‹ Le général Roget et Dreyfus; étude critique sur la déposition du général Roget devant la Cour de cassation (21, 22, 23, 24 novembre 1898, 28 janvier et 3 février 1899]Chapitre 45 sur 50 · Voirnotamment les I^'Ures d'nn iniwrcnt, chez Stock · texte numérisé non relu

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avec une précision excessive, « un double du bordereau ».

Le général Roget a eu, dit-il, le renseignement par correspondance, sans autre précision. Il me paraît difficile d'admettre que M. Picqué ait écrit au général Roget autre chose que ce qu'il a déclaré à la Cour, le 13 janvier.

La découverte et la saisie d'une reproduction du bordereau dans un gilet de Dreyfus ne prouve nullement qu'il ait la connaissance parfaite des motifs de sa condamnation. — Une troisième observation est beaucoup plus grave, car elle porte sur le raisonnement même du général Roget.

(( Dreyfus, dit-il, conijiaît parfaitement les motifs de l'accusation née du bordereau.

)) C'est pour cela qu'il est étrange qu'il n'en parle jamais. »

Il est évident que, si Dreyfus est l'auteur du bordereau, il connaît parfaitement les charges qui l'ont ■fait condamner. Mais, comme le général Roget prétend donner une preuve de- sa culpabilité, il ne peut la fonder sur la culpabilité elle-même, et c'est d'une autre manière qu'il a bâti son raisonnement. Au lieu de dire : « Il est étrange que Dreyfus ne parle jamais du crime qu'il a commis, » il dit : « Si Dreyfus était innocent, il parlerait des charges qui l'ont fait condamner, car il les connaît bien, et la preuve qu'il les connaît, c'est que, avant son embarquement, on a trouvé un double du bordereau, dans un de ses gilets.» Ceci ne peut signifier qu'une chose, c'est que Dreyfus a rétabli de mémoire le bordereau après sa

condamnation, et qae, par oonséfjnent. il doit lo savoir encore par cœur.

A cela la réponse est facile, ."m uii.i^.tw i.n-x- .i Dreyfus le double du bordereau, assurément il connaîtrait ce document aujourd'hui aussi bien qu'il le connaissait au moment de son départ. Mais on lui a enlevé cet aide-mémoire, et, par conséquent, s'il est innocent, sa mémoire s'est retrouvée dans le même état que si le double n'avait jamais existé; le ^'énéral Roget ne peut donc employer ce double comme arj^ument.

Il demeure évident que, si Dreyfus est mnu cent, sa mémoire ne peut connaître les charges qui l'ont fait coiidamner de la même manière que ^'i! est coupable.

A supposer même qu'il eût appris le bordereau par («pur, les commentaires du bordereau, qui sont, cil rcilitc, l'essentiel, peuvent maintenant lui échapj)er. Systématiquement privé de tout document écrit, qui se rapporte à son procès, n'est-ce pas le plus simple et, partant, le plus naturel pour le condamné, de s'enfermer dans une protestation absolue d'inno- '■ au lieu d'aborder une discussion à armes lies, en se sentant incapable de la poursuivre jusqu'au bout? Si Dreyfus est innocent, rien n'a pu,

"'alité, édaircir pour lui le mystère de sa coniiation; comment oserait-il encore essayer de '^e disculper tout seul, alors qu'il n'y a pas réussi avec l'aide d'un avocat ?

Si donc, pour juger l'attitude de Dreyfus, depuis qu'il est condamné, on part de l'hypothèse de son :'" "•'■ •' TK" parait entre rriffitiidcff l'hvpothèsc

aucun désaccord qui oblige à abandonner l'hypothèse.

Le général Roget laisse planer le doute sur la nature de la pièce saisie à Saint-Martin-de-Ré, de manière à faire naître contre Dreyfus une présomption nouvelle de culpabilité. — Le général Roget ne s'est pas contenté de raisonner à faux ; il a presque avoué qu'il n'était pas sûr du fait sur lequel tout son raisonnement s'appuie.

Pour que son raisonnement tienne, il faut que le double dont il parle soit une copie du bordereau faite au moment du procès; or, quand le président demande au général si, d'après lui, c'est cela, ou bien si c'est un véritable double de l'original, datant de l'époque même de la trahison, le général Roget ne sait que répondre. « Je ne pense pas, dit-il, qu'il s'agisse d'un double » ; mais il ajoute aussitôt : « Je n'en sais rien, je n'ai pas vu la pièce. »

Notez qu'il n'a pas besoin d'avoir vu la pièce, peur savoir si elle es* contemporaine de la trahison.

Il est invraisemblable qu'un traître double la chance qu'il a d'être pris en s'amusant à garder chez lui la copie d'une pièce aussi compromettante que le bordereau.

L'invraisemblance est plus forte pour Dreyfus que pour n'importe quel autre, puisque l'accusation a admis que, sur le bordereau, il avait eu la prudence de déguiser son écriture.

Enfin, eût-il fait et gardé chez lui ce double

compromettant, il est invraisemblable que cette pitVeait échappé aux perquisitions et aux visites de vêtements faites dans los .liv.^r-os prisons où a passé Dreyfus.

Le général Roget avait Jonc toutes sortes d'excellentes raisons pour s'en tenir à l'hypothèse d'une > opie faite pendant ou après le procès : elle était la >eule vraisemblable; — il en avaitbesoinpoursoute- "nir que Dreyfus connaissait très bien les charges établies contre lui; — il avait enfin besoin de soutenir que Dreyfus connaissait très bien ces charges, pour en déduire que son silence l'accusait. Il oublie tout cela devant une question du président, et, non content d'avoir étayé son raisonnement sur des soutiens branlants, il coupe ceux-ci par le pied.

Il est vrai que, si on laisse croire àl'existence d'un double du bordereau contemporain de la trahison, et précieusement serré dans une doublure de gilet décousue puis recousue, on crée dans l'opinion publique une présomption nouvelle de culpabilité contre Dreyfus : volontairement ou non, c'est à cette tentation qu'a cédé le général Roget.

Nullité des arguments psychologiques tirés de la correspondance de Dreyfus. — Dans les trente lignes qu'il a consacn-es à la preuve psychologique tir^e de la correspondance du condamné, nous relevons :

1" Une expression inexacte,doMtri!!''v ., t;fn,)....<t dirigée contre Dreyfus;

2" Un récit inexact, dont l'inexactitude est dirigée contre Drcvfu< :

3° Une appréciation inexacte, dont l'inexactitude est dirigée contre Dreyfus ;

4^ Une réponse incertaine, dont l'incertitude est dirigée contre Dreyfus ;

5" Une contradiction dont les deux termes sont alternativement dirigés contre Dreyfus,

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