LIVRE X
De mars 1809 à août 1811
Vandamme est nommé commandant en chef du contingent wurlembcrgeois , formant lo 8« corps de la grande armée (mars 1809). — Il se rend à Sluttgard. — Composition du corps do Wurtemberg. — Position des armées françaises et autrichiennes a Fouverture de la campagne de 1809, en Allemagne. — Marche du 8* corps sur Donawerth (avril).
— Proclamation de l'Empereur (17 avril). — Ordre de Vandamme (18 avril). — Affaires des 19 et 20 à Abensberg.— Combat et bataille d'Eckmuhl (21 et 22 avril). — Rôle de Vandamme et de ses troupes. — Le général est blessé. — Nouvelle organisation donnée par Vandamme au 8« coips.
— Mécontentement du roi de Wurtemberg. — Marche sur Braunau, sur Altheim, sur Lintz. — Vandamme chargé de la défense du pont de Lintz. — Arrivée du duc d*Auerstaedt à Lintz (6 mai). — Lettres do Davout. — Arrivée du prince de Ponte-Gorvo. — Correspondance entre Bernadotte, Bcrthier et Vandamme. — Ce dernier a ordre de balayer les rives du Danube vers Sleyer. — Attaque du pont de Lintz (11 mai). — Vigoureuse conduite de Vandamme. — Il repousse les Autrichiens. — Rapport de Bernadotte à TEmpereur. — Vandamme s'établit à Ens (20 mai).
— Regrets do Bernadotte de voir Vandamme le quitter. — Conduite répréhensible des Wurtembergeois dans les pays occupés. — Manière d'agir de Vandamme à leur égard. — Le 8» corps chargé de couvrir Vienne , de fortifier et de défendre l'abbaye de Molke. — Lettre de l'Empereur (10 juin). — Affaire du 31 mai. — Expédition du 24 juin en avant de l'Abbaye. — Le soir de la bataille de Wagram (6 juillet) , Vandamme reçoit l'ordre de couvrir le pont d'Ébcrsdorf, — 11 est dirigé , avec son corps d'armée, sur
Chratz, pour exiger de Giulay l'exécution de la convention de Znaim ( 13 juillet ). — Plaintes contre les Wurtembergeois. — Affaire des généraux Hugel et de WooUwarth.— Lettres de Vandamme. — Il quitte le commandement da 8« corps, à Lintz, le 19 novembre. — Il obtient un con^ de deux mois. — Reçoit Tordre, le 9 février 1810, d*aller prendre le commandement du camp de Boulogne.— Affaires Lamerville et Sarrazin (mars et juin 1810).
L'Empereur avait été fort satisfait de la façon brillante, intelligente et ferme avec laquelle Vandamme avait conduit les troupes wurtembergeoises pendant la campagne de Prusse et de Pologne. Le fait est que le général avait obtenu avec cette division, composée d'éléments encore assez médiocres, de bons services. Nul autre que lui n'aurait pu sans doute en tirer un tel parti.
Aussi, l'Empereur, qui savait utiliser les hommes en raison de leurs talents, de leur spécialité, voulut-il que Vandamme eut encore le commandement en chef des Wurtembergeois pendant la campagne qui allait s'ouvrir contre TAutriche sur les bords du Danube.
Le 13 mars, le minisire de la guerre, Glarke, comte d'Hunebourg, prévint Vandamme qu'il eût à laisser le camp de Boulogne au général Rampon et à partir lui-même, de façon à se trouver le 20 à Stuttgard, pour se mettre à la tète du contingent de Wurtemberg (1).
(t) Par une autre lettre, le ministi^e de la guerre prévenait \audainine que M. de Chantelou, ancien colonel du régiment de Condé, que le général lui avait fortement recommaudé,
Le 20 mars, Vandamme, qui avait obtenu quelques jours de sursis , reçut du major général le Bouvel ordre ci-dessous :
c L'Empereur ordonne , Monsieur le général Vandamme, que vous partiez en poste, de manière à être rendu le 27 de ce mois à Stuttgard, et de là à Heidenheim pour prendre le commandement du contingent de troupes de S. M. le roi de Wurtemberg qui se compose d'une division forte d'environ douze mille hommes qui a eu l'ordre d'être réunie au 20 mars à Heidenhein , Aalen et Elwangen. Le ministre de France à Stuttgard vous fera connaitre les détails de la composition de cette division, il a été chargé d'informer le roi de Wurtemberg de votre destination, afin qu'à votre arrivée ces troupes soient mises sous votre commandement. Adressez-m'en la situation exacte et détaillée le plus tôt possible. •
Vandamme n'arriva à Stuttgard que le 31 mars 1809, un accident survenu à sa voiture l'ayant retardé de quelques heures. Il avait expédié avant lui son aide de camp, le chef d'escadron Vincent, au roi de Wurtemberg, et n'avait pas tardé à apprendre que ce prince s'était absenté pour aller passer la revue de ses troupes. Cette circonstance
ijânt émigré, en mai 17d2, après avoir abandonné son emploi, ne pouvait prétendre à rien pour ses services militaires, mais que pour reconnaître l'intérêt que lui, Vandamme, portait à cet ancien officier, il avait fait payer, à titre de secours, une somme de deux cents francs à M. de Chantelou.
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l'avait engagé à ne pas accélérer sa marche. En arrivant, le général s'était rendu chez le ministre de France pour y recueillir tous les renseignements pouvant l'intéresser. Il avait alors acquis la certitude que le roi de Wurtemberg, malgré toutes les lettres flatteuses qu'il lui avait adressées pendant et après la campagne de Silésie, était fort contrarié de le voir de nouveau à la tête de ses troupes; mais qu'il s'était résigné et paraissait disposé à concourir de son mieux à l'exécution des vues de l'Empereur.
Il apprit aussi que, sous prétexte de la semaine sainte, le Roi ne voulait lui donner le commandement de ses troupes que le lundi suivant. De fait, ce prince cherchait à gagner quelques jours pour avoir le temps de recevoir la réponse de l'Empereur à ses observations concernant Vandamme.
Le général, présenté au Roi le 1®' avril 1809, rendit compte au major général de son entrevue, par la lettre suivante du même jour :
« Ce matin , le ministre des relations extérieures est venu me chercher et m'a présenté au roi de Wurtemberg. Sa Majesté m'a fait l'accueil le plus gracieux et m'a témoigné combien elle désirait que ses troupes servissent utilement l'empereur Napoléon. Le commandement m'a été remis sans la moindre difficulté, et sous tous les rapports, je n'ai qu'à me vivement féliciter des attentions bienveillantes que Sa Majesté a eues pour moi. La seule contrariété que mon arrivée parait
lui avoir fait éprouver était que je prisse le commandement de troupes confiées à un feld-meister dont le grade est supérieur au mien. J'ai cru devoir m'abstenir de toute observation à cet égard. Au surplus, Sa Majesté a rappelé son feld-meister, M. le baron de Camrer, homme très-distingué sous tous les rapports. L'infanterie est commandée par M. Neubronn. La cavalerie est confiée à M. le général WoUwarth. Sa Majesté le poi de Wurtemberg , dans laudience cpi'elle a eu la bonté de m'accorder, m'a paru fortement indisposée contre l'Autriche, et autant animée à combattre cette puissance qu'à donner des preuves de son dévouement et de son attachement sincère à la personne de Sa Majesté Impériale et Royale.
• Mes aides de camp vont partir ce soir pour se rendre à Heidenheim. Je les suivrai de trèsprès, et je ne tarderai pas alors à adresser à Votre Altesse les états de situation qu'elle m'a fait l'honneur de me demander. »
Vandamme adressa en effet, le soir même, l'état de situation des troupes sous ses ordres .
Le corps d'armée était formé de la manière suivante :
Cavalerie : régiment des chevau-légers du Roi, cinq cent cinquante présents ; chasseurs à cheval du Roi, cinq cent soixante ; chevau-légers du duc Henri , cinq cent cinquante ; chasseurs à cheval du duc Louis, cinq cent soixante. — Total, nn peu plus de deux mille deux cents cavaliers,
officiers compris. — Infanterie : régiment du duc Guillaume, mille trois cent soixante hommes présents ; du prince royal, mille trois cent cinquante ; l^"" bataillon de fusiliers , neuf cents hommes ; régiment de PhuU, mille trois cent soixante; de Camrer, mille trois cent soixante-dix ; — 2® bataillon de fusiliers, sept cents; 1^^ bataillon de chasseurs du Roi, sept cents; 2® de chasseurs, sept cents ; l®"" bataillon d'infanterie légère, sept cents ; 2® d'infanterie légère, sept cents. — Total, environ neuf mille cent cinquante combattants. • — Artillerie, quatre cent cinquante hommes.
Ce qui constituait une force générale de douze mille cinq cents hommes présents sous les armes.
Outre ses aides de camp, Vandamme eut à son élat-major général un capitaine du 19® de ligne, Marrens; un capitaine adjoint à Tétat-major, Deleau ; un Ueutenant du 12® de cuirassiers, Dreu; un lieutenant du 25® de ligne, Hayaerl ; un souslieutenant au IT de dragons, Lussan-Desparbère. Le chef d'état-major était le colonel wurlembergeois Kerner.
Vandamme ne voulut pas se rendre au milieu des troupes de son corps d'armée, avant que le feld-meister ne fût revenu. Il attendit à Stuttgard jusqu'au 3 avril, et reçut ce jour-là une invitation à dîner du Roi qui lui fit l'accueil le plus gracieux. Ce prince protestait sans cesse de son dévouement^ de son amour pour l'Empereur. Il fut le premier à se détacher de notre alliance lors de
nos malheurs, et son fils , le prince royal , comblé par Napoléon, fut un de ceux qui, en 1814 et après, se montrèrent le plus odieusement hostiles à la famille impériale, sans en excepter même sa noble et vertueuse sœur, la reine de Westphalie.
Le 4 avril, Vandamme fut à Heidenhem. Le jour suivant, il reçut les officiers et vit les troupes les plus rapprochées de son quartier général. Cette première et rapide inspection produisit sur lui une impression favorable. Au fur et à mesure qu'il passait en revue chaque brigade, il lui laissait un témoignage de satisfaction. Dès le 5 avril, il avait fait connaître son arrivée par un ordre du jour, dans lequel il rappelait aux Wurtembergeois leurs faits d'apmes de Silésie, et leur disait combien le commandement qui lui était confié une seconde fois était flatteur pour lui. Il terminait ainsi son ordre :
a Je me plais à penser que les anciens soldats de la Silésie traceront le chemin de la gloire aux jeunes compagnons de leurs travaux, et leur apprendront combien il est facile de vaincre sous les étendards du plus juste et du plus grand des héros. »
Voici quelle était, à l'ouverture de la campagne de 1809, la position des armées. La guerre d'Espagne avait forcé Napoléon à dégarnir le Nord de TEurope. Il ne restait en Allemagne que quatre- ' vingt mille Français. Davout , avec quarante ' mille, occupait les places de l'Oder, Magdebourg, j
Bayreuth et le Hanovre. Douze mille hommes gardaient les villes anséatiques. Oudinol était à Francfort avec vingt-quatre mille hommes. Les royaumes créés en vertu du traité de Tilsitt, la Saxe, le Wurtemberg, la Bavière, la Westphalie, avaient mis sur pied une centaine de mille hommes. Il résultait de ces dispositions que l'Empereur se trouvait avoir cent quatre-vingt mille combattants répartis entre la Baltique, l'Océan, le Rhin, la Vistule et les frontières de TAutriche. Quinze mille hommes sous Marmont occupaient la Dalmatie ; soixante mille étaient en Italie, aux ordres du vice-roi. Mais l'Espagne retenait les meilleures troupes de la gi'ande armée. C'était sur la puissante diversion opérée par la Péninsule que comptait l'Autriche. Elle forma neuf corps d'ar- I mée de vingt à trente mille hommes chacun : î i^^ Bellegarde, 2® KoUowrath, 3® HohenzoUem, 4® Rosemberg, 5® archiduc Louis, 6® Hiller, T archiduc Ferdinand, 8® Ghasteler, 9® Giulay, plus deux corps de réserve commandés par Kienmayer et le prince de Lichtenstein.
Le 7* corps devait opérer sur la Vistule. Le 8® et le 9® sous l'archiduc Jean formèrent l'armée d'Italie. Les six premiers et la réserve sous Tarchîduc Charles, généraUssime , furent échelonnés sur le Danube pour déboucher de la Bohème, envahir le pays de Bayreuth, déborder Davout et porter la guerre sur le bas Rhin.
Ce plan de l'archiduc Charles était habilement
conçu; mais l'Empereur, par ses dispositions ra-j pides, le déjoua. Aux premières nouvelles des intentions hostiles de rAutriche, il revint d'Espagne à Paris, renforça Oudinot et le dirigea sur Donawerth. De Tintérieur il envoya sur le Lech ' Masséna, avec trente mille hommes; et fit partir sa garde et les réserves de cavalerie pour la vallée du Danube.
Tout cela indiquait assez Tintention de menacer directement Vienne et de prendre cette ville pour point objectif des opérations. L'archiduc ne s'y trompa pas. Il franchit le fleuve à Lintz , ne laissant sur la rive gauche que les soixante mille hommes des deux premiers corps pour les opposer à Davout qui se rapprochait d'Ingolstadt, et avec les autres il espéra pousser les Français sur le Rhin avant l'arrivée de Napoléon. Dans les premiers jours d'avril, l'armée autrichienne déboucha, la droite de la Bohème par Pilsen sur Ratisbonne, le centre sur Shœrding, la gauche sur Lanshutt, Jellachich, avec ses Croates, eut ordre de côtoyer les Alpes tyroHennes et de pointer sur Munich.
Les premiers pas des Autrichiens furent heureux pour l'archiduc, dont les troupes n'éprouvèrent qu'une faible résistance à leur gauche , de la part des Bavarois ; mais son armée ayant mis dans ses mouvements sa lenteur accoutumée, Napoléon eut le temps d'arriver au quartier général de Donawerth, pendant que les corps ennemis se déployaient encore sur Iser, Cette faute, les
Autrichiens la commettent sans cesse. C*est ainsi qu'ils ont fait encore en 1859.
Le prince de Neuchâtel, excellent chef d'étatmajor et fort médiocre général en chef, ayant le commandement en attendant l'arrivée de l'Empereur, avait commis plusieurs fautes et disséminé assez intempestivement les troupes françaises et alliées. Napoléon s'empressa de remédier aux maladresses de son Ueutenant. Les Bavarois, sous le duc de Dantzig, prirent position à Neustadt ; Vandamme avec les Wurtembergeois, Bessières avec la cavalerie de réserve s'échelonnèrent sur le Danube d'Ingolstadt à Donawerth ; Oudinot et Masséna couvrirent les rives du Lech , depuis son confluent avec le Danube.
Du 5 au 10 avril 1809, Vandamme s'occupa à voir les troupes de Wurtemberg. Le 11, ayant été informé par une dépêche de Masséna que les Autrichiens avaient déclaré la guerre et passé l'Inn à Braunau , il crut prudent de se mettre en mesure de soutenir Oudinot en appuyant sur sa gauche à Donawerth. Il se porta donc en toute hâte sur Dillingen pour marcher ensuite sur le Lech. Il informa le même jour le major général de sa détermination, ainsi que le maréchal Oudinot, chargé de la défense du Lech.
Les Wurtembergeois firent huit lieues, le 11, et le soir, occupèrent les positions prescrites par Vandamme. De Dillingen , le général écrivit au Roi une lettre élogieuse sur ses troupes. C'était
le moment où rarmée bavaroise battait en retraite avec ordre devant le corps de Jellachich en pleine marche à Textrême gauche de Tarmée autrichienne SUT Landshut et Munich. Le roi de Bavière était à Diilingen au milieu du corps de Vandamme. Le 13, les Wurtembergeois occupèrent Donawerth. Les Bavarois de de Wrède étaient à Ingolstadt, et Oudinot à Friedberg. Vandamme fit fortifier la tète du pont de Rhain sur le Lech. Depuis le 11, le contingent de Wurtemberg se trouvait former le 8* corps avec la division Dupas, le tout aux ordi'es du duc de Casliglione qui n était pas encore arrivé et qui ne vint pas. Le 17, le commandement de Vandamme fut renforcé de la division Rouyer, ayant sous ses ordres les troupes des petits princes allemands. Il fut mis momentanément luimême sous le duc de Dantzig.
Ce jour-là, l'Empereur, arrivé à Donawerth, prit en personne le commandement de l'armée et la direction des opérations. Un régiment de cavalerie wurtembergeoise fut détaché du corps de Vandamme pour lui servir d'escorte.
Napoléon mit à l'ordre de l'armée la proclamation suivante :
• Soldats, le territoire de la Confédération a été violé. Le général autrichien veut que nous fuyions à l'aspect de ses armes et que nous lui abandonnions nos alliés. J'arrive avec la rapidité de l'aigle.
« Soldats, j'étais entouré de vous, lorsque le
souverain d'Autriche vint à mon bivouac de Moravie ; vous l'avez entendu implorer ma clémence et me jurer une amitié éternelle. Vainqueurs dans . trois guerres, l'Autriche a dû tout à notre générosité, trois fois elle a été parjure!!! Nos succès passés nous sont un sûr garant de la victoire qui nous attend. Marchons donc, et qu'à notre aspect l'ennemi reconnaisse ses vainqueurs! •
Le lendemain, Vandamme mit do son côté à Tordre do son corps d'armée :
« Braves troupes de Wurtemberg, vous allez combattre sous les yeux du grand Napoléon. Vous allez jouir du suprême honneur de servir de garde au plus illustre souverain. Je lui ai juré sur votre nom que vous formeriez autour de lui un bouclier impénétrable; que vous verseriez plutôt tout votre sang que de permettre à aucun ennemi d'arriver jusqu'à lui. Vous répondrez à mon attente et vous saisirez toutes les occasions de vous illustrer dans cette immortelle campagne qui commence d'aujourd'hui. Les corps les plus distingués de cette célèbre armée française envient votre sort. Vous prouverez à votre roi, qui apprendra avec orgueil le beau rôle que vous avez à jouer, que vous êtes dignes de la confiance de Napoléon. De brillantes récompenses attendent tous ceux qui, par des actions d'éclat, sauront mériter cette distinction honorable. »
Cette harangue, un peu emphatique et prélen-
lieuse, était dans le goût de Tépoque. Vandamme faisait mieux la guerre qu'il n'écrivait.
Les Wurtembergeois prirent la tête de la grande armée et débouchèrent sur Rhain, dont le pont très-important sur le Lech fut confié au général Rouyer, mis momentanément sous les ordres de Vandamme. Ce dernier écrivit au maréchal Lefebvre qu'il avait pour mission de couvrir sa droite. Il se dirigea sur Neubourg , laissant un bataillon pour attendre la division Rouyer, et un régiment de cavalerie avec trois pièces légères, pour former la garde de TEmpereur.
Napoléon avait fait choix de Vandamme pour marcher à l'avant-garde, parce qu'il connaissait son zèle et son infatigable activité. Il était sûr, avec un pareil homme, d'être toujours prévenu à temps de tout ce que tenterait Tennemi.
La grande armée française, en Allemagne, était alors formée de la garde, sous Lannes (12,000 hommes); des réserves de cavalerie, sous Bessières (12,000); du 2^ corps, Oudinot (23,000); du 3^ Davout (35,000); du 5«, Masséna (30,000); du //. r - - 7% Lefebvre (30,000) ; du 8% Vandamme (12,000); du 9% Bernadolle (16,000).
A la nouvelle de l'arrivée de l'Empereur à la télé de ses troupes, l'archiduc Charles suspendit sa marche offensive, et au lieu de saisir le pont de Kelheim, il changea de direction pour gagner Ratisbonne, défendre la vallée du Danube, couvrir Vienne et s'assui er une communication sûre avec
les corps de Bellegarde et de Kollowrath, opérant sur la rive gauche du fleuve.
Dès que TEmpereur s'aperçut de ce mouve-
'ment, il donna Tordre au duc de Dantzig de
s'étendre par sa gauche, à Davout de laisser un
1 seul régiment à Ratisbonne, de faire sa jonction
' avec Lefebvre, pour contenir les corps autrichiens
■ et barrer la route ; à Bessières et à Vandamme de
I marcher sur Neustadt pour renforcer le centre, et
; à Masséna et Oudinot de déboucher du Lech pour
séparer les corps de Jellachich et de Hiller, en
débordant ce dernier. Les premières rencontres
eurent lieu le 19 avril, à Than et à Pfaffenhosen,
le 20 à Abensberg, le 21 à Landshutt. Le 22 lut
donnée la bataille d'Ëckmuhl.
Le corps de Vandamme prit la part la plus glorieuse à ces différentes affaires.
Le 20 avril au matin, le général reçut, de Wohburg, la lettre ci-dessous de l'Empereur :
« Vous êtes à Neustadt ; vous avez des troupes à Mulhausen et près de Siegenburg; portez-vous sur Siegenburg avec toutes vos forces; prenez sous vos ordres tous les Wurtembergeois ; l'officier wurtembergeois de votre état-major donne l'ordre, en passant, au général de brigade qui est en réserve de se porter également sur Siegenburg. Je me rends moi-même aux avant-postes; je dirigerai les mouvements ; vous déboucherez par Siegenburg avec tous les Wurtembergeois. Vous ferez la droite, des Bavarois. Ayez soin, quand
vous serez à Siegenburg, de pousser des partis sur votre droite. »
La bataille d'Abensberg affaiblit les Autrichiens de 16,000 hommes , compléta la séparation entre le centre et la gauche. Napoléon, assuré de la retraite de Hiller, fit volte-face pour se rabattre sur Ratisbonne et acculer l'archiduc sur cette ville ; mais Tunique régiment, laissé dans la place, n avait pu Tempéchcr de tomber au pouvoir du généralissime autrichien, qui avait appelé à lui le corps de KoUowrach, pour refouler les Français et rétablir sa communication avec sa gauche. L archiduc se trouvait donc à Ratisbonne avec 100,000 hommes. Le 22 avril, ayant reconnu les troupes en position devant lui, et voyant qu'il n'avait à faire qu'aux deux corps de Lefebvre et de Davout, il les attaqua vigoureusement. Les troupes de Rosenberg occupèrent le village et le château d'Eckmulh, celles de Hohenzollern, avec les réserves, se mirent en bataille près de la Laber. Au moment où le combat s'engageait, l'Empereur, arrivant avec Lannes, Vandamme et la cavalerie, reconnut les masses ennemies, comprit le projet de son adversaire et, immédiatement, prit ses dispositions.
Pendant la nuit, Vandamme avait reçu du major général la lettre ci-dessous, datée de Landshutt, 22 avril, deux heures du matin :
• L'Empereur, Monsieur le général Vandamme, ordonne que vous partiez, de votre personne,
avant le jour, pour être rendu à cinq heures du matin au quartier général du général Saint-Sulpice, à Essepach, sur la route de Ratisbonne. Vous vous mettrez en marche, aussitôt votre arrivée, avec la brigade d'infanterie légère wurtembergeoise, qui s'y est rendue hier au soir, et vous pousserez vivement l'ennemi sur Ehrlspach, où il faut être de bonne heure. Faites monter à cheval les trois autres régiments de cavalerie légère. Vous leur donnerez l'ordre de vous suivre et de vous rejoindre : c'est-à-dire, deux régiments joindront votre avant-garde et le troisième se rendra à Essepach, et y restera, pour pousser de fortes reconnaissances jusqu'à cinq à six lieues sur la route de Straubing, et vous faire prévenir de ce qu'il y aurait de nouveau de ce côté. L'intention de l'Empereur, général, est de marcher avec toute l'armée, dont vous allez faire l'avant-garde. Quand l'armée se mettra en mouvement, la division Saint-Sulpice montera à cheval pour vous soutenir. Le reste de la brigade wurtembergeoise restera ici, pour fournir à la garnison et veiller aux prisonniers. Envoyez-moi l'état qui indique où se trouvent en ce moment tous les corps de l'armée wurtembergeoise. Si, dans les troupes de Wurtemberg, il y a un bataillon de grenadiers, vous pouvez le faire marcher avec votre avant-garde. « Si vous entendiez la canonnade et que vous j apprissiez quelque chose de nouveau, faites pré-| venir fréquemment l'Empereur, » -
Ainsi qu^on le voit, TEmpereur s'attendait à une affaire sérieuse du côté de Ratisbonne.
Davout et Lefebvre furent chargés d'aborder la droite et le centre de l'ennemi ; Lannes,Vandamme et la cavalerie furent opposés à Rosenberg.
Vandamme, avec son intrépidité ordinaire, sa [aria francese, attaqua de front la position d'Eckmuhl, tandis que Lannes et la cavalerie, passant la Laber, au-dessous du village, manœuvraient pour tourner et déborder la gauche du général au* trichien. Une charge brillante de la cavalerie, faite au moment où Vandamme enlevait à la baïonnette le village et le château d'Eckmuhl, au moment où Davout enfonçait le centre des Autrichiens, détermina la victoire. L'archiduc se replia sous le canon de Ratisbonne.
Non-seulement Vandamme avait pris une part des plus active à cette glorieuse journée, mais il y avait reçu une blessure en conduisant lui-même les Wurtembergeois à l'attaque d'Eckmuhl, clef de la position, et qui donna son nom à la bataille. Il n'en continua pas moins à commander ses troupes. Le roi de Wurtemberg, auquel il rendit compte de la belle conduite de son contingent, lui répondit, le 26 avril, de Louisbourg :
« Monsieur le général de division, comte de Vandamme, vous ne doutez pas du vif intérêt que m'ont inspiré les relations des glorieuses journées des 22 et 23, mais surtout de la peine que J'ai re6$6ntie de vous savoir blessé. J'aime à me
persuader que cela ne vous a pas empêché de continuer le commandement, les suites n'en seront pas fâcheuses, etc. »
Cette lettre, du roi de Wurtemberg, fût bientôt suivie d'une autre du même souverain, beaucoup moins aimable pour Vandamme. Voici à quelle occasion.
Le 24 avril, lendemain de l'affaire de Ratisbonne, le général, soit qu'il se fut aperçu de l'inconvénient qu'il y avait à conserver l'organisation du 8® corps telle qu'elle était, parce que les généraux de division paraissaient se croire trop indépendants de lui ; soit qu'il en eut reçu l'ordre du major général (ce dont nous n'avons pu nous assurer, n'ayant trouvé aucun document à cet égard), Vandamme, disons-nous, pour un motif ou pour un autre, peut-être aussi pour enlever au général Neubronn son infanterie légère, destinée à faire l'avant-garde, et pour la mettre plus spécialement dans sa main, adressa au commandant de Tinfanterie une lettre, par laquelle il l'informait qu'à l'avenir, lui, général Neubronn, commanderait les deux brigades d'infanterie de ligne; que la brigade légère du général Hugel serait sous ses ordres directs à lui Vandamme; que la cavalerie serait sous le général de WoUwarth, l'artillerie sous le colonel Schuadow.
• Ordonnez à l'instant, écrivait-il, que le chef d'état-major Kerner et les officiers qui lui appartiennent, ainsi que tout le commissariat, se rendent
auprès de moi pour recevoir mes ordres directs. Prévenez tout le monde, et soyez prévenu vousmême, Monsieur le général, que je commande en chef et que je veux que chacun fasse son devoir; que je ne serai injuste envers personne, mais que je serai forcé d'user de toute Taulorité qu'il est nécessaire que j'obtienne pour remplir les intentions de S. M. l'Empereur, et les intérêts de votre roi y seront ménagés. Si nous avons obtenu des succès, on sait à qui on les doit. J'ai caché des torts d'individus et des corps. J'ai proclamé tout haut les éloges pour ceux qui se sont bien conduits et qui ont montré de la bravoure. PersoDDe ne peut travailler à ma réputation. Depuis longtemps elle est faite. Tous les ordres que je vous ai donnés ce matin, qu'ils soient conformes ou contraires à vos règlements, doivent être exécutés à l'instant. Faites-moi connaître quelle est la mission et quels sont les ordres donnés au général Théobald, etc. »
Ce général Théobald , parent du général Neubronn, avait été envoyé pour correspondre directement avec le souverain. Ces dispositions furent mises à l'ordre du 8® corps et exécutées, mais le roi de Wurtemberg se montra très-choqué de ce qu'avait fait Vandamme. Il lui écrivit le 5 mai :
« J'ai reçu la lettre que vous m'avez adressée en date du 24 avril, et ne puis vous dissimuler qu'il m'a paru étrange qu'au moment même où l'Empereur, tous les généraux de l'armée et vous-
méme, avez donné les éloges les plus mérités à mon <;orps d*armée, aux généraux qui le comman* dent, vous ayez été trouver dans gon organisation des raisons pour en témoigner votre mécontente** ment, et vous obliger à y porter des changements. II peut m'étre très-égal par qui et à qui vous faites parvenir vos ordres pour les opérations militaires, mais quant au commandement de Tintérieur, à la manière dont on me fait les rapports et dont je transmets mes ordres de discipline, rien ne peut ni ne doit y être changé, et le lieutenant général de Neubronn qui, pour cette partie, a reçu mes ordres, m'en reste seul responsable. •
Malgré cette lettre, les choses n'en demeurèrent pas moins telles que Vandarame les avait réglées.
Le 23 avril, après la prise de Ratisbonne, en^ levée par escalade, l'archiduc Charles se replia sur la Bohème, poursuivi par Davout. Hiller, qui avait reçu des renforts, était revenu sur ses pas pour rétablir la communication avec le généralissime. Vandamme reçut Tordre de revenir également sur Eckmuhl avec ses Wurtembergeois, de façon à pouvoir, au besoin, être rendu le 25 à Landshutt. Un de ses régiments, le 2* de lignç, resta en garnison à Ratisbonne. Le 26, le général vint à Landshutt, et détacha un régiment de cavalerie à Straubing, à la disposition du général Boudet. Le 27, il laissa encore un régiment à Landshutt, et continua sa marche avec le reste de ses troupes sur Vilsbibourg, le 28, sur
Neuâetting, Le 30, tout le corps d'armée fut réuni à Mùhldorf, pour se porter sur Brannau. La marche de Vandamme sur cette dernière ville fut retardée de quelques heures, parce que, forcé depuis Eckmuhl de voyager dans sa voilure , à cause de la blessure qu'il avait reçue à l'affaire du 22, il versa en route, ce qui fit rouvrir la plaie, mal fermée encore*
Arrivés à 3raunau, les Wurtembergeois furent campés en avant de la place et occupés immédiatement à réparer le pont sur Tlnn.
De Braunau, le 8® corps remonta sur Altheim le 2 mai, sur Riedau le 3, où il se mit en com^munication avec les troupes de Masséna et de Lannes, ayant mission de relier les corps ci-dessus et d'éclairer la route de Wels sur Lintz.
Davout, soutenu des saxons aux ordres de Bernadette , avait abandonné la poursuite de l'archiduc, pour se replier sur cette ville de Lintz, où était un des ponts du Danube, et sur laquelle Vandamme avait été dirigé par le sud, ainsi qu'on vient de le voir,
Lintz, Mauthausen, Mautera où aboutissent les débouchés de la Bohème et où l'on trouve des ponts, avaient une importance majeure* Il était urgent d'y prévenir l'ennemi ; c'est ce qui fut fait. Voulant avoir un homme sûr et vigoureux pour la défense de ces points, les seuls par lesquels la grande armée pût être tournée pendant son opération contre la capitale de l'Autriche, Napoléon
chargea de leur défense le général Vandamme, qui fut pendant quelques jours sous les ordres de Davout.
Le 4 mai, à dix heures du matin, Berthier écrivit d'Ens, au commandant du 8® corps, pour lui prescrire, de la part de l'Empereur, de se rendre le plus promplemenl possible à Lintz, de prendre tous les moyens pour rétablir immédiatement le pont, de faire réunir sur la rive droite du fleuve tous les bateaux et organiser des magasins. Le général devait avoir le commandement de la ville, de la province et veiller à ce qu'aucun prisonnier ne put s'échapper.
Vandamme, arrivé le 5 au matin, s'occupa sans délai de l'exécution des ordres ci-dessus. Il écrivit au président des États du Cercle pour lui dire qu'il le rendait personnellement responsable si les mesures les plus actives n'étaient prises à l'instant pour le rétabHssement du pont. Il le prévint qu'on devait engager les habitants, qui avaient abandonné leurs propriétés, à y rentrer, et qu'on eut à veiller à ce que les blessés fussent bien traités.
« Ordonnez, Monsieur le président, lui disaitil, que toutes les armes, munitions, équipages, chevaux, effets et magasins, et tout enfin ce que les Autrichiens ont été forcés d'abandonner, soit tenu à la disposition des commandants français, etc. •
Ayant en même temps donné les ordres les
plus précis et les plus détaillés à son chef d^étatmajor, il écrivit à rEmpereur le même jour, 5 mai 1809 :
« J'ai rhonneur de rendre compte à Votre Majesté, que, conformément à ses ordres, je me suis rendu ici cette nuit avec 8 bataillons, 2 régiments de chasseurs à cheval et rartillerie wurtembergeoise. J'arrivais de Wels à Ebersberg, à trois heures après midi, lorsque je reçus les ordres de Votre Majesté. Avant la nuit, je fis sommer le commandant des postes autrichiens de me remettre tous les bateaux qui étaient sur la rive gauche, menaçant, au cas de refus, de brûler le faubourg. L'on me répondit que l'on ne pouvait accéder à ma sommation et que Ton opposerait la force à la force. Ce matin, à la pointe du jour, je fis mettre mon artillerie en position ; je fis voir mes troupes et je sommai le commandant et les magistrats de céder les bateaux. Nouveaux refus accompagnés d'impertinences. Le général ni£gor de Rechter venait d'y arriver avec 15,000 hommes, que je crois des Landwehr, et un peloton de cavalerie. Ces troupes voulurent détruire les barques. Je fis tirer des obus sur le faubourg qui fut, en peu d'instants, en feu. Je fis fusiller et mitrailler la troupe , en même temps que je fis passer quelques centaines de chasseurs sur deux bateaux que j'avais ici. En une bonne heure, nous fumes maîtres de la rive gauche et une grande partie des ennemis furent pris. Dans une
heure les quatre bataillons d*infanterie légère et un régiment de chasseurs à cheval seront sûr Tautre rive, courront le pays et couvriront la tête du pont. Les blessés, les prisonnierSi les magasins 3ont soignés conformément aux ordres de Votre M^yesté. On travaille à force pour réparer ce qui a été brûlé du pont, et dans le jour je ferai commencer la tète du pont, etc. v
L'action avait été courte, mais assez vive. Qua^ rante maisons du faubourg de Lintz avaient été réduites en cendres. Le général autrichien d^ Rechter, qui avait essayé de se défendre, avait été fait prisonnier lui-même, ainsi qu'un colqnel et douze officiers.
Yandamme, satisfait de la vigueur déployée par la brigade légère du général Hugel, témoigna sa vive satisfaction au général et à ses troupes, dans un ordre du jour élogieux, où plusieurs officiers 'wurtembergeois sont cibés nominativement. Cet ordre se terminait ainsi :
« Le général en chef espère que de si nobles efforts se soutiendront dans cette campagne , et que nos premiers succès seront couronnés par des succès plus éclatants et plus brillants encore; que personne ne négligera Toccasion de donner 4es preuves de rattachement inviolable que nous portons à Tauguste souverain, sous les étendards duquel nous ayons l'honneur de servir. »
Le lendemain, 6 mai, Vandamme éprouva unie vive contrariété. Ne sachant pas encore qu'il ve-
liait d'être mie 6ûub les ordres de Davout et qtie ce maréchal devait occuper Lintz pendant quelques jours, il B'était borné à donner deg inetructions pour que les honneurs militaires lui fussent rendus à son passage. Lui*méme, fort souffrant de sa blessure, n'avait pu se porter au-devant du duc d'Âuerstaedt et avait envoyé son premier aide de camp, le commandant Vincent, qui fut fort mal accueilli, et vint rendre compte à son général Vandamme écrivit immédisitement à Davout: « Informé hier de l'arrivée de Votre Excellence m cette ville, je m'étais empressé de donner les ordres nécessaires pour que les honneurs dus à son rang lui fussent rendus. Je m'étais préparé moi-même à lui présenter mon hommage. Des mesures ont été prises pour fournir aux divisions des généraux Morand et Friand tout ce dont il était possible de disposer, tant dans les magasins qu'en ville. Les généraux et les officiers ont été logés vers la brune, beaucoup de soldats s'étaient répandus dans différents quartiers, et commettaient le plus grand désordre. J*ai été obligé de faire battre la générale. On s'était porté en foule aux mag^ains où on se livrait à tout» sorte d'excès. Chargé par S. M. l'Empereur du commandement d« la province de Lintz, d'en ménager les re?'sources pour l'armée, Sa Majesté m'ayant aussi prescrit de rétablir le pont sur le Danube et de fortifier l'autre rive, à minuit j'étais encore occupé à presser les travaux. Votre Excellence n'était pas
encore arrivée. Je sais rentré chez moi accablé de fatigue et souffrant beaucoup de ma blessure. Li fièvre m'a pris cette nuit, et, retenu en ce momenl par une forte transpiration, je n'ai pu me rendre auprès de vous. Monsieur le maréchal. Je vous ai envoyé mon premier aide de camp, pour vous rendre compte de ce qui pouvait vous intéresser el prendre vos ordres. J'apprends avec surprise el avec infiniment de peine la manière dont cet officier a été accueilli. Je ne savais pas. Monsieur le maréchal, que vous jugiez les généraux comme moi aussi défavorablement, et que gratuitement vous me supposiez ici, établi sans instructions positives, volant les caisses publiques et faisant des affaires honteuses. Je commande ici au nom et par ordre de l'Empereur. Si j'avais pu quitter le lit, je serais allé voir Votre Altesse, afin d'apprendre d'EUe qui a pu lui donner une opinion si désavantageuse sur mon compte, tandis que je me croyais beaucoup mieux connu d'elle. »
Après avoir envoyé cette lettre à la fois pleine de dignité, de fermeté et très-vraie, Vandamme, le cœur ulcéré, en écrivit une autre à l'Empereur :
« Sire, il est de mon devoir, quoiqu'il me soit pénible, de rendre compte à Votre Majesté des désagréments que je viens de recevoir de la part de M. le maréchal duc d'Auerstaedt. J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté copie de la lettre que je viens d'écrire à Son Excellence. C'est au moment que je fais tous les efforts possibles
pour donner des preuves de mon attachement à Votre Majesté, que j'éprouve les procédés les plus durs de la part de personnes qui n*ont jamais pris la peine de beaucoup me ménager. Ce n'est que longtemps après l'arrivée du duc ici, que j'ai su, par la lettre de S. A. le prince deNeuchâtel, que le duc prenait le commandement de Lintz et que je me trouvais sous ses ordres. Certes, si j'eusse su à l'avance que telles étaient les intentions de Votre Majesté, je lui eusse fait préparer son logement et même je ne lui aurais pas laissé le temps de me mettre hors du mien. Dans cette campagne, comme dans toutes celles que j'ai eu l'honneur de faire, on essaye sans doute de me faire passer pour riche et bien avide, puisque Ton a osé plus d'une fois chercher à en imposer à Votre Majesté sur ce point. Ayant le cœur navré, Sire, je suis forcé de profiter de cette occasion pour dire à Votre Majesté une vérité que j'aftirme sur ma tête. Une coupable jalousie a pu seule déterminer quelques vils calomniateurs à me faire une mauvaise réputation près de Votre Majesté. Je saurai toujours mériter les bontés dont elle m'honore, et je prouverai sur le champ de bataille, dans les périls les plus imminents, que personne ne lui est plus entièrement dévoué. Quoiqu'il en soit, Sire, je concourrai de tout mon pouvoir à l'exécution des ordres que Votre Majesté a donnés au duc d'Auerstaedt, et le service n'en souffrira en rien. Je tiens trop à la gloire des
armes de Votre Majesté pour en agir autrement.» En effet, le 6 seulement dans la journée, Vandamme avait appris par une lettre du 5 mai, dix heures du matin, de Berthier, qu'il était sous les ordres de Davout. Il rendit compte immédiatement au maréchal de la position des troupes et de Tordre qu'il venait de recevoir. Cela n'eut pas d*autre suite.
Vandamme, depuis l'affaire du fourgon et depuis les soupçons dont il avait élé Tobjet, était resté d'une grande susceptibilité. Il craignait sans cesse qu'on ne prévint l'Empereur contre lui. 11 en était arrivé à croire plusieurs de ses anciens camarades, jadis sous ses ordres et devenus ses supérieurs, disposés à le noircir auprès de Napoléon.
Quoi qu'il en soit, les meilleures relations s'éta* blirent promptement entre lui et le duc d'Auerstaedt, puisque ce dernier lui adressa plusieurs lettres des plus flatteuses, pendant les six jours qu'il resta encore à Lintz, et qu'à la fm de la campagne, le 29 juillet 1809, il lui écrivit :
• Je n'ai reçu que le 28, mon cher général, votre lettre du 15 juillet.
• Vos services sont d'une telle nature qu'ils parlent d'eux-mêmes. Je me rappellerai toujours avec plaisir que nous avons renouvelé connaissance à Lintz, et, dans toutes les occasions, je me ferai un devoir d'exprimer à notre souverain mon opinion sur le compte d'un de ses générauj^
-Mlles plus dévoués et les plus vigoureux à la guerre.
« Je vous recommande les intérêts du général Leclerc, mon beau-frère : il a été blessé à la bataille du 6, mais il sera rétabli dans une quinzaine.
« Recevez, mon cher général, l'assurance de toute mon estime et de ma considération. »
Le duc d'Auerstaedt ne resta que peu de jours à Lintz, il suivit le mouvement général sur Vienne, Vandamme se tint prêt à défendre les ponts, tout en éclairant les routes de Bohême. Le général Pulhod fut envoyé comme commandant de la place et de la province, mais sous ses ordres. Bernadette avec les Saxons se dirigea également vers Lintz, s*échelonnant, ainsi que les autres corps de la grande armée, le long du Danube, tandis que TEmpereur était en pleine marche sur la capitale de l'Autriche.
Une fois maître de Vienne, Napoléon, séparé de l'archiduc Charles par le fleuve, chercha à forcer le passage et à déboucher sur la rive gauche tout en défendant la rive droite. Son habile adversaire, de son côté, voulut se poser sur la rive droite et défendre la rive gauche. Tous deux avaient donc un but semblable et manœuvraient pour l'atteindre.
Napoléon prépara son mouvement offensif auprès de Vienne, centre de ses approvisionnements. L'archiduc tenta d'enlever le pont de Lintz. Les deux attaques en sens inverse eurent lieu le même jour, le 17 mai.
Le mouvement offensif de l'Empereur amena le combat et la bataille d'Essling, les 21 et 22 mai. Nous n'ayons pas à la décrire, Vandamme ne s'y trouvant pas, mais nous avons à parler de l'affaire de Lintz, dont il eut tous les honneurs.
Le 10 mai, en quittant cette ville pour gagner Molke, où il se rendait sur l'ordre de Napoléon, le maréchal Davout avait envoyé une instruction détaillée à Vandamme, qui restait chargé de la défense de la tête du pont. Il lui disait, entre autres choses :
« L'Empereur veut que, dans le cas où l'ennemi attaquerait avec des forces supérieures et que l'on ne pût conserver des troupes sur la rive gauche, qu'on brûle le pont et que l'on fasse les préparatifs nécessaires. — Je vous recommande, mon cher général, de tenir la main à ce qu'il n'y ait aucune embarcation quelconque sur la rive gauche et de pousser la précaution jusqu'à faire enlever toutes les perches, rames, gaffes nécessaires pour naviguer, etc. >
Dans une autre lettre du mêmejour(10mai 1809), le maréchal disait à Vandamme :
« L'Empereur désire, mon cher général, que vous vous mettiez en communication avec le prince ' de Ponte-Gorvo . Par des nouvelles indirectes, mais certaines, le prince doit être à Staubing, et probablement en marche de cet endroit sur Passau. L'Empereur, qui a son quartier général à Saint-Polten, me mande, en date du 9, que
vous devez surveiller les ponls de Lintz et de Mauthausen et envoyer des partis à Steyer pour y observer les routes qui y aboutissent, celles entre autres venant de Weyer, de W ainhofen, de Haimbacli et de Lambach. Toutes les nouvelles annoncent le départ de Tarchiduc Charles pour se rapprocher du Danube, etc. »
Le 12, le duc d'Auerstaedt écrivit de Saint-Polten à Vandamme trois lettres. Dans la première, datée du matin, il le prévenait que l'Empereur occupa i les faubourgs de Vienne et qu'il lui donnerait des nouvelles dès qu'il les connaîtrait. Dans la seconde, de huit heures du soir, il lui accusait réception de son rapport du H, qu'il avait transmis d3 suite à l'Empereur ; ajoutait qu'on occupait toujours les faubourgs de Vienne, et qu'avant de détruire l'armée du prince Charles, on détruirait probablement celle d'Italie, qui se repliait en désordre. — « Celte dernière réflexion, ajoutait le maréchal en post-scriptam , est de mon cru ; je n'ai aucune donnée pour la faire. » Enfin dans la troisième lettre, de minuit, Davout donnait à Vandamme la nouvelle officielle de la prise de Vienne, disant que l'ennemi avait montré des troupes vis-à-vis Molke et Krems. Il recommandait au général d'envoyer le plus de subsistances qu'il pourrait sur Molke. Il terminait ses trois lettres par le mot : Amitié.
Etant à Saint-Polten, Davout crut utile de
pousser des reconnaissances sur la rive gauche du n 19
Danube, dans le but d'interroger des habitants et d'avoir des nouvelles de l'ennemi. Ces reconnaissances, dont le maréchal rendit compte à l'Empereur, ainsi que du désir de Vandamme de se porter sur Kreras, contrariaient les projets de Napoléon, ainsi qu'on peut s'en rendre compte par les lettres qui suivent :
UEHTUIEH A DAVOUT.
tt Schoiibruna, 13 mai (10 h. du m.).
« L'Empereur, Monsieur le duc, me charge de vous réexpédier votre aide de camp pour vous faire connaître qu'il a vu avec peine les mouvements que vous avez faits sur la rive gauche du Danube ; que ces dispositions réussissent ou ne réussissent pas, c'est toujours une mauvaise opération. La guerre, Monsieur le duc, a des principes, et on ne compromet pas de braves soldats, lorsque, par les règles de l'art, leur retraite n'est pas assurée. La colonne de 3 à 400 hommes qui longe la rive gauche du Danube peut à chaque instant être compromise ; ces petits mouvemenls n'ont auc in résultat important pour l'armée et ils donnent des chances pour enhardir ronneini par de légers succès auxquels ils donnent de la confiance ; Sa Majesté trouve convenable qi^'on ait envoyé de Lintz des postes de Tautre côté du Danube pour avoir des nouvelles de la retraite de l'ennemi, en ne s'éloignant qu'à la distance néces-
saire pour laisser la retraite assurée. Également, il n'y a point d'inconvénient à envoyer de la rive droite à la rive gauche du Danube quelques hommes en bateau pour avoir des nouvelles, avec Tordi'e de rentrer sur-le-champ ; mais l'Empereur, Monsieur le duc, trouve que les directions que le général Vandamme a données à ses reconnaissances cl celles que vous avez données vousmême à des patrouilles de 3 à 400 hommes sur la rive gauche, sont contre toutes les règles de la
guerre
Davout a Vandamme.
a Saint-Polten, 13 mai 1809 (minuit).
• Je vous ai fait connaître de Molke, mon cher général, en vous faisant écrire par mon chef delat-major, les inquiétudes que j'avais sur le major Ameil ; c'est cette marche qui m'a déterminé à faire jeter des troupes sur la rive gauche du Danube, vis-à-vis Molke. J'espère que cela aura dégagé son détachement. Je ne doute pas que, s*il a éprouvé de la résistance, il ne se soit replié sur Mauthausen. Dans ce cas, il ne faut plus persister à lui faire descendre le Danube par la rive gauche ; c'est exposer ce détachement à être coupé et enlevé. Il faut éviter de donner à l'ennemi l'occasion de remonter son moral par le plus petit succès.
« L'Empereur me mande aujourd'hui qu'un
mouvement que vous feriez sur Krems serait une très-grande faute militaire ; qu'étant à Freysladt, c'est la roule de Budweis que vous devez continuer à éclairer ; que vous devez continuer à garder !Lintz et éclairer toute cette partie ; qu'enfin, si vous pouviez pousser jusqu'à Budweis, cela ne pourrait qu'être utile.
« Je vous répète, mon cher général, qu'il est aussi très-important d'éclairer le point de Mau- . thausen.
« J'ai beaucoup questionné aujourd'hui des habitants de la rive gauche et des prisonniers, et il ne m'est nullement démontré que l'archiduc Charles ait quitté Budweis.
« Sur toute la ligne, depuis Lintz jusqu'à Krems, il n y a encore que des troupes qui ont été poursuivies depuis rinn, et on n'a encore aucune nouvelle du corps qui a été réuni à Cham.
« On a fait quelques milliers de prisonniers de toute arme à Vienne.
« Je vous ai mandé le sens de ce que Sa Majesté m'a écrit. Je joins ici copie d'une lettre que je reçois du major général : nous pouvons nous appliquer l'un et l'autre ce qu'elle contient.
« J'ai fait retirer de Mauthausen tous les bateaux. Ils sont sur la rive droite. Il faut les faire garder, et, dans le cas où l'ennemi se présenterait en force, le premier ordre que vous auriez à donner serait celui de les détruire.
« Je vous recommande beaucoup le point de
Maulhausen. La conversation de ce général autri- : chien qui, hier, annonçait que dans quelques jours le prince Charles se porterait sur Mathausen, peut n'être pas dénuée de fondement.
Amitié. •
COMPANS, CHEF d'ÉTAT-MAJOR DE DAVOUT, A
« 14 mai 1809.
• M. le maréchal duc d'Auerstaedt, commandant en chef, me charge de vous annoncer qu'il est probable que le prince de Ponte-Corvo arrivera à Lintz le 16 de ce mois, et qu'à Tarrivée de Son Altesse, vous passerez sous ses ordres.
« Son Excellence me charge aussi de vous faire connaître que l'Empereur a improuvé tous les mouvements de troupes qui ont été faits sur la rive gauche du Danube et particulièrement celui du major Ameil. Son Excellence l'ayant ordonné, elle regarde cette improbation comme lui étant personnelle ; elle va faire rentrer cette nuit les troupes qu'elle avait jetées sur la rive gauche du Danube, devant Molke; elle vous engage à vous en tenir de votre côté à ce qui concerne la défense et la garde de la tête du pont de Lintz, et à des reconnaissances qui rentrent dans le jour toutes les fois que vous croirez nécessaire d'en pousser.
« Son Altesse le prince vice-connétable major général a fait connaître à Son Excellence que TEm- ■'
pereiir ne manœuvre que sur une seule rive du Danube et qu'il faut que tout rentre dans ce principe : elle vous engage à vous y conformer en ce qui peut vous concerner*
« Les expressions de cette lettre sont, mon cher général, celles de Son Altesse le prince viceconnétable major général, que Son Excellence vous aurait communiquées elle-même, si elle n'eût été extrêmement occupée ; elle m'a chargé de le faire pour elle . »
DAVOUT A VANDAMME
(c 15 mai 1809.
« L'Empereur, mon cher général, en me confirmant que le prince de Ponte- Gorvo doit arriver le 16 à Lintz, m'annonce qu'il a joint à son commandement la division Dupas et qu'il lui donne l'ordre de faire de fortes reconnaissances en Bohême.
« Sa Majesté me prescrit en même temps de réunir tout mon corps d'armée à Saint-Polten et Molke et de rappeler tous mes détachements, particulièrement le bataillon du 17® régiment détaché sous vos ordres à Ens et Steyer ; veuillez donc bien, mon cher général, réunir ce bataillon le plus promptement possible et le diriger sur Molke, où il rejoindra son corps.
« Je vous ai déjà annoncé que l'Empereur avait improuvé tous les mouvements qui avaient été
fails sur la rive gauche du Danube : Sa Majesté me prescrit de nouveau d'en retirer toutes les troupes que je pourrais y avoir ; elle n'en veut nulle part qu*àLintz, à droite et à gauche des routes, pour former un système ; elle me dit expressément qu'il ne doit point y avoir de troupes à Mauthausen, mais qu'il convient d'établir un fort détachement sur la rive droite, vis-à-vis ce point. »
Vandamme, d'après les nouvelles qu'il recevait de toutes parts, était sur ses gardes et veillait à la conservation des ponts du Danube. La mission qui lui était confiée était en ce moment d'une importance majeure pour les opérations de l'arniée. 11 le comprenait mieux que personne, aussi fut-il très-heureux d'apprendre que le corps du prince de Ponte-Corvo, un de ses anciens et meilleurs amis, était à Passau et approchait de Lintz. Il lui écrivit qu'il avait su par le maréchal Davout sa marche dans la vallée du Danube.
Bernadette lui répondit le 13 de Passau, et le 14 d'Efferding :
- J'ai reçu, mon cher général, la lettre aimable que vous avez bien voulu m'adresser ; je suis on ne peut plus sensible aux assurances de votre ancienne amitié, et je me félicite d'avance de pouvoir vous renouveler de vive voix l'expression de mon vif attachement. Je serai après-demain à Lintz.
• Les Autrichiens n'ont plus aucunes forces
devant Passau ; je partage entièrement votre opinion. Tout a dû se retirer en Moravie pour y tenter le sort d'une dernière bataille. »
« Je vous préviens, mon cher général, que Sa Majesté l'Empereur m'ayant accordé quelques jours de repos, j'ai arrêté Tarmée saxonne à Efferding el environs. Notre entrée en Bohême sera, je crois, retardée jusqu'à ce qu'on ait eu des nouvelles des opérations du maréclial duc de Dantzig.
« Les avis que j'ai m'annoncent que l'ennemi, qui avait un petit camp de 5 à 6,000 hommes dans les environs de Klaltau, l'a levé et s'est dirigé sur Budweis. Comme il avait dans cette partie 7 à 800 hommes de cavalerie, il serait possible qu'il poussât quelques recojmaissances sur votre front. Je me hâte de vous en informer pour que vos détachements, qui courent la campagne, puissent éviter toute surprise.
« Agréez, mon cher général, l'assurance de mon attachement et de mon inviolable amitié.
■ Je vous embrasse. »
L'Empereur, suivant son système d'échelonner ses corps le long du Danube, donna l'ordre au major général, le 16 mai, de faire descendre les Saxons de Bernadotte sur Lintz et de prescrire à Vandamme de profiter de la présence du 9® corps pour prendre avec lui six à sept mille de ses Wurtembergeois , six pièces de canon et descendre sur Steyer, afin de balayer des rassemblements qui se formaient de ce côté. Vandamme
devait faire ensuite la même opération sur un autre point. Il se disposait, le 17, à exécuter ce mouvement, et toutes ses instructions étaient envoyées aux divers corps wurtembergeois qui devaient faire partie de sa colonne mobile , lorsqu'il fut informé tout à coup de la marche de plusieurs colonnes autrichiennes venant de divers côtés et convergeant sur Lintz pour s'emparer du pont. C'était le mouvement du prince Charles qui se dessinait. Bientôt 30,000 hommes commencèrent l'attaque sur ces positions. Ils étaient commandés en chef par KoUowrath et formaient trois colonnes. En outre, il y avait à Mauthauscn, en face du confluent de l'Eus, un corps d'observation.
Le combat s'engagea très -vigoureusement, mais Vandamme , avec son énergie habituelle , repoussa toutes les tentatives et se maintint jusqu'à l'arrivée de Bernadette, qui accourait avec les Saxons, et qui prit la direction générale.
L'ennemi contenu d'abord, rejeté ensuite, laissa aux mains de Vandamme 6 pièces de canons enlevées par la brigade de cavalerie wurtembergeoise, 1,500 prisonniers dont 30 officiers et 2 colonels.
Le lendemain, Bernadette envoya à l'Empereur, sur cette brillante affaire, le rapport ci-dessous :
« J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que les avant-postes du général Vandamme on été attaqués hier, 17, vers deux heures aprèsmidi, par deux colonnes autrichiennes qui ont dé-
bouché par deux routes avec Tintention de s'emparer de la tête du pont.
• J'étais arrivé vers sept à huit heures du matin avec la brigade de cavalerie saxonne, et la première brigade d'infanterie arriva peu de temps avant l'attaque. Je fis relever les troupes wurtembergeoises dans les ouvrages, et, de cette manière, le général Vandamme pouvant disposer d'une partie de son corps, repoussa vigoureusement les deux colonnes ennemies, les chassa de la position qu'elles avaient prise, leur enleva six pièces de canon et quatre cents hommes, dont trois officiers supérieurs.
« J'avais ordonné au général Gottschmidt de se porter en avant avec quatre escadrons de hussards et de dragons saxons pour soutenir l'infanterie wurtembergeoise et être à la disposition du général Vandamme. C'est dans une charge aussi heureuse que hardie, exécutée par ordre du général Vandamme, que les canons ennemis sont tombés en notre pouvoir.
« Les rapports des prisonniers m'annonçaient trois colonnes d'attaque, commandées par les généraux Grainville, Bucalowitz et Sommariva, et soutenues par une réserve aux ordres du général KoUowralh, commandant en chef. Cependant rieu ne paraissait encore sur ma gauche, et l'ennemi, battu par le général Vandamme, fuyait en pleine déroute sur ma droite. Je n'en crus pas moins nécessaire de mettre en sûreté tous les points de la
ligne, et je plaçai les régiments d'infanterie saxonne au fur et à mesure de leur arrivée. Vers sept heures du soir, la troisième colonne ennemie parut sur les hauteurs du Boslingberg : son infanterie couronna dans un instant les crêtes des montagnes voisines, et ses tirailleurs s'avancèrent jusqu'à Scheindenhoff : je les fis attaquer ensuite par un bataillon saxon ; ce bataillon, opposé à une force supérieure et foudroyé par l'artillerie ennemie, éprouva d'abord quelque fluctuation. Je m'y portai sur-le-champ avec mes officiers et ceux de l'élat-major saxon, en même temps que je faisais avancer trois autres bataillons et quatre pièces d'artillerie pour soutenir l'attaque. L'infanterie saxonne aborda l'ennemi avec impétuosité, le chassa de toutes ses positions ; et un bataillon, par\'enu rapidement sur le sommet escarpé du Boslingberg, y prit 300 hommes et plusieurs caissons, conjointement avec un détachement de troupes wurtembergeoises.
« Ainsi s'est terminée, à neuf heures du soir, cettejournée où l'ennemi a vu échouer l'espérance qu'il avait conçue de passer le pont de Lintz presque sans coup férir.
« La conduite du général Vandamme est audessus de tous les éloges que je pourrais en faire, surtout à Votre Majesté, qui connaît elle-même l'iatrépidité et toutes les qualités éminentes qui caractérisent cet excellent général.
* J'évalue les forces que l'ennemi avait sur ce
point au moins à 25,000 hommes. Sa perte, en tués, blessés et prisonniers, se monte à plus de 2,000 hommes ; la nôtre ne va pas au delà de 4 à 500 hommes tués ou blessés.
« L'ennemi s'est retiré sur Freystadt et Helmansed et une partie sur Harlach. La cavalerie qui l'a suivi ramène à chaque instant quelques nouveaux prisonniers.
« Les rapports d'un colonel et d'un major faits prisonniers disent que Tarchiduc Charles devait, dans le cas où l'attaque sur Lintz n'aurait pas une pleine réussite, se porter entre Znaym et Nicholsbourg, et de là marcher contre Votre Majesté pour donner ou accepter une bataille. Si, au contraire, cette attaque avait réussi, l'archiduc aurait fait déboucher toute son armée par Lintz. D'autres rapports disent que l'empereur d'Autriche est à Prague où il cherche à réunir ses dernières ressources et qu'il fait approvisionner Kônigsgratz, Josephstadt et Thérésienstadt. »
Après l'affaire du 17, Vandamme s'empressa d'écrire au roi de Wurtemberg pour lui faire connaître la brillante conduite de ses troupes, recommandant principalement à toute sa bienveillance la famille d'un capitaine, nommé Bauer, mort glorieusement de ses blessures. Il fit ensuite un ordre, dans le style pompeux qui prévalait alors, pour témoigner sa satisfaction à son corps d'armée.
On se souvient que, le jour de l'attaque des Au-
trichiens sur Lintz, Vandamme avait reçu du major général el de TEmpereur Tordre de se porter avec une partie de ses forces sur Stcycr, et que la présence des colonnes ennemies l'avait contraint à différer Texécution de cette disposition.
Dès le 19, Bernadette l'engagea à la reprendre. Il lui écrivit :
■ Mon cher général, vous trouverez ci-joint la copie d'un rapport que vient de me transmettre M. le maréchal duc d'Auerstaedt. Lorsque l'ennemi a montré le projet d'attaquer le point de Lintz, j'ai cru nécessaire que vous restassiez ici, alin que toutes nos forces fussent réunies pour le combattre ; mais aujourd'hui que ses projets contre Lintz ont échoué, et qu'il est probable qu'il ne renouvellera plus sa tentative infructueuse, je pense qu'il serait à propos de vous rendra à Steyer, avec 4 ou 5,000 hommes de votre division, pour de là attaquer et balayer ce qui pourrait encore se trouver d'ennemis vers la frontière de
Stvrie.
• Celte expédition me paraît d'autant plus nécessaire, qu'étant vraisemblablement destinés à entrer sous peu en Bohème, nous devons, avant tout, être certains qu'il n'y a plus d'ennemis derrière nous sur la rive droite du Danube.
« Au reste, en vous rendant de votre personne à Steyer, vous pourrez y voir de suite le nombre de troupes qu'il sera nécessaire d'appeler à vous, et vous m'en préviendriez çn m'envoyant l'état et
remplacement de celles que vous laisseriez sur le Danube.
« Peut-être même jugerez-vous qu'un si grand renfort n'est pas nécessaire, mais, dans tous les cas, voire présence y sera fort utile. Vous ranimerez le zèle du général qui s'y trouve déjà établi, et vous puiserez, j'en suis certain, dans votre activité et votre énergie, les moyens de déconcerter promptement toutes les espérances que l'ennemi pourrait encore conserver du côté do la Slyrie.
« J'espère, mon cher général, que vous nous rejoindrez bientôt et que nous pourrons poursuivre ensemble les opérations de la campagne. »
Vandamme se mit en mouvement le 20 mai. II reçut, le matin môme, un nouvel ordre de Berthier, daté du 19, à sept heures du soir, lui prescrivant : d'établir son quartier général à Eus, de laisser 2,000 hommes pour tenir la tête du pont de Lintz, de faire occuper Steyer pour contenir le rassemblement qui défendait quelques ouvrages de campagne, construits à Altenmark, en face de ce point.
« De votre position d'Ems, disait la dépêche, vous observerez les débouchés de Mulhausen, vous ferez occuper Walsée et Ips, et vous renverrez à Vienne les troupes qui peuvent se trouver dans ces deux dernières villes. Vous devez vous tenir prêt à vous porter, avec la masse de vos forces, sur Lintz ou sur Steyer, suivant les événements. Le prince de Ponte-Gorvo reçoit l'ordre
d'entrer en Bohême, ainsi tout son corps doit rester disponible. Gomme je vous l'ai dit, vous ferez garder la tête du pont par 2,000 hommes. L'intention de l'Empereur est que vous fassiez partir après-demain, 21, un bataillon d'infanterie wurtembergeoise de 600 hommes, que vous dirigerez sur le quartier impérial, et qui servira avec un régiment de cavalerie qui y est déjà. »
L'Empereur se portait sur la rive gauche du fleuve, il allait livrer la bataille défensive d'Essling et songeait à réunir le plus de forces possible pour la grande lutte qui aurait eu lieu à cette époque sans la rupture des ponts. L'armée d'Italie approchait de Léoben, rejetant les corps autrichiens qui lui étaient opposés, et marchant pour se réunir à l'Empereur.
Bernadotle fut très-peiné de se séparer de Vandamme, il écrivit à Napoléon le 21 mai :
« Le général Vandamme étant parti pour Stcyer et Altenmark, je lui transmets les ordres du major général, afin qu'il exécute sans délai ceux de Votre Majesté ; je ne saurais dissimuler à Votre Majesté que je vais me séparer avec regret du général Vandamme ; les talents et l'énergie de cet officier général m'eussent bien secondé, s'il eut été dans les vues de Votre Majesté qu'il entrât en ligne avec moi pour manœuvrer de concert. C'était d'ailleurs le seul officier général capable de me remplacer dans le cas où je serais tué ou blessé. »
Ce témoignage de Bernadette est un des plus
flalteurs qu'un général ait jamais pu mériter.
Tandis que Vandamme exécutait les ordres qu'il avait reçus et chargeait la brigade légère du général Hugel de réduire les partisans réunis à Altenmarck, les corps de la grande armée passaient sur la rive gauche du Danube le 21. Une partie de ceux de Masséna et de Lannes (25,000 hommes environ), avaient à peine franchi le fleuve, qu'un accident emporta les ponts. Pendant deux jours ces braves troupes lutlôrent sans désavantage contre 60,000 hommes, conduits par Tarchiduc en personne, et firent la plus belle retraite, le 22 à minuit, pour occuper Tîle Lobau, où Napoléon résolut de se fortifier, afin d'attendre l'entrée en hgne de l'armée d'Italie.
Le brave maréchal Lannes et le général de Saint-Hilaire avaient été tués à Essling.
Le récit de ces deux journées fut fait à Vandamme par Davout, qui lui donna à cet égard des détails circonstanciés, dans une lettre datée d'Ébersdorf, 24 mai.
Quant à Bernadette, après la bataille d'Essling, comme sa marche sur la Bohême par la rive gauche du Danube eût été dangereuse en l'isolant complètement, puisque la concentration de la grande armée sur cette rive était remise, il reçut de l'Empereur l'ordre de rester à Lintz.
Les affaires du 21 et du 22 modifiaient complètement le plan offensif de Napoléon. Aussi, en arrêtant Bernadette sur Lintz, l'Empereur fit près-
crire au contraire à Vandamme, devenu inutile sur ce point, de réunir tout le 8® corps et de se porter à Saint-Polten, pour y relever les troupes du 3® corps (Davout), qui, elles, devaient gagner Vienne. Le général eut, en outre, la mission de faire occuper les positions de Molke et de Mautern sur le Danube, pour contenir le corps ennemi, placé à Krems , de tenir un poste à Mariazelle et à Lilienfeld et de rappeler à lui tous les postes qu'il pouvait avoir encore à Lintz, Steyer et Ens, places qui devaient être occupées par le corps saxon de Bernadette.
Le 28, il lui fut enjoint de retirer ses troupes de Lilienfeld et de Mariazelle, l'armée d'Italie ayant battu les Autrichiens à Saint-Michel, et nulle crainte ne pouvant plus exister de ce côté.
LesWurtembergeois, principalement la brigade légère du général Hugel, souvent détachés en avant, se livraient assez habituellement à des désordres graves : non-seulement ils molestaient les habitants, mais les officiers levaient des contributions. On alla jusqu'à mettre en jeu le nom du général en chef. Voici à ce sujet une lettre écrite par Vandamme à l'intendant de la province de Lintz, le 29 mai, de Saint-Polten :
« Vous m'avez parlé d'une contribution que Ton avait levée en mon nom à Frevstadt, de vexations exercées envers plusieurs habitants. Je vous ai répondu verbalement combien je croyais peu fondées les plaintes qu'on vous avait adressées. La