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le droit des gens déchiré par cet épouvantable forfait, je me trouve contraint d'évoquer l'ombre de Roberjot et d'accuser sa mémoire de m'avoir imputé légèrement un délit grave?
« Roberjot, dans sa lettre à Tex-directeur Merlin , m'accuse à! avoir , pour une misérable somme de 1,289 louis, montant de mes con^ eussions dans la Souabe, et par d'autres exac^ tions criantes, fait abhorrer le nom français en Allemagne,
« Certes, voilà un délit bien caractérisé ; voilà un délit qui appelle sur ma tète les peines les plus sévères et Tindignation générale , si mon accusateur a pris la peine de le motiver suffisamment et de manière à produire conviction. Sans doute un ministre plénipotentiaire, accoutumé à peser ses paroles'^ et ses idées, aura recueilli des renseignements positifs et exacts, avant d'accuser un général français, dont le nom se trouve inséparablement lié au souvenir des triomphes de nos armées depuis 1792 jusqu'en Tan v; sans doute, il aura envoyé, à l'appui d'un délit si dangereux dans ses conséquences et dans ses effets, les plaintes qui lui auront été adressées par les princes, États, magistrats, dont j'ai opprimé les sujets. C'était là la marche scrupuleusement calculée de Thomme public qui se respecte dans les fonctions imjiortantes qui lui ont été confiées. A mon égard Roberjot a oublié ces principes et ces affections. Pour preuve unique de mes exactions révoltantes, pour
preuve nnique que j'ai extorqué par la terreur la misérable somme de i,289 louis^ il cite Textraii d'un journal allemand, intitulé Mtjrcure de Souabe.
« Cette manière d'accuser un général français, sur le dire seul d'un journaliste allemand, paraîtra si effrayante par la latitude qu'elle laisse à l'ennemi d'avilir qui bon lui semble, que ceux qui me liront refuseraient de croire que le ministre /?oberjot ait osé l'employer. Pour ne laisser aucun doute à ce sujet sur les nouveaux principes de jurisprudence adoptés par lioberjot, j'am-ais transcrit ici littéralement sa lettre accusatrice, si je ne craignais pas de donner à mon mémoire justificatif une extension effrayante pour ceux qui éprouveront le besoin de me lire. Mais, par cela seul que j'affirme cette inconcevable légèreté d'accusation par-devant le ministre de la guerre, par-devanl le Directoire exécutif, qui ont sous les yeux les pièces originales, et qui maintenant doivent prononcer dans cette affaire, je dois être cru sur parole.
« Si l'énoncé de ce nouveau mode d'accusation ne suffisait pas pour en faire comprendre l'iryustice, la déraison et les conséquences funestes ; s'il était besoin de prouver qu'un journaliste allemand n'a pu, en accusant les généraux français, respecter la vérité, je citerais deux passages de la liste des contributions particulières qu'il prétend avoir été levées par moi du 19 au 2i mars, du
89 ventôse au 1*^ germinal. A rarticle du prince A'Hechingen , il articule une concussion de 75 Jouis, trois chevaux et du drap. Or le grand bailli de Tûbingen, qui s*est constitué de son chef partie plaignante pour le prince à'Hechingen, ne dit pas un mot des 75 louis qui auraient été versés dans ma caisse par cette cour; il s'étend avec complaisance sur les 10,000 florins montant des dépenses de ma réception et de mon séjour de moins de trente-six heures dans celte petite cour. A.urait-il oublié les 75 louis^ lui qui parle d'un cadeau de toile flne? Le journaliste et le bailli n'ont pu donner que des récits contradictoires, parce que ni l'un ni l'autre n'ont dit ni voulu dire la vérité.
« Mais voici une contradiction plus frappante en^ Ire le journaliste et le bailli. A Tarlicle Tûbingen le journaliste dit que 450 louis ont été versés dans mes mains par le magistrat de cette ville, 3t le grand bailli de Tiibingen , chef suprême iu magistrat au nom du duc son maître , n'en dit pas un mot; et cependant cet homme met de l'acharnement à m'accuser?
« Il est pénible pour un général qui a honoré son jrade par des victoires et par un dévouement abjolu à ses devoirs, d'être contraint de répondre à les imputations de cette espèce. L'indignation rélève malgré moi contre le ministre plénipoteniaire qui a voulu donner de la consistance à de )areilles calomnies. Je [me tais sur ce chapitre,
parce que je ne veux plus voir dans Roberjot que la victime honorable qu'il faut venger.
La pièce portée sous le n^ 6 et produite contre moi, toujours relativement aux faits de mon commandement dans la Souabe^ est l'extrait d'une lettre du général en chef Jourdan au Directoire exécutif, en date du 6 floréal an vu. Elle est ainsi conçue :
« CITOYENS nmECTEURS,
« Le général Vandamme a été eh effet accusé d'avoir levé des contributions particuHères ; mais ceux qui me l'ont dénoncé n*ont pu n'en donner des preuves ; je n'ai* pu conséquemment faire de poursuites. Il est certain que ce général n'a rien versé dans la caisse des agents civils de l'armée. Salut et respect.
Signé : Jourdan. •
« Ma justification est tout entière dans celle le!tre du général en chef. Son laconisme est préférable aux témoignages d'estime et d'amitié qu'il aurait pu y ajouter, s'il les avait crus utiles et nécessaires. Puisqu'il affirme que ceux qui m'ont dénoncé à lui n'ont pas pu lui donner des preuves à l'appui, cette accusation, impossible à prouver sur les lieux, était donc calomnieuse Jourdan était sur les lieux qui avaient seni i^ théâtre à ma cupidité ; les plaintes étaient faciles à recueillir, au milieu des nombreuses victimes de
ïes vexations, et cependant il déclare que là, en ►ouabe, mes dénonciateurs n*ont pu lui adminis- •er aucune preuve de leur dire mensonger; je raindrais de diminuer la force de ce raisonnement i j'essayais de le développer. J'observerai seulelent que si le Directoire, qui m'a traduit parevant un conseil de guerre comme prévenu de oncussions, avait voulu connaître la vérité, la délaration franche et précise du général en chef ^ourdan était bien faite pour lui ôter tout soupon sur un officier général dont le nom, j'ose le lire, était cher à tous les amis de la liberté et de a victoire.
« J'arrive enfin aux deux dernières pièces proluites contre moi, relativement aux faits de la ^ouabo, et portées sous les n°* 7 et 8.
r La première est une lettre du citoyen Trouvé, iiinistre plénipotentiaire de la République près B duc régnant de Wurtemberg, adressée au cibyen Talleyrand, ministre des relations extéieures, et datée de Paris, le 13 floréal an vu. La econde pièce, incluse dans la première et lui seront de base , est l'extrait d'une autre gazette allemande, contenant, sur les contributions levées )ar moi à mon profit, dans la Souabe, les mêmes létails que ceux insérés dans l'extrait du journal, oujours allemand, invoqué par Roberjot.
« Voilà donc deux ministres qui m'accusent d'un [élit grave, et du même délit ; et tous les deux, ppuient leur accusation sur le dire d'un journa-^
liste allemand. Si les rapporte de nos agents diplomatiques chez les puissances étrangères sont tous écrits avec le môme respect pour te vérité, il faut convenir qu'une telle correspondance doit donner au gouvernement français des idées bien justes et de grandes lumières sur notre situation politique.
« Lorsqu'un ministre accuse un général avec un« légèreté aussi coupable, il ne mérite pas une longue réponse. Exposer son accusation, rapprochée de ses motifs, c'est la détruire. Je demanderai seulement au ministre Trouvé , comment, si j'ai commis des exactions aussi nombreuses et aussi révoltantes dans les États du duc de Wurtemberg pendant sa mission à cette cour, lui, jaloux de rhonneur du nom français, n'a pas recueilli des renseignements précis auprès des parties plaignantes? Il était sur les lieux; c'était son devoir, et il était facile à remplir. Pourquoi avoir recours à Tautorité d'un gazctier de Stuttgard, lorsqu'il pouvait, par lui-même, procurer au gouvernement la preuve irrésistible des crimes nombreux d'un chef qu'il appelle insatiable et déhontë'f
« Je demanderai encore au ministre Trouvé, comment il ose articuler que l'un des plus vexés, parmi les réclamants, est le prince rf'Hechingen, parent du roi de Prusse ; que je l'avais telle* ment effrayé, qu'un Jour, rencontrant le citoyen TiK>uvé chez le ministre de Prusse à Stuttgavd, le prÎQçe crut qu'il était M pour ie faire ar^
reter ; que les politesses de lui, ministre fran- ?ajs, ne le rassurèrent point , et que le len^ iemain, il quitta Stuttgard avec précipitation ? le l*invite et le somme de déclarer s'il tient ces létails du prince lui-même, ou du gazelier son gracie ? Est-c^e le prince qui s'est placé au nombre les réclamants contre mes exactions? Lui a-t-il porté ses plaintes de vive voix ou par écrit ? Le tninistre Trouvé ne dit rien de tout cela. Cependant, qu'il nous apprenne comment il savait posiliveinent que le prince, qui n'a point réclamé auprès de lui, de vive voix ni par écrit, était le I^us vexé des réclamants?
• Le ministre Trouvé attribue à mes extorsions et à mes menaces la frayeur du prince d'Hecliingen, dont il fut témoin ; scène qu'il raconte d'ailleurs avec des circonstances très-peu vraisemblables. Je la connais, moi, la cause de cette frayeur; je vais l'apprendre au ministre Trouvé, qui n'aurait pas dû l'ignorer. Le prince A'Hechingen venait de quitter depuis peu le service d'Autriche, où je l'ai vu capitaine dans les campagnes précédentes. Il paraît qu'il avait des ennemis dans Tannée de l'archiduc Charles ; il craignait que les Autrichiens ne vengeassent l'accueil distingué qu'il m'avait fait. Telles étaient les craintes de ce prince ; rien ne pouvait l'en distraire, et je l'ai vu dans un état pitoyable et qui approchait de l'aliénation.
« J'ai dit que le ministre Trouvé racontait, avec Aes circonMances trèe^peu vraisemblables , la
scène de la frayeur du prince d'Hechingen chez le ministre de Prusse à Stutlgard. En effet, commonl concevoir qu'un prince souverain, chez Tambassadeur d'un roi puissant, son parent, dont la protection devait le rassurer, pût redouter la présence du ministre de la République, en paix avec ce roi, et lui supposer la volonté et la puissance de le faire arrêter ? Mais surtout comment rattacher cette frayeur , qui aurait été extravagante, aux exactions par moi commises? Est-ce que le ministre Trouvé pouvait jamais être pris par ce prince pour Thomme d'exécution d'un général? le caractère honorable dont il était revêtu, permettaitil de pareils soupçons ?
« Le citoyen Trouvé m'a accusé avec une légèreté coupable ; je le lui ai prouvé : c'est la seule vengeance qu'il soit dans mes principes de désirer. Si le même homme, capable d'une faute aussi essentielle, a cependant rendu à sa patrie d'importants services dans les missions diplomatiques qui lui ont été confiées, j'oublierai la faute qui m'est personnelle, pour ne plus voir que les services publics : qu'il continue à servir avec la même utilité la cause de la liberté et des lois, il ne rencontrera jamais un ennemi dans le général Vandamme.
« J'ai parcouru toutes et chacune des pièces produites contre moi pour établir mes concussions dans la Souabe. Je crois en avoir démontré l'insignifiance et la mauvaise foi. J'ai l'assurance de
porter dans l'esprit de tous ceux qui me liront la conviction si précise, si énergique, du général en chef Joiirdan : j'ai été accusé, mais légèrement^ mais sans preuves. Je prie d'observer, et de ne pas perdre de vue, que c'était sur les lieux même où les contributions particulières devaient avoir été levées par moi à mon profit, que c'était sur les lieux même où mes exactions devaient avoir été exercées , que c'était, enfin, au milieu des victimes de mon insatiable cupidité, que les preuves de ces contributions, de ces exactions, n'ont pu être fournies au général en chef par ceux-là mêmes qui m'accusaient.
« Sur cette première partie de Taccusation dirigée contre moi, le rapporteur nommé par le général en chef Masséna pour l'instruction du procès, n'a pu faire aucune information ultérieure. D'abord, par la position respective des armées française et autrichienne aux mois de prairial et messidor, toute communication avec la Souabe était impossible. Ensuite, le chef de bataillon rapporteur n'avait pas caractère pour entretenir aucune espèce de relations avec les sujets d'une puissance étrangère, puisque la constitution réserve cette faculté au Directoire seul, qui l'exerce par ses agents diplomatiques. Cette double impossibilité de faire une information réguUère et légale sur les faits qui m'étaient reprochés dans la Souabe^ nuisait trop à ma justification, pour que je ne fisse pas tous mes efforts pour la détruire* De son côté,
le rapporteur, amî de ses devoirs, ne voulait point qu on pût reprocher à l'instniction du procès par lui faite d'être incomplète et indulgente. Ainsi le rapporteur, par devoir, et moi, accusé, par l'intérêt de ma défense, qui trouvait de nouveaux moyens dans une information ultérieure et plus sévère, nous avons fait tout pour lever ces difficultés de relations avec la Souabe. Le général en chef Masséna et le ministre de la guerre ont été également pressés sur cet objet. Le résultat désiré étant impossible, nous n'avons pu l'obtenir : mais nos recherches prouveront au moins que le rapporteur connaissait et aimait ses devoirs, et qu'il les a tous remplis ; que moi, accusé, je ne redoutais point la vérité.
« Dans la deuxième partie de mon accusation, relative aux faits qui se sont passés dans la ^ille du VieuX'Brisach, l'instruction ultérieure à l'appui des pièces à charge envoyées par le Directoire exécutif au rapporteur a pu être suî^ie, et elle Ta été avec Texactitude la plus scrupuleuse. Eh bien, cette information sévère tourne entièrement au profit de ma justification. Je suis donc bien fondé à regretter qu'il y ait eu impossibilité d'obtenir les mômes renseignements ultérieurs sur les faits de mon commandement dans la Souabe. Le triomphe de mon innocence aurait été plus complet et plus éclatant.
• Sur les faîts qui me sont reprochés dans la ville du Vieux-Brîsarh, il existe <xmtre moide*»x
dénonciations , Jesquelles , parmi îes pièces à charge adressées par le Directoire au rapporteur, sont portées sous les n*^ 4 et 5.
« La première dénonciation , datée de Colmar, 3 floréal an 7, est écrite au Directoire exécutif par Je citoyen Que J lai n, greffier du tribunal criminel du département du Haut-Rhin. Elle est conçue dans les termes les plus propres à exciter contre moi l'indignation générale. Je transcris littéralemeat l'accusation.
• Le général Vandamme, au moment de quitter leVieux-Brisach avec sa division, pour se porter à Tarmée d'Helvétie, a exigé des habitants de cette malheureuse ville une contribution à son profit, de i,200 francs, en ouU^e de différents comestibles. En vain on lui a présenté la misère désespérante , la pénurie en numéraire et en denrées, où cette commune se trouvait ; il a osé insister, et pour éviter déplus grands maux en*core, on a été obligé de puiser jusque dans la bourse des domestiques des deux sexes, pour satisfaire à la demande du barbare. Je n'ai pas été témoin du fait ; mais plusieurs personnes d'une probité reconnue, du Vieux-Brisach ,qùi sont ici au moment où j'écris, pour demander l'aumône, tellement elles sont misérables, Vont affirmé à quiconque a voulu Tentendre.
« Signé Quellain. »
« A riippui de cette esUorsion révoltante, je ei*-
toyen Quollain invoque le témoignage de plus^ieur^ personnes du Vieux-Brisach , d'une pr»:»bite reconnue, lesquelles sont à Colmar au moment où il écrit, et ont affirmé, à quiconque a voulu l'enlrndi*e, la contribution de 1,200 francs, levée parm-i à mon profil. Sûrement le citoyen Quellain aura conservé, de ces témoifçnages qui l'ont profondément ému, un souvenir assez positif pour les indiquer au rapporteur chargé de rînslructiondemon procès, lorsqu'il sera par lui interrogé. Autrement loin d'être un dénonciateur patriote et vertueux, il ne sera plus qu un délateur à gages et déhonlé. « Eh bien, le 18 prairial, c'est-à-dire, un mois après la date de sa dénonciation, le citoyen Quellain est interrogé parle rapporteur sur les témoins à produire, et il a l'impudence de lui déclarerquil n'est pas en état de nommer par son nom aucune de ces personnes du Vieux-Brisach , qui lui ont fait part des exactions portées dans sa lettre. Maintenant, je le demande, l'imagination atteint-elle à un plus haut degré d'impudence? L'ignorance des obligations qu'un dénonciateur contracte ne saurait excuser \o greffier Quellain; ses fonctions habituelles au tribunal criminel lui ont appris que la loi plaçait la fausse dénonciation, le faux témoignage au nombre des plus grands crimes. Aux châtiments de la loi il a opposé Texpérience de l'impunité, qui lui est personnelle. La calomnie dont il se rend coupable envers moi, n est pas là son coup d'essai. Cet homme a tout ce qu'il faut,
i bassesse et en audace, pour servir d'instrument
IX factions et à la tyrannie. Je laisse à d'autres le
in de poursuivre un être aussi vil et aussi dan- *
îreux.
« Cependant le délateur Qwe/ya//?, pressé parle
pporteur sur Tindication des témoins à Tappui
Timputalion odieuse qu'il a dirigée contre un néral, demande qu'il lui soit permis de rappeler s souvenirs et ceux de ses amis, et promet qu'il ressera une liste de témoins. En effet, six jours •rès, le 24 prairial, il donne, dans une lettre ressée au rapporteur, les noms de trois bourois du VieuX'Brjsach, comme étant en état de lîoigner positivement sur les faits portés par la nonciation.
« Ces trois témoins sont : Weiss^ aubergiste au lumon, au Vieux-BrisachjDesept, premier éche- 1 de la même ville, et Kvautb, greffier du magisit. Le chef de bataillon rapporteur les assigne urètre ouïs par-devant lui. Par une lettre, datée
VieuX'Brisach, 30 prairial, les deux premiers pplient le rapporteur de les dispenser du voyage
Strasbourg, vu qu'ils ignorent absolument [is les faits qui sont reprochés au général indammc. Le 4 messidor suivant, ils font, parvant le magistrat de la ville du Vleux-Brlsach, e déclaration conforme au contenu de leur lettre, tte déclaration en bonne forme a été certifiée par 'licier français commandant la tête de pont dans te ville, et adressée au rapporteur.