‹ Le général Vandamme (volume 2)Chapitre 28 sur 43 · L ATTAQUE DES ILES MARCOUF · texte numérisé non relu

L ATTAQUE DES ILES MARCOUF

« 7 mai 11^.

• Le 17 floréal, à 8 heures du soir, la flottille composée de quinze canonnières , trente bateaux plats canonniers, deux bombardes et deux avisos, est appareillée sous le fort La Hougue à deux heures de flot, pour aller mouiller au sud-ouest de rUe de terre, à grande portée de canon, afin de se rallier et de se former avant le point du jour, pour donner l'assaut aux iles en cet instant. Elle a nagé toute la nuit en bon ordre le cap au sud-est, et a eu connaissance des îles Marcouf à une lieue, dans le sud-est, vers une heure du matin; alors elle a rabattu un peu le cap au sud , pour éviter d'approcher de trop près des iles et pour cacher sa marche. Cependant, le grand calme qui régnait cette nuit leur aura permis d'entendre probablement le bruit des avirons, car elles ont aus sitôt tiré deux coups de pierriers et battu la gé nérale. Ce signal était sûrement de convention entre elles et un vaisseau, une frégate et une corvette qui étaient restés la veille à doux lieues dans Test.

€ La flottille a continué sa marche, et le corn* miaiidant a donné ordre de mouillor à deux houros

laissant les îles à une demi-lieue dans Test. A trois heures et demie , le commandant a fait signal aux canonnières d'approcher des îles à portée de canon; elles ont un peu nagé de ce côté; mais, ayant été prévenues à quatre heures par un feu violent de canons et de bombes, le commandant leur a ordonné de mouiller, voyant que les boulets des îles outrepassaient sa flotille, qui se trouvait encore à une demi-lieue, et a fait signal aux bateaux plats formant trois divisions, d'attaquer ensemble .

• Les chaloupes canonnières ont employé à se mettre en ordre un assez long temps, pendant lequel le feu le plus actif partait de tous les points des îles sur les différentes parties de la flottille, et particulièrement sur les bateaux plats qui s'approchaient le plus. Ceux-ci ont continué de marcher en ligne pour joindre le débarquement; mais, voyant que les chaloupes canonnières restaient toutes mouillév3S (excepté VÉclatante qui les a ralliées pour les soutenir) , n'ont osé approcher et sont restées pendant une demi-heure presque immobiles, en tirant de temps en temps quelques coups de canon sur les îles, d'environ un quart de lieue, sans en tenter le débarquement , malgré l'ordre du commandant. Cinq bateaux plats en tète de la division droite se sont cependant avancés très-près des îles dans l'intention d'y aborder ; ils ont longé l'île de terre, sous une pluie de boulets et de mitraille ; mais, s'apercevant que les autres

n'approchaient point, ils se sont éloignés à force de rames. Un d'eux a reçu cinq boulets et deux obus , qui ont forcé l'équipage de s'évacuer, de peur de couler avec le bâtiment, qu'une chaloupe anglaise détachée d'une frégate est venue remorquer quelque temps après.

« Le commandant, voyant le découragement des bateaux, a viré de bord pour revenir à La Hougue, et toute la flottille l'a suivi, en essuyant dans sa retraite la continuation du feu de l'ennemi.

« Le vaisseau, la frégate et la corvette ennemis étaient à une lieue et demi des îles, que le calme les empêchaient de joindre avant la marée montante, qui commençait à sept heures. Le combat est fini à six heures environ. Il y a en tout six hommes de tués, dont un à bord de XÉclatantOy sur laquelle j'étais embarqué, et quatorze blessés, dont sept à huit dangereusement.

« L'annement de ces îles est considérable et les retranchements en bon état. Cependant il me semble certain que si des bateaux plats eussent abordé, ficus eussions forcé tous leurs ouvrages, avec les différents moyens que nous nous étions mélagés. »

.E CONTRE-AMIRAL LACROSSE , COMMANDANT LA FLO- TILLE, AU GÉNÉRAL VANDAMME, COMMANDANT EN CHEF LES FORCES DE TERRE A CHERBOURG.

cLa Hougue, 22 mai 1798.

« Citoyen général, je reçois à l'instant, par un

courrier extraordinaire, que m'a dépêché le ministre de la marine, la nouvelle que l'ennemi est devant Ostende, qu'il y jette des bombes , et menace d'effectuer une descente : il sera repoussé ; mais il pourrait tenter ailleurs de semblables efforts, comme il l'a déjà fait à La Hougue, où il s'est présenté en forces pour brûler la flottille que je commande. Je suis occupé à assurer tous les moyens de défense , sans cela, conformément aux ordres que j'ai reçus, je me serais rendu auprès de vous pour conférer sur les moyens d'assurer la défense des côtes et des ports où vous commandez; mais, comme je suis chargé d'activer toutes les mesures que vous jugerez convenables pour opposer une résistance républicaine, en mettant surle-champ les batteries en bon état, y faisant établir des mortiers, des obusiers, des fourneaux pour tirer à boulets rouges. Les deux armes dans cette circonstance doivent agir de concert pour l'intérêt commun. J'écris par ce courrier, à l'ord©nnateur de la marine du port de Cherbourg, pour que, d'après votre demande, il vous fasse fournir tout ce qui sera à sa disposition en ouvriers et matériaux ; qu'il fasse armer des canonnières qu'on placera dans les positions avantageuses, pour en éloigner l'ennemi, je crois aussi qu'il est important de répandre des troupes sur la côte, pour surveiller les communications trop fréquentes des ennemis avec ceux de l'intérieur. Concertezvous, citoyen général, avec toutes les autorités

civiles et militaires de la marine, vous les trouverez disposées à vous seconder.

« Faites-moi connaître, je vous prie, le plus tôt possible, si ce que vous avez arrêté sera long à établir. »

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