LIVRE V
1797 et. partie de 1798.
Vandamme reste dans ses foyers jusqu'au commencement d'avril 1797. — Sa lettre à Moreau (1" avril). — Sa bienveillance pour les officiers qui ont servi près de lui. — Position de l'armée de F{hin-et-Mosclle à Touverture de la campagne de 1797. — Passage du Rhin (avril). — Rapport important de Vandamme sur cette opération. — Suspension d'armes (21 avril). — Rapports supplémentaires de Vandamme. — Lettre de Pichegru à Vandamme (29 avril). — Injustice du Direcîoire pour Vandamme. — Nouvelle accusation. — Réponse du général (i mai). — Sa lettre à Reynier (6 mai). — Lettres de généraux et d'étrangers écrites à Vandamme. — Correspondance avec Pichegru. — Vandamme, lorsque la trahison de Pichegru est dévoilée , cherche à entrer en relation avec Bonaparte. — Il se rend à Rastadt.
— Il quitte l'armée de Rhin-et-Moselle à la fin de juillet 1797.
— Vandamme est envoyé à l'armée d'Angleterre ( là janvier 1798). — Lettres qui lui sont adressées d'Allemagne.
— Lettre d'Augereau (11 avril 1798). — Evénements sur les côtes de la Manche en avr»l, mai et juin. — Correspondance relative à ces événements. — Rapport sur l'affaire des îles Marcouf du 7 mai. — Lettre du contre-amiral Lacrosso (22 mai). — Différentes autres lettres. — Curieuse lettre de l'aide de camp du général Michaud (7 juillet 1798).
Vandamme resta éloigné de Tarmée, depuis la fin de 1796 jusqu'au commencement d'avril 1797.
Il passa ce temps en grande partie à Cassel, dans sa famille. Il fit cependant quelques voyages à Paris.
A peine de retour à la division Duhesme , de l'armée de Rhin-et-Moselle , il écrivit de Strasbourg (le i^^ avril) au général en chef, Moreau, la lettre ci-dessous :
• Mon général, ne recevant point de réponse aux lettres que je me suis fait Thonneur de vous écrire dans le courant de nivôse , mon congé expiré , je me suis détdrminé à partir pour rejoindre Tarmée du Rhin, sachant que vous alliez venir reprendre le commandement ; toujours jaloux de servir avec vous, j'ai retardé mon départ de chez moi, parce que des lettres de Paris m'annonçaient que le général Hoche commanderait au Rhin; d'autres, qu'il commanderait les deux armées ; dans l'un ou l'autre cas, j'étais bien déterminé à rester à la maison. Le général Macdonald, m'écrivant de Paris, me fit savoir que vous aUiez y passer, où il serait définitivement arrêté quel serait votre commandement; quelques affaires m 'y appelaient, je suis allé à Paris croyant vous y trouver, aimant à revoir le général Macdonald, curieux de connaître l'intrigue de nos meneurs, et voulant me mettre au fait un peu de tout ; je m'en suis si bien occupé que j'ai su tout ce que j'avais besoin, et me suis écrié : 0 temps ! 0 mœurs ! et plus haut encore : 0 infernale intrigue ! ô passions ! ô injustice, ô ignorance. Je vous dirai mille ô encore,
et je tfen finirai pas ; je suis enfin parti de "Paris, croyant de vous trouver à Tarmée, où j'avais bien des choses à vous dire ; mais le malheur a yovln que nos voitures se soient croisées près de Lunëville. J'ai Tait arrêter la mienne un peu trop tard, j'ai fait courir après vous, mais inutilement, on n'a pu vous arrêter. Enfin , me voilà arrivé, que vais-je devenir? je tf en sais rien. Je pensais m'en aller, mais j'attends votre retoiff. Seron eSt enfin rendu, Gobrecht est ici avec moi, fl faoA penser à eux. J'ai obtenu à Paris une comte audience du directeur Camcft ; je lui ai parlé de re que je désirais pour l'un eft pour l'autre ; ïï m'a promis qu'à votre demande le Directoire -accorderait ce que ces officiers orit mérité ; vous les connaissez, mon général , je vous joirns ici leurs états de service et mon cei'tiflcat. Veuillez, je vous prie, assurer leur sort, et leur être favorable ; ils méritent vos égards, et sauront, par la suite, vous ^témoigner encore la reconnaissance qu'ils vous doivent. Je compte sur vos soins, mon génërdl, et suis avec respect et confiance, etc. »
Moreau ne tarda pas à rejoindre l'armée, qui eut ordre de tout préparer pour l'opération dff- Ticile du passage du Rhin.
Au commencement Ûe janvier, et tandis que Vandamme dherchait à rétablir, dans ses foyers, sa sailté altérée assez sérieusement par les fatigues de la rude campagne de 1796 , ^l'arôhiduc Charles assiégeiïJt le fort de *Kehl et la -tête du
pont de Huningue, places qui se rendirent : l'une, le 9 janvier 1797 ; Tautre, le 5 février, après une très-belle et très-glorieuse défense.
Il s'ensuivit, qu'à la reprise des opérations ordonnées par le Directoire, les armées françaises d'Allemagne se trouvèrent dans la position où elles étaient en 1795.
Hoche, pacificateur de la Vendée, ayant échoué dans une tentative en Irlande, fut appelé au commandement de l'armée cte Sambre-et- Meuse , où depuis longtemps dqjà Jourdan était remplacé.
Moreau reçut l'ordre de franchir le Rhin ; il dut avant tout combiner une attaque pour surprendre le passage, n'ayant pas de ponts stables.
Dans cette opération, une des plus difficiles et des plus glorieuses des campagnes sur les bords du Rhin, Vandamme jouaun des principaux rôles. II fut chargé du commandement de Tavant-garde, quelques jours. après son retour à Tarmée. Le passage eut lieu en face de Diersheim.
Voici le rapport envoyé le 20 avril 1797 par Vandamme, à la suite de ce fait d'armes, au succès duquel il fut un des généraux qui contribuèrent le plus, ayant eu le commandement de la division Duhesme, après les blessures reçues par ce dernier.
Le lendemain^ à l'attaque de l'ennemi sur Hoi^cau et Diersheim, dans la plaine, Vandamme eut kA cheval tué sous lui. Il transmit son rapport à
Moreau par le chef de brigade Laval, avec la lettre ci-dessous :
« Mon général , le chef de brigade Laval esl chargé de vous remettre le rapport détaillé du passage du Rhin et des journées qui l'ont sui>i Cela vous paraîtra peut-être trop long et ennuyeux ; mais j'ai cru nécessaire de faire connaître à la France entière tout ce qui a pu rendre ce passage, les combats et la bataille intéressant et convaincre par le fait le gouvernement qu^ c'est la plus audacieuse, la plus sanglante, et la plus glorieuse qu'il y eut depuis la guerre, comm^ vous Tavez fort bien dit dans votre premier rapport.
« Faites, je vous prie, mon général, toulceql^ dépendra de vous pour les officiers qui se sont distingués, ils méritent vos égards et la reconnaissance nationale.
« Ils comptent, comme moi, sur votre justice.
« Rapport sur le passage du Rhin.
« Le 29 germinal, j'ai reçu l'ordre du général de division Duhesme, d'approcher du Rhin les troupes que je commandais, et de me préparer à passer le fleuve. On me déféra le commandement de l'avant-garde, qui devait faire le premier débarquement. J'étais d'autant plus flatté de cette prt^ férence, que je croyais être en redevance enver> mes camarades qui avaient défendu Kehl et Hi"
ningue avec tant de talent, de courage et d'opiniàtrelé, tandis que j'étais en congé chez moi pour réparer ma santé. J'étais déterminé à me sacrifier pour que cette importante opération réussît ; sachant combien elle influerait sur la position de l'armée du général Bonaparte, en même temps qu'elle obligerait l'ennemi à une forte diversion en faveur de l'armée de Sambre-et-Meuse. Ayant étudié les projets et plans du passage, je visais plus sûrement au but ; il fallait passer le Rhin et s*y maintenir : tels étaient les ordres du général en chef, tel était aussi le vœu de tous mes camarades. Tout est mis en œuvre pour en assurer la réussite, et quoique bien des choses nous manquent, rien ne nous arrête. Chacun s'empresse de lever les obstacles qui pouvaient tromper nos désirs en faisant manquer l'expédition : les ingénieurs, les sapeurs, les pontonniers, tout le monde travaille, et cependant, le 1" floréal, au jour, tous nos efforts n'avaient pu suffire à nous procurer la quantité de bateaux nécessaires à l'expédition. Le temps pressait, les troupes étaient au rendez-vous, au point d'embarquement ; mais, par une de ces fatalités si contradictoires qui se rencontrent toujours dans ces fortes entreprises, malgré les soins des ingénieurs qui étaient tous lesjours sur la rivière d'Isle pour la sonder, il se rencontre des bancs de gravier qui arrêtent les bateaux. Le général Desaix en est informé, il y envoie un bataillon de sapeurs pour travailler, et porter les bateaux en cas de né-
oessité ; car enfin, d'une manière ou d'outre il fallait qu'ils passassent. Le général Duhesme s'y rend de sa personne, donne le premier l'exemple, ainsi que Jordy aux sapeurs, se met à l'eau pour dégravoyer les bateaux ; bientôt il est suivi par plusieurs compagnies, qui, à force de bras et après bien des efforts, parviennent à en faire passer une vingtaine des plus petits, au point d'embarquement, où de suite, dans les six premiers, on place deux compagnies de grenadiers et un bataillon delà 76« demi-brigade. Cette petite flotte composant l'avant-garde était commandée par l'adjudant gé* néral Heudelet, à qui j'avais adjoint mon aide de camp, Gobrecht; le capitaine Savary, ancien aide de camp du général Férino ; les ingénieurs Sabattier et Lacoste. Le temps pressait, et comme il n'en fallait pas perdre pour réussir, on embarqua promptement la moitié de la lOO* siur dix autrea bateaux , dont le commandement m'était réservé. Le général Davout devait me soutenir avec quatre bataillons ; mais que faire ? Les bateaux manquent, soixante était le nombre nécessaire à l'exé* cution du plan, et il n'y en avait que vingt-cinq; ceux arrivés au point d'embarquement, et qui déjà étaient chargés de troupes , n'avaient point de rames , on ne pouvait alors passer sans craindre de dériver et de faire échouer l'expédition. On est informé que le bateau qui porte les rames estengravé. Le général lui-même y court, se jette à la rivière, prend une rame qu'il apporte sur la
digue : son exemple est bientôt suivi par les officiers d'état-major, et par tout un bataillon , qui, traversant la moitié de la rivière, va au bateau, et prend jusqu'à la dernière. On triomphe dans CQ cas de nouvelles difficultés qui eurent arrêté tout autre que des républicains qui ne connaissent plus de danger , lorsqu'ils y voient de la gloire pour leur patrie. Les rames sont apportées aux bateaux à la satisfaction des braves soldats qui y sont embarqués, et qui n'attendent que le signal du départ pour combattre. Il était six heures et déjà il faisait grand jour. Nous avions un quart de lieue à naviguer à la vue de T ennemi qui était sous les armes et à ses pièces ; à peine les bateaux étaient-ils organisés en ligne, pour éviter la confusion en débarquant que le canon de la fausse attaque de Kehl tonna. L'ennemi sur le qui-vive, prévenu par cet éveil, avait l'avance sur nous. Tout étant prêt, je fais filer l'avant-garde aux ordres de ladjudant général Heudelet, en sorte que son dernier bateau était à vingt-cinq toises du premier du deuxième embarquement sur lequel j'allais monter. Je fis mes adieux au général Duhesme qui, ne devant être que du deuxième embarquement, me dit qu'il ne pouvait attendre;
n'écoutant que son zèle, il s'embarque sur le troisième bateau, jurant de vaincre ou de périr avec nous. Apercevant le général Reynier , chef de l'étal-major , occupé * pour organiser le second passage, à placer les troupes qui arrivaient, je lui
demande ses derniers ordres, et les intentions définitives du général en chef : il me répond qu'il fallait passer, s'y maintenir ou s'y faire tuer. Je lui répliquai que cet ordre serait ma loi. Le premier bateau, où j'avais la première compagnie de la 100®, étaient avec moi : le chef de bataillon Podevin, et le capitaine Wangeglingen, ingénieur. Quoiqu'il y eut des nacelles préparées pour les généraux, pour plus de sûreté, aucun n'en a voulu. Les soldats, encouragés par notre présence, ne demandaient qu'à partir. Tout est prêt : l'ordre du départ est donné ; nous jurons tous de passer le fleuve ou de nous engloutir sous les flots. Arrivés au débouché de la rivière d*Isle, nous sommes aperçus de l'ennemi qui fait feu, et de sa rive tire le canon contre nos bateaux. Six soldats sont tués dans la troisième barque, et neuf blessés du même coup ; ceci ne fait qu'augmenter le courage des autres ; ils veulent combattre, le jurent et crient aux Autrichiens : Nous arrivons, tenezvous prêts. Avec de tels soldats, que n'oseraiton pas entreprendre ?
« Il faut observer que le premier point de débarquement était entre la grande maison des Dimes et le bras du Rhin qui conduit près du village de Bischofsheim ; mais il eût été imprudent de tenter le débarquement sur ce point, le plus armé, le mieux gardé et le plus difficile à aborder, en vue à la position que je pouvais parfaitement dis tin-
« Je fis donner le signal à Tavant-garde de débarquer à la pointe de Tîle, devant le village de Diersheim, où l'ennemi avait trois cents hommes d'infanterie du régiment d'Hatton, et quelques piquets de chevau-légers.
« Le débarquement est effectué sous le feu de file terrible de cette infanterie embusquée. Mon aide de camp Gobrecht 'et Savary sautent à terre les premiers, forment une compagnie de grenadiers de la 76® en pelotons, et marchent en avant en battant la charge. Les deux tambours sont tués, huit à dix grenadiers éprouvent le même sort : le peloton se rompt, l'ennemi s'avance à grands pas, mais cent hommes débarquent à temps. Le chef de la 76®, avec le capitaine Sabattier, les disposent en tirailleurs derrière les digues et les arbres ; leur feu arrête Tennemi , tandis que l'adjudant général Heudelet, faisait tous ses efforts pour le contenir. Sous sa protection, nos forces s'accroissent et je fais mon débarquement. Je forme les sept cents hommes de la 100®, dont faisaient partie les trois compagnies de grenadiers, et je renvoie les bateaux sur l'autre rive. Toute disposition faite , je marche en colonne serrée jusqu'à deux cents toises en avant du point de débarquement. Je me mets en bataille, je rallie les tirailleurs que j'avais devant moi, je les jette sur mes flancs, pour les couvrir, je commande des feux de bataillon, depelotonetde deux rangs. L'ennemi étonné recule, pour attendre ses renforts ;
je le faid harceler par des tirailleurs qui le suivent jusque dans le village de Diersheim, où il m'attendait de nouveau pour combattre ; mais, iar^ téressé moi-même à attendre le second renfort, je reste à Tobserver, tandis que le géxiéral Duhessie se porte sur la gauche pour éclairer notre position. Ma troupe se rallie et s*accroit : je cours reconnaître le terrain^ j'envoie presser Farrivée du général Davout^ qui n'arrive qu'après un grand quart d'heure ; aussitôt je commande d'avancer au 1^ bataillon de la iOO*^ avec lequel j'étais débarqué, et une partie du 2^* Cette troupe en colonne s'avance en attaque sur le village de Diers^ heim, sous les ordres des adjudants généraux Heudelet et Demont, pendant que les aides de camp Savary et ûobrecht dirigeaient les detax compagnies de grenadiers et un bataillon de la 76*. J'allais attaquer de vive force ce village, dont je sentais l'importance, lorsque j'appris que le général de division Duhesme était blessé et hors de combat ; je fis suspendre l'attaque de Diersheim, je courus à ma gauche d'où l'ennemi avan* çait à grands pas, vers notre point de débarquement. Je vis de loin qu'on emportait le général Duhesme , je ralliai un peloton de vingt-cinq à trente hommes, je fis battre la charge, et je priais le général Davout d'avancer avec sa troupe, ce qu'il fit. La moitié se dirigea vers ma gauche, et l'autre resta en réserve. L'ennemi, voyantnos dispositions prises et sa marche inutile, se retire et
nous laiôse le temps de nous renforcer. Je dispose tout pour l'attaque différée. L'ennemi, de son côté, formait ses lignes dans la plaine, derrière le village, et pressait autant que possible l'arrivée de ses renforts. Il fit à Tinstant approcher trois pièces de canon à la gauche du village , il en fit un feu très-vif qui nous gêna, en nous tuant et blessant bien du monde. Cela ne nous empêcha point de garder notre position, et de nous déterminer à enlever le village. Après plusieurs tentatives et des chocs assez vifs, le général Duhesme étant blessé, je pris le commandement de toutes les troupes qui étaient sur la rive droite, et m'étant consulté avec le général Davout , je lui donnai l'ordre d'attaquer le village, après avoir disposé nos troupes ; le feu commence : par suite d'une heure de combat, de feu et de charges très-vives, qui nous ont beaucoup coûté , l'ennemi fût repoussé et contraint à nous céder le terrain. C'est ici que je ne saurais me servir d^expressions assez fortes pour tracer le courage du V bataillon de la 76* des grenadiers, du 2* bataillon de la même demi-brigade, d'une partie de la 100* et surtout des grenadiers. Tout fut mis en usage, le coup de feu, la baïonnette, la crosse ; enfin, on s'est pris aux cheveux. C'est au)t talents du général Davout, â sa persévérance, à la constance des adjudants généraux Heudelet et Demont, à tous leurs officiers d'état-major, que nous devons le premier dénouement du récit que je vais tracer. Ce succès exalta
le courage de notre troupe, ralentit les opérations de rennemi, et fortifia singulièrement notre position, en nous donnant plus le temps de faire passer nos troupes, de former le pont volant, de préparer celui de bateaux, et de faire approcher les autres divisions de rarniée, de manière qu'elles soieat prêtes au passage, aussitôt le pont jeté, car il fallait s attendre à de nouvelles tentatives de Tennemi contre nous, et se mettre en mesure d'opposition pour le lendemain. Il était bien naturel qu il fit arriver tous les renforts possibles pour empêcher nos progrès, qui devaient décider en peu de temps du sort de la campagne.
• La Q" demi-brigade d'infanterie légère ne pouvait arriver plus à propos pour défendre les entrées du village, quand Tennemi l'attaquait de toutes parts à différentes reprises, avec l'opiniâtreté du désespoir et de la rage. La droite du village, le long du faux bras du Rhin, fut en même temps attaquée, un demi-bataillon de la 16* s'y porta à grands pas, chargea, et, par un feu bien soutenu, emporta le terrain couvert de morts et de blessés. Ce petit avantage fortifia encore noire position, d'autant mieux que le passage se faisait avec plus d'activité ; vers dix heures l'ennemi dirige une attaque générale sur toute la ligne, depuis Bischofsheim , jusqu'à la droite d'Honeau; il réussit à force de sacrifice, et par la supériorité que lui donnait ^son artillerie , contre nous qui n'en avions encore que deux petites pièces. Presque
partout nos troupes sont forcées à se retirer ; mais les réserves en position rassuraient nos soldats, et me laissaient sans inquiétude ; un bataillon de la 31° et un de la 100® secoururent la gauche, et les succès répondirent à leur courage. Au centre, Tennemi est également forcé par un bataillon de la 17®, appuyé par trois compagnies de grenadiers de la même demi-brigade, qui reprennent le terrain perdu. La droite seule nous occupant alors, un bataillon de la 31®, avec quelques compagnies de la 16® légère, secourent les nôtres qui, encouragés par ce renfort, battent la charge et forcent aussi Tennemi à la retraite ; une heure se passe, tandis que Tennemi rallie ses corps, renouvelle ses tirailleurs, presse l'arrivée de ses renforts et répare ses passages. Il fait connaître son terrain et étudie nos mouvements ; nous avons le même soin. Vers les onze heures, Tennemi réunit toutes ses forces sur le centre, en ne montrant que peu de monde sur les ailes. Le général Desaix étant alors arrivé tâche , en parcourant le front , de reconnaître les forces et les projets des ennemis qui, à Tinstani même, forment leurs lignes, sous la protection de leur artillerie qui fait un feu très-vif sur le village de Diersheim qu'il incendie en partie par ses obus. Je donne Tordre aux troupes du centre de se retirer jusque dans le village, et à deux bataillons de la 17* qui étaient en réserve, et un de la 76®, de se rendre au village, où ils se tiendraient en colonne serrée, prêts à déboucher au
besoin. L*ennenii marchait en colonne d'attaque jusqu'à cinquante toises du village, il le pouvait d^autant mieux que J'avais ordonné la retraite et que peu do monde lui résistait. Étant arrivé bien à portée, ses tirailleurs déjà aux jardins, nos grenadiers embusqués se montrent et font un feu terrible ; les deux bataillons de la 17* et celui de la 76* débouchent en colonne» marchent sur rennemi en battant la charge, se déploient et font un ieu si bien soutenu^ que Tennemi est de nouveau contraint à la reti^aite. Cependant je ne pouvais luifaire autant de mal que je le désirais» n'ayant encore qu'une petite pièce de quatre» Vauti'e ayant été démontée et la cavalerie n'ayant pas encore passé la Rhin.
• Les généraux Davout et Jordy» avec les adjudants géi^éraux Demont et Heudelet» dirigeaient cette défense^ qui leur fera toujours honneur» par les talents et le courage qu'ils y ont nus. Les chefs des (X)rps n'en ont pas eu moins de mérite par lem* zèle et la promptitude qu'ils ont mis à faire exécuter les manœuvres qui leur ont été commandées. C'est ici que j'aime à rendre justice au brave chef de brigade Bord, commandant la 47*, qui , quoique très-âgé » se trouvait partout fort à propos pour ranimer le courage de ses^ soldats et la vigilance des officiers. Je ne puis oublier le chef de brigade Goré, commandant la 76®, qui, par sa bravoure et son empressement à seconder les généraux, mérite de grandes louanges. C'est ce
■^ sa demi-brigade iUiii. ph9f^9 de Uk MiQM9 4e
< « Lorsque .tDu t oec» ^e passait au centra , le corpp ■f ipie rennemi avait dirigé sur notre djroite lô long du 1 iUûn fit reculer n^ois ttratUleiurg que J 'y avais placés ^ «st auxquels Je n'avais pu donner de riéserve ou ^ appad ; mais quatne .oaisipagnle? de la brave 109^, 3 «qpû veiQai.€»Ert de pasaeir le Bhiu^ jp'y portèrent «ous ' les Dndfes du igénéral Davout ^t de mon aida de ioamp GobrecM. L'eioieuù, voyant arriver cette fetîte oolonne en boa «ordre et au pas redoublé, erat prudent d» se reftirèr; mais on ne lui an iaÛBsa pas le ksaaps. Le igénéral Dasaix, qui 8e Irau^va préoisâDsient sur m point, ne tarda pa^ à idétemûner- le gainerai Davout à faire charger l'ennemi; lui-même à sa tête f^it battre la charge, et bientôt l'ennemi en déroute ne sait plus où se retirer. Ce fui dans icette mêlée que le général Desaix roçat sa biestwra à la cuisge droite, après aL\oiT '£abré pendant quelques minutes « Nous fîmes dans œite a£^ire cent cinquante prisonniers du ferment de Kônigs arrivant de Kebl ; on laissa beaucoup de morts sur le carreau, et, quoique retraaaché derrière !ane digue, l'ennemi perdit plus Kpje nous.
Ce n'est pas à moi à faire l'éloge du général Desaix, doot ia Dom et les talents sont autant connus par nos ennemis que par la France entière. Les brillantes affaires qu'il a comman-
dées et les blessures dont il est couvert le rendront à jamais recommandable.
« L^ennemi depuis ce temps n'a plus attaqué notre droite, ce qui a beaucoup aidé la défense de notre centre , où on ne cessait de combattre. Après avoir parcouru toute la ligne et m'étre concerté avec les généraux Jordy et Davout, je suis allé voir le général Desaix, que Ton emportait vers le pont volant, qui pour lors venait d'être établi. Je saisis cette occasion, tout étant tranquille, pour passer sur l'autre rive , rendre compte de notre position et de celle des ennemis au général en chef, qui me donna de nouveaux ordres, et de suite passa le Rhin avec moi. Je fis presser le passage de quelque cavalerie, de cent hussards du 9® et cinquante dragons du iT\ trois pièces d'artillerie légère , aux ordres du capitaine Gras, suivirent.
« Il était assez à propos que nous arrivassions, car l'ennemi disposait ses troupes pour une nouvelle attaque. J'accompagnai le général Moreau en avant de notre hgne, pour qu'il eût à juger de la position, projets et forces de l'ennemi; dès qu'il eut fait cette reconnaissance , il me donna ordre de bien me défier de mon centre et de placer toujours mes réserves en appui, prêtes à secourir le village de Diersheim, contre lequel Tennemi dirigeait ses principales attaques. Je me mets en mesure.
Les ordres sont à peine donnés que l'en-
lemi attaque avec toutes ses forces le village ie Diersheim, en négligeant sa droite et sa gauche. Il parut décidé à l'enlever; trois bataillons arrivent dans cet instant (c'étaient deux de la 17 et un de la 31®, avec trois compagnies de grenadiers, dont une de la 109®). L'adjudant général Heudelet dirige cette colonne; je lui avais recommandé de marcher bien serré et de ne rien dire à nos troupes légères qui se retiraient du village duquel l'ennemi s'était déjà emparé en partie; cette colonne de trois bataillons dont je viens de parler arrête Tennemi. C'est dans cet instant que le général en chef lui-même commande la charge pour le forcer à la retraite du village, afin d'avoir du terrain pour déployer et agir plus efficacement. Tout réussit; l'ennemi, cédante nos efforts, nous laisse la place. On lui tue beaucoup de monde et lui fait quelques prisonniers. Je me tais sur le compte du général en chef; les hommages que je lui rendrais seraient trop au-dessous de son mérite.
« Tandis que ce choc avait Heu sur le centre, le général Jordy, qui était à la gauche, avec un bataillon de la 100®, un de la 31® et quelques compagnies de la IG* légère, défendait avec opiniâtreté la digue qui conduit à Bischofsheim. Il y tint l'ennemi en échec; nous perdîmes peu, quoique l'ennemi eût trois pièces de canon en redoute, avec lesquelles il ne cessa de foudroyer notro gauche. Do ^son coté le général Davoul força
l'ennemi devant notre droite et se rendit maître d'Hoiieau. J'en imposai beaucoup à la gauche de Tennemi en me portant dans la plaine entre Diersheim et Honeau , avec cent chevaux du 9® de hussards, qui fut la première cavalerie que rermemi vit déboucher, en même temps que trois pièces d'artillerie légère firent un feu très-\'if sur la gauche en arrière de Diersheim. En observant Teffet de nos mouvements avec le général Repier, nous vîmes finquiétude de Tennemi, qui dès lors renonça à nous attaquer, et fit sa retraite vers les hauteurs d'Hlolzhausen. Si dans cette circonstance nous eûmes eu plus de cavalerie et d'artillerie pour le suivre, nous feussions écrasé. Il fallait penser à nous rallier, à faire rafraîchir nos troupes, à pourvoir aux munitions et à secourir et transporter nos blessés, car depuis douze heures on n'avait cessé de combattre. C'est ici que je dois les éloges bien mérités à l'adjudant général Garabuau, à ses deux adjoints, à tous les autres officiers d'élat-major, qui chacun de leur côté avaient coopéré au succès de cette brillante journée. Je ne puis assez me louer de Tadjudaut général Jary qui se trouvait partout, ainsi que l'adjudant général Pelissard. La nuit arrivant, je vois que renneini ne veut plus attaquer; je reconnais les positions de repos, je les indique aux troupes et je repartis le commandement. Il fait nuit; tout est tranquille; on travaille à grande force au pont de bateaux. Le 17^ de dragons est
1 entier sur la rive droite, des officiers d*étattajor sont expédiés pour faire approcher du Rhin js troupes qui devaient passer pendant la nuit. iC général en chef, avec le général Reynier son hef d'état-major, arrivent; nous nous concertons )us pour la nuit au cas de besoin; toutes les lesures sont prises. Le général en chef donne es ordres et chacun se rend à son poste. Le énéral Davout est chargé de la droite avec adjudant général Jary; Tadjudant général Delont du centre et du village de Diersheim; adjudant général PeUssard de la gauche avec adjudant général Heudelet; le général Jordy près u pont pour organiser en réserve les troupes qui evaient passer le Rhin. L'adjudant général Garauau est chargé de faire approcher du Rhin les 'oupes , les vivres et les munitions.
Je quitte le général en chef pour parcourir la gne ; je commence par ma droite ; tout était en osilion et tranquille dans cette partie. La brave 09*" gardait avec soin le village d'Honeau, que sa ravoure avait enlevé dans l'après-midi; le chef e brigade Boulard avait aussi bien étabh ses >ostes, qu'il avait su faire battre sa troupe dans B jour. Tout à coup j'entends un feu vif à ma ;auche; ne sachant à quoi l'attribuer, j'y cours n faisant marcher sur ce point le 17® de dragons, Tioiqu'il fasse nuit. Le feu approchait fortement u point où on établissait notro pont, quand j'arive et que je trouve le général Moreau lui-même
occupé à rallier la troupe cpii était en déroute, sans être poursuivie de rennemi ; il a fallu une heure pour faire cesser le feu ; on tirait de toutes parts, sans pouvoir dire pourquoi. La 16^ dernibrigade d'infanterie légère avait commencé cette déroute par Tinconséquence d'une vingt<iine de chasseurs qui Ibrcùrent deux ou trois tambours à battre la charge pour épouvanter, dirent-ils, Fennenii et prendre ses canons (il est bon d'obsen'eî que l'ennemi avait deux canons à la gauche de Bischofsheim) ; mais cela réussit si mal que no? soldats surpris par le bruit ne surent plus que devenir; croyant l'ennemi partout, chacun liraiî au hasard, sans savoir sur quoi. Cependant Tonire se rétablit, les mêmes postes sont de nouveau occupés, grâce aux soins de tous les ofticiers supérieurs, à commencer par le général en chef, car cela pouvait nous mener à de grands malheurs.
« J'ordonne à la 16® légère de se retirer près du pont, et, pour la punir plus sévèr.ement de ce désordre, je lui enjoins de se rendre le lendemain à Bischweiller, pour de là se diriger sur Landau; cet exemple était nécessaire aux autres corps dont j'allais avoir besoin le lendemain. La nuit se pa^^^ à tout organiser et à se préparer à combattre de nouvoiui; car il était probable que rennemi ferait ses derniers efforts sinon pour nous faire repasser, du moins pour arrêter notre marche. Le ^^énéràl Latour faisait avancer toutes les troupes possibb
entre Bischofsheim et Honeau, pour y défendre la position en avant de la grande route de Rastadt à Kehl, la droite appuyée à Freistett, le centre à Linx, la gauche à Leutesheim; nous de notre côté nous avions tout fait pour rétablissement du grand pont, qui a été en état à minuit. Le 4® de dragons, le 2® de cavalerie, une compagnie d'artillerie légère avaient passé avant le jour. Les différents corps de la division du général Dufour passaient avec la brigade du général Lecourbe. La réserve de cavalerie était en colonne près du pont. Au petit jour, toutes nos troupes étaient aux points indiqués, prêtes à se défendre si Tennemi eût attaqué. Après avoir visité toute notre ligne, je suis allé reconnaître celle de Tennemi, que j'ai trouvée beaucoup renforcée et différemment établie que la veille. Le général Staray était venu prendre le commandement, et le général Glenglen restait en sous-ordre. Les troupes du haut Rhin étaient venues de huit lieues et d'autres les suivaient encore; celles venant du côté de Philisbourg et Manheim avaient marché toute la nuit pour renforcer le corps du général Staray. Je ne savais que conclure des dispositions de l'ennemi; il ne faisait que marche et contre-marche de la droite à la gauche; mais à la fin je vis qu'un corps de sept à huit mille honunes d'infanterie en quadruple ligne se formait au centre , et que quinze à seize pièces d'artillerie étaient aussi disposées sur ce point, dont mille à douze cents chevaux vinrent
bientôt appuyer les flancs. Alors je reconnus en cela la disposition de l'ennemi à nous attaquer, ou au moins à se défendre avec opiniâtreté; il fallait en voir le dénouement. En attendant, nos mesures étaient prises pour attaquer vers les neuf heures, conformément aux ordres que j'avais reçus du général en chef, afin de donner le temps à nos corps d'arriver et de n'être plus arrêtés dans notre plan. Nos forces étant cachées, l'ennemi, doutant du nombre, crut devoir attaquer. Il forma ses colonnes qu'il fit avancer en attaque sur le centre, où j'avais peu de monde, notre position formant le croissant. C'est aux deux ailes que j'avais réparti la plus grande force. L'ennemi commença son attaque par un feu violent d'artillerie qui nous tua et blessa beaucoup de monde. Pour le contenir et assurer notre infanterie , je fis avancer deux régiments de cavalerie, savoir : le 4® de dragons et le 2* de cavalerie ; l'ennemi dirigeait tout son feu sur ces régiments qui, sur un rang avec distance, formaient un immense front. Chaque fois que Tennemi se portait en avant , à droite ou à gauche, les deux régiments faisaient un mouvement inverse, comme pour se fermer, en menaçant ses flancs, ce qui ralentissait l'attaque et nous donnait le temps de faire arriver une demicompagnie d'artillerie légère : c'était celle du capitaine Gras, un des meilleurs officiers de cette arme. Il dispose ses pièces en les masquant autant que possible par la cavalerie, prêtes à faire feu. La
cavalerie fait un mouvement vers la gauche du centre de Tennerai ; alors l'artillerie commence son feu avec une adresse et une activité miraculeuses. Ce feu bien dirigé gène beaucoup celui de l'ennemi, lui tue et blesse beaucoup de monde; mais Tennemi ayant une force bien supérieure à la nôtre sur ce point y dirigeait son feu , et à moins d'un quart d'heure les trois pièces de la compagnie Gras étaient démontées, son cheval tué sous lui en présence du général Moreau, quatre canonniers tués, plusieurs blessés et huit à dix chevaux mis hors de traits.
« L'ennemi , fort de cet avantage et s'en étant d'autant mieux aperçu qu'il n'en était qu'à cent toises, marche en avant vers notre centre, force deux bataillons que je lui avais opposés, et par des tirailleurs les poursuit jusqu'à l'entrée du village, lorsque, par une manœuvre bien hardie, le général en chef arrête ses progrès en se mettant à la tète du 4® de dragons et du 2® de cavalerie, avec lesquels il charge, sur le flanc gauche de la colonne d'attaque qui menaçait notre centre , la cavalerie ennemie qu'il met en déroute. Ce fut dans ce moment que le général Moreau eut son cheval blessé à la tète par la mitraille, et que le mien eut le col percé d'une balle dans le même choc; l'adjudant général Jary eut aussi son cheval blessé. Le général Davoul, pour soulcnir l'attaque de la cavalerie, que commandait le général en chef en personne, lit marcher en avant la 17^ demi-brigade en co-
loiine serrée, pensant la faire déployer à ccot toises en avant du village; mais rartillerie ennemie, qui était postée sur la droite en sortant de Diersheim, prenant cette colonne en écharpe, lit un feu teriihle qui, en tuant et blessant une centaine criiommes , obligea le général Davoul à se retireret prendre la position qu'il venait de quitter. La 109' reçut Tordre de se porter en avant pour soutenir la 17* et former ensemble la tête de colonne pour l'attaque générale projetée pour neuf heures. Tandis que ces préparatifs se faisaient au centre, l'ennemi faisait tous ses efforts sur noire gauche, ou étaient la 3* légère, la 31« et la 70^^ de ligne, aux ordres du chef de brigade Cassagne, qui, par une résistance vigoureuse et des manœuvres hardies, contenait l'ennemi sur ce point. Les généraux Dufour et Girard, dit Vieux, ayant effectué leur passage, remplacent par leurs troupes celles de ma droite qui pour lors s'appuient vers le centre. Les généraux Lecourbe et Desenfans disposent les leurs derrière le \illage de Diersheim, afin de porter secours où il en serait besoin. Le général Bourcier formait la réserve de cavalerie, tandis que celle d'artillerie légère passait le pont et se préparait à Tattaque générale. Le général eu chef et le général Reynier m'appellent, après avoir vu Tenncmi faire des mouvements continuels le long de sa ligne (il est bon d'observer que reunemi était en position sur la petite côte de Linx en avant de la grande route, en prolongeant sa droite vers
Fivistelt, sa gaucho à Lilzenheimj. Ils conviennent cVunplan d'attaque, me donnent leurs ordres, et aussitôt les dispositions sont prises de la manière suivante : Il s'agissait d'enlever les villages de Linx et Hobine, après avoir battu le corps de bataille ennemi en séparant sa ligne par le centre, afin de poursuivre plus facilement les deux corps après leur division. En conséquence, l'armée fut ainsi disposée : douze bataillons composés de la 17% la 31% la 100^ et la 109'' demi-brigades, avec quatre pièces d'artillerie légère, formaient la colonne d'attaque dirigée contre le village de Linx; cette colonne était commandée par le chef de brigade Laval, un des meilleurs officiers de l'armée. Le général Davout, qui connaissait particulièrement notre droite, dirige de ce côté une colonne composée du 9^ de hussards et du 17^ de dragons avec deux pièces d'artillerie légère, soutenue par le général Dufour, qui marchait avec une partie de sa division en remontant le Rhin vers Kehl, par Aucnheim ; une colonne de six bataillons en attaque contre le village d'Hobine, composée de quatre pièces d'artillerie légère, de la 3® légère et de la iV de ligne, deux corps de première réputation de cette armée. Le chef de brigade Gassagne en avait le commandement; c'est un des officiers les plus braves et des plus instruits, qui s'est déjà couvert (le gloire à la défense immortelle d'Huningue, où il a remplacé le brave général Abbattucci. Cette colonne était flanquée à sa gauche par la 76** qui
était restée en position contre le village de Bischofsheim, où l'ennemi avait encore beaucoup de monde et d'où il faisait un feu d'artillerie soutenu. Au centre de ces deux colonnes étaient dix- huit pièces d'artillerie légère. Au centre, en avant des deux colonnes de la principale attaque, étaient quatre pièces d'artillerie légère : le 8* des hussards, le 4* des dragons et le 2* de cavalerie aux ordres du général Jordy ; quoique ce brave avait été blessé la veille, il m'avait demandé cette faveur. Les adjudants généraux Demont et Jary lui étaient adjoints avec leurs officiers d'état-major et s'y sont bien distingués. Sur le centre, en arrière de cette avantgarde, étaient douze pièces d'artillerie légère et toute la cavalerie de la réserve aux ordres du général Bourcier; derrière le village de Diersheim, était la division du général Saint-Cyr, qui formait la réserve, ayant passé la dernière. Ces troupes observaient tous les points et étaient destinées à secourir ceux qui en auraient eu besoin. Toutes ces dispositions prises en moins d'une demiheure, l'ennemi, étonné de voir tant de forces, se met partout en mouvement; les attaques commencent par un feu terrible d'artillerie qui, en écrasant la ligne ennemie, y met bientôt la déroute. Le général Jordy, sur le centre, et le général Davoul, sur notre droite, percent presque sans peine, culbutent l'ennemi qui ne sait plus où se retirer; les chefs de brigade Laval et Cassagne dirigent leurs attaques d'un pas précipité et, en moins d'un quart
d'heure, nous sommes maîtres des villages et de toute la position. Dès lors je prie le général Bourcier de faire suivre toute la cavalerie de réserve, et sans nous arrêter nous allons jusqu'à Offenburg, tandis que la colonne du chef de brigade Gassagne, à laquelle j'avais joint le 2* de cavalerie, se dirigeait par Oberkirch sur Oppenau. Le chef debrigade Laval continue sa route, et presque aussitôt que la cavalerie il arrive à Offenburg; à chaque pas on prit par cent et par quatre cents prisonniers, des drapeaux, des canons et d'immenses convois de bagages; rien ne put nous arrêter prés d'Offenburg. Le général comte Orely fut pris, tout l'état-major de l'armée, plans, caisses , correspondances , administrations et postes, rien ne nous échappa. Le général Davout nous joignit par notre droite et partit de suite pour Gengenbach avec le 8' et le 9* de hussards et le 13* de dragons; il poussa ce même soir jusqu'à Biberach et Zell. C'est ici que je manque d'éloquence pour tracer la valeur des troupes, les talents de tant de chefs et la terrible déroute de l'ennemi : quatre généraux hors de combat, plus de deux cents officiers tués, blessés ou pris depuis notre passage, toute l'artillerie, les bagages et lés vivres perdus , des corps sans chefs et en fuite dans les montagnes, d'autres mettant bas les arr mes; la cavalerie fuyant à toute bride, un général pris, tous les officiers du grand état-major entourés dans Offenburg, telle était la situation des
ennemis, afirès avoir tout fait pour nous faire repasser le Hliin, iiuus ayant allaqiiés dix fois dans vin^^l-qiialre lieures, nun avec courage, mais avec opiniâlnlé et desespoir. C'est une justice que l'on doit aimer a leur rendre, jamais troupe n'a fait plusd'elfurts pour nous vaincre ; le sort des arine> les ayant trompés, il faut du moins que TEurope sache qu'ils ont mérilt* notre estime par leur intrépidité et leur constance. Jamais affaire plus sanglante, plus vive et plus opiniâtre ; il semblait que chacun sût que ce combat fût le dernier de celle san;j;lante guerre. Que d'actions de valeur, d'intrépidité et d'héroïsme de la part du soldai! que de talents el de zèle ont déployé les chefs dans ces illustres journ('*es, qui prouveront à l'univers de quoi sont capables des hommes qui se battent pour leur patrie, sa liberté, son bonheur et la paix! Puisse le sacrifice de tant de sang, la perte de tant de braves, rendre la France heureuse, étouffer les passions haineuses, prouver aux royalistes insensés el aux anarchistes coupables combien est grande la confiance de Tarmée dans le gouvernement actuel de la République! Cela pourrait peulétre leur faire abjurer leurs projets ridicules qui, s'ils réussissaient, les rendraient victimes. Plus de révolution ni de guerre. La paix!,., la Constitution de Tan IIl, voilà le vœu de toute Tarmée; il est celui du peuple ; malheur à celui qui oserait le contrarier !
- 1.0 âtloréal, la journée s'est passée en recon-
naissances dans lesquelles on a fait à l'ennemi à peu près quatre cents prisonniers et pris cent chevaux. Il était venu des troupes du haut Rhin, par Gora, pour couvrir la retraite de celles qui s'étaient retirées par Haslach sur Villingcn et Rottweil, ce qui a empêché le général Davoust de continuer sa route. Il avait ordre de pousser avec huit cents chevaux du 8® de hussards et du 13* de dragons, jusqu'à la source du Necker, alin de prendre le général Staray qui était blessé, n'ayant aucune escorte avec lui que 1,000 voitures d'équipages que nous eussions pu prendre sans l'armistice qui nous fut signifiée le 3 au soir.
« Dans ce temps, un parti aux ordres du général Jordy, qui avait avec lui l'adjudant général Heudelt, se dirigeait sur Horb et Nagold, passant parFreudenstatt, après avoir détaché quelques reconnaissances dans les gorges de la Mourgue et celle de la Schittach. Cette troupe était déjà à Dornstetten lorsqu'elle reçut ordre de s'arrêter. Le gros des troupes que je commandais marchait sur la Heuchen et vers Niderachern, soutenu par toute la cavalerie aux ordres du général Bourcier, pensant de livrer bataille à l'ennemi qui ne nous y attendait qu'avec des troupes légères. Le général Lecourbe appuyait ma gauche avec sa brigade entre le Rhin et moi, tandis que le général Saint- Gyr faisait filer derrière cette brigade le reste de sa division. Le général Dufour Ht marcher le long du Rhin vers Lohr, et lui-même partit d'Offen-
burg sur Friburg avec plus de la moitié de sa division. La journée se passa sans que rien d'extraordinaire eut lieu, l'armée occupant la position suivante : la droite au Rhin, près de M.sseinheim, et la gauche au confluent de la Reuchen, des parties en avant de Gengenbach dans la gorge de Kintzich, à Freudenstatt et Kniebis, en position sur la Reuchen ; Tavant-garde à Nider et Oberachern, la gauche en avant de Freistett, la réserve à Apenwihr (nous avions une garde d'honneur à la tombe deTillustre Turenne, près du village de Sasbach). Tout le monde était en repos et s'attendait à une bataille pour le lendemain, toutes les dispositions étaient prises, le sang allait encore couler; mais une heureuse nouvelle, celle de la paix, vient suspendre nos armes et sauver de la mort des milliers de braves qui allaient encore se sacrifier. Quel plus doux spectacle, quelle sensation cette nouvelle répandit partout ! quelle joie dans tous leb cœurs ! Combien de larmes ont coulé de satisfaction dans cette armée, qui avait encore à sa vue le champ de bataille de Diersheim où tant de nos meilleurs camarades avaient versé leur sang. La paix! ce grand bienfait nous fera oublier les dangers que nous avons tous courus ; mais elle n'effacera jamais de notre mémoire ces zélateurs qui l'ont achetée au prix de leur sang, si la Frana^ par nos victoires, en obtenant la paix, peut étit heureuse.
• Quel est l'homme pensant qui ne désire en ce
moment participer aux honneurs des armées et de celle de la nation? Où est Tinsensé qui oserait encore vouloir ou de révolution ou de guerre? Où est celui qui ne pardonne pas , lorsqu'il voit ici, à Gratz, à Vienne et à Wetzelaar, les Français embrasser les Autrichiens, après six ans d'aussi terribles combats! Hier encore on se battait avec acharnement, on se tuait; mais la paix réunit tous les cœurs, et déjà on oublie ses haines pour se livrer à toute l'étendue de la joie qu'apporte dans nos âmes celle heureuse paix. La joie est universelle. Le Français, le Croate, le Hongrois, tous font enlendre le cri de la plus profonde allégresse, et bénissent ce moment tant désiré : la paix! >
L'armée était à peine installée sur la rive droite du Rhin, que l'on apprit la signature des préliminaires de paix de Léoben. Le 21 avril, une suspension d'armes fut faite entre les armées belligérantes en Allemagne.
Vandamme, fier à juste titre des succès qu'on lui devait en grande partie au passage du Rhin, envoya à son général en chef deux rapports supplémentaires à celui du 20, l'un en date du 21, l'autre en date du 22.
Ces rapports complètent pour ainsi dire l'histoire des opérations de cette partie de la campagne, close trois jours après avoir été ouverte.
Voici ces deux documents :
« N'ayant pu citer particuhèrement tous les
officiers d'état-major et du génie dans les actions où ils se sont distingués, je joins ici leurs noms et grades avec les faits qui leur font le plus d'honneur. Ces officiers méritent la plupart la plus grande considération; ayant rendu des services signalés , c'est au général en chef à les faire connaître afin qu'ils puissent être avantageusement placés ou confirmés dans leurs grades, plusieurs n'étant que provisoires ; d'autres môme non compris sur le dernier travail, tels que Jary, adjudant général.
« Je crois cette observation d'autant plus fondée que la paix faite obligera beaucoup de ces officiers à rentrer dans leurs anciens corps , où les sousofliciers de leur temps se trouveront en places auxqueUes ils sont adjoints.
« Je m'en rapporte, au reste, à la justice du général Moreau, qui certes ne négligera pas l'avancement des bons officiers de son armée, tandis que dans les autres on profite de la moindre occasion. »
• Après l'attaque de la tête du pont du Rhin, l'ennemi a été mis en d^Toute. On a laissé les deux demi-brigades 31® et 76® en réserve ; le reste de la division a poursuivi l'ennemi en se dirigeant sur Offeuburg.
On leura fait quantité de prisonniers, pris quinze pièces de canon, deux drapeaux, tous les bagages de l'élat-major général. Un parti de dragons et de chasseurs a été envoyé sous les ordres du général
Davout, dans les gorges de la Kintzig, jusqu'à Gengenbach ; ce même corps de troupes, le lendemain 3 du courant, s'est remis à la poursuite de Tennemi. Le reste de la division est parti à cinq heures du matin, et est allé prendre position, la droite à Haslach, la gauche en avant de Simerens. On a rencontré l'ennemi occupant tous les villages en avant de la position, il en a été surle-champ chassé. Les deux demi-brigades qui étaient restées en réserve yont rejoint la division vers les deux heures après midi, et d'après de fortes reconnaissances qui avaient été faites à Renchen et en avant ; la brigade de gauche a été prendre position, savoir : la 31® sur les hauteurs, à droite de Faudenbach ; la 76®, à la même droite, sur les mêmes hauteurs; et la 109® , en réserve en avant de Hinspach.
« L'ennemi occupant le village deNiderachen, un parti de cent chevaux a été de suite envoyé pour les en chasser ; après deux charges , on s'est rendu maître du village. L'adjudant général Heudelet, marchant à la tête d'une demi-brigade, un escadron de carabiniers a été s'emparer d'Oberkirch, avec ordre de pousser jusqu'à Oppenau ; le comté de la Marche n'est pas encore rendu. Je pense que nous sommes eu ce moment maîtres du Kniebis, dans ôe cas l'ordre est donné de marcher sur Freudenstadt, s'emparer des gorges de la Murg et de la Schilbach. Tandis que le général Davout^ avec mon aide de camp, marchent sur
Dornstetten et avec huit cents chevaux, sous la protection d*un bataillon d^infanterie, les équi^ pages du général Staray et lui-même pourront être pris demain au soir si tout va bien. Les corps sont bien ralliés et en position.
« On me rapporte à Tinstant que le général Davout a forcé le passage de la gorge de la Kinlzig, après un choo très-vif près de Biberach, où une partie de la cavalerie ennemie a beaucoup souffert. Staray craint pour ses équipages si le. corps du haut Rhin ne le secourre. Le général Dufour, qui le poussera certainement, protégerait beaucoup la partie du général Davout qui, dans le cas de bon succès, a ordre d'aller jusqu'à la source du Danube, en me rendant souvent compte ; il serait bien important que la gauche de l'armée s'avançât. L'ennemi qui était devant ma droite s'est retiré encore depuis la brume, de plus d'une demi-lieue. Il est bien évident que le corps qui venait du côté de Manheim n'est pas en force ; l'occasion se présente, et demain . on pourrait les suivre de près avec de forts partis de cavalerie ; eu cas qu'il s'arrêtât, on le forcerait à recevoir la bataille qu'il ne pourrait gagner ; de cette manière, renncmi ne pourrait rassembler de gros corps, et bientôt il serait chassé au delà du Necker, où il serait boa de reposer si les circonstances le permettaient. ■
Au moment où Vandamme terminait son second rapport, il reçut du chef d'état-m£yor, Rcynicr, une dépêche datée du quartier général à Bis-
chofshëim, le 22 avril, pour lui faire connaître que les préliminaires de paix étant signés en Italie et qu'un armistice ayant été conclu entre les armées françaises et autrichiennes d'Allemagne, il devait cesser toutes hostilités, et laisser ses pos^ tes dans la position où ils se trouvaient à Tinstant où la lettre lui arriverait. Les cantonnements à occuper devaient être indiqués le jour suivant.
On a vu dans le rapport sur le passage du Rhin; que Topération avait été un instant compromise par une sorte de panique, à laquelle une demi-^ brigade, la 16® légère, s'était laissé entraîner fort mal à propos. Cette panique pouvait avoir dé grandes et fatales conséquences, si Vandamtae n'était parvenu à la faire cesser.
Le général, une fois la lutte terminée, voulut connaître les causes de cet événement , et il se livra à une enquête, à la suite de laquelle il manda, le 27 avril, au chef de corps, le chef de demi-brigade Pinot :
« D'après les informations que j'ai prises, je suis convaincu , citoyen commandant, que les désordres que j'ai remarqués le 1®' floréal au soir, â la demi-brigade que vous commandez, ont été occasionnés par vingt à trente hommes, qui ont forcé les tambours à battre la charge, qui, par un tant zèle, crurent par ce moyen épouvanter les posteâ ennemis qu'ils avaient devant eux, et leur enlever les canons qu'ils gardaient.
« Je n'ai pu être indifférent à ces désordres qui
auraient pu nous occasionner de grands malheurs, qui inquiétaient et exposaient tout le monde, même le général en chef ; je connais toute la peine que cela vous a fait, Je ne doute pas des soins que vous avez pris ; mais ils ont failli être infructueux par la mollesse que plusieurs officiers ont mise pour l'exécution de vos ordres ; c'est par des exemples terribles qu'il faut arrêter cette sorte de mal qui, en entraînant votre corps au déshonneur, aurait pu perdre l'armée. Cherchez les coupables, il en existe; ils doivent être jugés ; le lâche doit être puni, l'officier faible doit être chassé, les braves et les fermes seuls doivent être récompensés.
« Il fallait, commandant, que je me préparasse au lendemain, pour recevoir les derniers efforts de rennemi ; les moindres fautes, dans ce genre, ne peuvent rester impunies, j'ai dû être sévère ; il fallut un exemple, et un général ne peut, sous aucun rapport, pardonner dans des affaires aussi difficiles, où il s'agit du salut de la République cl deriionncur de l'armée.
« La victoire a couronné tous nos efforts, la paix s'en est suivie, et mon cœur me dit que vous y avez votre part ; je n'ai pas oublié le courage de vos soldats le 1®^ au matin, les soins que se sont donnés vos officiers, ceux que vous avez prodigués au moment de votre débarquement, à l'instant où l'ennemi nous attaquait de toutes parts ; c'est pourquoi je vous promets justice et récompense. Je vais prier le général eu qhef pour qui'
ait à vous faire rentrer à l'armée ; je serais encore jaloux de vous commander. »
Le 22 avril 1797, dans un combat devant Francfort, livré par l'armée de Hoche, le fourgon d'un général autrichien tomba aux mains des Fran^ çais, et Ton y trouva des preuves de la trahison de Pichegru. Cela fut tenu complètement secret, et six mois plus tard, le 20 mai, le général n*en fut pas moins élu président du conseil des Cinq-Cents.
Dans l'intervalle, Pichegru, qui avait toutes les sympathies, toute la confiance, toule l'admiration de Vandamme, avec lequel il était resté en relation, lui écrivit de Bellevaux (Haute- Saône) :
« Il y a quelque temps que je ne vous ai pas écrit, mon cher général ; j'ai pourtant reçu votre lettre du 14, qui m'annonçait votre retour à Tarmée; mais n'ayant rien de particulier à vous demander, j'ai voulu attendre une occasion. Mont richard, qui est venu me voir en retournant à Strasbourg, me la fournit et veut bien se charger de celle-ci ; je la saisis avec d'autant plus de plaisir, que j'ai à vous féliciter sur les nouveaux succès que vous venez d'obtenir, et auxquels vous avez personnellement contribué d'une manière distinguée. Vous vous serez sans doute vu avec peine arrêté si promptement dans votre marche victorieuse; mais je suis persuadé que vous vous trouverez assez dédommagé, si , comme il est probable, la paix se fait sans nouvelle effusion de sang.
% Vous serez sans doute aux nominations à la législature, je comptQ partir pour Paris dans les derniers jours du mois; j'cspcrc que vos souvenirs ïu'y accompagneront , et que vous me donnerez tpiyours quelquefois de vos nouvelles. Comptez ^ général , sur la réciprocité de mes sentiments. »
Si Pichegru et bien d'autres rendaient justice aux talents et à la vigueur d'action de Vandarame et aux nouveaux droits qu'il venait d'acquérir à h reconnaissance de la patrie, les membres du gouyernement ne paraissaient pas aussi soucieux de î^eçonnaitre ce qu'il avait fait au passage du Rhin, et de lui donner des éloges mérités. Seul de tous, les généraux de l'armée qui avaient pris part à celte difficile et dangereuse opération, U ne reçut pas de lettres de félicitation du Directoire.
C?t oubli volontaire de la part des directeurs venait au reste d'une cause étrangère aux opérations militaires. A plusieurs reprises, Vandamme, auquel son caractère avait fait de puissants ennemis,, s'étaiit trouvé l'objet de dénonciations anonymes. Déjà nous l'avons vu victime de ces dénonciations,, dans lesquelles cependant on s'était toujours abstenu de spécifier rien de positif. On l'accusait va^ guement d'exaction, de dureté dans sa conduite, mais sans indiquer des faits précis. Or, après le passage du Rhin, on écrivit au Directoire que le général avait levé h s(ni profit une contribution de trente-six mille livres sur les villes d'Offenburg et àfi Renchçn, •
* Moreau fut avise de Paris, regarda comme vrai
* le fait dénoncé, sans prendre d'autres informations, ^ et écrivit à Vandammc pour lui demander où il » avait fait verser ces trente-six mille livres.
Vandamme, étonné,4ui répondit le 4 mai de Gengenbach :
« Mon général, je reçois à l'instant votre lettre, par laquelle vous m'annoncez que vous venez de donner des ordres d'imposer une contribution sur Je pays que nous occupons. Vous me dites que l'on vous a rendu compte que j'avais déjà donné l'ordre au commissaire Petit-Didier, d'en lever une d'environ trente-six mille livres, sur les villes d'Offenburget Renchen, et vous me demandez que
f j'aie à vous indiquer les caisses militaires où ces fonds ont été versés. Je n'ai aucune connaissance
r que l'on ait fait lever des contributions à Offen-
' burg ou à Renchen ; mais je vois maintenant bien clairement que ceux qui ont juré de me perdre en prennent tous les moyens. Quoi qu'il en soit, je suis prévenu ; n'ayant rien à me reprocher, je ne Crains ni les jaloux ni les méchants. >
Indigné de la calomnie dont il était encore une fois l'objet , Vandamme qui ne pouvait contenir Texpressioft de son indignation , écrivit le 6 mai une autre lettre au général Reynier, chef d'étatmajor de l'armée ; la voici :
• Je ne puis plus longtemps, général , vous ^ssimuler ce que je souffre depuis quelques
jôws. Tout me commande de m^expliquer franche-
ment avec vous, je souscris au besoin que j'en éprouve, dussé-je avoir lort.
« Je ne suis ni intrigant, ni ambitieux, ni fourbe, ni fripon : cependant le général Moreau me traite, sans nie juger, comme si j'étais tout à la îok Qu'il ignore qui je suis, je ne le pense pas; car par la franchise dont je m'honore, il a dû me connaître au premier abord. Peut-être ma franchise est-elle aussi ce qui m'a fait tort : quoi qu'il en ait pu être, j'en conserverai le caractère qui fera toujours ma satisfaction. — Des sols ou des méchants qui me jugent croient me jouer; mais il n'en sera rien : j'ai mes moyens. — Comme eux, je saurai les employer dans le temps à prévenir leur injustice ou leur méchanceté.
« Aurais-je dû m'attendre au silence du général en chef après avoir fait mon devoir au passage du Rhin? Quels comptes en rend-il au gouvernement qui ne peut méjuger que d'après ses rapports? — Bonaparte et Hoche récompensent jusqu'aux trompettes ; je semble être moins ici et c'est ce que je ne puis reconnaître avec indifférence. Je me rappelle bien d'avoir été en Hollande victime de l'insouciance ou du manque de caractère de celui qui semble déjà avoir oublié que j'étais le 1^' et le 2 à Diersheim. Oui, j'y étais; vous m'y avez vu, quoique peu liés ensemble, vous me connaissiez auparavant, vous m'aviez pu juger: je vous demande quel rôle j'ai joué dans ce passage. Si le sort des armes eût voulu m'êlre
défavorable, n'étais-je pas déshonoré, perdu? Les généraux de cette armée, de qui je n'étais pas assez connu, n'eussent-ils pas dit que j'étais un intrigant, un ambitieux et un ignorant; ne m'eussentils pas attribué tous les malheurs qui eussent pu arrivera l'armée? — Cependant je n'en eusse pas été plus coupable.
« Aujourd'hui que la chance m'a été heureuse, quel en est le résultat ? L'affaire, d'extraordinaire qu'elle a été, est déjà regardée comme très-ordinaire, bientôt elle sera oubliée. Et moi qui avais le droit d'en attendre mon avancement et celui de mon aide de camp, je me vois encore abusé, parce que je n'étale point mes faits et que je n'use point d'intrigues. Hé bien, je passe encore qu'on m'oublie ; mais qu'on me déshonore, je ne le souffrirai pas. On a rendu compte au général en chef que des contributions ont été levées dans le pays que nous occupons, et ce n'est qu'à moi qu'on s'adresse pour en découvrir les auteurs; croit-on que, l'ayant fait, j'aurais la bassesse d'en convenir, ou que si j'en connaissais les auteurs je les dénoncerais? On ne doit pas douter du contraire.
« Quelle lettre le général Moreaii m'écrivit-il hier? Quel style choisit-il en s'adressant à moi? Depuis deux ans je n'avais reçu un mot de lui, quoique je lui eusse écrit confidentiellement quelque fois entre plusieurs.
« Lassé de toutes ces menées, j'attends encore quelques jours, et si je ne trouve pas la satisfac-
tion que j'ai droit d'espérer, je prendrai le parti de quitter l'armée. Je prouverai dans tous les temps que le zèle que j'ai professé n'a été commandé que par mon amour du service, ici comme au Nord, et non par l'ambition ni l'intrigue. Cependant je ne veux pas qu'on soit injuste envers moi. Je ne cesserai au reste d'être militaire que quand on m'y forcera par trop d'injustice, et ce terme ne me paraît plus loin.
• J'ai tort peut-être, général, de vous adresser cette lettre. Je ne sais à qui mieux le faire. Je voos prie cependant de ne pas la publier sans m'avoir répondu. La confiance que m'inspire votre caractère m'a déterminé à cette démarche que rien n'a pu empêcher. Répondez et croyez que je suis avec considération et estime, etc.
• P.-S. — J'apprends à l'instant que les généraux blessés ont reçu du Directoire des lettres de félicitation; pour nous qui avons fait les premiers pas vers les dangers que nous avons bravés jusque la fm, il n'est question de rien. Mon aide de eamp Gobrecht et Savary, qui ont débarqué les premiers, méritaient sans doute qu'on leur tînt compte de leur conduite, il n'en est pas plus question que de moi. Ce qui est mieux, c'est que le général Moreau n'a encore fait d'autre rapport que son premier. Il est bien agréable de servir de cette manière. Par bonheur la guerre est finie. — On m'assure que vous en aviez fait un q^Ui'il n'a paift voulu envojer.
]Iette8> il a ses raisons particulières, mais à la fin )n se lasse de tout. >^
Cette affaire qui, comme les autres de pareille lature, n'eut pas de suite, causa un chagrin probnd à Vandamme^et lui fit désirer de quitter en.- )ôre une fois Tannée et surtout une armée qui se rouvait sous les ordres d'un homme, son ancien xunpagnon d'armés, paraissant plus disposé à lui ^tre défavorable qu'agréable.
Il dut rester cependant à l'armée de Rhin-et- Moselle j.usqu'à la fin de juillet, époque à laquelle \ finit par obtenir, non sans peine un congé pour >e rendre à Gassel.
Un grand nombre de lettres de généraux, d'érangers même , principalement de Wurtember-. jeois vinrent le consoler un peu de l'injustice dont JétaitlayictimedelapartduDirectoireetdeMoreau;
Nous placerons ici quelques-unes de ces lettres. iToici celle que lui écrivait le 25 mai de Stuttgard re baroncle Mendelshom.
• Quelque plaisir que la lettre m'ait fait, donJ rous avez bien voulu charger votre premier aide le camp pour moi, je ne peux pas vous cacher, dkmsieur le général, que j'aurais été encore plus charmé si vous aviez voulu vous-même passer {uelques jours à Stuttgard. M. Gobrecht vouslira combien dans cet endroit on vous rend ustice. Nous admirons les. talents ùa général LieUreu^ el uous aiknons tout autant ses qualités imables.. Pi^uiH'Oa avoii* des gaiptlsi plus^ sûrsi
pour être bien reçu ? Parmi les hommages qu'on vous aurait rendus, il n'y aurait pas eu de plus sincère que les miens. Recevez-en l'assurance avec bonté et soyez persuadé que c'est avec la considération la plus distinguée, etc. •
En voici une autre du supérieur de Tabbaye de Schwarzach, écrite le 30 mai.
« Monsieur le général, je suis on ne peut pas plus reconnaissant de ce que, d'après la supplique que j'ai eu l'honneur de vous faire pour diminuer le nombre des troupes qui occupaient les villages dépendants de mon monastère, vous avez daigné donner des ordres qui ont rempli les vœux de ces pauvres malheureux. Fidèle interprète de leurs sentiments, je puis vous assurer qu'ils bénissent déjà et n'oublieront jamais la main bienfaisante qui les a soulagés. Quant à moi, je suis avec tout le respect qui vous est dû, etc. »
Donnons encore les trois suivantes : l'une de l'abbé Bernard , supérieur d'une abbaye située à Gengenbach ; la seconde du baron d'Auffenbach ; la dernière du prince de Rosenberg. Toutes trois sont du milieu du mois de juillet.
« La bonté de votre âme et votre justice saura bien taxer l'impuissance de ma situation présente qui me ravit le plaisir de satisfaire à mon cœur très-reconnaissant à vos bontés et les grands bienfaits pour moi et ma petite abbaye.
« Agréez le petit offre de ma gratitude que j'ai l'honneur et le plaisir de vous présenter.
• Ajoutez, je vous prie, ma bonne volonté; et surtout l'amour, Teslime et le dévouement avec lesquels je serai jusqu'à la mort, etc. »
« Acceptez, général ma vive reconnaissance pour la communication du mémoire relatif au pas* sage du Rhin.
« Ce beau manœuvre mérite de droit une des premières places dans l'histoire de la guerre; il caractérise l'esprit républicain de votre brave infanterie, et détaille le zèle et l'héroïsme des généraux français.
« Si j'ai quelque chose à redire, c'est que le héros de ce jour passe si légèrement sur ses propres actions et passe sous silence les avantages distingués qu'il a remportés sur nos troupes par sa valeur, son courage et sa prudence. — Qui ne reconnaît par cette modestie le grand général? »
« Monsieur le général, comme il y a bien longtemps que je ne recevais plus ni de vos nouvelles ni de gazettes, je me trouve très-inquiet concernant votre santé. Je vous prie, Monsieur le général, de me tirer d'embarras par quelques mots, et d'y ajouter aussi la raison pour laquelle les gazettes ne me parviennent plus. — Je suis trop persuadé de votre amitié pour oser craindre que vous ayez entièrement oublié celui qui a l'honneur d'être avec toute la considération possible, etc. >
Vandamme, toujours confiant dans le patriotisme de Pichegru, apprit avec une vive satisfaction la nomination de son ami à la présidence ^\x
Conseil des Ginq^Gents. Il lui adressa son rapport surle passage du Rhin. Une correspondaiice assez suivie s'éèablit entre ces deux hommes;
Nous avons fait choix dans cette correspendance des trois lettres qui suivent :
PIGHBORU A VANDAMME.
t Paris, 7 mai 1797.
« J'ai lu avec beaucoup d'intérêt, mon cher général, le rapport joint à votre lettre du 17 du mois dernier; je vous remercie de Tatlention que vous m'avez témoignée en me l'adressant.
« On va s'occuper de la révision des lois militaires et de la rédaction d un Code ; je ne doute pas que vous ne puissiez fournir de bonnes idées, de bonnes vues sur différents objets; si vous voulez me les adresser, je serai très-empressé de les soumettre à la commission»
« P.-S. — Je joins ici un compte rendu par le ministre de la guerre, dont la lecture pourra vous intéresser. »
VANDAMME A PICHÉGRU,
r 31 mai 1797.
« Mon général, j'ai reçu avec grand plaisir votre lettre et le rapport du ministre de la guerre, que vous avez eu la bonté de m'envoyer; recevez-en, je vous prie, toute ma reconnaissance. . « Au courrier prochain je vous ferai part de
mes idées sur la législation militaire, comme voué voulez bien me permettre que je vous les adresse^ mais sous la condition que ce ne sera que de vous à moi; je ne veux paraître en rien. Je connais les noms des membres composant la commission chargée de la législation militaire ; pourquoi dono celui qui a tant fait de mal à l'armée se trouve-^ t-il encore chargé de son organisation. Permettez* moi quelques réflexions , que je ne veux faire connaître qu'à vous , mon général ; les plus grands maux que l'on puisse voir désolent l'armée et la République entière : l'intrigue, la protection de parenté et par conséquent l'injustice. Depuis plus de deux ans quels abus se sont introduits partout I les principales qualités de l'homme ont été méprisées; il fallait être parent, ou protégé, ou flatteur d'un ministre, directeur ou législateur, pour avoir un commandement important dans l'intérieur, en Hollande ou en Belgique. La plupart des places diplomatiques ont été données aussi à ceux qui avaient ces titres. Je ne parlerai pas autant des armées actives. Là il y avait trop de dangers, et ces messieurs n'osaient pas s'y exposer; il y avait là à se battre, et cela est un peu contre leurs goûts. Aussi se proposent-ils de venir maintenant -prendre de belles inspections de cavalerie, d'infanterie, d'artillerie, de places et de départements; ils s'y prennent déjà fort bien; ils adressent des listes des généraux et autres chefs à supprimer, en observant que tel était bien
brave, bien instruit pour la guerre, mais quecesi un jacobin, un terroriste, ou un royaliste, ou un chouan. Chaque parti a ses intrigants, etTarmée victime de tout pourrait encore être dupe, si vous, si Jourdan, si Ferrand n'étaient pas là. Je ne parlerai pas pour moi, mon général, car J6 quille le service probablement; j'ai besoin de repos pour réparer ma santé; j'ai servi tant que j'ai cru le devoir faire pour mon honneur et pour ma patrie ; depuis quatre ans que je suis général de brigade, employé à presque toutes les affaires difficiles, assez heureux d'avoir satisfait à ceux de mes chefs que j'estime le plus, je ne demande pas d'autre récompense que les témoignages qu'ils m'en ont donnés. Mais aurais-je dû m'attendre au désagrément que j'éprouve? Depuis six mois je sollicite près du Directoire et du ministre (quoique cela n'entre guère dans mon caractère) pour obtenir une compagnie dans le 8® des hussards pour Gobrecht, mon aide de camp, de même pour une autre compagnie do cavalerie légère pour Seron, aussi aide de camp, tous deux officiers (quoique jeunes) d'une mérite distingué, ayant le corps couvert d'honorables blessures et habitués à servir sous des chefs difficiles, de qui ils ont su mériter l'estime ; l'on m'a donné pour toute réponse qu'ils ne pouvaient pas changer d'arme, parce qu'ils appartiennent à l'infanterie. Mais il y a quatre ans qu'ils sont dans l'état-major; on préfère un commis aux vivres, un secrétaire de mi-
nistre, et pourvu qu'ils soient protégés, ceux-là trouvent places. Je vous citerai pour exemple un des cousins de Rewbel, portant le même nom, qui de conducteur des charrois a été fait d'emblée capitaine au 8® régiment des chasseurs après la retraite de Tarmée, et qui est maintenant avec le général Saitite-Susanne, comme deuxième aide de camp, qui l'a pris à la recommandation des gens à qui il ne fait pas bon de déplaire. Il faut que je finisse de cela, car je vous ferais perdre trop de temps si je vous faisais connaître les criantes injustices qui se commettent tous les jours.
« Permettez, mon général, quoique ma lettre soit bien longue, que je m'explique librement avec vous ; je vous prie, ne le prenez pas de mauvaise part, tous les partis vous flattent dans ce moment, parce que tous vous craignent et savent avoir besoin de vous ; défiez-vous de tous également, je vous en conjure, tous sont également dangereux; après s'être servis de vous vous seriez leur première victime. Ne voyez que la République et l'armée , l'une et l'autre attendent leur sort de vos mains. Veuillez répondre à leur confiance en faisant tout pour leur bonheur.
• Le département du Jura vous a porté à la législature ; quoi qu'il en soit, vous êtes là le député de l'armée ; elle vous a nommé d'une voix unanime. Le respect, l'estime et la confiance qu'elle a en vous doivent vous être chers, et vous n'oublierez pas pourquoi elle s'est battue pendant six
années. Tout le mal de la révolution est fait, empêchez qu'il n'en arrive d'autre par la contre-ré^ volution, à laquelle tant de méchants et de sots travaillent. Ne savent-ils pas qu'en voulant un roi ils rencontreront Robespierre, et que ceux qui veulent Robespierre trouveront Capet. Conserveznous donc cette constitution de l'an m , qui seule peut faire le bonheur de tous. Les partis, les intrigues, les sottes prétentions ont perdu les Lafayetle, les Dumouriez, les Custine, et que ces malheureux exemples nous conservent donc les Pichegru et les Jourdan.
« Pardon, mon général, si je m'étends trop loin; les bontés que vous avez toujours eues pour moi me commandent un éternel attachement et me forcent à vous dire tout ce que je pense. Je ne suis ni flatteur ni fourbe ; si cette lettre a quelque chose qui me rende coupable près de vous, faites-m'en le reproche, je le recevrai sans peine, sachant tout ce que je vous dois. »
PICHEGRU A VANDAMME
« 3 juillet 1797.
« Il y a bien longtemps que je ne vous ai pas écrit, mon cher général. J'ai reçu dans le temps les différentes lettres que vous m'avez adressées; je vous remercie des nouveaux témoignages d'intérêt que vous m'y donnez , ainsi que des justes observations qu'elles contiennent. Vous me parlez d'abus et d'intrigues; je ne doute pas que vous
i ayiez beaucoup à remarquer; mais où plus ci est sa source? Je suis surtout affligé de L qui se multiplient dans le militaire. La faveur L protection sont plus que jamais les titres de érence , ceux qui veulent les . obtenir sou- :ient que tout est pour le mieux , et que voir ement c'est fronder le gouvernement, c'est oir entraver, contrarier ses opérations. La mission dont je fais partie s'occupe instamt de garantir les officiers de l'arbitraire auquel estent soumis ; elle va sous peu de jours prêter une loi portant qu'aucun officier ne pourra
privé de son emploi que par suite d'un jugeit légal, etc.
Ce serait peut-être vous donner une trop le opinion de mon crédit, que de vous en faire ârer le succès des différentes demandes dont s m'avez parlé. Je n'en suis pas moins prêt à présenter et à les appuyer, si vous voulez Jresser une espèce de mémoire pour chacune ; 5 connaissez mon caractère, je ne sais point i ma cour; quand je demande justice et ies méritées, je ne peux prendre le ton de i qui sollicite des faveurs, d'où il résulte sou- • que ma recommandation n'assure pas la iSite ; mais comme il n'y a point à rougir d'un LS lorsqu'on ne demande pas pour soi, je ne ligne point aux démarches. Disposez de moi, Cl cher général, je mettrai toujours autant ïipressement à vous être utile que j'ai de plai-
Bir à vous renouveler les sentiments de mon mcèrc attachement. •
La correspondance entre Vandamme et Picbgru cessa après le 18 fructidor (4 septembre 11% lorsque Moreau eut dévoilé au directeur Bartlifr lemi la trahison de Pichegru. Vandamme fiîl* comble de Tétonnement en apprenant la condufc de rhomme auquel il prétait les sentiments du pte pur patriotisme. Il eut beaucoup de peineàcroà* à un tel excès d'infamie, et on le vit dès lo^sdlfi^ cher à se faire connaître et à entrer en relato avec le véritable héros du jour, qui devait éte celui du siècle, le général Bonaparte.
Les événements politiques cependant avaieii fait rappeler Hoche de l'armée de Sambre-*
Meuse, le Directoire voulait l'avoir à sa dispos* tion. On connaît la marche des troupes surPa (jui commença le 18 fructidor. Le gouvernemeit (il offrir le commandement provisoire des arnietf de Rhin-et-Moselle et de Sambre-et-Meusc i Moreau, qui refusa, voulant un commandemfi» définitif, ou bien qu'on le laissât à la têtedestf troupes.
Nous avons vu que, le lendemain du passage*
Rhin par l'armée de Moreau, l'eunemi availrfl^ l'offensive sur tous les points; que le général* chef français avait résolu de faire frapper le^p* cipaux coups sur le centre de l'adversaire par ^^ propre centre aux ordres de Vandamme» aw* sa disposition les généraux Jordy, D^^'^
Demont, Heudelet, etc.; que Vandamme prit son point de direction sur les villages de Lintz et de Hobine, et parvint à enfoncer les Autrichiens; nous avons vu enfin que déjà Tavant-garde française, dirigée par Vandamme, se portait sur Nide* rachen et Freudenstadt , lorsque la nouvelle de Tarmistice était arrivée d'Italie et avait arrêté la marche victorieuse de l'armée de Rhin-et-Moselie.
Vandamme, ne pouvant plus consacrer son temps à la guerre, résolut de profiter de la proximité où il se trouvait de Rastadt pour se rendre dans cette ville et y voir les ministres chargés des négociations. Il y fut à plusieurs reprises, conféra avec eux et leur devint utile. C'est alors qu'il eut l'occasion de faire la connaissance de Bonaparte, qui TaccueilUt avec la plus grande cordialité. Les hommes de la trempe de Vandamme sont rares partout, même en France. Aussi le jeune vainqueur de l'Italie, qui connaissait la vigueur, les talents militaires et les services rendus par Vandamme, se monlra-t-il plein d'attention pour lui. Desaix, Kléber et Vandamme sont les trois généraux ayant combattu loin des regards de Bonaparte dans le principe, pour lesquels ce dernier eut toujours le plus d'estime et d'affection.
Dans une de ses excursions sur le territoire allemand, Vandamme vint un jour à Salsbach. Il voulut visiter le lieu où le maréchal de Turenne avait été tué par un boulet. On a élevé là une pyramide et un petit monument, pour la garde du-
quel le général répubiîcain, amoureux des gloires militaires de toutes les époques, fît établir un poste d'honneur.
Il quitta l'armée de Rhin-et-Moselle à la fin de juillet, pour jouir à Cassel d'un nouveau congé, et nous allons le retrouver à l'armée dite d'Angleterre au commencement de 1798.
Vandamme passa la fin de 1797 dans ses foyers, à Cassel. Il fit plusieurs voyages à Paris, dans le but de se rapprocher du général Bonaparte, dont il était devenu un des admirateurs les plus passionnés , surtout depuis que la conduite de Pichegru lui avait été dévoilée.
Dans les premiers jours de janvier 1798, il reçut ses lettres de service pour se rendre à l'armée dite d'Angleterre. Il devait cette destination à Bonaparte, alors tout-puissant auprès du Directoire, et qui était bien aise de donner le change à la Grande-Bretagne en lui faisant croire que ses côtes étaient le point objectif d'une prochaine guerre. Or, Tenvoi à l'armée, destinée eu apparence à franchir la Manche, d'hommes tels que Vandamme, était une sorte de menace.
Pendant son séjour sur la riye droite du Rhin et dans ses courses à Rastadt , Vandamme avait été fort bien accueilli par plusieurs petits princes allemands, et entre autres par le comte de Furstenberg, dont le ministre, M. de Keiser, écrivit à plusieurs reprises au général pour le supplier de
prendre en main les intérêts de son prince. Voici trois des lettres de ce ministre à Vandamme :
« 2 janvier 1798.
• Citoyen général, j'ai eu l'honneur de recevoir celle du 9 nivôse, dont vous avez voulu m'honorer. Pour satisfaire la demande que vous m'avez faite, je suis allé hier chez le baron de Bildt, envoyé de Danemark, pour savoir si le baron de Wechter était ici ; on m'a répondu que non, et qu'il n'y reviendrait pas puisque le baron de Rosenkranz était destiné pour être le premier envoyé. Je crois qu'il est même arrivé aujourd'hui.
• Tout le monde est dans la plus vive attente de voir arriver le héros d'Italie; je le suis bien aussi, puisque vous me donnez l'espérance d'avoir l'honneur de vous voir alors à Rastadt.
« J'ose vous réitérer mes instances, citoyen général, de bien vouloir alors me présenter à ce grand homme, qui apportera sans doute la décision de notre sort, et si vous y ajoutez un mot favorable pour mon prince, cela vaudra sûrement mieux que toutes les créditives, et si vous daignez d'entrer dans sa conduite, dont vous avez la plus parfaite connaissance, et qui n*a jamais pu déplaire à la République, je suis sûr que cela aura un meilleur effet que toutes mes négociations, dont le but et les moyens vous sont assez connus. Mon prince ne prétend pas de fixer l'attention de la République et de ses grands hommes, mais il croit
que son existence n'est pas contraire aux grand» vues de la France. Vos triomphes ont étonné TEurope et vos victoires ont ébranlé son équilibre. Vous, citoyen général, vous y avez une belle part. La République rétablira par sa sagesse un ordre de choses qui nous assure une paix durable. Comme je voudrais que vous eussiez autant de part à ce rétablissement que vous en avez aux victoires ! Vos connaissances le mériteraient bien. Mais qu'en sais-je? vous serez sûrement consulté sur les rapports des gouvernements en Souabe; qui peut les connaître mieux ? et quels importants services ne pourriez-vous pas rendre alors à mon prince, à ma patrie, en secondant en même temps le plan de la République ! Mais j'anticipe sur vos bontés et j'abuse peut-être de votre patience, en suivant les sentiments de la plus parfaite confiance.
f Agréez, citoyen général, les assurances les plus vraies de mon estime parfaite et sentie, et de la plus haute considération avec laquelle j m l'honneur d^étre, citoyen général, etc. »
« Citoyen général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 23 nivôse, et qui m'annonce votredépart prochain, m'a vraiment affligé. Il arrive toujours le contraire de ce que je désire, et bientôt je me garderai de souhaiter quelque chose.
« Je ne mériterais pas la confiance de mon prince si je ne désirais pas le bonheur de ses sujets, et
isije ne souhaitais et ne cherchais pas tout ce qui i puisse les soulager dans les moments où ils ont s tant senti les malheurs de la guerre. J'avais bien ■ : souhaité que la République voulût retirer ses - troupes victorieuses d'un territoire qui n'a jamais été son ennemi. Ce souhait n'a pu se réaliser jusqu'à ce moment; mais c'était une grande consolation pour mon prince , pour moi et pour tout le pays de voir à la tète de ces troupes un général qui connaissait notre bonne volonté, nos moyens et les maux que la guerre nous a faits ; qui savait remplir ses devoirs envers la République et ménager en même temps un pays souffrant; qui unissait toutes les qualités militaires à celles d'un homme sensible.
« Jugez, mon général , si je dois regretter votre départ !
« Si la grande République a ses raisons pour continuer la possession d'un pays que vous occupez, pourquoi faut-il qu'elle nous ôte un général qui a si bien su adoucir les maux de la guerre par son humanité et sa bonté ! qui a si bien su maintenir le bon ordre par sa sage sévérité qu'en jugeant d'après le repos et la tranquillité, là où vous commandiez, on aurait cru déjà voir régner la paix la plus heureuse.
« Excusez mes sentiments et ma franchise : quand on dit ce qu'on sent on ne flatte pas; je ne peux pas vous offenser, si je me plains de l'ordre que vous avez de nous quitter, et si je sens.
d'après les impressions que votre connaissance fait à chacun qui a eu Thonneur de la faire, et qui a la tête et le cœur bien placés.
« Je vous avoue cependant, mon général, que j'ai eu une espèce de pressentiment de votre destination. Je m'imaginais que s'il était résolu d'humilier les fiers insulaires obstinés, la République appellerait à cette expédition les héros les plus redoutables, et que vous partageriez la gloire du héros d'Italie. Quand la gloire a une fois mis la couronne de laurier sur une tète, elle ne cesse plus d'appeler le héros au combat pour y ajouter des feuilles fraîches et nouvelles.
« Allez donc, mon général, puisque la République et la gloire vous appellent; je veux renfermer dans mon cœur les justes regrets que je sens de vous perdre. Que les destinées conservent vos jours précieux à votre patrie et chers à tous ceux qui ont eu occasion de connaître votre mérite ! Mais, mon général, je suis dans ce nombre, ne les oubliez pas, où que l'honneur et la gloire puisse vous conduire et placer, n'oubliez pas le pays et ses habitants qui ont été témoins de vos beaux exploits et de votre humanité, dont vous avez été le premier vainqueur et le bienfaiteur après les combats ; n'oubliez pas un prince qui se souviendra toujours, avec toute la gratitude, d'un général qui a soulagé autant qu'il a dépendu de lui ses sujets, qui n'ont senti souvent que des preuves de bonté, tandis que le
droit de la guerre aurait pu autoriser celui de la rigueur; n'oubliez pas un homme auquel vous avez encore inspiré la plus haute estime après qu'il eut admiré longtemps avant vos talents militaires ! auquel vous avez témoigné tant d'amitié qu'il a osé espérer avec confiance que vous le seconderez dans ses négociations pour son maître, soit par votre intei^vention immédiate, soit par des recommandations appuyées des faits à l'égard de notre conduite et des raisonnements solides à l'égard de notre situation dans le cercle de Souabe.
« Vous me demandez des commissions pour Paris, mon général; combien n'en aurais-je pas à vous donner, et combien ne seraient-elles pas bien faites, si votre destination vous permettait devons en charger ! Quel avantage ne résulterait pas pour mon prince, et pour son pays, si un témoin oculaire de sa conduite pendant ces moments passés de crise et d'impulsions violentes exposait avec vérité et énergie sa manière d'agir? si sa situation, ses rapports , son intérêt combiné avec celui delà République, son existence et sa conservation dans son intégrité, si tout cela était développé aux yeux du conquérant de l'Italie et à ceux du ministre des relations extérieures, avec vosta* lents, votre éloquence et , votre connaissance locale? Gela produirait plus que les négociations de dix envoyés.
• Si vous me demandez donc des commissions
pour Paris, si vous voulez être aussi immorlel dans les annales de Furslenberg que vous le serez dans celles de la République, recommandez la conservation et les intérêts de mon prince aux personnes principales , faites que ses intérêts soient recommandos aux minisires de la République ici, faites que la protection de la République lui tienne lieu des grandes alliances. — Vous pouvez être sûr que vous aurez fait Tacquisilion d'un voisin allié dont le dévouement à la République surpassera beaucoup l'étendue de son territoire, et dont la reconnaissance saura vous trouver même derrière les côtes blanches d'Albion. « J'ai rhonneur d'être avec des sentiments de la plus haute estime, etc. »
« Citoyen général, j'ai reçu ces jours derniers la lettre du 18 ventôse dont il vous a plu de m'honorer. Peu de jours avant, M. de Wechler avail quitté Rastadt. Je me suis informé de son séjour actuel, et ayant appris qu'il était retourné à Stutlgard, j'ai mis selon votre ordre l'incluse à la poste, et je ne doute pas qu'elle sera arrivée à sa destination.
« Je ne peux pas vous exprimer le plaisir et la satisfaction que j'ai eus en apprenant que vous avez eu occasion de parler au général Bonaparte et au ministre de la situation et des vœux de mon prince. Le témoignage que vous avez bien voulu donner de sa conduite et de ses sentiments contribuera
sans doute le plus à obtenir sa demande du Directoire exécutif, qui consiste dans la protection de la grande République.
« Vous dites, mon général, que vous avez fait un rapport tel que votre cœur le dicta? Il ne peut donc être que favorable, puisque la loyauté, la vérité et la franchise guident vos sentiments, et vous avez sûrement exposé ceux de mon prince avec cette vérité éloquente et cette connaissance de cause que vous avez acquises sur les lieux.
« J'ai envoyé votre lettre à mon prince et il en sera encore plus charmé et satisfait que moi-même s'il est possible de l'être davantage.
« Je crois que vous avez rendu service à la République en obligeant infiniment un prince voisin; il me parait importer à la République de connaître ses voisins quelque petits qu'ils soient; et en rendant justice aux sentiments de mon prince, vous avez acquis un grand droit sur sa reconnaissance.
« J'aurai peut-être bientôt le plaisir de vous la témoigner de vive voix , puisque notre situation pourra exiger que je fasse le voyage de Paris, et en allant vous voir à Cassel je ne croirais pas faire un détour. Cette occasion se présentera probablement quand on sera un peu plus au clair ici. La sécularisation comme base des indemnités trouve beaucoup de difficultés et oppositions, même de la part des protestants de l'Allemagne septentrionale. •
Ea vertu des ordres qu'il avait reçus, Vandamme rejoignit Tarmée d'Angleterre en avril 1798. Ayant appris qu'il était question de former une armée nouvelle et d'en donner le commandement à Augereau, un des plus brillants capitaines de l'armée d'Italie, avec lequel il s'était lié, ainsi qu'avec Bonaparte, pendant son séjour à Paris, il lui écrivit pour lui demander de l'employer avec lui.
Augereau lui répondit le 11 avril, de Toulouse, où il résidait en qualité de commandant de la 10® division militaire territoriale :
• J'ai reçu, mon cher général, vos deux lettres par le même courrier : une en date du 24 ventôse et l'autre du 3 germinal; je suis bien flatté de la demande que vous me faites de venir servir à l'armée de Portugal avec moi. Soyez persuadé que je me ferai toujours un vrai plaisir d'avoir des républicains qui, comme vous, ont fait leurs preuves de civisme, et qui ont montré des talents militaires, et un courage à toute épreuve ; du moment qu'elle aura lieu je vous en ferai part. J'en écrirai de suite au gouvernement pour vous y faire venir.
« Si je puis vous être de quelque utilité, je vous prie de disposer de moi et de compter sur mon inviolable attachement.
« Salut et amitié. »
Vandamme vint d'abord s'établir à Cherbourg, où il prit le commandement intérimaire de la di* vision Duhesme, envoyée à l'armée d'Angleterre.
Il se trouva en relation avec le contre-amiral Lacrosse, inspecteur des côtes de Cherbourg à Anvers, et commandant en chef de la flottille.
Les troupes sous les ordres de Vandamme étaient les suivantes :
La 3® demi-brigade légère, établie à Cherbourg même ; la 9® demi-brigade légère, alors en garnison à Paris ; la 10« demi-brigade légère, à Caen; la AOP demi-brigade de ligne, au Havre et à Dieppe.
Ces dispositions changèrent au commencement de juin, ainsi qu'on le verra plus loin.
En France, on croyait sérieusement à cette époque à une descente sur les côtes de la Grande- Bretagne, et pour combattre les Anglais chez eux et pour prendre la revanche de Texpédition malheureuse d'Irlande. Le Directoire et le général Bonaparte, qui combinaient une expédition dune tout autre nature en Orient, savaient seuls que tout ce qu'on faisait sur les côtes de la Manche n'était qu'une fausse démonstration. Le gouvernement directorial voulait éloigner de la France le vainqueur de l'Italie, et par ce motif avait accueilli les projets sur l'Egypte. Bonaparte, de son côté, sentait la nécessité, dans son propre intérêt et dans celui de sa gloire, de quitter sa patrie et de frapper les imaginations par une guerre nouvelle et extraordinaire. De part et d'autre on était tacitement d'accord.
Cependant les préparatifs se continuaient sur les côtes de la Manche pour donner le change, à
tel point que le cabinet britannique, fort inquiet, prenait des dispositions pour résister à une des^ cente qu'il prévoyait prochaine.
Le général Desaixfut chargé du commandement intérimaire de Tarmée d'Angleterre dont le commandant titulaire était Bonaparte lui-même. On forma pour cette armée une aile droite, une aile gauche et im centre. Le centre fut sous les ordres de Vandamme, dont le quartier général, d'abord à Cherbourg, fut placé ensuite à Gaen.
Une commission fut créée pour organiser les moyens de transport, et Ton mit en réquisition même les bateaux pécheurs des plus petites dimensions. On peut dire que cette disposition fut Torigine de la fameuse flottille de Boulogne. Une somme de huit millions fut mise à la disposition de cette commission composée du général Andréossi, de ringénieur-constructeur Forfait , depuis ministre de la marine , et du contreamiral Lacrosse. La commission ne devait compte de ses dépenses qu'au général Bonaparte. Andréossi ne tarda pas à s'adjoindre les chefs de division de la marine Ganteaume, Decrès, Gasabianca et Dumanoir.
Afln de persuader de plus en plus au gouvernement britannique que l'intention du Directoh-e était bien de tenter une descente , on résolut de tenter une attaque sur les îles Saint-Marcouf, alors aux mains des Anglais , et dont la possession permettait à ces derniers d'intercepter les
communications par mer entre le Havre et Cherbourg.
On prépara donc une expédition dans le port du Havre. Un habitant d'Anvers nommé Muskein soumit un plan de bateau plat dont Tidée lui avait été suggérée en Suède. On chargea cet homme, nommé capitaine de vaisseau, de faire construire des transports de ce genre , et bientôt on en put mettre à l'eau jusqu'à trente-trois, au Havre. La 4* demi-brigade, deux compagnies d'artillerie à pied, une de sapeurs, furent embarquées sous les ordres de Muskein et sous la haute direction du contre-amiral Lacrosse.
L'expédition, sortie dans la nuit du 7 au 8 avril, pénétra dans la baie de Gaen, où elle fut attaquée par deux frégates ennemies, cherchant, d'une part, à lui couper la retraite, de l'autre, à l'empêcher d'arriver aux îles Marcouf. Le combat fut des plus vifs, une des frégates anglaises s'échoua à la côte, jeta ses canons à la mer et parvint à se remettre à flot. Un vaisseau de 74 , en entendant des îles Marcouf où il mouillait, le bruit de la canonnade, se dirigea de ce côté et força la flottille à s'abriter a deux lieues de Gaen, à l'embouchure de l'Orne, jans un petit port appelé Sallenelles.
Le contre-amiral Lacrosse, qui poursuivait à [Cherbourg l'armement d'une flottille pareille à îette dernière, résolut de profiter de la relâche de jette dernière à la Sallenelles pour reprendre l'expédition contre les îles Marcouf. Dans ce but, ce
brave et habile marin demanda au général Kilmaine, nommé tout récemment au commandement de Tarmée d'Angleterre, en remplacement de Bonaparte, de réunir quelques troupes expéditionnaires à La Hougue, petit port situé à trois lieues des îles qu'on voulait attaquer.
Huit cents hommes s'embarquèrent sur trente ou quarante bateaux pêchem'S, sur cinq canonnières el sur cinq bateaux plats. Le 7 mai, Mu&kein étant parvenu à tromper la croisière ennemie qui le bloquait dans la rivière de Gaen, et à ramener sa flottille à La Hougue, l'expédition française essaya d'attaquer les îles, mais le débarquement ne put s'effectuer, parce que les canonnières jetèrent l'ancre à trop grande distance de terre pour protéger efficacement les bateaux plats. Après ime tentative infructueuse, la flottille se retira paisiblement à La Hougue, ayant eu quatre tués et douze blessés.
On songea encore à une nouvelle tentative, mais le gouvernement envoya l'ordre de renoncer à s'emparer de ces îles. La flottille de Lacrosse fut bombardée à la Hougue. Elle parvint cependant à rentrer à Cherbourg.
Pendant ce temps-là, le Havre essuyait un bombardement et Os tende était attaqué par terre et par mer.
Ces faits maritimes, qui eurent lieu pendant les quelques mois du commandement par Vandamme du centre de l'armée d'Angleterre, motivèrent une
correspondance dont nous allons donner les pièces qui nous ont paru mériter le plus d'intérêt.