‹ Le général Vandamme (volume 2)Chapitre 31 sur 43 · FARINE, AIDE DE CAMP DU GENERAL MICHAUD, AU · texte numérisé non relu

FARINE, AIDE DE CAMP DU GENERAL MICHAUD, AU

« Pontivy, 7 juillet 1794.

« Le Directoire a senti comme vous, citoyen

général, qu'il était temps d'envoyer des secours aux Irlandais unis. Hier, un courrier extraordinaire, dépêché par le ministre de la guerre, a apporté au général Michaud Tordre de faire réunir sans délai à Brest, et de mettre à la disposition de la marine, les i^^ et 3® bataillons de la 81® demibrigade, et la brigade étrangère entière.

« D'après les dispositions ordonnées par le général Michaud, ces troupes seront rassemblées à Brest, et prêtes à aller à bord pour le 26 de ce mois.

« La brigade étrangère, dont peut-être vous ne connaissez point la composition, renferme quatre régiments d'infanterie et un régiment de chasseurs à cheval. Mais ces régiments ne sont que des squelettes, que des cadres ; il n'y a point ou presque point de soldats. Les officiers seulement sont complets. C'est en Irlande que ces corps organisés à l'étranger et portant, la plupart, des noms irlandais , doivent se recruter. Formée par Hoche, lors de sa malheureuse expédition maritime, cette brigade étrangère en fit partie , et a mouillé avec les autres quelques jours dans la baie de Bantri. Je fais des vœux pour qu'elle puisse cette fois aller aussi loin. Brest est toujours bloqué. J'attends avec impatience l'issue de cette mesure importante qui ne peut tarder d'avoir lieu. Je serai exact à vous informer de son résultat.

• Ce secours pour les Irlandais est divin , puisse-t-il leur parvenir! Mars est pour nous,

je ne crains que Neptune et nos marins,

^ On annonce enfin roccupation de Malte par nos troupes comme certaine. Ainsi, plus heureuï que Soliman II, Bounaparte, en un jour, est maître de cette cité victorieuse que le fier Musulman, avec toutes ses forces , ne put emporter après un lon{î siège. Je crois que Tor ici a plus fait que la bombe. A uri sacra famés! quid non morl^Hs pectora cogis?

« J'ai encore de la peine à croire, citoyen général , que Bounaparte aille décidément faire la guerre aux Russes, et rendre à la Pologne une indépendance qu'elle perdit il y a bien longtemps. Sans doute le titre de Khan de la Grimée est beau ; sans doute, le nom de libérateur, de restaurateur de la Tauride est flatteur... Mais mais

il y a de bien puissants obstacles pour obtenir l'un ou l'autre, et je crois que nous avons de la besogne plus pressante.

f En 94, vous le savez comme moi, mon général, l'armée navale de Russie consistait en quarante-huit vaisseaux de ligne, en vingt-huit frégates et plus de six cents bâtiments à rames. Depuis lors, l'on en a construit encore en Russie. Rien n'empêche l'empereur de Russie davoir sur la mer Noire la majeure partie de cette armée navale, et alors , comment Bounaparte y pénétrera-t-il ? Je sais bien que si vous faites déclarer la guerre à la Russie par la Suède et par la Porte, tout cela deviendra facile; mais je ne vois

rien qui annonce cela, et il serait cependant temps

^^ que ces cours se déclarassent. Je vois même quel-

^i que chose qui me fait croire que les Turcs ne son-

^, gent point à avoir la guerre avec les Russes ; je lis

^^ dans quelques journaux que ceux-ci ont obtenu

I d'eux la faculté de passer le détroit des Darda-

^ nelles pour venir dans la Méditerranée se joindre

aux Anglais.

« Et puis, Oczakoff est-il aussi facile à enlever que Malte? Je n'ignore pas que Potemkin l'ayant emporté d'assaut, Bounaparte le peut sans doute ! Mais, les a-l-il les moyens? L'or, peut-être ici sera impuissant, et Bounaparte a-t-il assez de baïonnettes ?

« Au surplus, qui nous assure que la Prusse et l'Autriche verraient tranquillement la liberté française les presser en front en queue? Et pourrions-nous vouloir nous réattirer sur les bras ces deux ennemis puissants? L'Autriche, je lésais, ne tient point à sa part de la Pologne ; mais elle a à cœur sa tranquillité. Mais la Prusse ne verrait point avec indifférence s'arracher de ses mains les belles contrées que le partage de la Pologne lui a données.

« Je n'aperçois donc pas la possibihté de s'emparer de la Grimée, de prendre Oczakoff et de rétablir la Pologne, à moins que la Suède et la Porte ne déclarent la guerre à la Russie, et à moins que l'Autriche et la Prusse n'y consentent, et ce sont des si qui me paraissent bien difficiles.

« Cependant, Bounaparte va quelque part, oui, mais où, ma foi, je n'en sais rien ; il n'a pas passé le détroit de Gibraltar, donc il ne va pas dans rOcéan, ni par conséquent en Irlande. Il n'a point abordé sur la côte orientale d'Espagne, donc il ne va point en Portugal. Peut-être va-t-il en Égjpte, et je croirais plus tôt à ceci qu'à son départ pour Oczakoff. Je pense que si l'on trompe quelqu'un, c'est le Grand-Turc, et que peut-être le \ieux projet de le chasser d'Europe est de nouveau sur le tapis, entre l'empereur et nous. Nous commencerions par le chasser de l'Afrique,

• Prenez en bonne part, je vous prie, mon cher général, tout ce radotage diplomatique, et pardonnez l'insuffisance en faveur du zèle.

« Il paraît que, comme je vous avais écrit, l'empereur et l'empire n'accéderont point à nous voir maîtres de plusieurs têtes de pont sur la rive du Rhin ; à leur place j'en ferais autant. Je pense, et il paraît par les dernières notes de nos plénipotentiaires, que le Directoire modifiera très-fort, et peut-être retirera entièrement ses prétentions à cet égard.

« Le général Michaud commande , outre la 43" division, toutes les troupes et les généraux de l'armée d'Angleterre qui y sont en station. Cela fait enrager les derniers. A l'arrivée du général Grouchy, cet ordre de choses changera, et nous retournerons à Rouen. Les chouans sont tranquilles depuis la mort de leurs principaux chefs.

« Écrivez-moi quand vos occupations vous le permettront ; je n'ai pas de plus grand plaisir que €elui de recevoir de vos nouvelles. Ne craignez pas mes réponses, elles ne seront pas aussi longues que celle-ci.

« Mes amitiés à Séron. »

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