‹ Le general Sir Frederick Haldimand à Québec, 1778-84Chapitre 5 sur 10 · SIE FEEDEEICK HALDIMAND A QUÉBEC · texte numérisé non relu

SIE FEEDEEICK HALDIMAND A QUÉBEC

Le colonel Haldimand avait 1,000 hommes sous ses ordres. Le marquis de Vaudreuil y dépêcha nu corps d'armée beaucoup plus considérable, sous la conduite du chevalier de La Corne, pour s'emparer de ce poste, qui était d'une importance vitale ; car, une fois ce fort au pouvoir de l'ennemi, les soldats de Prideaux se seraient trouvés sans provisions ni munitions de guerre, à deux cents milles de leurs quartiers généraux.

Le commandant avait si bien concerté ses plans de défense, qu'il résista victorieusement aux rudes assauts qu'il eut à subir, le jour aussi bien que la nuit, de la part de La Corne aidé de 600 sauvages.

Le poste se maintint, et, deux jours plus tard, le général Prideaux ayant trouvé la mort dans une attaque, sir William Johnston écrivit au colonel Haldimand de venir prendre le commandement de l'armée anglaise.

On retrouve le jeune colonel, l'année suivante, à la capitulation de Montréal. Haldimand fut chargé d'organiser le service des vaisseaux pour faire repasser en France les soldats français. Il séjourna dans cette ville jusqu'au mois de juin 1*762. A cette date, on lui confia le commandement des Trois-Rivières, comme locuw, tenens, en l'absence du colonel Burton chargé d'aller conquérir la Havane.

Sa nationalité étrangère l'avait d'abord exclu de plusieurs charges de confiance, qu'un sujet britannique pouvait seul occuper. En 1762, un statut du parlement impérial lui vint en aide. Haldimand, en sa qualité d'officier du régiment Royal Americun, fut déclaré l'égal de tout sujet anglais, et, comme tel, habile à remplir les emplois les plus élevés.

Il se dévoua à rétablir l'ordre dans son gouvernement des Trois-Rivières, à y développer, entre autres industries, celle des forges de Saint-Maurice, en arrière de cette ville, sur lesquelles sa correspondance contient d'amples détails.

Il n'aimait pas les procès, et les Trifluviens, comme les Normands, tenaient fort à plaider. Haldimand s'étudia à les guérir de cette manie ; il mit au ban les avocats, et préconisa l'arbitrage à l'amiable. Puis il se crut en droit d'adresser à lord Amherst, le gouverneur général, un rapport favorable sur l'esprit pacifique et l'amour du progrès chez ses administrés.

C'est en 1*762 que Haldimand faisait la connaissance de Pierre Roubaud, tristement célèbre dans la suite.

Au retour du colonel Ralph Burton, en mars 1*763, Haldimand se démit de sa charge ; mais, Burton et le général Gage ayant tous deux refusé le commandement des Trois- Rivières, Haldimand y fut nommé définitivement.

En mars 1*764, le général Amherst ayant demandé un contingent de trois cents miliciens pour châtier une tribu sauvage, les Trois-Rivières étaient tenues de fournir soixante hommes pour leur part. Amherst suggérait d'offrir de l'argent à qui voudrait s'enrôler. Ce mode répugnait aux Canadiens, qui s'imaginaient que ce système de service militaire les constituerait soldats pour le reste de leurs jours. Haldimand agit autrement, et ses recrues, prises aux Trois-Rivières, soumises plus tard à l'inspection du général Gage à Montréal, furent déclarées les meilleures troupes du contingent.

L'année 1*764 est notable dans la correspondance de Haldimand, comme l'a fait remarquer M. Brymner. C'est dans une de ses lettres, portant cette date que l'on rencontre la première mention de l'esprit de révolte, qui, onze ans plus tard, dans la Nouvelle- Angleterre, devait conduire les provinces anglaises à l'indépendance, et dont le prétexte

Sec, I, 1888. 13,

J.-M. LeMOINE

était " la taxe que la mère patrie entendait imposer pour payer le coût de la dernière guerre au Canada."

En 1*767, Haldimand, qui attendait sa promotion au grade de général de brigade, fut nommé au commandement militaire des Florides. Il y trouva la colonie entière en désordre, les soldats du roi décimés par la maladie, le pays en proie à des dissensions intestines, l'anarchie parmi les employés civils et militaires, une bureaucratie impatiente de tout frein. Il s'efforça, aux Florides, comme dans ses autres gouvernements du reste, de faire renaître l'ordre et le respect pour l'autorité, améliora l'état sanitaire des garnisons, procura aux troupes une nourriture plus saine, tout en luttant contre des obstacles presque insurmontables.

En 1772, il visitait le pays à l'ouest de Mobile, dont il trace une triste peinture. Partout régnaient le mécontentement et des aspirations vers une sauvage indépendance.

Au printemps de 1773, le général Gage, ayant monté en grade, se préparait à quitter New-York. Il expédia un vaisseau aux Florides, pour en ramener Haldimand, son remplaçant dans le gouvernement militaire de New-York. Peu de temps après son installation, Tryon, le gouverneur de New- York, et son conseil, requéraient le général Haldimand d'envoyer un corps de troupes pour réprimer des soulèvements dans Charlotte Covnl/j. Les émeutiers avaient incendié le moulin du colonel Reid, et saccagé ses fermes. On lui enjoignit de placer des troupes aux postes de Ticonderoga et Crown Point, pour prêter à l'autorité main-forte au besoin, avec prière de tenir secrètes ses démarches, attendu que l'on redoutait la présence d'espions venus du New-Hampshire.

On le rappelait à Londres, en août 1775, pour faire rapport de l'état actuel des colonies, anglaises ; et le 1er janvier 1776, il était nommé général en Amérique.

A l'automne de 1777, le roi le chargeait de prendre la place de sir Guy Carleton, froissé de l'injustice qu'on lui avait faite, après sa brillante défense de Québec, en donnant au général Burgoyne le commandement en chef de l'armée destinée à opérer de ce côté contre les provinces en révolte. Haldimand arriva à Québec le 30 juin 1778.

Tout faisait présager pour l'Angleterre, même en 1774, une rupture prochaine et sérieuse avec ses anciennes colonies, auxquelles elle tenait comme à la prunelle de ses yeux.

Il était de saine politique pour elle de rester en bons termes avec la France, au cas où cette dernière, pour se venger de la perte humiliante du Canada, serait tentée d'envoyer des secours aux provinces rebelles. Le cabinet de Saint- James, dans le but d'engager la France à se tenir à l'écart de la grande querelle anglo-saxonne qui se préparait, avait, dès 1775, laissé entendre à la cour de Versailles qu'on consentirait à lui remettre le Canada.

La France monarchique refusa l'offre, délia sa bourse l, laissa grandir le conflit quelque

1 La première offrande de la France aux provinces anglaises révoltées, 1,000,000 de livres tournois, se fit le 10 juin 1770, vingt-quatre jours avant la déclaration de leur indépendance, tel qu'il appert par le reçu du négociateur

du subside, Beaumarchais.

"Lignes mémorables, remarque l'écrivain américain, John Bigelow; destinées à avoir plus de retentissement qu'aucun autre nombre égal de lignes tracées par la plume féconde de celui qui était à la fois poète, dramaturge, homme de cour et spéculateur."

"J'ai reçu do M. Du Vergier, conformément aux ordres do M. de Vergennes, en date du 5 du courant, que je lui ai remis la somme d'un million dont je rendrai compte à mon dit sieur de Vergennes-

" Bon pour un million de livres tournois.

" A Paris, le 10 juin 1776."

Caeox dh Beaumarchais.

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