REYNIER, GÉNÉRAL DE BRIGADE, A VANDAMME
€ 28 décembre 1794.
« Je m'empresse de te communiquer les nouvelles que je viens de recevoir. L'île de Bommel ï été attaquée et prise hier ; l'ennemi a évacué le ort Saint-André et nous a laissé de l'artillerie, linsi que dans l'île. On a du entrer hier à Bomnel. Grave doit être dans ce moment à nous; le commandant avait demandé, il y a quelques jours, a permission d'envoyer prendre des ordres à la laye, ce qui lui a été refusé, et hier il a envoyé offrir de se rendre à discrétion. »
Le temps était devenu très-sec. Le 30 décemre, le Rhin commença à charrier de gros glaons. La place de Grave continuait seule à se dé- 3ndre. L'ennemi, qui craignait un passage mouvant être rendu possible d'un jour à l'autre si e fleuve venait à être complètement pris, renforça >es postes sur la rive droite. La 2® division de 'armée du Nord fut aussitôt rapprochée de la ive gauche. La brigade Vandamme à droite, vers
Xanlen, se liant, par sa gauche, avec la brigade Laurent et à celle du général Compère qui s'étendait vers Clèves. Le 21® de chasseurs à cheval fut envoyé dans le Brabant , à cause de la rareté des fourrages.
Dans les premiers jours de 1795, le Rhin étant gelé de façon à porter des hommes, on crut qu'on allait pouvoir le franchir; mais le dégel arriva inopinément. On n osa pas hasarder une entreprise aussi dangereuse en face de l'ennemi.
Enfin, le 11 janvier, le Rhin, le Waal et le Leck parurent assez solidement pris pour permettre à l'armée de passer sans danger. Les soldats attendaient ce moment avec impatience. La 2* division franchit le Waal entre Nimègue et Emmerich, et fut remplacée dans ses cantonnements par des troupes de Sambre-et-Meuse. Sur toute la ligne du Waal, de Nimègue à Gorcum, l'ennemi fut attaqué avec vigueur et repoussé. Trois fois la division de Vandarame s'élança sur les Autrichiens , trois fois elle fut ramenée ; elle les culbuta enfin et s'établit sur la rive droite, à la hauteur de Nimègue, à cheval sur la route d'Amheim. L'ennemi dessina sa reti'aite sur Huissen. Le 13 janvier, toute la division campa dans l'île de Betuwe; les alliés furent rejetés au delà du Leck. Le 15, la ville de Amheim fui sommée. 2,000 Autrichiens qui roccupaienl lévacuèrent ; le gouverneur hollandais capitula. On y trouva de grands magasins et beaucoup d'arlil-
lerie. Les troupes de Tarmée de Sambre-et-Meuse, maji^ehant en seconde ligne, remplacèrent celles de l'armée du Nord au fur et à mesuré des mou^ vements en avant de cette dernière.
Le 18 janvier, la division Vandamme franchit le Leck. Une forte colonne, composée de corps d'élite, soutenue par toute la cavalerie, poussa sur la route d'Arnheim jusqu'à Rosendaal où se trouvait l'arrière-garde anglaise. Cette arrièregarde attaquée opéra sa retraite sur Doesburg, Zutphen et Deventer, au nord-est, descendant l'Yssel, non sans éprouver quelques pertes. Vandamme, le même jour, détacha une de ses demibrigades et deux escadrons de hussards pour aller s'établir à Utrecht , au nord-ouest. La division s'étendait alors au delà du Rhin, de Arnheim à Utrecht ; la brigade Laurent sur les bords mêmes du fleuve, de Arnheim à Rhenen; la brigade Pancez, au nord, jusqu'à Barneweld; la brigade Compère tout entière à Utrecht. La gauche de la brigade Pancez vint s'appuyer à la droite de la première division de l'armée dû Nord, cantonnée à Amersfort.
Cependant l'armée anglaise, continuant à descendre vers la mer, en suivant les bords de l'Yssel, ne tarda pas à se retirer sur T extrême frontière de la Hollande. On la fit suivre de loin par la i^ division du Nord, et la brigade de Pancez reçut l'ordre de se jeter à droite et d'occuper Zutphen et Deventer,
La Hollande , dès ce moment , fut au pouvoir des Français, maîtres d'Amsterdam, de Leyde, de Harlem. L'armée hollandaise fut prisonnière de guerre. Les garnisons de Breda et de Bergop-Zoom avaient ouvert les portes de ces places.
Les deux brigades Compère et Laurent eurent ordre, le 16 février, de rallier sur les bords de TYssel la brigade Pancez; mais la débâcle des glaces arriva, et Ton fut obligé de replier les ponts de Deventer et de Zutphen, en sorte que la réunion ne put avoir lieu que plusieurs jours plus tard. Cette réunion fut momentanée, Vandamme s*éleva vers le Nord, tandis que les Anglais franchissaient l'Ems. Le 2 mars, la 2® division tout entière se mit en marche pour rejeter complètement les alliés des Provinces-Unies. Au moment de l'attaque sur Oldenzel, le général Macdonald, qui pour cette opération réunissait sous son commandement les deux premières divisions de Tarmée du Nord, fit dire à Vandamme de différer l'engagement, attendu qu'on n'avait pas de nouvelles de la brigade Reynier, envoyée sur Groningue, et qu'une démonstration trop forte pouvait faire couper et compromettre.
Le 10 mars 1795, à la suite d'une affaire dans la province d'Ovei^ssel , les Anglais abandonnèrent leurs positions et se replièrent dans le comté de Benlhem , à l'est. Ils occupèrent le pays avec une forte division et une cavalerie nombreuse qui ravagea le pays. Pour leur ôter cette ressource, il
fut décidé qu'on les forcerait à repasser l'Ems. Le 19 mars, I attaque, combinée entre la division Vandamme et une de Sambre-et-Meuse, eut lieu sur Gronhove, Benthem et son château bâti sur un rocher à pic.
La brigade Pancez commença par enlever à la baïonnette le village de Schuttorp, défendu par deux bataillons brunswickois et un escadron ; elle chercha ensuite à couper la route de Benthem à Rheine. S'étant présentée sur cette route au moment où les colonnes ennemies, après avoir lutté vainement contre les brigades Compère et Laurent, se retiraient sur Rheine, laissant dans le château quelques Hanovriens pour faire figure, deux escadrons de dragons du 2® régiment, arrivés récemment , chargèrent les dragons de Brunswick, les culbutèrent et leur firent 150 prisonniers, dont 7 officiers.
Le château, sommé, continua à se défendre jusqu'au lendemain. Le commandant Tabandonnà alors et se replia avec sa garnison sur Rheine, laissant toute son artillerie.
A la suite de ces affaires, Tarmée anglaise quitta le continent et s'embarqua à Emden, abandonnant aux troupes hessoises et hanovriennes le soin de couvrir le Hanovi*e..
Vers la même époque (avril 1795), une division prussienne commandée par le lieutenant général Kalkreuch, vint relever les Autrichiens sur les bords du Rhin, à Wesel. Ce général fit savoir
aux Français qu^il avait mission de remplacer les troupes alliées, pour couvrir les Etats de sou souverain et pour favoriser les négociations entamées déjà dans le but de conclure la paix entre la République et son gouvernement; il ajouta qu'il y avait suspension d'armes, jusqu'à nouvel ordre, entre les puissances belligérantes.
Ces événements permirent aux troupes de Tarmée du Nord, très-fatiguées par les marches et les combats d'une rude campagne d'hiver, de se rapprocher de l'Yssel. La division de Vandamme s'établit de Zwol à Zutphen. Vers le milieu d'avril, la paix fut signée avec la Prusse, dans les conditions suivantes : les pro\inces de Hanovre, de haute et basse Silésie garanties par la France à la Prusse; les Pays-Bas autrichiens et le duché de Clèves garantis par la Piiisse à la France; l'indépendance de la république batave sans stathouder garantie par les deux puissances.
Quelques documents extraits de la volumineuse correspondance de Vandamme, aideront à faire connaître le développement des faits :
VANDAMME A MOREAU
5 janvier 1795.
• Le Rhin est entièrement gelé, on peut aisément passer avec des voitures ; si tu désires que nous allions fourrager de l'autre côté, c'est fort
possible; ce que nous prendrions nous aiderait encore à nourrir nos chevaux. Veuille bien me répondre ton intention.
« Je suis arrivé hier de Ruremonde et Venloo ; j'ai vu arriver dans cette première ville la 31® demi-brigade, je lui ai donné un séjour, elle n*en avait pas- encore eu depuis Gand. La compagnie des Pyrénées est arrivée; je l'incorporerai de* main dans le bataillon du Mont-Cassel.
• P.'S. — Je t'envoie ci-joint copie des instructions que j'ai données aux généraux de brigade de la division; tu me diras si elles remphssent tes intentions ou non. (1) »
VANDAMME A MOREAU
Arnheim, 18 janvier 1795.
« Je n'étais pas encore instruit de la quantité des bouches à feu et munitions qui étaient dans cette ville, lorsque je t'ai écrit hier; l'ennemi nous laisse soixante pièces de canon, dont beaucoup de bronze et cent mille livres de poudre; la garnison est de deux cent cinquante hommes; elle est prisonnière avec le droit de se retirer en Hollande jusqu'à ce qu'elle soit échangée.
• Les généraux Glayrfait et Alvinzi étaient ici hier à deux heures après midi; ils sont partis avec environ deux mille hpmmes pour Deventer. Ah! la belle ville qu'Arnheim. »
(1) Ces instructions, pour le cas où l'ennemi tenterait de forcer le passage, eurent Tapprobation de tous les généraux.
MOREAU A VANDAMME
Utrecht, 18 janvier i795.
• J'ai reçu par Le Guay la nouvelle de la prise . d'Amheim, elle a fait le plus grand plaisir au général en chef et aux représentants du peuple ; tous me chargent de t'en féliciter, ainsi que la division sur sa bonne conduite.
• L'armée de Sambre-et-Meuse a actuellement ordre de continuer son mouvement et de s'appuyer jusqu'à Arnheim qu'elle doit occuper. La division se portera aussitôt dans les lignes de la Greppe, la droite à Rhenen, la gauche à la mer, Armesfort au centre. Cette position sera occupée par la 1^ et la 2« division.
« Tu vas donc, au reçu de la présente, rassurer et même hâter le moment où Lefebvre pourra occuper depuis le Waal jusqu'à Arnheim.
« Tu donneras les ordres les plus sévères contre le pillage, surtout celui du pain dont on se plaint, €t qui peut entraîner les suites les plus funestes. » ,