LE PRINCE JÉRÔME A VANDAMME
« Franckenstein, 16 mai 1807.
• Monsieur le général. Sitôt que vous recevrez ma lettre, envoyez-moi tout le régiment des chasseurs à cheval de Wurtemberg. 11 faut que je leur
fasse donner quelques coups de sabre. Je vous les renverrai le quatrième jour.
« Le général Hédouville, que j'ai envoyé à Wartha ce malin à trois heures et qui était escorté par vingt-cinq chevau-légers du roi, a été rencontré à Riegersdorf par un escadron de hussards prussiens sortis de Glatz. Les chevau-légers les ont chargés et, malgré qu'ils eussent affaire à un ennemi quatre fois plus fort, ils l'ont ramené jusque sous les murs de la forteresse.
« Le capitaine prussien a été tué, mais Tofficier bavarois, qui commandait le piquet, a reçu deux balles, et un chevau-léger a été tué. Le général Hédouville a oublié qu'il était général de division, et a fait le sous-lieutenant.
« Ce matin, à trois heures, ayant entendu une forte fusillade du côté où j'ai dirigé la colonne partie hier soir sous les ordres du lieutenant-colonel Ducoudras, mon aide de camp, j'y ai envoyé trois cents chasseurs de Scharffenstein et soixante dragons de Minucci.
a J'attends les nouvelles.
« Agréez, monsieur le général, l'assurance de mes sentiments.»
LE nOi DE WURTEMBERG A VANDAMME.
t Louisbourg, 30 mai 180*7.
a Monsieur le général de division Vandamme. Les heureux succès qu'ont eus mes troupes
confiées à votre commandement par la prise de Neiss, ainsi que les soins que vous leur avez donné dans différentes autres occasions, sont un motif pour moi de vous conférer, ci-jointe comme' une preuve de ma satisfaction, la grand 'croix de mon ordre du Mérite militaire. Recevez cette marque de mon estime et de ma bienveillanco. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous prenne, monsieur le général de division Vandamme, en sa sainte garde. » Voici maintenant quelques lettres du marquis de Bombelles, alors curé d'Oppersdorf, plus tard évêque d'Amiens et aumônier de la duchesse de Berry, émigré en Silésie, et qui, s'étant trouvé en relation avec Vandamme, avait conçu la plus vive affection pour le général. Elles sont adressées à lun des aides de camp de ce dernier.
€ Oppersdorf, le 22 avrU ISOI.
« Monsieur le baron, une sœur du chevalier de Boufflers, faisant la malade, se plaignant de sa poitrine, demanda à son frère un couplet impromptu; la verve du chevalier n'était aimable que quand les femmes étaient jolies, et sa sœur n'était ni jolie, ni aimable ; il lui chanta donc ceci :
Du poumon vous ne souffrez pas, Au moins je le présume, Mais vous vous croyez mille appas, C'est ce qui vous enrhume.
ce n'est pas manque de grâces dans ses procédés, que le général est enrhumé.....
En vain ea tôte ou sa poitrinr Lui font-elles quelque douleui-, Suns cosse il ordonne et devine Ce qui plnit le plus à mon cœur.
« M. Ig comte de Larisch ne me parlant plus de Tindisposition de Son Excellence (en me faisant passer une nouvelle preuve de sa bonté pour moi) j'espère qu'elle est entièrement rétablie; ce matin j'ai prêché sur la nécessité de faire pénitence un jour de bethûnd buss tag^ ce ne serait pas être conséquent que de me donner, le même jour, le plaisir d'aller à Bielau, mais dimanche prochain, après Toffice, je serai libre, et je désire profiter de cette liberté pour aller rendre mes devoirs à votre très-aimable général. Ayez la bonté de me faire savoir si ce jour-là, il sera à Bielau, sans grande visite^ c'est lui seul et son entour que je veux voir ; il fallait tous ses procédés pour me tirer de mon humble presbytère, et je ne désire en sortir de nouveau que pour aller lui parler à lui, à lui seul y de ma reconnaissance ; il comprendra fort bien tout ceci, si vous voulez bien le lui donner à Hre. »
c Oppersdorf, le 5 mai 1807.
« Monsieur le baron, arrivant à mon village de Ritterswald, dans le brillant équipage de votre aimable chef, j'ai été entouré des bénédictions que nous lui donnons et des prières que l'on voudrait que je vous adressasse, les deux en langue allemande peuvent souffrir des difficultés, et si vous
voyez le moindre inconvénient à les accorder, je ne verrai que de la justice dans des refus que les circonstances peuvent rendre nécessaires , il n'en n'est pas de môme de la supplique qui vous sera remise par une pauvre créature qui me paraît pénétrée de sa tendresse filiale.
GcntlUc filio de vingt ans.
Enfant d'un pèro octogénaire, En vous portant mes compliments.
Vous adressera la prière De rendre Fauteur de ses jours Aux vœux d'un malheureux ménage.
Accablé sous le poids de Tûgc, Ce vieillard n'est d'aucun secours ; Le général, bon fils, bon père, Accueillera de tels soupirs, Je sais et suis loin de le taire.
Qu'au premier rang de ses plaisirs Est celui du bien qu'il peut faire.
a Vous m'avez prouvé aussi, monsieur le baron, avec quelle satisfaction vous étiez l'organe de la bienfaisance de Son Excellence, agréez donc l'assurance de ma reconnaissance et de la considération distinguée avec laquelle j'ai l'honneur d'être,
((-Monsieur le baron, (( Votre humble et très-obéissant serviteur,
a L.-M. De Bom belles. »
Cette lettre est annotée par Vandamme.
Première annotation : je l'ai renvoyé chez lui (le marquis de Bombelles), avec ma calèche à six chevaux.
Seconde annotation : Ce vieillard (celui dont parlent les vers du marquis) était employé aux travaux. Je l'ai renvoyé.
« Opperedorf, le !•' juillet 1807.
Humain en guerre, aimable en paix,
Dans tous les moments de la vie,
Avoir la noble et douce envie
De se signaler en bienfaits,
Joindre le bonheur au courage
Et les talents à la vigueur,
Voici ce que dicte l'hommage
Que Ton rend môme à son vainqueur.
« Voici ce que m'a fait voir, cher comte, votre général dans tous ses procédés envers moi et mes villageois ; il met le comble à son honnêteté en me procurant, par vous, et si promptement, la nouvelle de la paix. Si mon zèle pour des devoirs dont l'accomplissement m'ont valu son estime ne me retenait ici, j'irais ce soir encore le remercier de cette nouvelle attention, soyez l'interprète de ma reconnaissance et informez-moi de sa marche en l'assurant que je désire vivement lui aller rendre tout ce que je lui dois avant que ses grandes destinées ne l'éloiguent tout à fait du presbytère du curé d'Oppersdorf. Lui et Victor vous embrassent mille fois. »