‹ Le général Vandamme (volume 2)Chapitre 42 sur 43 · MO · texte numérisé non relu

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« De trois témoins indiqués par QueJIain , en voilà deux qui déclarent leur ignorance absolue ' sur les exactions qui me sont imputées par lui. Cependant ces deux témoins ne pouvaient lea ignorer, si elles avaient existé, puisqu'ils étaient sur les lieux, puisqu'ils habitaient la ville théâtre de ma cupidité; puisque la contribution de 1,200 francs, que j'avais exigée le fer et la flamme à la main, avait été puisée jusque dans la bourse des domestiques des deux sexes; puisqu enfin une contribution aussi révoltante devait être un fait public pour tous les habitants du Vieux-Brisacb. • Mais ce qui démontre péremptoirement que Quellain était sciemment et à dessein un calomniateur, et que la liste de prétendus témoins, qu'il adressait au rapporteur , n'était qu'un artifice employé pour se mettre à couvert, c'est qu'il ose indiquer, comme troisième témoin, M. Krautb, dont le refus de témoigner est constaté par procès-verbal en date du 12 prairial. Ici les dates méritent l'attention. C'est le 12 prairial qu'en présence du rapporteur, qui s'était transporté à cet effet au Vieux-Brisacb pour recevoir la déposition de M. Krautb, aussi dénonciateur dans cette affaire, celui-ci refuse absolument de témoigner et d'indiquer même des témoins, et c'est le 24 prairial que Quellain ose indiquer ce Kraulb comme témoin. Quellain n'ignorait pas la déclaration de Krauth ; il n'y a que trois lieues de Golmar au Vieux-Brisac^ et Quellain est rhomme

de son département le mieux instruit de toutes lea calomnies qui s'y fabriquent.

La seconde et dernière dénonciation portée contre moi sur les faits du Vieux^Brisacb, est sous le n^ 5 des pièces à charge.^ M. Krautb , doni Qaellain vient d'invoquer le témoignage, en est le fabricateur. Les imputations de Krautb sont renfermées dans une lettre qu'il écrivait au citoyen Metzger, député du Haut-Rhin au conseil des Cinq-Cents. Cette lettre, datée de Colmar, 4 floréal, aura été interceptée par les agents de la police, ou communiquée au Directoire par le représentant lui-même. La violation du secret des lettres étant une habitude coupable et impunie de la poUce, je n'examinerai point de quelle manière la lettre du greffier allemand Krautb est arrivée dans les mains du Directoire. Quoi qu'il en soit, la copie de cette lettre, qui figure parmi les pièces contre moi , est certifiée conforme par le président du Directoire exécutif et son secrétaire général. Celui à qui elle est attribuée , Léopold Krautb, grefiier do la ville du Vieux-Brisacb, Ta reconnue pour être son ouvrage.

« Voici le contenu sommaire de cette lettre, en tout ce qui me regarde. Krautb, après avoir fait le tableau de la misère des habitants du Vieux^ Brisacb, articule contre moi :

« Que le général Vandamme, qui avait déjà « fait, depuis l'arrivée de la division qu'il com- « mandait au Vieux-Brisacb, des réquisitions de

« vin, de poules, de porc et de veau; qui avait « ordonné d'habiller de neuf le commandant de la « place et son adjudant, demanda en outre auma- • gistrat, au moment de son départ, de lui four- « nir dans cinq minutes un baril de vin, un porc, « de la volaille, de la cannelle, du sucre, du vin « muscat et quinze louis en argent. •

« Voilà, certes, une exaction bien circonstanciée. Le récit en est fait, d'ailleurs, par un témoin oculaire et nécessaire, puisque la réquisition vexatoire a été adressée au magistrat dont l'auteur de la plainte était greffier. Le chef de bataillon, rapporteur, était et devait être persuadé que, s'il pouvait trouver quelque part des renseignemeuts positifs sur les faits qui m'étaient reprochés, ce serait bien sûrement dans la ville du Vieux- Drisach, auprès du dénonciateur Krautb. Les troupes françaises occupant toujours cette partie de la rive droite du Rhin, le rapporteur se rend luimême au V7ew-Y-i?i7S367i, et interroge M. Krauth sur les imputations contenues en sa lettre. La réponse du greffier allemand est, qu'il n'a pre* tendu dénoncer personne, et qu'il n'a aucun témoin à produire; que son but, en écrivant cette lettre, était d'intéresser le représenlant Mctzger, en faveur de sa misère, et d'obtenir un emploi en France, où il a tous ses parens. a Le rapporteur l'invita par tous les moyens à confirmer le dire de sa lettre , et à produire des indications à l'appui. Il s'y refusa opiniâtrement,

et persista à déclarer que dans cette lettre, il n'avait voulu dénoncer personne.

« Maintenant, comment concevoir les deux dénonciations de Quellain et de Krautli, toutes deux positives et révoltantes dans leur énoncé, et toutes deux abandonnées par leurs auteurs lorsque la justice veut examiner les faits allégués par eux? Leur refus d'indiquer des témoins, ou de confirmer même leur premier dire, annonce clairement que tous deux ont sciemment outragé la vérité, que tous deux sont des dénonciateurs faux et déhontés. Mais il restera toujours à expliquer les motifs qui ont porté ces deux hommes à jouer des rôles aussi infâmes et aussi dangereux. Les motifs de cette extraordinaire conduite ne peuvent se trouver que dans la protection d'un gouvernement perfide et traître, qui, voulant désorganiser Tarmée, payait la calomnie contre un certain nombre de généraux. Une fois la mise en Jugement prononcée, peu importait que la calomnie s'établit ou fût démasquée; l'effet voulu, la désorganisation de l'armée, l'avilissement de ses chefs, avaient, eu lieu : les traîtres étaient satisfaits, leur but était atteint.

« Dans toutes ces imputations, abandonnées par leurs auteurs, la calomnie est si grossière et si palpable , que je crois presque inutile de remarquer les contradictions frappantes du dire de Krauth et de Quellain sur le même fait. Quellain articule une exaction de douze cents francs, et

Krautb la réduit à quinze louis ; et cependant l'un devait être témoin oculaire, et l'autre appelle en sa faveur les dépositions de témoins oculaires, qui déclarent ne rien savoir.

« J AI DONC PARCOURU la dégoùtanto série des mensonges, diplomatiques et privés, qui ont été dirigés contre moi par la perfidie et la trahison. Je les ai tous péremptoirement détruits. Mais que cette tache est pénible pour un officier général que neuf années de combats et de victoires avaient honoré ! Cet examen de la calomnie , c'est le besoin seul de Testime publique qui a pu me forcer àTentreprendre. Quant à mes frères d'armes, témoins de ma conduite loyale et désintéressée dans toutes les campagnes de la liberté, depuis 1792, ils n'avaient besoin d'aucun mémoire justificatif pour rejeter loin de moi tout soupçon de cupidité et de barbarie.

« Puisque j'ai été accusé de concussions exercées dans le pays ennemi, moi, à qui des principes constants d'ordre et de philanthropie avaient mérité la réputation d'un général humain et ne laissant à la guerre que les maux qui en sont inséparables, toute espèce de calomnie devient donc possible : la conduite la plus honorable et la plus vertueuse n'est point une garantie suffisante contre les atteintes de Viûiposture payée, protégée et impunie. Cette perspective d'une compromission toujours possible est décourageante pour Thonnéte homme. J'oppose * à ce tableau afOi-

géant le règne exclusif delà loi, qui, enûn, ne sera pas toujours une chimère. »

Ce mémoire parut probablement concluant aux membres du Directoire, car le Directoire prit, en date du 12 juillet, l'arrêté suivant qui fut envoyé le 17 du même mois à Vandamme, alors à Strasbourg, par le nouveau ministre de la guerre Bernadette :

Le Directoire exécutif, sur le rapport du ministre de la guerre.

Considérant que les généraux, nécessaires pour la formation du conseil de guerre, devant lequel est traduit le général Vandamme , ne peuvent quitter les divisions où ils sont employés pour aller remplir les fonctions de juges.

Considérant qu'il est inutile d'attendre le moment favorable pour la formation de ce conseil de guerre, si ce général, ainsi qu'il l'affirme , est actuellement en état de donner des renseignements et éclaircissements propres à détruire les inculpations qui lui sont faites, arrête :

Art. l®^ Le général de division Vandamme se rendra de suite à Paris, pour fournir au ministre de la guerre ses moyens de justification.

Art. 2. Le ministre de la guerre se procurera les pièces relatives à cette affaire, et en fera incessamment son rapport au Directoire exécutif.

Art. 3. Il est chargé de l'exécution du présent

Pour expédition œnforme, le président du Directoire exécutif, signé : Surrès.

Le 19 août, les membres du gouvernement, édifiés sur la vérité des faits contenus dans Faccusation dirigée contre Vandamme, prirent rarrété suivant :

Art. l*'. L'arrêté du 8 floréal dernier, en vertu duquel le général Vandamme était traduit devant un conseil de guerre, est rapporté.

Art. 2- Le général Vandanune sera employé à une des armées actives.

Art. 3. Le ministre de la guerre est chargé de Texéculion du présent arrêté qui ne sera point imprimé.

Pour expédition conforme, le président du Directoire exécutif, SiETÉs.

Le commandant Coquingeniot avait achevé Tinformation vers la fin de juillet , époque à laquelle Vandamme eut ordre du Directoire de se rendre à Paris, ainsi qu'on Ta vu ; c'est alors qu'il présenta pour sa justification son mémoire, qui parut de nature à lever tous les doutes sur son innocence, si l'on en juge par l'arrêté rapporté cidessus.

Ainsi fut terminée cette affaire fâcheuse, et qui éloigna de l'armée du Danube un de ses plus vigoureux généraux.

Pendant qu'il était dans l'inaction à Strasbourg,

occupé à réfuter les faits qu'on lui imputait avec assez peu de raison, Vandamme reçut de son ami, le général Ernouf, la curieuse lettre ci-dessous, datée de Paris, 24 juin 1799.

« Je vous remercie, mon cher général, de votre obligeante lettre du 2 de ce mois ; j'étais inquiet de savoir si mes lettres vous étaient parvenues, vous me rassurez en me donnant de vos nouvelles, et je suis charmé d'en avoir reçu. Lorsque vous m'avez écrit votre dernière , vous n'étiez point au fait des événements qui se sont passés ici. Merhn est délogé du Directoire, et il peut à présent s'amuser à dénicher des merles, puisqu'il ne peut plus se procurer le passe-temps, vraiment royal, de dénicher des répubhcains de tous les emplois où l'estime et la confiance publique les avaient appelés.

« En vain j'aurais voulu vous servir auprès de ce monsieur, il ne pouvait écouter que ses valets, et j'ai été particulièrement l'objet de sa haine et de ses calomnies, pourquoi? Pour avoir fait mon devoir et servi avec tout le dévouement possible. Je puis vous assurer que son déménagement, ainsi que celui de ses deux consorts , Reveillère et Threillard, a été généralement applaudi. Cette faction d'avocats était l'ennemie jurée des mihtaires et tuait vraiment la chose publique. Les choses vont un peu mieux depuis, et j'espère qu'elles iront encore plus vigoureusement. Ainsi, mon camarade , d'ici à quelque temps il n'y a rien à

demander au ministre de la guerre, dont le chef branle dans le manche. Quant à ce qui concerne vos opérations militaires faussement présentées dans les journaux, je crois qu'il ne faut pas y faire attention , et que le précis des opérations de l'armée du Danube qui doit être incessamment présenté et publié par le général Jourdan suffira pour justifier et donner des éloges aux braves officiers qui, comme vous, ont servi de la manière la plus active et la plus distinguée. Attendons donc, mon cher général , et espérons que la lumière ne sera plus sous le boisseau.

uP.-S. — Depuis quelques jours il n'y a ri^n de bien intéressant. 11 parait que le Directoire ne fera des changements importants que lorsque le général Moulins et le citoyen Roger-Ducos seront venus prendre place au Directoire. Je ne vous donne point d'autres détails , parce que vous pourrez consulter les journaux sur tout ce qui a été fait. >

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