‹ Le général VandammeChapitre 1 sur 49 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

De la fin de 1799 au 24 mai 1800.

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Vandamme est replacé a Tarmée de Batavie à la fin d'août 1199. . — Sa lettre à Bernadotte, ministre de la guerre (4 septembre].

— Force et emplacement de Tarmée gallo-batave aux ordres de Brune. — Commencement des hostilités (fin d*aoùt). — Combats du 27 août. — Attaque de la ligne du Zyp, le 10 septembre. — Rôle de Vandamme dans cette bataille offensive. — Rapport de Brune a Bernadette. — Sa lettre particulière du môme jour ( 10 septembre). — Bataille défensive de Bergen, le 19 septembre. — Vigueur et talents déployés par Vandamme auquel on doit le succès de cette journée glorieuse. — Rapport du chef d*état-major général au ministre. — Lettre de Brune à Vandamme (20 septembre). •— Jje général enjchef offi*e cent fusils, pris sur l'ennemi, ù Vandamme. — Bataille du 2 octobre. — Rôle de Vandamme.

— Rapport et lettre de Brune. — Bataille de Kastricum (6 octobre). — Rapport du chef d'état-major. — Le due d'York entre en pourparlers. — Convention du 18 octobre pour l'évacuation de la Nord-Hollande, par Tarmée anglo-russe. — Vandamme obtient un congé de convalescence do trois mois.

— Il est chargé de porter la convention au gouvernement batave. — Son discoui^s aux Directeurs. — Lettre du général

Boudct. — Vaudamme passe le temps de son congé à Cassai. — Lettre de Moreau (8 janvier 1800). — Il est appelé à rarméo du Rhin (février 1800). — Composition de cette armée : Vandamme, placé à Taile droite, sous Lecourbe. — Plan de campagne de Moreau. — Ses lettres au Premier Consul. — Vandamme a la promesse d'un commandement supérieur dans le Nord. — Moreau, Lecourbe et le Premier Consul. Sujets de dissentiment. — Mémoire adressé par Moreau à Bonaparte. — Commencement des opérations de Tarméo du Rhin (!2o avril]. — Dispositions pour le passage du Rhin, par Taile droite (du 25 avril au i«' mai). — Passage du fleuve, prise du fort de Hohentwiel ( i«' mai ). — Batailles de Stockah, de Engen, do Moskirch (iâ mai). — Vandamme reçoit Tordre de se rendre en Belgique (23 mai).

Au coinmenceraent d'août 1799, le Directoire fut informé qu'une expédition anglo-russe, préparée dans le plus grand secret, allait quitter la Grande- Bretagne pour opérer une descente sur un point du continent. On présumait généralement que le pays menacé était la Nord-Hollande. Bientôt le cabinet de Saint-James dissipa tous les doutes en publiant lui-même le but de l'armement effectué à Southampton et à Yarmouth. On sut alors qu'il ne s'agissait de rien moins que de jeter en Batavie une armée de plus de vingt-cinq mille Anglais, sous les ordres du duc d'Yorck, et de vingt mille Russes, pour replacer le prince d'Orange à la tête du gouvernement hollandais.

En effet, le 13 août, une partie de l'escadre mit à la voile pour la Baltique, emportant la première division anglaise, commandée par le général Abercromby. La seconde, avec laquelle se trouvait le duc d'Yorck, ne devait partir qu'après l'avis reçu

de Tarrivée à destination des premières troupes.

Les deux divisions présentaient un ensemble de Irente bataillons, (dix-huit mille baïonnettes) , de cinq mille sabres, et d'une belle artillerie, servie par quatre mille canonniers. Total ! vingt-sept mille hommes.

A cette époque, le gouvernement batave avait, pour la défense du pays : une flotte de neuf vaisseaux de ligne et de quelques frégates, sous les ordres de Tamiral S tory, mouillée dans le chenal inférieur du Texel, près la pointe du Melder, et environ vingt mille hommes de troupes de terre, commandés par le général Brune. Sur ces vingt mille combattants, huit mille seulement étaient français, attendu que le corps de vingt-quatre mille hommes qui, aux termes des traités, devait être laissé par la Krance et payé par le gouvernement batave, avait été en grande partie envoyé sur le Rhin et en Suisse.

Brune, chargé par la Hollande de la défense' générale, laissa une division française en Zélande et donna mission aux généraux bataves DumôUceau et Daendels de pourvoir à la défense des provinces de Hollande et de TEst. Le dernier fut donc le premier à se trouver en face des Anglais, à leur descente vers la pointe du Helder. Ajoutons que le gouvernement batave mit dans ses apprêts de résistance beaucoup de vigueur., de zèle et d'intelligence.

C'est dans ces circonstances que le Directoire

songea sérieusement à aider le général Brune. On pensa, à Paris, que l'envoi à l'armée gallo-batave d'un homme comme Vandamme serait fort utile, et il reçut l'ordre de se rendre sans délai auprès du général en chef, qui le connaissait et appréciait ses talents. Disons aussi que Vandamme ayant fait avec beaucoup de distinction, comme on l'a vu, la première campagne de Hollande, était plus apte que qui que ce fût à cette guerre. L'événement prouva qu'on ne s'était pas trompé, car personne plus que lui ne contribua à la délivrance de ce pays.

Vandamme, fort satisfait de la destination nouvelle qui lui était donnée, s'empressa de se rendre à son poste. Il écrivit de Gand, le 2 septembre, au ministre de la guerre, alors Bernadette, la lettre suivante :

« C'est à mon arrivée ici que je reçois votre lettre du 12 de ce mois, par laquelle j'apprends que le Directoire a rapporté l'arrêté du 8 floréal dernier, qui me traduisait devant un conseil de guerre. Je reçois en même temps, mon général, mes lettres de service pour Varmée du Rhin (1) et l'ordre de m'y rendre de suite.

« Je ne dois pas vous dissimuler combien il me fait peine de n'avoir pas reçu de vous cette lettre

(1] En effet, Vandamme reçut un premier ordre de se rendre à Tarmée du Rhin, mais il n*avait pas encore cpiitté Gand, qu*il en recevait un autre pour se rendre à l*armée de Batavie, ainsi qu'on le verra.

satisfaisante que vous m*aviez promise à mon arrivée à Paris. Je ne vous parierai pas de l'ordre d'inspecter les côtes, puisque le moment est tel, que chacun doit être à son poste.

« Mais, mon général, pourquoi m'a-t'on suspendu de mes fonctions avec autant d'éclat et d'ignominie sans l'avoir mérité ? Et pourquoi aujourd'hui ne daigne-t'on pas me justifier publiquement? Est-ce que le crime seul doit recevoir ce qui est du à l'innocence ? J'irai à l'armée comme hussard, — s'il le faut, — mais comme général de division, je ne puis y aller qu'après avoir reçu du Directoire ou de vous des témoignages publics de l'injustice que les triumvirs ont exercée contre moi, en m'ôtanl une brave et belle division dont j'avais la confiance et Testime, au moment même des plus sanglants combats qu'elle a été obligée de recevoir et de livrer en Helvétie.

« C'est à vous, mon général, à qui j*en appelle ; soyez, je vous prie, mon interprête près du Directoire, et croyez que personne n'est plus que moi dévoué à la patrie et à ses lois.

c Salut, respect et confiance.

« P. S. — Vous avez eu la bonté de me promettre le grade de chef d'escadron pour le capitaine Gobrecht, mon aide de camp, depuis six ans passés (il en porte l'uniforme d'après votre parole d'honneur). Il se désole de ne pas recevoir ses lettres de service, tandis que les aides de camp

(ses cadets) du gondral d'HavUpoul et du général Pecaen ont eu de ravancemenl. J'attends tout de vous, et j'espère qu'une basse platitude du général Beurnonville n'aura en rien diminué l'estime et l'amitié que vous m'avez témoignées et que je mériterai loiyours. »

Après avoir expédié cette lettre, Vandamme partit pour Gassel; mais là, il trouva de nouvelles lettres de service et s'empressa d'écrire de nouveau à Bernadotte :

« J'ai relu cette nuit votre ordre et mes lettres de semce pour me rendre en Batavie, aux ordres du général en chef Brune. Je pars à l'instant, et quoique malade, je serai sous quelques heures au quartier général. La vue de l'Anglais et des Rus- Bcs^me guérira totalement. Les deux lignes écrites de votre main au bas de mon ordre m'ont fait oublier une partie des injustices quo j'ai déjà souffert depuis près de sept ans que je suis officier général. Les dangers dont est menacée la république balave, l'alliée de la nôtre, me font oublier le reste. Je pars, bien déterminé de vaincre ou de mourir. Puissé-je être assez heureux d'être encore utile à ma patrie; combattre pour son triomphe et le bonheur du peuple est toute mon ambition.

« Un mot de réponse, je vous prie, à ma lettre d'hier.

t Salut et respect. »

Vandamrao arriva en effet le 4 septembre à Alkmaar et prit aussitôt le commandement de la première division française, formant Taile gauche de l'armée gallo-batave. Cette armée, sous les ordres de Binine, ayant pour chef d'état-major général Tadjudant général d'Ardenne, se composait de trois divisions françaises, dont une seule en présence de Tennemi, et de deux bataves.

Divisions françaises :

Première : Vandamme; Rostollant, adjudant général, chef d'état-major ; généraux de brigade, Gouvion, Barbou, Fuzier, Simon David. Dix mille hommes d'infanterie des 22^ 42*, 48% 49% 51% 60% 72^, 90* demi-brigades de ligne ; 700 chevaux des 40® de dragons et 5® de chasseurs ; 4 bouches à feu. Quartier général à Alkmaar. — Deuxième division: d'Azémart ; adjudant général, chef d'état-major; Prévost, général de brigade. 1,600 hommes d'infanterie des dépôts, 720 de cavalerie, et 178 canonniers ; quartier général à La Haye. — Troisième division : Desjardin ; Durutte, adjudant général, chef d'état-m«\jor ; Rivaud et Osten, généraux de brigade; 4,830 fantassins des 15% 48% 49* (dépôts) ; 620 chevaux du 16® de chasseurs ; 420 eanonniers. Quartier général à Berg-op-Zoom.

Total pour les troupes françaises : environ dixhuit mille hommes, dont dix mille huit cents seulement pouvant agir contre les Anglo-Russes.

Deux divisions bataves, une au centre sous le

gênerai Dumonccau, une à droite soub le général Daendels.

Avant l'arrivée de Vandamme à l'armée gallobalave, des engagements sérieux avaient eu lieu déjà avec les Anglais.

Le 26 août 1799, ces derniers parurent sur la côte. Daendels s'établit avec ses troupes au signal du télégraphe et à Grote-Keten, en face le village de Huisduinen, pour tenter de les repousser. Son plan défensif consistait à refuser son centre et à menacer les deux ailes de son adversaire.

Le 27, dès la pointe du jour, l'ennemi commença son débarquement en jetant quelques compagnies sur la plage. Ces premières troupes ne trouvèrent aucun obstacle sérieux et attaquèrent aussitôt le télégraphe. Les Bataves se replièrent en désordre sur le Grote-Keten. Un bataillon voulut les soutenir. Il repoussa d'abord les Anglais ; mais, forcé lui-même de plier devant des forces débarquant successivement, il se retira sur la plaine de Koëgras. L'ennemi se déploya alors sur les dunes. Le général-major batave Vanguerick, commandant la droite de la division Daendels, craignant de se voir coupé, s'avança pour combattre, mstlgré des ordres formels qui lui prescrivaient de ne pas s'engager sans de nouvelles instructions. Cependant, la descente continuait. L'ennemi s'étendait de plus en plus. Le général Daendels se décida alors à une nouvelle attaque. Il renforça sa gauche et voulut faire agir

sa droite. MaUieureusement, ses ordres n'aprivèrent pas à Vanguerick, déjà dans la plaine. La gauche eut à soutenir tout l'effort des Anglais. Elle les repoussa d*abord, mais ne put les débusquer des hautes dunes, en sorte que cette gauche se vit contrainte d'opérer sa retraite sur Grole-Keten, en envoyant aux troupes du Helder et de Huisduinen Tordre de se replier. Ces dernières arrivèrent au Zand, à la pointe du jour, le 28 août 1799.

Les Anglais purent donc, à la suite de ce combat meurtrier, effectuer leur descente. Daendels avait perdu 1,400 hommes, l'ennemi 450. Un de ses gériëraux, sir James Puttency, avait été grièvement blessé.

En apprenant ce qui s'était passé, le 27, Brune se hâta de faire avancer sur la Nord-Hollande toutes les troupes dont il pouvait disposer. Lui-même se porta à Alkmaar. La flotte batave venait d'être livrée à l'ennemi, à la suite d'un refus des matelots de se défendre. Les Anglais se fortifiaient dans l'excellente position du Zyp et se tenaient sur la défensive, en attendant leurs renforts.

Brune, voulant essayer de les battre avant l'arrivée de ces renforts, et ayant reçu Vandamme et quelques troupes, résolut une attaque générale.

Vandamme, avec sa division française , eut Tordre de tenir la gauche de la ligne de bataille, Dumonceau le centre, Daendels la droite. Le plan

du général en chef était de s'emparer des postes de la digue du Zyp, de Saint-Maerten à Peten.

Le 40 septembre, au point du jour, Tattaque eommença. La droite de Daendels culbuta d'abord l'ennemi à Dîrxhornn et à Herenscarpel. Une de ses colonnes marcha sur Bt-Maerten par Eeningenburg. Parvenu à Tuitgenhornn, le général se croisa avec une des brigades de la division Dumenceau, qui s'était jetée trop à droite et gênait le passage ; il se dirigea alors sur St-Maerten et y réunit ses troupes, puis il attaqua vigoureusement et avec succès les batteries ennemies qu'il allait peut-être enlever, lorsqu'il aperçut sur sa gauehe un désordre qui le força à s'arrêter et à se concentrer. Après avoir rallié ses troupes de ce côté, il allait reprendre son mouvement offensif, mais il fut informé que toutes les tentatives contre l'ennemi avaient échoué. Il se mit sur la défensive. Les Anglais, tranquilles sur leur front et sur leur droite, détachèrent vers leur gauche un corps considérable qui se présenta devant Daendels. Ce dernier opéra alors sa retraite en bon ordre, et reprit ses premières positions.

Les attaques sur le centre avaient été difficiles par suite de différentes circonstances fâcheuses. D'abord la marche de la colonne qui s'était portée trop sur la droite , ensuite les tentatives toujours repoussées sur le Zyp. Deux fois les généraux Dumonceau et Daendels essayèrent de ramener leurs troupes au combat. Ils furent contraints, eux

aussi, de prendre position et dp garder la dëfen*» sive, Un instant, Dumonceau, qui avait enlève un retranchement anglais, était prêt à forcer le Z^'p, lorsqu'un désordre, dont la cause est inconnue, se déclarant dans Içs têtes de colonnes, gagna iautes ses troupes et les fit fuir honteusement. Il se horna à sa maintenir à Krabbendam.

A l'aile gauche de Tarmée franco-batave, le combat frit opiniâtre. Deux bataillons français se dirigèrent de bonne heure sur Krabbendam pour soutenir cette attaque. Ils s'emparèrent du pont. Vandamme se porta sur la digue de Slaperdick, dôlachant un corps sur Peten, s'empara du camp et atteignit Drommerdick. Partout il avait réussi ; mais, au milieu de ses succès, il reçut l'ordre du général en chef, vers trois heures de l'après-midi, de reprendre ses positions du malin. Le combat cessa donc sur tous les points de la ligne, Bru'ne, en face de la démoralisation, de la panique des divisions bataves, ayant reconnu l'inutilité de ses efforts.

Celte altaque infructueuse de la ligne du Zyp coula à la division Vaodamme plus de onze cents hommes, dont 138 officiers, et aux deux divisions* bataves 38 officiers et 1,087 hommes de troup§. L'ennemi, couvert par la digue du Zyp, perdit peiji de monde.

La veille, Brune avait écrit de sa propre main^ uqe lettre à Vandamme, lui donnant 4e8 instruc*

.If.

lion» pour Tattaque du lendemain. Dans cette lettre il lui disait :

« L'heure est venue de vous couvrir de nouveaux lauriers. Vous êtes chargé de combattre encore ces mêmes Anglais que vous avez défaits tant de fois. Animez de votre esprit officiers et soldats. L'armée batave est bien disposée, nous aurons du succès, etc. »

Après avoir prévu la possibilité d'une retraite, le général en chef terminait ainsi :

« Mais, la victoire et le génie de la République planent sur nos tètes. Vive la République ! »

Le soir même, Brune rendit compte de la journée du 10 septembre au ministre de la guerre, Bemadotte, par la dépêche suivante :

n Bergen, le 10 septembre 1799.

« Citoyen Ministre, la division du lieutenant général Dumonceau étant arrivée hier soir, j'ai pris aussitôt toutes les dispositions pour attaquer l'ennemi. La division de gauche, composée des troupes françaises et commandée par le général Vandamme, devait prendre le Zyp par Grote-Mole, s'emparer de l'écluse de Peten , et laisser son arrière-garde à la hauteur de Camp pour éviter d'être tournée par les dunes. La division du centre, aux ordres du lieutenant général Dumonceau, était chargée de forcer la grande digue par Huisduinen et Krabbendam. La droite, sous le lieutenant général Daendels, devait, en coupant ou for-

çanl Jes routes et débouchés qui pourraient exposer son flanc droit, marcher vers Ëningenburg et le pont de Grote-Slot. L'ensemble de cette attaque avait été parfaitement compris, et tout promettait un concert d'exécution qui garantissait la victoire. Dans le choix des points à approcher sur cette longue digue qui ferme le Zyp, j'avais cm, pour me conserver une supériorité de nombre et assurer les communications très-difficiles dans ce terrain, devoir préférer la ligne qui va de Saint-Maerten par Krabbendam à Peten. G était une espèce d'angle de bastion à emporter. J'avais placé près le lieutenant général Daendels deux officiers généraux français, le général de brigade Barbou et l'adjudant général Durutte , que luimême avait paru désirer.

« A quatre heures et demie, ce matin, l'armée s'est avancée : les avant-postes de l'ennemi ont été forcés avec beaucoup de rapidité. Les nombreux canaux qu'il fallait traverser n'arrêtaient point l'impétuosité de nos Français; ils se jetaient dans l'eau et riaient aux éclats devant les hommes qui étaient chargés d'élabUr des ponts pour faciliter les passages. Arrivé près de la grande digue, on en est séparé par un canal large et profond. C'est sur la digue que Tennemi a des batteries bien cou* vertes et d'où il tirait à mitraille. Pendant que le feu des Anglais se dirigeait particulièrement sur notre division française, un bataillon de la division Dumonceau avait occupé le pont de Krabbendam.

Le Zyp allait être forcé sur ce point, quand an autre bataillon, qui marchait derrière ces braves^ saisi d'une terreur inspirée par de lâches officiers^ se met à fuir, jette, en se débandant, le désordre dans le corps qui le précédait, et nous ravit Toccasion de la victoire. En général, les deux divisions bataves n'ont point répondu à ce que promettaient de premières apparences de fermeté. Je livrerai au conseil de guerre plusieurs officiers sui* la conduite desquels j'ai demandé des rapports. ^On doit néanmoins des éloges à plusieurs corps et à une partie de Tartillerie.

« Notre division française, forte de sept mille hommes seulement, a déployé tout ce qu'on peut imaginer de valeur, d'héroïsme ; il était impossible de distinguer les anciens soldats d'avec leB conscrits nombreux qui la composent en grande partie. Le général Vandamme, si famiUer avec tout ce qui tient au courage ^ a déclaré n'avoir jamais vu de plus braves soldats. Cette division est restée maîtresse du champ de bataille et a oc*cupé en avant les dunes de Camp et Slapendyk. Les Anglais n'ont pas osé sortir de leurs retran-^ chements, où ils s'étaient réfugiés. L'action a duré huit heures. Nous avons è regretter la perte de quelques officiers et soldats : le général de brigade David est grièvement blessé ; il a montré à l'attaque des avant-postes autant de sang-froid que de valeur. L'ennemi compte un grand nombre do tué6 et de blessés.

« Vous jugerez, citoyen Ministre, par nosefforts* par notre position, par celle qui a été abandonnée à Fennemi presque aussitôt après la descente^ qu'une poignée de Français que nous sommes ici, bien loin de suffire à un système d'attaque, pourrait difficilement garder la défensive contre des ennemis qui, à chaque instant, peuvent recevoir de« renforts, et qui travaillent à exciter un mécontentement que bientôt il ne serait plus possible dé maîtriser. Ainsi, il est de la'plus extrême urgence de presser l'arrivée des demi-^brigades que vous destinez à cette armée. Non-seulemeni le général Tiily ne m'envoie rien des troupes dont il dispose, mais, d'après ce que j'apprends par des avis particuliers, il ne se presse pas de m'envoyer celles que vous mettez à ma dispositioUé

• Des vaisseaux anglais se sont présentés hier sur la côte, à la hauteur de Leyde et d'Haarlem : ils voulaient inquiéter nos derrières ; ils ont jeté à terre quelques hommes qui ont pillé et dévasté les maisons et propriété de quelques malheureux paysans.

« Le gouvernement batave m'assure qu'il y a des subsis^tances dans les places. Les officiers qu6 j'ai chargé d'inspecter l'approvisionnement m'assurent qu'il n'y en a point. On me dit aussi que Ton a armé des bâtiments, des chaloupes canon^ uières, bricks , etc. , pour défendre les eaux de la Frise et sa partie du Zuydersée qui avoisine Amsterdam. Je n'ose point me fier à toutes ces t^^w-

rances, tant que nous n'aurons pas dans ce pays des forces capables de faire cesser les lenteurs et d'intimider la trahison.

« Salut républicain.

« P. "S. — J'ai recommandé au général Girod, qui est à la tête de la colonne mobile pour l'intérieur, de bien veiller à ce que, dans la poursuite des bandes rebelles, on ne viole point le territoire pmssien, où elles paraissent chercher un asile. »

Outre cette dépêche ofQcielleau ministre, Brune écrivit le nïême jour, 10 septembre, à Bernadotte son ami :

• Envoyez-moi des forces , mon cher Bernadotte, ou je ne saurai comment me tirer des combinaisons de lâcheté et de trahison qui se forment autour de nous. Je ferai cependant tous mes efforts pour tenir. D'indignes officiers, des brigands viennent de jeter l'alarme aux avant-postes de Daendels, à Brug, au delà de Saint-Pankras : ils se sont enfuis avec un drapeau, criant partout que l'ennemi les poursuivait; ils ont entraîné des gens de l'artillerie légère, qui se sont mis à fuir, abandonnant leurs pièces. Ces coquins ont traversé Alkmaar à la hâte ; ils se dirigent sur Haarlem, sans doute, pour exciter une dissolution générale de la force armée batave. Le fait est que nos positions sont les mêmes que celles que nous avons prises dans l'action de ce matin.

• Je viens d'écrire aux généraux Daendels et

Duinonceau , pour leur demander positivement s'ils peuvent me répondre de leurs divisions; je leur donne l'ordre de faire fusiller les lâches auteurs de ces perfidies, et de les remplacer par des sous-officiers.

« Nous comptons près de six cents blessés. Les Hollandais, plus nombreux du double, en ont seu* lement quatre cents environ.

• Je vous embrasse de tout mon cœur>

• Salut et amitié. >

• P.-S. — On vient d'arrêter celui qui emportait le drapeau. »

L'insuccès de Brune dans cette journée était d'autant plus fâcheux, que trois divisions russes et une division anglaise allaient rallier l'ennemi. Le 19 septembre, le duc d'Yorck, se sentant une grande supériorité, résolut de prendre à son tour roffensive. D déboucha en force, ce jour-là, par Peten et le Slaperdyck, et, à la faveur d'un épais brouillard, les coalisés fondirent sur les avantpostes de la division Vandamme, qui durent se replier sur Schorel (1). L'adjudant général Rostollant qui commandait sur ce point forma ses troupes en avant de ce village et attendit Tennemi dans une bonne position, son front couvert par

(1) Vandamme avait fait uno chute le 14, et s'était luxé répaule. Cela ne Tcmpôcha pas de conduire en personne ses troupes pendant toute cette bataille de Bergen, dont le succès lui est presque entièrement dû.

quelques retranchements de campagne. U maintint les Russes qui Tattaquaient, pendant plus de deux heures ; mais, se voyant prêt à être tourné par une colonne qui filait le long de la mer par les dunes, et apprenant que la défense du pont de Schoreldam avait échoué, il se mit en retraite sur Bergen, où était le gros des troupes de Vandanmie. Le général Gouvion se trouvait dans celte ville. Il ignorait encore l'affaire de Schorel , lorsqu'il vit paraître les Russes sur les dunes.

Pendant ce temps, le centre et la droite étaient aux prises avec les Anglais, depuis six heures du matin. Dumonceau avait été obligé de céder le poste de Varmenhuisen, et il avait replié les défenseurs sur Schoreldam, faisant soutenir la retraite des troupes de RostoUant par un mouvement offensif du général Bonhomine. Une charge à la baïonnette de ce dernier rejeta l'ennemi jusqu'à Grote. Dumonceau fut blessé grièvement en faisant les plus courageux efforts pour rester maître du pont et du village de Schoreldam qui avaient en effet une grande importance. Ses troupes déconcertées se rejetèrent en arrière, tandis que la colonne envoyée sur Schorel, entourée, mettait bas les armes.

La colonne anglaise, agissant sur la droite de l'armée gallo-batave , attaqua deux fois les retranchements défendus par la division Daendels,- au village d'Oudcarspet. Deux fois elle fut repoussée.

Cependant Brune, informé de ce qui se passait

sur sa tigae, et apprenant qu'un» forte Golonne aflglo-russe se portait sur Hoorn pour pouper son armée en deux, donna Tordre à sa droite de se tamr sur la défensive, tandis qu'il dirigeait ses for* ces principales sur son centre et sur ^a gauche.

Le général Bonhomme marçhi» donc sur Sçhorel et Vandamme sur Bergen.

Lacolonne russe, cependant, se présenta devant Bergen, au moment où l'avant-garde de la d^visio^ française y arrivait. L'attaque com^ie^^a imm^ diatement. Soutenus par les (troupes qui avaient marché par les dunes, les Anglo^Buss^s empor^* tèrent le village. Le général Gouyion ae replia, puis bientôt, il se précipitât k son tour sur Tenwml Grâce à deux batailloi^s de la 49^ dçmi-hri^ gade que Vandamme conduisait en personne , on reprit les premiers postes. Malgré 1^ plus vi^ureuse résistance, Bergea fut emporté et la colonne russe taillée en pièces. Ses débris se retirèreçt en désordre sur Schorel et sur les dunes , aban*donnant rartillerie, sept drapeaux çt beaucoup d» prisonniers, au nombre desquels le général ru^S9 Hermann.

Vandamme, sans perdre de temps, attaqua Schorel et l'enleva. Une brigade anglaise en ré-^ serve , soutenue de denif, bataillons , essaya uo mouvement tournant. Vandamme déjouj* çettç m^^ nœuvre en ^e portaojL droi^ .sur elle^ <ea eQgagepnt un combat furieux , et en la forçant à lui céder

Schorel et te terrain.

Battu au centre et à la gauche, Tennemi se replia sur Krabbendam ; mais à la droite, une attaque malheureuse tentée par DaendelS; malgré les ordres qui lui prescrivaient de se tenir sur la défensive, amena les Anglais jusque dans les retranchements dont il avait la défense, sa division se replia sur le village de Broeck.

Malgré ce succès partiel , les Anglo-Russes avaient élé tellement désorganisés par Vandtmme, au centre et à la gauche, qu'ils se retirèrent et reprirent leurs premières positions. La colonne qui s'était portée sur Hoorn, et s'en était même emparée, l'abandonna également.

• La bataille ne finit qu'à l'entrée de la nuit. Vingt bouches à feu, sept drapeaux, dix-huit caissons, vingt-quatre voitures d'équipages , deux cents chevaux, quatre mille fusils restèrent au pouvoir des troupes de Vandamme. La perte de l'ennemi fut de quatre mille cinq cents tués et deux mille cinq cents prisonniers. L'armée française eut douze cent quarante tués ou blessés et deux mille quatre cent quatre-vingts prisonniers.

A la suite de cette brillante bataille de Bergen, l'adjudant général d'Ardenne , chef d'état-msgor de Brune, fut chargé d'envoyer un rapport au ministre de la guerre (1).

Il lui écrivit, le 19 septembre au soir :

(1) On avait appris à l'armée gallo-balave le remplacement

« Citoyen MiniBtre, reimemi a attaqué, ce ma'liû à quatre heures, sur toute notre ligne ; une colonne russe, forte de 6,000 hommes, s'est dirigée sur Tavant-garde de la division de troupes françaises aux ordres du général Vandamme. Cette colonne, commandée par le général Hermann, a repoussé nos troupes jusque dans Bergen, où toute la division avait ordre de se réunir. Le général Vandamme ordonna à l'adjudant général Rostollant de prendre la gauche vers les dunes. Il donna au général Gouvion le commandement de la droite, celui de la cavalerie au général Simon ; il se chargea du centre, fit attaquer les Russes dans Bergen, leur enleva le village à la baïonnette. Six cents hommes y furent tués, autant de prisonniers, et leurs canons pris.

« Le général en chef avait, depuis quelques

au portefeuille de la guerre de Bernadotte ; Vandamme, qui aimait beaucoup ce dernier, iui écrivit :

« Votre renvoi du ministère nous prouve co que veut le Directoire. U vous honore et redouble Teslime qu'avaient déjà pour vous tous les braves de nos armées. L*ôtre méprisable qui vous remplace implique la ruse, et nous dit que la nullité est le titre qu'il faut aux ministi*es. Qu'allez-vous aussi vous mêler d'organiser les armées et les faire payer? etc. On ne le veut pas. Vous êtes homme, général, et républicain. Vous avez prouvé que vous êtes digne de ces trois grands titres. Le triomphe des intrigants ne sera sans doute pas long, (^^c n'est, enfin, pas avec ces sortes d'hommes que l'on pouiTait longtemps tenir tête à l'Europe militaire liguée contre nous. L'injustice sera-t-elle donc toujours le partage des gouvernements, et les hommes à caractère pur seront-ils toujours victimes de ces petitesses qui finiront par perdre et les républicains et la Bépûblique! »

jours, fait établir, âtir le canal (jal conduit au Zyp, Uh pont de communication avec la division du centre, aux ordres du général Dumonceau. Il y fit passer deux bataillons bataves, de rartillerie légère et des hussards de la même nation, pour renforcer les troupes aux ordres du général Vandamme. L'attaque redoubla de vigueur, etTenneml fut culbuté.

« Le résultat, jusqu'à ce moment connu , de cette mémorable journée, est que l'ennemi a perdu deux mille hommes tués sur le champ de bataille, huit cents blessés, dont la moitié le sont mortellement, quinze cents prisonniers, parmi lesquels se trouvent une quarantaine d'officiers de tout grade; de ce nombre est le général Hermann, commandant en chef les troupes de l'expédition russe, le colonel Stryk, blessé dangereusement. On leur a pris en outre cinq drapeaux et vingt pièces d'artillerie de divers calibres. ^ Nous avons eu trois cents hommes blessés, peu de tués.

« Les rapports que nous recevrons demain mettront le général en chef à même de donner au Directoire un résultat plus exact et sans doute plus satisfaisant encore. Il se loue de la conduite valeureuse de nos troupes en général, et en particulier de celles du général de brigade Gouvion et du chef de brigade Aubrée. Il a nommé le premier général de division et le second général de bri-* gade sur le champ de bataille.

• Les troupes bataves qui, pendant l'action,

ont passé à la division du général Vandamme, se sont comportées avec bravoure. Le lieutenant général Dumonceau, commandant la colonne du centre, a été blessé au commencement de Taction. Sa colonne a conservé sa position. Celle de droite, aux ordres du général Daendels, a été obligée d'abandonner ses avant-postes. Le gêné-* rai en chef espère qu'elle les reprendra cette nuit. La perte qu'a faite cette dernière colonne ne nous est pas encore connue. »

Pendant cette bataille de Bergen, l'adjudant général d'Ardenne, chef d'état-major général, ayant reçu à Alkmaar un bataillon de la 90*, l'envoya à Vandamme avec cette lettre :

« Bravo, mon général, grâces vous soient rendues et à vos braves* Le deuxième bataillon de la 90^ arrive en ville à trois heures et un quart. Il en partira pour Bergen armé, ayant soixante car* touches par homme. Ils témoignent la meilleure volonté. Le chef a Tair d'un bon bougre, et je me trompe fort si ce bataillon ne vaut pas plus que le troisième. >

Le soir, à dix heures, le général Fuzier, un des brigadiers de Vandamme, lui écrivit également d' Alkmaar :

« Vive la Répubhque ! Les Anglo-Russes se souviendront de nous avoir donné à déjeuner le Séjour complémentaire, et d'avoir reçu, en revanche, un superbe dîner, etc. »

Enfin, le 20 septembre, le général en chef Brune

adressa à Vandamme la lettre ci-deMOua, une des plu8 belles récompenses que paisse recevoir un

soldat :

• Les talents, la valeur et l'intrépidité que vous avez déployés hier, en commandant les troupes françaises à la bataille de Bergen, la grande part que vous avez à cette glorieuse journée, les efforts que vous avez faits pour vaincre les Russes et les Anglais, tout me dit que c'est à vos efforts redoublés que je dois cette brillante victoire ; je ne saurais comment vous payer mieux qu'en vous offrant cent fusils russes et anglais ; les dépouilles ennemies seront pour vous, je pense, une bien belle récompense ; connaissant votre républicanisme et votre amour pour la liberté, je suis persuadé que vous n'en armerez jamais d'autres bras que ceux des amis sincères de la patrie. Agréez, mon cher général, Tassurance de mon estime et de mon amitié. •

Vandamme très-fier, et à juste titre, de la haute distinction dont il était l'objet de la part de son général en chef, lui demanda l'autorisation, qui lui fut immédiatement accordée, d'envoyer les cent fusils russes et anglais au commandant de la garde nationale de Cassel. Ces armes^ par ordre de Brune, furent emballées dans quatre caisses et expédiées en France en franchise, les commandants militaires et préposés ayant reçu l'avis de les laisser passer.

Quelques jours après la glorieuse bataille de

Bargra, le général Brime forma une seconde di« vision française avec les troupes de renfort qu'il avait reçues, en donna le commandement au général Gouvion, et mit Vandamme à la tête des deux divisions. L'adjudant général RostoUant, qui avait reçu le premier choc des Russes, dans l'affaire du 19, fut nommé chef d'état-msgor généi;al de Tarmée, en remplacement de d'Ardenne.

Le 26 septembre, Brune fut prévenu, par un membre du comité orangiste, que les Anglo- Russes, manquant de vivres et voyant l'armée gallo-batave se fortifier dans ses positions, se préparaient à l'attaquer le 27 ou le 28. Il donna en conséquence l'ordre à ses généraux de se tenir sur leurs gardes. Cette nouvelle paraissait d'autant plus plausible que, le 25, une nouvelle division russe de six à sept mille hommes ayant débarqué le soir, avait été dirigée immédiatement sur l'armée ennemie. Mais ce que le membre du comité orangiste avait pris pour un projet d'attaque n'était qu'un déploiement de forces résultant de l'inquiétude occasionnée par une revue du général en chef français.

Le 1^' octobre, l'ennemi n'avait fait encore aucun mouvement. Vandamme dormait fort tranquillement, lorsqu'il fut réveillé par ordre de Brune qui lui écrivait :

• Je vous éveille pour une bonne nouvelle. Puissions-nous bientôt en envoyer nous-mêmes ! Nous l'aurions déjà fait, sans doute, si les renforts

n6 fQftftent pafi venus et ne continuaient pas de venir pièce à pièce. La nouvelle des victoires de Masséna m'arrive par un courrier extraordinaire. • Il B*agissait de la bataille de Zurich, du 25 septembre 1799.

Ce môme jour, une troisième division française» formée provisoirement de deux bataillons, d'un escadron et de trois pièces de quatre, reçut un commencement d'organisation et fut envoyée, sous les ordres du général Boudet, à Hoom, pour relier les divisions Dumonceau et Daendels.

Les deux armées ennemies étaient occupées depuis plusieurs jours à multiplier, sur leur front réciproque, les obstacles, les retranchements, les batteries, lorsque le duc d'York, ne pouvant plus que fort difficilement trouver àfaire subsister ses troupes, et sachant que Brune commençait à recevoir chaque jour des renforts, se décida à une attaque générale pour rejeter les gallo -bataves sur Tintérieur du pays et élargir sa base d'opératio^jis. Il commença par renforcer sa droite, opposée aux divisions françaises de Vandamme, et occupa, sur sa gauche, la ville de MedenbUck. Pendant ce temps. Brune perfectionna ses défenses, principalement autour de Bergen, dont il fortifia les alentours, les bois qui les couvrent, les dunes qui les dominent au nord, dans la direction de l'avenue de Schoreldam. Cette partie de la position était devenue d'un abord fort difficile, d'autant que le terrain, entrecoupé de dunes jus«

ipï*k kl tberf n'était pas moins favorable à la délendiYe. Le centre et la droite de la ligne étaient également très-bien couverts par les inondations iju'on pouvait tendre.

Le 2 octobre, Tarmée anglo-russe se mit en mouvement pour une attaque générale. Le duc d'York, reconnaissant qu'il y avait. danger à se hasarder dans les passages inondés et difficiles^ sur la droite et sur le centre de la ligne gallo-batave^ porta, une fois encore, son effort principal contre les divisions françaises à notre gauche. Les avant-postes de ces deux divisions furent d'abord forcées d'abandonner Grote, Camp, Schorel et Scboreldam.

L'ennemi se mit en marche sur quatre colonnes. Celle de droite (trois brigades d'infanterie, neuf escadrons de dragons et de l'artillerie), était sous les ordres du général Àbercromby ; elle suivait le bord de la mer. Celles du centre, de force à peu près égale à la colonne de droite, l'une formée de Russes, l'autre d'Anglais, sous le général Dundas, lûarchèrent sur Bergen et se déployèrent pour couronner les hauteurs. La quatrième, conduite par le général Pulteney, ayant avec elle le prince d'Orange, se porta contre la division Daendels, qu'elle avait mission de tenir en échec^

Au point du jour, Gouvion prévint, de Bergen oà il était, Vandamme, à Alkmaar, que Ton bat* tait la générale aux avant-postes. Ces avant-postes ayant été emportés» le combat s*engagea sérieu^

sèment en avant de Bergen. Gouvion 8*y maintint contre le général . Dundas, tandis que lord Abercromby filait sur Egmond, par les dunes, pour tourner Alkmaar. Vandamme défendit ce poste avec opiniâtreté et avec sa valeur habituelle. Toutefois, le soir venu, et après les combats les plus sanglants. Brune donna ordre d'opérer la retraite et de prendre une ligne excellente, en arrière de la première, de Wyk-op-Zée, à Monikendam, derrière le Strand et les inondations. Le quartier général rétrograda jusqu'à Beverwyck, à trois lieues en avant de Haarlem. Les Anglais entrèrent dans Alkmaar.

Voici comment, par une lettre du 4, adressée au nouveau ministre de la guerre, le général en chef de l'armée gallo-batave explique son mouvement rétrograde :

« La retraite d' Alkmaar sur Beverwyk 8*est opérée sans que nous ayons perdu ni hommes, ni artillerie, ni équipages.

« La bataille d'avant-hier a duré depuis cinq heures du matin jusqu'à huit heures du soir. A dix heures, il se tirait encore des coups de fusil. L'ennemi commença l'attaque, présentant devant la division Daendels, à notre droite, des forces qui n'agirent point ; et sur le centre , un corps qui, après avoir emporté Varmenhuisen et Schoreldam, avant-postes de la division Dumonceau, renforça les troupes nombreuses qui attaquaient notre gauche composée de Français. Le terrain

fiil vivement disputé : pendant qu*une forte colonne anglo-russe avançait péniblement de dune en dune, une autre colonne avait gagné le Strand. A la nuit, elles avaient coupé la communication de Bergen à Egmond, et menaçaient de couper celle d*Âlkmaar à Bergen.

« La fatigue du soldat et je ne sais quelles dispositions que je n'avais pas encore vues dans Fesprit des militaires, m'avaient fait connaître que si l'ennemi, qui avait eu la supériorité par le nombre, nous attaquait le lendemain, la lassitude pourrait occasionner un revers réel. J'ordonnai que, dans le cas d'une attaque vigoureuse, la retraite s'opérât lentement et en ordre sur Beverwyk. Hier matin, d'après le rapport des généraux que Tennemi disposait tout pour une nouvelle attaque, la retraite commença et s'est achevée aigourd'hui sans aucune perte. J'ai fait laisser ouvertes les portes d'Alkmaar, afln de préserver cette ville de la barbarie des Anglo-Russes. Ils ont brûlé sans motif le village de Goedyk.

« La perte de l'ennemi en morts et en blessés est très-considérable ; parmi les prisonniers que nous lui avons faits , se trouvent des grenadiers russes, des cosaques du Don et des montagnards d'Ecosse.

« Nous avons à regretter beaucoup d'officiers morts. L'adjudant général Maison est blessé. Le brave chef de brigade Mercier a eu les deux cuisses percées d'une balle. L'aide de camp du général

Pacthod et deux officiers d'état-^niflûor ont été tuéi. Notre perte en ftoldats est peu considérable.

i J'ai reçu deux bataillons du générai Tilly, après raffaire. Depuis longtemps je les attendais. On m'assure que les autres suivent. Cette progression morcelée de secours m'a fait perdre de grands avantages , peut^être même une victoire complète; mais il faut agir dans la position où Ton se trouve, et j'espère que les renforts arrivant, nous recouvrerons promptement le temps perdu. Nous saurons trouver Alkmaar au Helder.

« Salut républicain. »

Los journées des 4 et 5 octobre se passèrent sans combat. Le général Brune reçut des renforts assez considérables de troupes françaises. Le 6, au matin , le duc d'York se méprenant sur le mouvement en arrière de l'armée gallo-batave, ia fit attaquer de nouveau sur tout son front. Il eut d abord quelques succès, sas divisions s'emparèrent d'Ackerslot et arrivèrent jusqu'à Kastricum, mais alors les choses changèrent d'aspect. Vandamme, qui stationnait sur ce point, agit vigoureusement avec l'infanterie, tandis que le général Brune lui-même, saisissant avec habileté le moment favorable, chargea à la tête de sa cavalerie et rompit La ligne des AngHo-Russes. Il eut deux chevaux Uiés sous lui.

Repoussé jusqu'au delà de Bakkum , ayaat fait dçs pertes considérâUes, rennfimi coml)sitit

jusqu*à la nuit , mais ne s'attribua pas le gain de celle bataille , dont les résultats en faveur de la cause française eurent des conséquences bien au delà de ce qu'on en pouvait espérer, puisque cela détermina le duc d'York à entrer en pourparlers pour l'évacuation de la Nord-Hollande.

Donnons d'abord deux lettres, une, du 6, de Brune, et une, du 9, de RostoUant, au ministre, sur cette journée de Kastricum.

« Citoyen ministre, j'avais bien prévu que notre position en arrière attirerait l'ennemi et le ferait croire à de fausses mesures. La bataille de Kastricum vient de le détromper. On s'est battu aujourd'hui depuis sept heures du matin jusqu'à huit heures du soir. L'ennemi a été repoussé et poursuivi jusque vers Egmond. Onze pièces de canon et quinze cents Russes et Anglais prisonniers sont les fruits de cette journée. Les Russes doivent compter un grand nombre de tués. Les généraux Gouvion , RostoUant , Vandamme , Bonhomme , Aubrée, Simon , Malher et Durutte ont déployé des talents militaires qui ont déterminé le gain de la bataille. Je vous ferai connaître les braves qui se soùi distuigués.

• Salut républicain. »

« P. 'S. — Lord Chatam, frère de M. Pîtt, a été blessé au cou. Le général ennemi tué à la bataille de Bergen n'est point M. Knox, c'est le lieutenant général russe Gerepsow, commandant l'expédition sous M. Hermann. »

ROSTOLLANT A DUBOIS-GRANCE.

m Alkmaar, le 9 octobre 1799.

• Citoyen Ministre, j*ai eu l*honneur de vous rendre compte de la bataille du 6 octobre à Kas^ Iricum, et de la cause qui a décidé la victoire en notre faveur. Aujourd'hui je m'empresse de vous informer des événements heureux qui l'ont suivie. Après avoir battu L'ennemi le 6, les armées ont néanmoins tenu leurs positions respectives ; mais le 8, à quatre heures du matin, l'ennemi ayant calculé ses pertes, se décida à faire sa retraite^ Les routes dégradées et le mauvais temps empêchèrent de le poursuivre d'aussi près qu'on le désirait. Il effectua sa retraite jusqu'au Zyp , où il entra dans ses retranchements. Malgré ce, cette journée n'est pas restée sans succès, puisque six cents blessés, autant de prisonniers, sont tombés en notre pouvoir, ainsi que beaucoup de chariots de bagages, parmi lesquels se trouvaient deux cent cinquante femmes et enfants, qui ont été renvoyés sur-le-champ à l'armée ennemie par ordre du général en chef. Il paraît, d'après la quantité de femmes à leur suite, que les Anglais se croyaient prêts à être possesseurs de la Hollande. On assure que la mauvaise mer leur a fait éprouver beaucoup de pertes, quoique les pluies continuelles et les inondations qui s'en sont suivies nous empêchent de rien entreprendre présen-

temeût, nous n'en sommes pas moins persuadés qu'ils ne larderont pas à se rembarquer. Dans ce cas, je vous assure qu'ils ne le feront pas sans notre présence.

« Dans les divers combats qui ont eu lieu depuis la descente. Tennemi a dû perdre au moins vingt mille hommes tués, prisonniers ou blessés. Dans ce nombre, se trouvent tous ses meilleurs officiers. Lord Ghatam, frère du ministre Pitt, a été blessé. Le fils du général Abercromby a été blessé, et le colonel d'un des régiments des gardes fait prisonnier par Vaugien, brigadier au 4^^ régiment de chasseurs. Le tableau des prisonniers que je vous adresserai vous indiquera les noms et qualités des principaux d'entre eux,

« Au moment de l'attaque du 6, le duc d'York envoya le général major George Don , avec son intime, au lieutenant général Daendels, qui gardait avec sa division les positions de Monikendam. Le général Daendels les fit arrêter à ses avant-postes, et en prévint le général en chef, qui lui ordonna de les lui faire conduire. Ge général Don était porteur d'une proclamation au gouvernement batave , portant qu'il fallait chasser les Français de la Batavie, et que les troupes de cette puissance devaient se réunir au prince d'Orange pour l'aider à les exterminer. La conduite de cet agent a été regardée par le général en chef comme un espionnage, et il a ordonné que le général-major Don et son suivant seraient gardés

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