VANDAMME A BERTHIER
« Wilhemsbourg, 22 mai 1813.
« Monseigneur, je n'entretiendrai pas Votre Altesse de la correspondance que j'ai eue avec les autorités militaires danoises, puisque le prince d'Eckmuhl la lui a soumise et qu'elle a fait connaître que l'Empereur avait daigné témoigner qu'il
approuvait cette correspondance. J'annoncerai seulement à Votre Altesse que non-seulement les Danois ont abandonné la cause de Hambourg, mais encore que le roi a Tintention de mettre toutes ses troupes sous mes ordres et de me procurer tous les secours en bateaux et en bâtiments dont je pourrais avoir besoin pour un passage de rivière. Votre Altesse connaîtra les dispositions du cabinet de Copenhague par la lettre que j'ai reçue de M. Alquier, ministre de France près la cour de Danemark et dont je joins ici copie. Aujourd'hui même, Monseigneur, j'ai envoyé M. l'adjudant commandant Revest, mon chef d'étal-major, pour connaître les ordres qui peuvent déjà être parvenus aux troupes danoises et savoir précisément ce qu'on peut espérer d'elles. J^attends pour demain matin la réponse du général commandant en chef. Quelle qu'elle soit, je tenterai, sans délai, de prendre Hambourg de vive force. Déjà le 19, j^ai, de minuit à deux heures, lancé sur la ville une centaine d'obus et fait jouer quatre pièces de 6 et une de 24, prise sur l'ennemi. Nous avons tué dix à douze personnes, blessé un grand nombre et causé une émigration considérable. Cette nuit, je recommencerai celte attaque, mais d'ûûe manière plus vive et avec beaucoup plus de boucher à feu. Demain, dans l'après-midi, à moins d'événement extraordinaire, j'entreprendrai le passage de l'Elbe, qae j'ai bien combiné fet dont j6 chfetchferaî à fissurer le succès par tous les
soins et toutes les mesures de prudence qui pourront dépendre de moi.
« Je dois confiimer ici à Votre Altesse, ce qui sans doute, lui a déjà été annoncé, qu'il est impossible de trouver plus de courage et d'enthousiasme réel que dans nos jeunes soldats. Dans toutes leurs rencontres avec l'ennemi, ils ont montré un zèle et une ardeur admirables. Toutes leurs attaques faites aux cris de : Vive l'Empereur ! ont complètement réussi. Depuis que j'ai sous mes ordres ces nouveaux bataillons, je ne les ai presque point quittés, je me suis constamment occupé de leur instruction, j'ai été partout avec eux, partout je les ai encouragés. Jusqu'à présent, j'ai tiré d'eux tout le parti que je pouvais en espérer. Je serai bien heureux si l'Empereur daigne applaudir à mes efforts et reconnaître qu'il a en moi un fidèle et bien dévoué serviteur.
« D'après la nouvelle que je reçois à l'instant qu'on pourra traiter avec le général Tettenbom, j'accorde une suspension de vingt-quatre heures, qui pourra bien être prolongée jusqu'à trente-six. « Quelques bataillons suédois sont arrivés à Hambourg, mais ma situation n'en est point changée, et les Danois prenant parti pour nous, il est impossible de craindre que ce renfort pour Hambourg soit un obstacle à nos entreprises. •
VANDAMME A DAVOUT
« Wilhemsbourg. 23 mai 1813 (5 h. du soiii-
• L'officier que j'avais envoyé ce matin auprès de mon chef d'état-major rentre à l'instant d'Aïtoma et me dit en substance que Teltenborn veut se défendre, ayant reçu des renforts suédois (deux, bataillons avant-hier et trois celte après-midi). Nul doute qu'il n'eût évacué Hambourg, si nous eussions forcé du 19 au 20.
« L'ambassadeur extraordinaire danois dit que le roi est dans une position très-embarrassante envers la Suède et la Russie ; que cependant il se dévoue tout entier à Sa Majesté Impériale et Royale ; que si nos troupespassentl'Elbeetquenous ayons des succès, les troupes danoises se joindront à nous ; que le roi ne peut solder sa troupe hors de son territoire et qu'il est, pour cette raison, très-gêné en ce moment.
« M. le comte de Kaas dit encore que M . le baron d'Alquier a parfaitement interprété les intentions du roi dans une lettre que ce ministre m'a adressée, mais que le Danemark est aujourd'hui serré de si près par les Suédois qu'il faudrait un grand événement pour le sauver des maux dont il est menacé et que rien au monde ne ferait plus de plaisir aux troupes que de servir sous les drapeaux du Grand Napoléon.
« Le comte de Kaas désire présenter ses hom-
mages demain à Votre Excellence en passant par Harbourg, d'où il pressera sa marche vers le quartier général impérial.
« On a prétendu prouver au roi que nous n'avions ici, sur le bas Elbe, que dix mille hommes^ et que le prince royal de Suède en commandait trente mille, Suédois, Russes, Prussiens et Allemands.
« Je crois, Monseigneur, que dans la situation où nous nous trouvons, il faut réunir sur le point de Stade à Lunebourg toutes nos forces et tenter le passage de l'Elbe le plus promptement possible et avant que les Suédois aient le temps de rassembler ici trop de troupes. On assure qu'ils sont en échelons depuis Hambourg jusqu'à Stralsund.
- Si Votre Excellence croit ne devoir pas faire prendre Tile de Ochsen-Werder et tenter le passage de l'Elbe pour investir Hambourg, il sera nécessaire de faire retirer plusieurs bataillons de l'île de Wilhemsbourg et môme d'y diminuer Farlillerie.
« J'attends les ordres de Votre Excellence. Le chevalier Revest ne sera de retour qu'après-demain de son voyage près du général danois . »
DAVOUT A VANDAMME, « Harbourg, 23 mai 1813 (8 h. du soir).
• Monsieur le général, je reçois à l'instant votre lellre de ce jour, à cinq heures du soir. Nous nous
trouvons dans une position qui n'a pas été prévue i par TEmpereur, puisqu'il n'avait pas compté qu'on y trouverait lesDanois comme ennemis, et qu'après i eux on y rencontrerait les Suédois ; nul doute qu'il ne faille prendre dans les vingt-quatre heures un parti, ou de passer l'Elbe ou de nous borner à défendre la rive gauche en gardant fortement l'île de Wilhemsbourg. Je désire (jue vous vous rendiez ici demain, de bonne heure, de votre personne, pour raisonner ensemble sur notre situation. Dans le cas où les circonstances ne vous permettraient pas de vous absenter momentanément de votre île, j'irai moi-même vous trouver.
« Si nous étions à Berlin ou près d'y entrer, il n'est pas vraisemblable que les Suédois eussent osé quitter la Poméranie pour venir à Hambourg : l'ennemi ne serait pas sur la rive droite, en face de Magdebourg, et il n'aurait pas des partis à Salzwedel, qui ont poussé jusque vers Hanovre. »
NAPOLBON A BERTHIER.
« Gœrlitz, 24 mai 1813.
« Mon cousin, faites connaître au prince d'Eckmuhl que je désire qu'aussitôt qu'il sera entré à Hambourg, il y reste avec la division de Hambourg et la 3® qu'il fera venir de Wesel et qu'il réunira à Brème et Hambourg, et qu'il fasse partir de Hambourg le général Vandamme avec les 2* et 5^ divisions et l'artillerie nécessaire , dans la di-
xection du Mecklembourg et de Berlin, afin de couvrir le flanc gauche du corps qui est à Berlin. »
DAVOUT A VANDAMME
« Harbourg, 27 mai 1813 (4 h. du soir).
• Monsieur le général, je reçois à Tinstant votre lettre de ce jour, à quatre heures après midi. Vous pouvez donner à M. le général Wegener l'assurance que vous et moi nous nous réunirons pour solliciter l'indulgence et le pardon de l'Empereur en faveur des habitants de Hambourg, sous la condition qu'ils feront une soumission prompte et complète.
■ Il me semble que le traité qui engageait les Danois à nous prêter un secours pour s'opposer à l'occupation du littoral de Hambourg par des troupes étrangères n'est pas aboli ; alors le général Wegener pourrait, dans le cas où l'ennemi abandonnerait la ville avant notre passage sur la rive droite, occuper Hambourg pour y maintenir Tordre; mais il serait plus convenable que les choses s'arrangeassent de manière à ce que les troupes de notre souverain arrivent à Hambourg assez à temps pour y maintenir l'ordre.
« Au surplus , l'essentiel est d'y arriver le plus tôt possible. >
DAVOITT A VANDAMME.
« Harbourg, 29 mai 1813 (10 h. du matin).
« Monsieur le général, je reçois à l'instant voire lettre où vous m annoncez la prise de l'île de Oschen-Werder. Il faut envoyer à Altona un de vos officiers donner l'ordre à votre chef d etatmajor de requérir les Danois de cerner entièrement Hambourg, d'occuper le village de Hamm, qui n'est qu'à une portée de fusil de Vandebeck, et de se mettre en communication avec vous; ils devront intercepter tout secours venant de Bergdorf ou de toute autre route. Les troupes danoises qui sont à Altona devront cerner Hambourg entre les rives droites de l'Alster et de l'Elbe, et se mettre en communication avec le corps qui a dû arriver aujourd'hui à Vandebeck et qui cernera Hambourg entre la rive gauche de l'Alster et la rive droite de l'Elbe.
« Recommandez à votre chef d'état-mayor de marcher avec cette dernière colonne et de faire promptement jonction avec vous. Votre chef d'état-major enverra sommer Hambourg et ne donnera qu'une demi-heure pour ouvrir les portes.
« Toutes vos mesures étant prises pour assurer la retraite de vos troupes dans le cas où elles seraient attaquées par des forces supérieures, il serait oiseux de faire la plus petite recommandation à cet égard. Prescrivez que Ton se retranche
dans les différentes issues qui aboutissent à Hambourg, Bergdorf et ZoUenspiecker. »
DAVOUT A VANDAMME
« Harbourg, 30 mai 1813 (midi).
« Monsieur le général, M. de Fayet, mon aide de camp, arrive à l'instant ; le compte qu'il me rend me fait craindre qu'il n'y ait un malentendu
et qu'il vous ait mal rendu ce que je l'avais chargé de vous dire. Voici les faits : En revenant de Bulenhausen, j'ai rencontré un officier danois qui m'était envoyé par le commandant d'Altona pour me faire connaître que ce matin une députation hambourgeoise était venu annoncer que cette nuit les Russes avaient évacué la ville ; qu'il était prié de m'annoncer une députation des habitants pour implorer la clémence de l'Empereur. J'ai chargé M. de Fayet, qui était témoin de cette circonstance, d'aller vous dire de faire marcher des troupes pour prendre possession de la ville, car il n'est plus question de capitulation.
• Je suis rentré à Harbourg avec l'officier danois que j'ai renvoyé à Altona avec mon chef d'élat-major, lequel a l'instruction, dans le cas où vos troupes ne seraient pas encore à Hambourg, d'en faire prendre possession par les Danois, qui occuperont les portes et ne laisseront sortir personne: ils occuperont aussi les batteries.
« La magistrature a reçu Tordre de faire dépo-
ser toutes les armes de la garde nationale et autres, dans la prairie qui se trouve vis-à-vis de Tîle de Wilhemsbourg. Ces armes seront sous la garde des troupes danoises, en attendant Tarrivée des troupes françaises.
« Le général de Laville doit faire expédier à Wilhemsbourg le plus d'embarcations possibles pour être à la disposition du commandant de vos troupes, qui devront, pour passer, attendre vos ordres.
« Les Danois ont dû envoyer des partis de cavalerie par le Bill-Werder pour communiquer avec vos troupes. Ainsi, c'est à vous à prendre toutes les mesures. Lorsque les postes danois seront relevés par les troupes françaises, ils rentreront chez eux pour éviter les malentendus.
« L'essentiel est maintenant d'être promptement maître des portes de Hambourg. Le général de Laville, du reste, agit en votre nom.
« Puisque vous êtes maintenant aux batteries qui tiraient sur Hambourg, envoyez un officier pour chercher les bâtiments nécessaires au transport de vos troupes, afin de prendre possession delà ville.
« S'il y avait eu encore des troupes russes à Hambourg, on aurait pu faire une espèce de capitulation; mais puisqu'ils sont partis, il serait contre toutes les convenances de faire aucun arrangement avec des sujets de l'Empereur.
« Les transports danois seront arrivés vers les
4 heures dans le port de Harbourg. Cinq bataillons du général Dumonceau, y compris le 108® arrivé hier soir, seront à Harbourg avant cette heure-là.
« Il faut faire passer avec ces transports le plus de troupes et d'artillerie possible.
« Je vais faire venir le reste de la division Dumonceau pour que vous puissiez avoir toutes vos troupes réunies à Hambourg et entre Hambourg etBergdorf. »
DAVOUT A BÉRTHIER.
c Harbourg, 30 mai 1813 (4 h. après midi).
« Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse Sérénissime que l'opération d'hier du général Vandamme sur l'île d'Ochsenwerder et la réunion des troupes danoises à Altona et Vandebeck, ont eu leur effet. Les Russes, voyant qu'ils allaient être tournés, ont évacué Hambourg cette nuit, en prenant la direction de Bergdorf. Nous occupons maintenant cette ville •
« Demain j'adresserai les détails à Votre Altesse Sérénissime.
« Je ferai porter des troupes sur le Mecklembourg, et lorsque Lubeck sera occupé, j'exécuterai à la rigueur les intentions de l'Empereur, renfermées dans sa lettre chiffrée du 7 mai.
• Je dois vous prier. Monseigneur, de dire à ' Sa Majesté que ce résultat est entièrement dû aux
bonnes dispositions du général Vandamme, qui. tout en agissant avec vigueur, avait pris des mesures telles qu*il n'avait pas d'éohauffourée à craindre.
« Je dois ajouter que depuis que le général Vandamme a été mis sous mes ordres, je n'ai eu qu'à me louer de son excellent esprit.
« L'Empereur connaît l'ambition du général Vandamme. Il a acquis, dans cette circonstancié, de nouveaux droits à la bienveillance de Sa Majesté.
« Il a su tirer un très-grand parti des marins français, qu'il a réussi à bien organiser ; les moyens de passage et tout a été bien conduit.
t P.'S, — Nous avons perdu dans l'affaire d'hier 32 hommes dont 2 tués, les 30 autres ne sont que blessés.
« On a enterré 25 cadavres de l'ennemi et fait plus de 200 prisonniers. »
DAVOUT A BERTHIER
« Hambourg, M mai 18i*{.
• Monseigneur, j'ai Thonneur de rendre compte à Votre Altesse Sérénissime que l'ennemi n'a eu que le temps de se sauver de Hambourg. Les travaux qu'on y a faits sont surprenants. La fausse braye est rétablie tout autour des remparts et dans le meilleur état possible. Il existe des ouvrages avances très-bien entendus et achevés.
« On a trouvé, tant dans l'arsenal que sur les remparts, toutes le^ pièces que la marine française a laissées à Hambourg, et quelques-unes que l'ennemi avait amenées.
« Les pièces déjà reconnues se montent à 150 et quelques, de tout calibre, dont' le plus petit est de 6/
• On a trouvé aussi 800,000 cartouches, dont 600,000 anglaises.
• Les munitions d'artillerie ne sont pas proportionnées à la quantité de pièces. Il y a aussi de la poudre en barils. On estime à 10,000 le nombre de fusils anglais qui ont été distribués à la garde bourgeoise que Ton désarme.
« L'ennemi espérait pouvoir conserver Hambourg, où le prince royal de Suède devait, dit-on, se porter, par des arrangements convenus avec l'Angleterre. Il s'est refusé à les tenir, parce qu'on n'avait pas exécuté tout ce qui avait été annoncé.
• On devait mettre à sa disposition un corps russe fort de 15,000 hommes, un corps de 10,000 Prussiens, et un autre de pareille force, composé de la légion germanique attendue d'Angleterre et de troupes levées dans ce pays. Je ne donne ici que comme des bruits qui circulent en ville.
« Une nouvelle plus positive, c'est qu'un Français parti le 2 mai d'Helgoland, voyageant comme un négociant de Hambourg, déclare y avoir vu le comte d'Artois et son fils, arrivant d'Angleterre. 11 a été chargé par eux d'un paquet pour le général