roget a interprété abusivement les paragraphes 8 et 4 du bordereau (formation de l'artillerie et Madagascar) ;

2*^ Qu'à la date où il place le bordereau, il lui est interdit de soupçonner Dreyfus d'avoir connu la note d'août sur Madagascar;

3'' Qu'il a substitué aux mots troupes de couverture les mots transport des troupes de couverture;

4° Qu'il n'a pas fait entrer un seul instant en ligne de compte, dans ses hypothèses, l'existence matérielle des troupes de couverture, et a laissé ignorer à la Cour tout un côté du sujet ;

5° Que, même dans le cas où ses hypothèses sur la note du bordereau relative aux troupes de couverture seraient exactes, il n'a ni montré ni même essayé de montrer comment Dreyfus aurait pu s'en procurer les éléments, et s'est encore une fois contenté d'indiquer une possibilité.

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