Crémazie
J.-M. LeMOINE
lord North. Il a été témoin de ce grand schisme de la vigoureuse nation anglo saxonne — scindée en deux par le traité de 1*783 — mais devenue par la suite encore plus puissante, et comptant maintenant trois cent millions de sujets. Il a pu suivre, en Angleterre, la marche des événements qui, en 1791, nous donnaient nos institutions représentatives.
Tels sont quelques-uns des incidents de notre existence coloniale, dans lesquels Haldimand a eu sa part de sollicitude, de déception, de succès, de dangers, de gloire et de récompense.
Pour traverser l'ère critique de 1778-84, durant laquelle la supression de la révolte anglo-saxonne causa tant d'insomnies au puissant monarque de la Grande-Bretagne, il fallait en Amérique, d'abord, une habile et vigoureuse direction militaire, et, comme auxilliaire au Canada — le point d'appui en ce moment fatidique — une administration ferme, peut-être même marquée au coin de la modération, à cause des Canadiens, nouveaux sujets dont l'allégeance n'était pas encore bien affermie. C'était moins un gouverneur populaire comme sir Guy Carleton que la Couronne recherchait, qu'un alerte commandant militaire, prêt à toutes les éventualités.
Le débonnaire, mais opiniâtre souverain, George III, crut l'avoir découvert dans l'habile homme de guerre qui lui revenait d'Amérique, fier de ses états de service à Philadelphie, aux Florides, à New-York, à Montréal, et aux Trois-Rivières.
Plein d'énergie, lettré, organisateur, familier avec la langue, les mœurs, les us et coutumes du pays, Haldimand accepta la tâche sans hésiter, ne se doutant guère, comme bien d'autres de nos proconsuls, peut-être, que le temps viendrait, où il demanderait à être relevé de son commandement, sans en attendre l'expiration du terme.
Frédérick Haldimand naquit à Yuerdun, canton de Berne, Suisse, vers 1732. C'était un bel homme, d'une haute taille, d'un physique imposant, d'un commerce agréable. Il était célibataire. Bibaud lui reconnaît de l'esprit, des talents, des connaissances l.
Bien jeune, il alla faire ses premières armes dans les légions du roi de Sardaigne. Puis, désireux de se perfectionner dans le métier de la guerre, il se fit inscrire aux cadres militaires du roi de Prusse. Trois années plus tard, il était nommé lieutenant aux Gardes, avec le rang de lieutenant-colonel. En 1754, Haldimand acceptait du service dans l'armée anglaise. Conjointement avec son ami, Henri Bouquet, fort distingué plus tard, il recevait un brevet de colonel dans le 60e Royal American, qui venait d'être levé dans les provinces anglaises d'Amérique.
Le conflit prolongé entre l'Angleterre et la France, commencé en 1755, lui procura bientôt l'occasion de manifester au grand jour ses aptitudes militaires. En 1756, on lui assigna un commandement à Philadelphie. L'assaut malheureux que les Anglais entreprirent contre la position retranchée de Montcalm, le 8 juillet 1758, à Ticonderoga (Carillon), fit ressortir avec avantage la bravoure et l'habileté de Haldimand.
Le général Prideaux, se dirigeant sur Niagara, en 1759, avait laissé ce dernier à Oswego, pour y construire un fort comme dépôt de provisions et de munitions de guerre pour l'armée anglaise.
1 Histoire du Canada, Bibaud, t. II, p. 81.