VANDAMME AU MINISTRE DE LA GUERRE
t Boulogne, 14 juin 1810.
« Monseigneur, ce matin, j'ai eu l'honneur de faire connaître à Votre Excellence, par une dépêche télégraphique, que je venais d'acquérir la certitude que le général de brigade Sarrazin avait passé hier à l'ennemi. Je ne puis que confirmer cette nouvelle, et exposer à Votre Excellence les circonstances qui appartiennent à cet événement extraordinaire.
« Le 10, au matin, le général Sarrazin, accompagné d'un domestique nègre, s'est embarqué à la petite Garenne, avec un pécheur du Gamiers, pour faire la pèche. Arrivé au large, et ayant aperçu un brick anglais, il a forcé l'équipage de le conduire à bord de ce bâtiment, sous prétexte qu'il avait Tordre d'aller en parlementaire. Une fois à bord du brick, il a renvoyé son équipage, après avoir donné au patron une déclaration constatant qu'il avait ordonné à ce bateau de pèche de le conduire à bord du brick anglais, pour affaire de service. Ges faits sont établis par les rapports.
Dès que j'ai eu connaissance de cette désertion à l'ennemi, les mots d'ordre ont été changés dans tout l'arrondissement de Tarmée, des rondes et patrouilles ont été exactement faites. J'ai, sans délai, ordonné au colonel Vincent, mon premier aide 4© camp , et au capitaine de gendarmerie
Monljovet, commandant la force publique, de se rendre en toute hâte au camp de gauche, où était ]a baraque occupée par le général Sarrazin. Tous les papiers ont été saisis, les deux aides de camp de ce général et ses domestiques ont été envoyés devant le commissaire général de police, ainsi que les hommes composant l'équipage du bateau le Saint-Laurent, et toutes les personnes qu'on soupçonnait avoir eu des relations avec le général Sarrazin, ou qui pouvaient donner des éclaircissements sur sa conduite.
« Cette détermination de cet officier général a frappé toute l'armée du plus grand étonnement et ne peut être attribuée qu'à une espèce de frénésie. Les généraux, tous les chefs et même les soldats, ne peuvent la concevoir ; et moi-même, j'éprouve une surprise d'autant plus forte, que je recevais de la part de ce général les témoignages les plus certains de son zèle, de son amour pour ses devoirs et de son désir d'assurer le bien du service de Sa Majesté. Personne ne déployait une activité plus soutenue, ne s'occupait plus que lui des détails de son commandement, et, par les mesures qu'il prenait, ne portait plus à faire croire que tout ce qu'il faisait tendait à procurer une amélioration dans le service. La veille même de sa fuite, il m'adressa le résultat de la vérification qu'il avait faite de la comptabilité des troupes qu'il commandait. Certes, Monseigneur, d'après ces témoignages parlants, il était de toute impossi-
bililé de diriger le plus léger soupçon sur cet officier général.
t J'ai Thonneur, etc. »
Extrait d'une lettre écrite au général Harly, chef d'état-major du camp de Boulogne, par M. Renaud, capitaine adjoint, commandant la 2* brigade de la 4® division, datée d'ÊlapleSy le 10 juin 1810, à 10 heures du soir.
« Mon général, M. le général Sarrazin s'est embarqué ce matin, 10 juin, sur un bateau de Camiers qui Tattendail près du poste de la Petite- Garenne, en disant qu'il voulait aller à Élaples ; étant vis-à-vis la batterie de Dannes, il passa sur Un autre bateau, dit le Saint-Laurent, de Camiers; il commanda alors au patron de cette dernière embarcation de s'éloigner du rivage pour pouvoir pêcher en allant à Étaples ; aussitôt que ledit bateau fut loin des forts, on aperçut un brick ennemi au large. M. le général Sarrazin donna Tordre de le conduire à bord ; les pécheurs refusèrent en alléguant pour raison qu'il leur était défendu expressément de mener quelqu'un chez rennemi ; alors le général fit voir un poignard el des pistolets à la main, obligea lesdits pécheurs à gouverner sur le brick, en disant qu'il avait ordre de Son Excellence le général en chef d'aller en parlementaire en Angleterre ; Téquipage, voyant le nègre, domestique du général, aussi armé, obéit el
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aborda lebâtiment anglais, où M. le général Sarrazin: donna lui-même par écrit l'ordre que m'a rapporté le patron du bateau qui est revenu à terre après cette expédition. Je garde l'original de cet ordre, qui est bien écrit de la main de M. le général Sarrazin. »
Copie de la déclaration que le général Sarrazin a remise à l'équipage du bateau pôcbeur le Saint-Laurent.
« Le général Sarrazin déclare avoir ordonné à son équipage du bateau de pêche le Saint-Laurent^ de Camiers, de le conduire à bord d'un brick anglais pour affaires de service. »