SIE FEEDEEICK HALDIMAND A QUEBEC
L'ex-jésuitb Roubaud (Extrait du Rapport de l'archiviste D. Brymner, 1885.)
Pierre-Antoine Roubaud naquit à Avignon, France ; sa mère était calviniste, et tous ses frères et sœurs furent élevés dans ce culte. Lui se fit catholique, entra dans les ordres, et vint au Canada en juin 1742.
Il fut chargé de la mission abénaquise de Saint- François-du-Lac, et suivit les Peaux-Rouges, comme leur chapelain, durant la campagne de 1757, sous Montcalm. Présent à l'affreux massacre du fort George, il réclama dans une lettre le mérite d'avoir arraché à ces barbares plusieurs prisonniers anglais, et notamment un jeune enfant, au moment où l'on se diposait à le faire bouillir vif dans une grande chaudière.
En 1762, Roubaud était encore à Saint- François-du-Lac, malgré les ordres de ses supérieurs. Il vint cette année aux Trois-Rivières, et obtint du gouverneur Haldimand la permission d'accompagner un parti d'Indiens à la recherche d'une mine d'or qu'il disait exister aux environs. A la suite d'une perquisition infructueuse, Roubaud retourna aux Trois-Rivières, ses habits en lambeaux, dénué de tout; on lui procura une soutane et autres habits indispensables. Haldimand, désireux de le retenir loin de sa rnbsion, qu'il scandalisait par son train de vie, lui assigna comme occupation la préparation d'un code de lois françaises pour le Canada: tâche qu'il mit bientôt de côté; puis il réclama de l'aide une seconde fois-
Bientôt il passa le temps en voyages de Saint-François-du-Lac aux Trois-Rivières, au grand déplaisir de Haldimand. Enfin il arriva aux Trois-Rivières, frappé d'un mal affreux, refusa l'asile qu'on lui offrit à l'hôpital desservi par des religieuses, et s'aventura dans son canot d'écorce, en route pour Québec, espérant, disait-il, s'y faire arrêter comme prisonnier politique et y acquérir de la notoriété. Le général Murray, à la demande des jésuites de Québec, voulut le renvoyer à Haldimand, pour qu'il l'expédiât à sa mission, mais le gouverneur des Trois- Rivières, fatigué de ses obsessions constantes, écrivit le 24 octobre 1762 au général Murray, de le placer sous la garde des jésuites, à Québec, ajoutant que Roubaud était un homme sans foi ni honneur, qui lui avait causé plus d'ennuis que la moitié de son gouvernement, et que les jésuites étaient ceux qui devraient surveiller leur confrère et prévenir de nouveaux scandales de sa part.
Le gouverneur Murray, plus tard, se laissa gagner par Roubaud, le fit sortir de la maison des jésuites, et loger sous son toit. Roubaud dit alors adieu à l'ordre, abjura sa foi, et prêta le serment requis : ce qui, à ce qu'il prétendit, lui valut une amôre persécution. Roubaud ajoute que, pour échapper à la vindicte de l'ordre, il accepta la mission que le général Murray lui confia, et s'embarqua pour Londres, afin de hâter le règlement de la réclamation que l'Angleterre avait contre la France, au sujet du papier-monnaie de la colonie, réclamation que la France refusait de reconnaître. Roubaud prétend que, grâce à ses démarches, le règlement de cette affaire valut £1,000,000 sterling à l'Angleterre, et ne lui rapporta que de faibles bénéfices.
Le R.P. Glapion, supérieur des jésuites, prétend au contraire que Roubaud fut envoyé à Londres, parce que la vie licencieuse qu'il continuait de mener dans sa mission exigeait son prompt départ, tant pour le bien de la mission que pour l'honneur de l'ordre.
Ou Roubaud n'avait pas abjuré, quand il devint le commensal de Murray, ou sa conversion fut tenue secrète. A son arrivée à Londres, il devait se mettre sous la direction du général des jésuites. Le P. Glapion, à la suite d'une entrevue avec Murray, conclut un arrangement avec Roubaud, comme suit:
Les jésuites seraient tenus :
lo De solder le coût de sa traversée de Québec à Londres ;
2o De le vêtir convenablement en habits laïques ;
3o De lui fournir l'argent et les provisions nécessaires pour le voyage ;
4o De lui faire tenir, à dater de son arrivée en Angleterre, une somme de dix guinées par mois, durant cinq mois;
5o De payer ses frais de voyage de Londres à Rome, dès que le général de l'ordre le manderait. On avait fixé cinq mois de durée pour la pension, pour donner le temps d'arriver aux nouvelles de Rome, en réponse à ses lettres.
La pension, cependant, à la demande expresse du général Murray, se continua une année entière. Roubaud, pendant son séjour à Londres, ne changea pas son train de vie. Sous le prétexte de sa prétendue réclamation contre les jésuites, il fit des emprunts pour solder ses nombreuses dettes, et peu de temps après, il envoya une une lettre menaçante au général, réclamant sa part dans leurs biens, comme de droit. Pendant un certain temps, il disait faire partie de l'ordre ; mais, bientôt il employa toutes les sommes qu'il en retirait au soutien d'une femme qu'il avait ramassée dans la rue, et qui, peu à peu, descendit au dernier dégré de la dépravation, comme il l'avoue lui-même.
Bientôt il se fit comédien, et remplit des rôles à l'opéra de Londres, comme suprême ressource contre l'indigence.
J.-M. LeMOINE — SIR FREDERICK HALDIMAND A QUEBEC
Il sut néanmoins, malgré ses désordres, garder quelque crédit à la Cour, et fit de l'opposition au successeur de Mgr Montgolfier, M. Briand, quand celui-ci alla demander à Londres l'autorisation du gouvernement britannique pour se faire consacrer évêque en France. Roubaud suscita mille tracasseries aux jésuites, et en impos-a à lord Shelburne, au point que ce dernier recommanda au gouverneur Carleton un placet que Roubaud avait présenté, réclamant une pension pour services rendus. La misère le rendit ingénieux et hardi. Tantôt on le trouve secrétaire d'ambassade en Hollande, tantôt préparant les mercuriales de Du Calvet et ses dossiers, pour les tribunaux de Londres, contre le général Haldimand. En 1783, il sut se concilier les bonnes grâces des deux délégués de la colonie, MM. Adhemar et Delile.
Il trahissait son ami Du Calvet d'abord, en lui dérobant sa correspondance privée, et trahissait plus tard Adhemar. Il se faisait leur délateur auprès de Haldimand. On perd toute trace de ce misérable vers 1787. Il mourut probablement à Londres ou à Paris. " C'était un génie, dit sir Guy Carleton, un habile écrivain, doué d'une imagination rare; mais un caractère fourbe, sans une parcelle d'honneur onde probité." Il existe deux documents aux archives du séminaire de Québec portant sa signature.