II
preuve, c'est que Ton dit que j'avais fait paraître les magistrats devant moi à Freystadt, et je n ai jamais été à quatre lieues de ce bourg. M. le général Puthod m'a adressé ces plaintes écrites, comme je l'en avais prié. J'ai fait prendre des renseignements par le lieutenant général Woollwarth. Je joins ici la réponse, et tout me prouve la mauvaise foi de ces gens. •
Il y avait beaucoup de vrai dans les plaintes portées contre les troupes du général Hugel. Vandamme ne l'ignorait pas, mais il cherchait à pallier les fautes de ses subordonnés, tout en donnant les ordres les plus sévères pour la répression de ces désordres. Il aimait beaucoup le général Hugel à cause de sa bravoure ; cependant, dans une circonstance, mécontent de sa négligence, il lui infligea des arrêts. Gela donna lieu, à la fm de la campagne, à une lettre du général Woollwarth, commandant la cavalerie et commandant en second le corps d'armée. Nous reviendrons plus loin sur cette affaire, et nous montrerons les troupes du 8® corps sous leur aspect véritable. Reprenons le récit des événements.
Dans les derniers jours de mai, Vandamme et les Wurtembergeois s'étaient ra; .proches de Vienne et couvraient les passages d.i fleuve, depuis Mautem jusqu'à la capitale de TAutriche. Le 31, l'ennemi tenta de franchir le fleuve, entre Krems et OUenburg. 1,200 Autrichiens parvinrent à surprendre les avant-poste de la bri-
gade Hugel et à se porter sur la riyc droite du Danube.
Aux premiers coups do feu, le général en chef, avec son activité ordinaire, était sur pied. Il réunissait à Gottweg, près de Krems, Tinfanterle légère, faisait monter à cheval la cavalerie, la portait en avant d'Herzogenburg et marchait lui-même à l'ennemi, avec les trois régiments de ligne et douze pièces, tirées de Saint-Poltcn. A l'approche de Vandamnie et des réserves, les Autrichiens passèrent immédiatement sur la rive gauche. Le général fit sommer le commandant autrichien, placé en face de lui, de couler immédiatement ses barques, s'il ne voulait pas voir Krems et Steyef réduits en cendres par ses obus.
Celte affaire fut prise très au sérieux à Tétatmajor de l'Empereur. Berthier écrivit le même jour, 31 mai, à six heures du soir, d'Ebersdorf, à Vandamme :
* Il est six heures du soir, général, et nous recevons votre lettre de ce matin, sept heures, par laquelle vous annoncez que l'ennemi tente un passage entre Krems et OUenburg et que voua marchez à lui ; l'Empereur attend avec impatience les détails de ce qui se sera passé cette après-midi: Le général Pajol, avec un régiment de cavalerie, se porte de Gloster-Neuburg pour vous rejoindre, longeant la rive droite du Danube. Vous aurez sans doute prévenu le prince de Popte-Corvo et le duc de Dantzig; le premier est à Lintz et lé
deuxième doit être à Steyer ou à Lambach. L'ennemi ne peut pas effectuer un passage considérable sans avoir un pont, et vous devez facilement rompre son pont en détachant tous les moulins el les gros bateaux et les lançant au cours du fleuve; ce moyen, qui a réussi contre nous sur notre pont d'Ebersdorf, doit avoir le même résultat contre le pont que Tennemi aurait jeté. Le corps du duc d'Auerstaedt se rassemble, et, selon les nouvelles que nous ne tarderons pas à avoir de vous, il se mettra en mouvement cette nuit. Si vous n'étiez pas parvenu à jeter aujourd'hui l'ennemi à la rivière et que ses démonstrations soient sérieuses, tout ce qui est en ligne, de Molke, se reploierait derrière l'Eus et couvrirait le prince de Ponte-Gorvo et le duc de Dantzig ; tout ce qui serait à Saint-Polten se reploierait sur Vienne. L'armée d'ItaUe, comme vous le savez, est arrivée à Neustadt. »
De son côté, Bernadette s'était mis en marche d'Amstetten, où il venait d'arriver, pour porter secours à Vandamme, dès qu'il avait appris l'attaque des Autrichiens; mais il s'était arrêté bienlôl, parce qu'on était venu l'assurer que l'ennemi avait été rejeté sur la rive gauche.
Cette échauffourée, qui aurait pu avoir de graves conséquences, si elle n'avait été déjouée par l'activité de Vandamme, donna l'idée à l'Empereur d'avoir près de Krems un poste fortifié, capable de résistance, et qui pourrait servir aussi d'hôpi^
tal. Il jeta les yeux sur la vaste abbaye de Molke, parfaitement située pour cet objet, et écrivit à Vandamme, le 5 juin 1809 :
« Mon intention est de mettre l'abbaye de Molke àTabri d'un coup de main, de manière que 5 à 600 hommes et 5 ou 6 pièces de canon puissent défendre longtemps ce poste important. Je désire que vous fassiez cette reconnaissance et que vous me mandiez vos idées là-dessus. Faites-en faire un plan par un officier du génie, si vous en avez un dans votre corps. Vous devez continuer à être chargé de toute la défense du Danube, depuis Molke jusqu'auprès de Vienne, et vous devez porter votre quartier général à Saint-Polten ou à Sigartzkirchen, selon les circonstances et les mouvements de l'ennemi. »
Vandamme s'occupa immédiatement de la mission qui lui était confiée, il reconnut lui-même l'abbaye, envoya un croquis et fit travailler aux ouvrages qui en assuraient la défense.
L'Empereur lui répondit le 10 juin :
• Monsieur le général Vandamme, j'ai reçu le croquis que vous m'avez envoyé sur l'abbaye de Molke, mais comme il n'y avait pas d'échelle, je désire que vous m'en fassiez faire un plus étendu et qui ait une échelle, afin que je puisse voir les distances. La partie qui regarde le Danube parait n'avoir besoin que d'être escarpée et que de quelques créneaux dans les flancs. La partie qui regarde le village n'a, je crois, besoin de rien. Je
he sois s'il y a ïrioyen de là flanquer de manière
qùoh en Voie le pied. Le vfai poinl d'attaque
parait être le long du mur du jardin, du côté de
' iVnlrée; c'est donc là où il faut établir un ouvi^age
' solide. Je ne pensé pas qu'il y ail plus de 150 toisés
d'étendue. Il faudrait donc tracer là un beau front
qu'on revêtirait en bois^ en considérant le mur
actuel comme un second obstacle ; on porterait le
tracé à quelques toises en avant. Alors, ilme
seiïible que l'abbaye de Molke serait un poste im-
' portant. Quant aux pièces de canon, il en faut au
■ moins 8 pour défendre le front d'attaque, 2 ou 3
pour le côté du Danube et 4 ou 5 petites pièces
pour les autres points de l'enceinte. Gomme il y
a ici, à Vienne, beaucoup d'artillerie de fer, on
enverra toute celle qui sera nécessaire. Ayez soin
que l'hôpital, les magasins d'artillerie et de vivres
' soient placés dans l'abbaye. Faites faire une re-
• connaissance de l'abbaye de Cottweig, car s'il était aussi facile de la fortifier que Molke, ce pourrait être très-avantageux. Le major général vous
' enverra les ordres que je viens de donner poui* que ' (îelte abbaye soit mise à l'abri d'un coup de main ' et pour que les murs de Mautern soient démolis.
Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte
gafde.
« Dans l'abbaye de Cottweig, il y a le plan, en-
• voyez-le-moi. »
Verâ la même époque, onze chasseurs de WuN ' tes^îg furent assassinés dand un village près
de Molke ; le major général prescrivit à Van* damme d'enlever des otages, de rechercher les coupables et de les faire fusiller. Un aubergiste et un autre individu, convaincus du crime, furent en effet exécutés, et une forte contribution frappée et versée dans les caisses de l'armée.
Bernadette s'était porté avec le 9® corps à Saint- Polten où l'Empereur avait voulu que les Saxons prissent quelques jours de repos pour se préparer à la grande bataille prochaine. Le prince de Ponte- Corvo avait été appelé à Vienne, près de Napoléon, Il écrivit de là, le 9, à Vandamme :
• Je présume, mon cher général, pouvoir partir demain. Du reste, il n'y a rien de nouveau. L'on continue toigours à fortifier Tile Lobau et l'on fait on pont sur pilotis, mais qui ne pourra servir qu'à passer Tinfanterie. J'ai eu occasion de parler de vous, comme nous en étions convenus, et je vous Annonce avec un bien grand plaisir qu'on était très-bien disposé. — Je vous embrasse. »
Une autre abbaye, celle de Gottweg, située près de Mautem fut aussi fortifiée, et les murs de la ville démolis par ordre de l'Empereur.
Cependant, il ne se passait guère de jour que dei plaintes n'arrivas.<ient de tout côté sur les ^actions que les troupes alliées faisaient subir au pays occupé par elles. Les Wurtembergeois rejetaient tout sur les Saxons, les Saxons attri-^ baaient le mal aux Wurtembergeois. Vandamme pdliail de son mieux les fautes de ses troupes, et
faisait son possible pour empêcher les dilapidations, tout en ne laissant rien parvenir aux oreilles de l'Empereur. Il saisissait toutes les occasions de vanter la bravoure des soldats du roi Frédéric; mais en agissant ainsi, il se faisait à lui-même un tort réel vis-à-vis de Napoléon et du major général qui n'ignoraient pas la vérité. On verra bientôt qu'à bout de patience, il éclata à son tour et fit connaître ce qui en était.
Jusqu'au 24 juin, rien de nouveau n'eut lieu sur la ligne du Danube. Il existait, non loin de l'abbaye de Molke et en fac3 d'elle, un petit camp autrichien de trois à quatre cents hommes qui gênait beaucoup les tirailleurs. Vandamme résolut de l'enlever de vive force. Il demanda l'autorisation au major général. Ce dernier , ayant pris les ordres de l'Empereur, consentit à l'expédition qui réussit parfaitement. Elle fut conduite par le premier aide de camp du général , le commandant Vincent.
Le !*■* juillet, toutes les troupes qui devaient être engagées à la bataille de Wagram , resserrant de plus en plus leurs positions, le 8* corps eut ordre de se rapprocher de Vienne, d'occuper la promenade du Prater et d'organiser la défense de la ville. Une réserve de deux mille hommes avec douze pièces bivouaqua entre Vienne et Schœnbrunn,
Vandamme profita de sa position pour gravir une colline assez élevée, d'où l'on découvrait par-
faitement Tarmée autrichienne de Tautre côté de l'île Lobau. Il écrivît ensuite au major général :
• Je descends à Tinstant du montLéopold. De ce point, j'ai vu très-distinctement l'armée autri* chienne ; sa force ne m'a pas paru dépasser soixante mille hommes, dont la plupart sont maintenant couchés et éloignés des camps. Douze mille environ, regardant le point de notre passage, sont en échiquier, leur droite appuyée sur Aspern et leur gauche sur Essling. Les parcs et convois sont encore attelés. Je crois devoir faire part à Votre Allesse que je pense qu'il est impossible ailleurs de découvrir le pays aussi parfaitement qu'au mont de Léopold, et qu'il serait essentiel d'y placer un officier intelligent qui pût y observer continuellement les mouvements de l'ennemi. On tirerait de cette mesure les renseignements les plus satisfaisants. Pour moi, Monseigneur, autant par utilité que pour mon instruction, je m'y trouverai fréquemment, et si je puis faire quelques remarques qui méritent attention, je m'empresserai de les transmettre à Votre Altesse, etc. »
Ce fut de ce point, en effet, que l'Empereur observa l'armée de l'archiduc Charles, et ce fut là que Vandamme se plaça pendant la journée décisive pour observer la bataille à laquelle il eut la douleur de ne pouvoir prendre part.
Le 6 juillet, à sept heures et demie du soir, lorsque le sort de L'Autriche eut été en quelque sorte fixé par la victoire de Wagram, le général
reçut du major général Tordre de couvrir les ponts d'Ebersdorf sur la rive, droite , contre les partis ennemis qui pourraient vouloir s'en emparer, de faire battre la plaine d'Oldenburg , et de 8e mettre en communication avec le général Baraguey-d*Hilliers sur Presbourg. Le commandant du 8^ corps dirigea immédiatement une de ses brigades sur la tête du pont d'Ebesrdorf.
Deux jours après , les Wurtembergeois furent mis sous le commandement du vice-roi d'Italie et entrèrent momentanément dans la composition de son armée. Vandamme se rendit auprès du prince Eugène le 9 juillet; le lendemain 10, il lui donna par écrit tous les renseignements sur les mouvements de retraite des Autrichiens.
Le 12 juillet, Tarmistice de Znaim fut signéi Vandamme en fut prévenu par le général Guilleminot, chef d*état major de l'armée dltalie. L'article 3 de la cx>nvention stipulait Tévacuation, par l'ennemi, des forteresses de Brunn et de Gratz. Vandamme fut chargé de réunir tout son corps le 13, à Neustadt, de marcher sur le Simmering, et de faire exécuter les dispositions de cet article 3. Le 14 1 Berthier lui envoya une lettre ouverte pour le général autrichien Giulay qfui commandait du côté de Gratz. Le lendemain, deux autres lettres, l'une d'un des commissaires autrichiens, âdres^ fiées à Giulay, et au commandant de la forteresse, lui furent également remises»
Muni de ces d^ôched et des instructions de
— JHK-
l*Emp6rebr, Vandamme se mit à la tête du 8** corps et d*âVânça en Styrie. Le général Giutay n*avaU encore reçu aucune communication de son gou* •vefnemeîit. Arrivé à Kindberg, en face des avant* pôsted autrichiens, Yandamme fit connaître à Tofflcier qui commandait sur ce point qu'il se rendait à Gratz, chargé de faire exécuter Tarmistice^ mais qu'arrêté à ses avant**po9tes» il lui donnait conliàissance dé la convention. Que s'il refusait d*y fliire droit, il serait forcé d'agir d'après ses ordres. Le général Zach, chef d'état-major de Giulay , se rendit alors auprès du commandant du 8^ corps , et l'on fit passer les dépêches au général en chef autrichien. Ce dernier arriva au bout de quelques heures, assura quMI ne connaissait pas l'armistice et denianda quelque répit, pour avoir le temps de recevoir des instructions. On convint d'une ligne de ' démarcation pour les troupes < Le 17, à on^e heures du matin, rien n'étant encore arrivé, Vanàamme écrivit au général'Giulay, qu'ayant ordre d'occuper Gratz , il allait se trouver obligé de commencer les hostilités.
En môme temps, il recevait de Berthïer la nouvelle qure le maréchal Macdonald, sous les ordres duquel il passait momentanément, était en marche pour le joindre. Macdonald écrivait lui-même qu'il arrivait avec ordre de s'emparer de Gratz de gré ou de force. Cette place fut alors rendue, et le colortel Kerner, chef d'état-major du 8* corps, en ' prit possession au nom de TEmpereur .
Tout étant terminé sur ce point, et le corps d'armée éprouvant de la difficulté à se procurer des subsistances , Vandamme eut ordre de se porter de nouveau sur le Danube. Ses troupes se mirent en route le 8 août pour Neustadt. Luimême se rendit directement à Vienne. Il eut alors la satisfaction d*apprendre que TEmpereur avait nommé colonel le chef d'escadron Vincent, son premier aide de camp ; le capitaine adjoint Deleau, chef de bataillon ; le lieutenant Hayaert, capitaine ; et le sous-lieutenant Lussan Desparbès, lieutenant. En outre, plus de cinquante décorations étaient accordées au 8® corps.
Les Wurtembergeois, qui se livraient de plus en plus au pillage, firent séjour à Neustadt les 9 et 10 août ; puis ils vinrent à Vienne même, où TEmpereur les fit camper au pied des collines de Nusdorff , près du pont. Ils s*y installèrent le iî et le 13.
Malgré les ordres donnés et souvent réitérés de Vandamme aux généraux et aux officiers du 8® corps, les désordres, les pillages, les exactions ne s'arrêtèrent pas. Berthier en fut instruit, et écrivit à ce siget, le 24, de Schœnbrunn, au général :
« Je suis informé que les communes voisines du camp qu'occupent vos troupes se plaignent de la conduite des Wurtembergeois qui se portent fréquemment et en grand nombre sur Tune ou l'autre de ces communes et y font beaucoup de
dégâts. Les gendarmes envoyés pour arrêter ces désordres ont été mal reçus par les ofliciers. Donnez des ordres pour faire cesser une conduite aussi répréhensible. »
L'adjudant commandant Revesl vint remplacer le colonel Kerner, comme chef d'état-major au V corps, au commencement de septembre, et Vandamme reçut l'ordre d'envoyer chaque jour un de ses régiments à la parade de l'Empereur. Il lui tardait à lui-même de quitter le commandement de troupes dont il avait trop souvent à se plaindre , malgré tout ce qu'il avait fait pour elles.
Une nouvelle lettre de Berthier fit voir à Vandamme que, malgré tous ses efforts pour empêcher la conduite des Wurtembergeois de parvenir à la connaissance de l'Empereur, il n'avait pas réussi.
Voici cette lettre , datée de Schœnbrunn , lo 14 septembre :
• Il a été rendu compte à l'Empereur, Monsieur le général Vandammé, des plaintes formées par le gouvernement de la Styrie, relativement à des réquisitions illégales qui ont été frappées par des militaires wurtembergeois pendant le séjour que ces troupes ont fait dans cette province. Il est constaté par les pièces originales jointes au rap*port fait à Sa Majesté :
« 1^ Que l'officier wurtembergeois qui commandait à Gleisdorff a frappé sur la commune de PisselsdorfTune réquisition de 700 paires de souliers.