LE GENERAL RUSSE TETTENBORN A VANDAMME
«r a avril iSld.
< Monsieur le général , le bruit court ici qud vous avez fait fusiller deux magistrats d'Oldenbourg, et que vous avez encore destiné au même sort plusieurs personnes respectables. Je ne crois pas que ces atrocités soient vraies ; mais^ si elles Tétaient, j*ai l'honneur de vous prévenir que Je saurai les venger et que tous les militaires et employés français qui sont dans mon pouvoir et qui y tomberont encore par la suite seront mis à mort; les militaires , sans distinction de grade, fusillés, et les gendarmes , douaniers et employés de toute autre espèce, pendus. J*ai à disposer de plus de cent employés français, et dans ce moment on m^amène vingt-ocinq gendarmes , parmi lesquels deux officiers. Soyez persuadé , monsieur le gé' néral, que je tiendrai parole, et permettez-moi de V0Q8 observer que dans la situation où vous êtes,
toolm V6S insdqrefi de terreur se dirigent centré YOUB^mâme. •
vanhammb au major général.
ê 15 «vril 1813.
« Monseigneur, j*ouvre mes dépêches pour annoncer à Votre Altesse que , d'après tous les rapports que je reçois; il paraît certain que Tennerai fera demain quelques efforts pour rejeter ^ dans Brème les troupes que j'ai en avant du fossé et en têle de3 faubourgs, car de toutes parts il s'avance et se renforce. J'en fais part au prince à'Eckmûhl et le prie de faire une pointe sur Schafstal, tandis qae le général Maurin se porterait sur Hademsdorf. Il n'y a pas de doute que ce mouvement forcerait l'ennemi à se retirer vers l'Elbe et nous en débarrasserait pour une huitaine de jours, ce qui nous mettrait en état de compléter la défense du Weser , de Brème, de Nieubourg et. de Minden, et de nous organiser complètement. Je prends du reste toutes mes mesures pour bien repousser les attaques qui seraient dirigées contre moi. »
vaxdamme au major général.
• BrèHM, Id avHI iSlJ.
Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte
à Votre Altesse que, hier, un poste placé à Boryfeld a été attaqué par les paysans qui ont fait feu de toutes leurs croisées au moment où quelques cosaques ont paru. Six hommes de ce poste ont été blessés ; on a remarqué deux cavaliers habillés en rouge au milieu des paysans. J'ai de suite envoyé à Listerdieck, entre Brème et Boryfeld, assez de troupes pour maintenir l'ennemi s'il se disposait à faire un mouvement. Aujourd'hui j'ai donné des ordres pour qu'on me livrât les auteurs de cette révolte ouverte; j'en ferai bonne justice •
« Le 14 de ce mois, à onze heures du soir, ' 60 Anglais ont débarqué à Grosensiel, ont surpris et enlevé deux préposés des douanes qui étaient sur ce poiqt du Weser pour porter la correspondance. Un colporteur de faïence, que l'ennemi a pris pour un douanier, a été également fait prisonnier. Ces 60 Anglais se sont rembarques sans effectuer aucun versement frauduleux.
« D'après les ordres que je viens de donner, les troupes sous mon commandement vont être ainsi réparties :
« La 2® division laisse deux bataillons à Minden et va prendre position à Nieubourg où sera son quartier général.
« La 5® division se porte sur Brème, laissant un bataillon sur la côte à Varel et Elsfleth.
« La division Garra-Saint-Cyr a été renforcée des 1^' et 2® bataillons de marche, et est placée à Tenôver.
■ Demain, à moins d'accident extraordinaire, je ferai occuper la ligne d'Ottersberg. »
DAVOUT A VANDAMME
«c Minden, 19 avril 1813.
« Monsieur le général, depuis ma dernière lettre dont je vous envoie le duplicata dans le cas où elle ne vous serait pas parvenue, je vous fais connaître les nouvelles circonstances survenues à Tétat actuel des choses.
« Le jour où je devais me porter sur Ultzen, j'ai reçu un ordre de l'Empereur qui m'a été transmis par le vice-roi, pour me rendre de suite dans la 32* division militaire qui est mise en état de siège, afin d'en prendre le commandement, comme aussi des troupes qui y sont et de celles qui doivent y être dirigées. On a joint à cet ordre une expédition du décret du 10 avril, sur l'exécution du sénatus-conâulte qui suspend le régime constitutionnel dans tes départements de la 32® division militaire.
i Le général Maurin, qui était à Celle, devait partir le même jour pour faire une forte reconnaissance soit sur la route de Lunebourg, soit sur celle d'Ultzen. Au lieu d'exécuter ces ordres, il a évacué Celle sur un avis que lui a donné le général Bourcier que des partis ennemis avaient paru sur sa gauche, et il me prévenait qu'il se retirait à la hauteur de Meinersein. Je lui
ai donné l'ordre impératif départira la pointe. du jour, le 18, pour réoootiper Celle. L#e général Sebastiani, le même jour, a dû partir de Gifhorn pour se porter, sur Ullzen, avec 2,500 chevaux, 20 bouches à feu et 2,000 hommes d'infanterie ; Gifhorn, qui est susceptible de défense, étant fortement occupé : 600 chevaux étaient à Brunswick BOUS les ordres du général Dubois, en communia cation avec le général Sébastiani • Le général Bourcier avait laissé à Hanovre 250 chevaux qui n'ont dû en partir qu'à l'arrivée de l'ennemi. J'attends à chaque instant des nouvelles du général Sébastian!. Je compte avoir d'organisé ici sous quarante-huit heures vingt^quatre bouches à feu; demain ^ le général Dumonceau partira à la pointe du jour pour Nieubourg^ avec huit bouches à feu. Il laissera ici trois bataillons; les sept autres bataillons qui sont avec lui seront réunis à Nieubourg et Hoya, et je lui enverrai des ordres selon les nouvelles que je recevrai du général Sébastiani. Je ferai porter aussi sur Niech bourg 3 ou 400 chevaux que , d'après les ordres du vice-roi» le général Bourcier a mis à ma disposition, et j'espère sous peu de jours en avoir un miUier,
« Je vous donne connaissance, mon cher général, des ordres que je viens de donner direcment au général Dumonceau , afm d éviter kmld perle de temps, pour se procurer des effets de campement qui, après le fusil, sont ce qu'il y a
de plus nécessaire au soldat en: temps de guerre. , • Faites-moi connaître où en est l'organisation ia personnel et du matériel de rartillerie destinée au l^'^ corps, et que le général Jouffroy a dû trrga* uiaer à AVesel.
« J'attends ici mes chevaux qui ne peuvent ar« river qu'aprèS'Kiemain. Je profiterai de ce temps pour presser les travaux, afin de mettre Minden en état de défense. Donnez-moi de vos nouvelles par un officier qui , à son retour^ passera par Nieubaurg.
• Je vous serai obligé aussi, mon cher général, do m'envoyer un état de situation des troupes et de leur emplacement.
t Jusqu'à ce que j'aie des nouvelles du général Sébastiani, il faut laisser les choses dans Fétat o& elles sont ; demain on sera en état d'agir puisque le général Dumonceau aura à Nieubourg de l'infaulerie, de rartillerie et de la cavalerie.
• J'adresse des ordres de haute police au préfet de Brème, prenez-en connaissance et remettezlui la letlre. »
Uù ROI ^ÉROMJi^ A VANDAMM&
« Casse>, 20 avril 18fS.
• \ionsieur le général comte Vandamme^ je reçois votre lettre du 18 avril.
• Vous savez sans doute, à l'heure qu'il est^ que TËmpereur est arrivé à Mayence , le 17^ à daux
'heures du matin; que le prince de la Moskowa
occupe Erfurth depuis le 17 avec 60 mille hommes, et que le duc de Raguse, avec 50 mille hommes, occupe Gotha et fisenach.
« La garde de Fempereur est arrivée à Field , et le général Bertrand, avec 50 mille hommes, occupe Bamberg et Cobourg ; dans peu de jours nous aurons de grands résultats.
« Le général Morin a battu hier Tennemi à Celle; le général Sébastian!, avec le corps du prince d*Eckmûlh, Ta également battu à Usingen.
« Je ne conçois rien à Tarticle d'une lettre du prince d'Eckmûlh, que je reçois à Tinstant, par lequel il m'annonce qu'il se rend dans la 32^ division mititaire pour en prendre le commandement ainsi que des troupes qui s'y trouvent ; ditesmoi ce qui en est. >
VANDAMME AU MAJOR GENERAL
« Brème, 23 avril 1813.
« Monseigneur, le prince d'Eckmûhl est arrivé cette après-midi à Brème. Je lui ai rendu compte de la situation politique et militaire de la 32® division, et j'ai remis à Son Excellence tous les papiers relatifs à ce commandement que TEmpereur avait daigné me confier et qu'il a plu à Sa Majesté de me retirer. Je désire ardemment être encore utile au service de Sa Majesté, mais je doute que j'y réussisse sous les ordres du prince
d'Eckmulh. J'essaierai cependant par de nouveaux efforts à mériter les suffrages de mon souverain. »
Le 23 avril 1813, Davout arriva à Brème. Vandamme lui remit tous les papiers relatifs au commandement de la 32^ division militaire, et en rendit compte au major général.
Vandamme, en se rendant dans la 32® division, avait la promesse d'un conunandement en chef, d'une position égale à celle d'un maréchal, le mettant en position d'obtenir, avant la fin de la campagne et à la première occasion, cette dignité suprême, objet de son ambition.
Passant sous les ordres de Davout, il craignait de se trouver dans une position secondaire; mais il se trompait ; Tintention bien arrêtée de l'Empereur était alors de couronner la vie militaire de rintrépide général par une récompense qu'il avait méritée en mainte circonstance. La malheureuse affaire de Kulm, dont on ne saurait attribuer les désastres à Vandamme, empêcha son élévation à la dignité suprême du maréchalat. En 1815, il était encore le général le plus en vue pour l'obtenir, et celui que désignait l'armée.
Davout rendait justice entière à Vandamme, car le lendemain de son arrivé à Brème, dans une lettre à Berthier, par laquelle il annonce qu'il va se porter sur Rottenbourg afin d'appuyer le mouvement du général Sébastiani et de forcer l'ennemi à repasser l'Elbe sur tous les points, il dit : « Le n Î7
général Vandamme marche aveo les troupes. Son arrivée et sa présence ici ont été d'une grande utilité pour le service de l'Empereur ; il y aurait eu de très-grands troubles sans cela. >
Les meilleures relations s'établirent au reste bimi* tôt entre ces deux hommes de guerre , ayant entre eux plus d'un point de ressemblance : grands talents, bravoure reconnue, caractères rudes et quelquefois difficiles, ne s'épargnant pas et ne reculant devant rien pour le bien du service.
Vandamme, depuis son arrivée à Brème, avait organisé les troupes de façon à ce que Davout put les mettre en mouvement. C'est ce qu'il fit. Le 27 avril, la division Dufour se mit en marche sur Rottenbourg, en passant par Sottrum, laissantdemc bataillons à Ottersberg et se dirigeant sur l'Elbe par le nord-^est. La division Dumonceau opéra de même le 26 au matin. Les troupes squs les ordres directs de Vandamme présentaient un effectif de 15 à 16,000 combattants.
Le 28 avril, Vandamme arriva à Rottenbourg et écrivit de cette ville à l'Empereur, la lettre suivante :
« Sire^ j'ai l'honneur de remercier Votre Majesté des nouvelles qu'Elle a la bonté de me donner par sa lettre du 26 que je reçois aujouM'bui. Il paraît certain que le général Sëbasliani doit maintenant occuper Lunebourg et que les Russes l'ont évacué hier. Je vais tacher d'élabUr ma communication avec lui.
« Le pays que nous occupona e«t entièfement 4ébarra$9é 493 Co^aquea. Avant^hier, ma divi^ sion d'avanl-gardQ, où se trouvaient MM. Revçst, k JQune priiK^Q de Reu&s et le général barqn de Pwenzac, a eu un engagement entre Sottrum et Hûttenbourg; ils étaient environ 1,500 avec quoique» pièces de canon. Ils ont voulu s'oppo^ m à notre marche, mais ils ont été complète^ ment culbutés, ont fui de toutes leurs forces et ^ sont embarqués en toute hâte à Harbourg, où ils ont ensuite coulé tous les bateaux. Pour y arriver plus promptement, ils ont requis des voir tures pour transporter leurs bagages. Il est malboureux que dans ce moment nous n'ayons pas eu de cavalerie à l'avant-garde. Nous avons maintenant 400 lanciers polonais; sous quelques jours Qpus en aurons environ i,5Q0.
• h» division d'rjvant-garde» qui occupait aujourd'hui Schessçl, va prendre position à Tostedt (lt à Harbourg.
• Une hrigade de la division Dumonceau va la remplacer à Scbessel,
« Une brigade de la division Dufour va se pla* (»T en avant de Rottenbourg. Il est très- probable q\ie demain le reste de ces deux divisions suivra G9 mouvement.
f Votre MîU^sté peut avoir l'assurance que dQS quQ j-apprendrai quelque chose qui puisse l'intéresser, je m'empresserai de lui en faire
part* •
Le maréchal Davout suivait le mouvement du corps de Vandamme. Le 28, à Rottembourg, il crut prudent d'arrêter la marche offensive des deux divisions pour attendre des nouvelles du général Sébastiani opérant au nord sur TElbe par Lunebourg, pour donner aux jeunes soldats fatigués, des deux divisions, quelques moments de repos et pour se rendre compte des intentions de l'ennemi.
Le 29 au matin, le prince d'Eckmûhl reçut en effet des nouvelles du général Sébastiani. Ce dernier était à Lunebourg. Les corps russes de Czernischeff et de Dôrnberg avaient repassé l'Elbe à Artlembourg et à Boitzenbourg, points sur lesquels le général avait porté des forces. Davout, désirant s'entendre avec lui pour les opérations ultérieures , lui donna rendez-vous pour le 30 entre Lunebourg et Tolstedt. Il pria Vandamme de l'accompagner. La brigade du prince de Reuss de la division d'avant-garde occupa Harbourg le môme jour 29 avril, en face Hambourg, sur la rive gauche de l'Elbe, après un combat brillant. L'ennemi se replia sur la rive droite. Hambourg était occupé par 7,000 hommes de la légion anséatique, 1,000 Anglais et 3,000 Cosaques. Une partie de ces troupes s'établit dans l'île de Wilhemsbourg, et se mit à tirailler avec les avantpostes des troupes françaises occupant Harbourg et le fort.
Le corps de Vandamme se trouvait donc enfin en
présence de Tennemi, sous les murs d'une grande ville à la possession de laquelle TEmpereuratlachait une importance capitale. C'était encore à Tintrépide général qu'allait être réservée la mission difficile de faire rentrer cette riche cité dans le devoir.
Le 30 avril, Vandamme reçut de son chef immédiat, Davout, la lettre suivante, écrite de Tolstedt, à deux heures de l'après-midi :
« Monsieur le général, je vous adresse copie d'une lettre du prince major général, au général Cara Saint-Cyr, qui annonce l'arrivée successive à Brème de quatre compagnies de 470 marins danois chacune.
• La première de ces compagnies devait arriver le 5 mai à Brème, et les autres successivement quarante-huit heures après.
« Il paraît que ces compagnies arriveront plus tôt.
■ Il est important que l'on prenne des mesures avec les autorités danoises, n'ayant pas de moyens de transport sur la rive gauche, pour qu'à un signal convenu et au premier avis elles puissent les envoyer chercher sur la rive gauche. Il me semble que ce serait entre Altona et Gluckstadt, que Ton pourrait fixer le point de passage. Il y a ordinairement au village danois de Blankenèse beaucoup de bateaux de pêche que l'on pourrait utiliser.
« Envoyez un officier inteUigent, avec le moins de bruit possible, . se conc^Tter avec les autorités
danoises ; elles doivotit être in^ressées à gârtn le secret.
< Donnez rinstruction verbale à cet officier de prendre des informations sur la quantité et l'ed* pèce de troupes qui sont à Hambourg, sur les travaux qui s'y font et sur l'armée suédoise dont on parle depuis si longtemps ; en quoi consiste^ t-elle, où est-elle? Il faut que cet officier montre It plus grande confiance aux Danois , mais recommandez-lui d*étre tout yeux et tout oreilles ; se bat* tent-ils, oui ou non^ et sérieusement aveo leA Anglais, ont-ils des réunions de troupes» et où sont-elles ?
« Je dirigerai les marins danois suivant les arrangements qui auront été pris avec les autorités; bien entendu que l'officier passera aveo son uni* forme « mais il faut qu'il y mette beaucoup de discrétion. Il faut que cet officier s'adresse à M... 44 ne mets pas son nom^ car je ne me le rappelle pas bien et que Je crains de l'estropier, c'était le commandant militaire d'Altona du temps que j'étais à Hambourg; et qu'il ne parle absolument qu'à lui| parce que je pense que c'est lui qui t toute la confiance de son souvei^ain et qu'il la mérite. S'il ne s'y trouvait pas, il prendrait des informations sur celui qui est à la tète dé la marine danoise. Cet officier, du reste, parlera de la position des armées au 26, de l'arrivée de l'Empereur, des 64 bataillons qui, sous huit jours, seront icîi et des 100 bouches à feu, ^i qu'il débite
toutes ces vérités naturellement et sans jactance; il est bon qUe le Danemark ait de bonnes informations.
• P.-iS. Cet officier nous rapporterait toutes les dernières gazettes. »
Ayant d'aller plus loin, faisons connaître la conduite du gouvernement danois vis-à-vis de la France à cette époque , et la singulière positioli dans laquelle le cabinet dé Copenhague se trou-^ vait à l'égard de celui des Tuileries.
En exécution des ordres de Davout, Vandamme envoya un officier chatgé de la mission de s'entendre avec le colonel Haffner pour la remise des marins. Cet officier fut mis sous une espèce de surveillance et ne put s'aboucher qu'avec le colonel, chez lequel venaient chaque jour les généraux russes Czernischeff» Tettenborn et autres. Ces généraux, connaissant là mauvaise réception des plénipotentiaires de la cour de Copenhague à Londres ei à Sttint-Î^étersbourg, craignaient dé voir l'espèce de neutralité observée jusqu'alors pâl* lés troupes du Danemaric cesser à Tentrée en ligne des divisions françaises. Or, les alliés te^ ntient beaucoup à Conserver Hambourg, et ils s&vaient bien que la ville ne serait pas en leur pouvoir du jour où ils auraient en avant d'eux les soldats de Vandamme, et en arrière, à Altona, les soldats de la division danoise. L'arrivée de l'officier français à Altona causa naturellement une grande setisation sur la promenade où se
trouvaient réunis beaucoup d'officiers russes et hambourgeois. Tettenborn craignait que la mission apparente de la reddition des marins n'en cachât une secrète pour le colonel Haffner et pour le général Wegener.
Le colonel Haffner adressa beaucoup de remerciments, donna tous les moyens pour le passage des marins de la rive gauche à la rive droite de FElbe, et Vandamme, feignant de traiter les Danois en alliés, communiqua au commandant d' Alloua la position des armées françaises en Allemagne. Ce dernier lui répondit :
« Gomme des nouvelles aussi authentiques ne peuvent qu'être d'un très-grand intérêt pour Sa Majesté le roi mon maître, je me propose de les lui communiquer. Quant aux nombreuses troupes françaises rassemblées sur ce point-ci, fasse le ciel qu'elles ne soient pas employées directement contre la ville de Hambourg, dont les malheurs auraient une influence absolue sur la ville dAltona. >
Ainsi, les Danois restaient encore dans une sorte de neutralité plus hostile cependant à la France qu'aux puissances alliées. Cet état de choses des plus bizarres rendait tout fort déhcat.
Le général Wegener, commandant la division danoise , avait, selon toute apparence, les ordres secrets de son gouvernement, consistant à tergiverser jusqu'au moment où Ton connaîtrait les premières opérations n^ilitqires et les succès de
lun ou de l'autre parti, de façon à se ranger du côté qui offrirait le plus de garanties. Pour ne rien compromettre, il s'éloigna d'Altona, y laissant un simple colonel, qu'on pouvait désavouer au besoin.
Davout et Vandamme devaient peser sur le gouvernement danois, faire briller à ses yeux le prisme encore si éclatant de la puissance de Napoléon, malgré les désastres de 4812, et opérer de façon à arriver à l'occupation de Hambourg, plutôt en obtenant l'évacuation des Russes que par la force des armes.
Tettenborn comprenait très-bien que le jour où les Danois se jetteraient franchement dans l'alliance française, l'occupation de Hambourg par les alliés était impossible.
La division danoise devenait donc l'objet des attentions des chefs russes et français. La victoire de Lutzen allait trancher ce nœud gordien.
Revenons maintenant à ce qui se passait à Tolstedt où s'était arrêté Davout, et à Rottenbourg, où se trouvait Vandamme. Le premier, ne recevant pas de réponse du général Sébastiani à sa demande d'entrevue, se décida à se rendre de sa personne, le l®*" mai, à Lunebourg pour s'entendre avec le général. Il n'emmena pas Vandamme et laissa son aide de camp pour le remplacer. Arrivé à dix heures du soir à Limebourg, le prince d'Eckmûhl se hâta d'écrire immédiatement au général:
• J'ai poussé jusqu'à Lunebourg, où je viens
d arriver. J'y ai trouvé le général Sébastiani, qui se disposait à en partir demain ; déjà ses avantpostes ayant été retirés, Tennemi a fait passer un parti de cavalerie, qui était aujourd'hui à Winsen(4).
« tfe donne Tordre au général Dumonceau de se porter demain, à la petite pointe du jour, sur Winsen avec deux ou trois bataillons et deux pièces de canon pour en chasser Tennemi et le forcer i repasser TElbe ; de mon côté, je ferai partir d'ici demain, à la même heure, un parti de cavalerie que le général Sébastiani nous laisse, pour Winsen.
• Le reste de la division du général Dumonceau se rendra à Lunebourg. Je donne Tordre à ce générali lorsqu'il aura forcé l'ennemi, de repasser TElbe, d'étabUr des postes d'observation sur l'Elbe^ sur sa droite et sur sa gauche, je lui recommande de communiquer avec ceux de Harbourg^
< Je sUppoâe que demain vous aurez réuni à Harbourg, aviso i'avant^garde du général Osten, la division Dufour» Je vous prie d'y rester de votw personne jusqu'à ce que vous aye2 de mes noavbUqs ; il est bon de pousser une petite swtkX^ garde dans la direction de Stade.
k Le général Sébastiani ralentira Un peu son mouvement pour nous donner le temps de nous
(!) Ëntrd ltati)otf|^ M Ltxtiolbotirg.
étàbiir ; &ites*moi passer directement ici vos nou-» velles jusqu'à dix heures du matin. »
Yandamme se hâta d'exécuter les ordres con^* tenus dans cette lettre. La brigade du prince de Reuss à Harbourg se porta sur Winsen, où elle opéra sa jonctionavec la division Dumonceau. Lui«* même se porta à Harbourg^ tandis que Davout revint à Brème. Le 3 mai, il écrivit au général :
« Monsieur le général^ un officier danois, envoyé par le commandant du premier transport dé «arine de celte nAtion^ est chargé d'uiie lettre de moi pour que Vous lui donniez les renseignements aécesBaires à son passage, pour qu'il aille aniion»' ebt ra^hvée de t^e transport. Cet officier doit re» vmir ensuite irèj oindre sùn chef sur la route de Brème à Stade. Le convoi de marins qui arrive demain partira aprôs^demain et sera le 6 à Zeven.
• Il est bien important que nous occupioù6 )BK>mptement tout lé pays sur la rivé gauche de TËibe» jusqu'à CHxfaaven^ afin que le préfet del Bouches^de^rBlbè^ qui est parti ce matin pout* 2even-, puisse organiser les administrations et did<^ soudre Celles que Tennemi avait établies ; il f a crante-huit heuros qu'il levait encore des contributiouB dans la partie du département des Bôu:ehei-du^Weser qui est aur la rive droite de ce fleuve^
* Je saa que vous manques de ^nérauXi Le gënéral Fesensao est sans expërienee. Je me profùn âe faire partir deoiain )b général Beurmatiti
pour être à votre disposition. Vous pourriez lui contier le commandement d'une colonne mobile, que vous composeriez d'un bataillon d'infanterie, de cinquante chevaux et de deux bouches à feu : vous le chargeriez particulièrement, après avoir montré des troupes partout, de faire exécuter les ordres du préfet, avec qui il entrerait en correspondance.
• Stade est un point fort important à occuper. L'Empereur y attache une grande importance ; il faut y avoir une forte garnison. La ville est entourée de remparts et a beaucoup d'eau ; il serait facile de la mettre de suite à l'abri d'un coup de main. Donnez des ordres au chef de bataillon Vinache pour qu'il fasse faire sans délai ce qui sera nécessaire pour rempUr ce but.
« Le quartier général du vice-roi était le 30 à Mersebourg ; on dit que nous avons remporté une victoire près de Dessau ; les résultats seraient 5,000 prisonniers russes et prussiens et vingt-cing bouches à feu, mais il n'y a rien de certain. Je vous donne cette nouvelle comme un on-dit du directeur de Y Estafette d'Osnabruck. Pressez le général Dumonceau d'exécuter toutes les dispositions que je lui ai prescrites, de réunir à Lunebourg toutes les embarcations qui existent ; pressez aussi la réunion à Harbourg de toutes les embarcations qui se trouvent dans les petites rivières qui se jettent dans l'Elbe, surtout dans rOst, afin que nous puissions être en mesure de
passer promptement sur la rive droite, quand la grande armée aura passé TElbe, et de profiter de la terreur que ses succès auront produite. »
Vandamme, d'après les instructions du maréchal Davout, avait expédié à Altona un officier de son état-major, le capitaine Argout, fort intelligent, qui lui rapporta une lettre du colonel danois Haffner, dans laquelle on remarque ce passage :
« Le Danemark étant en guerre ouverte avec TAngleterre, puisqu'il n'existe pas même d'armistice entre les deux puissances, mon dessein est d'assurer le transport de ces marins sur l'Elbe, au moyen d'une partie des chaloupes canonnières stationnées devant la ville d' Altona, et dont j'augmenterai le nombre, s'il faut, pour rendre la réussite plus complète, etc. »
Vandamme expédia la copie de cette lettre au major général, ainsi que le rapport secret de M. Argout sur tout ce qu'il avait pu observer à Hambourg. La lettre du général, en date du 3 mai, se terminait ainsi :
« L'ennemi travaille toujours en toute hâte à se fortifier et continue à nous tirer fréquemment des coups de canon. Les troupes en garnison dans l'île de Wilhemsbourg ne cessent de crier : Garde à vous ! et montrent beaucoup d'agitation. »
Les choses en étaient là, lorsque la victoire de Lutzen du 2 mai vint donner une tournure plus décidée aux affaires et déterminer la conduite
poUUquf du gouveFn«iin«nt danois, qui 8« npprooba de I9 France.
Le m8\jor gênerai fit connaître à Davout, par une lettre du 7 mai, les intentions de l'Empereur relativement à Hambourg. Il lui écrivit :
t Ja vous ai annoncé, prince ^ p^r ma lettre du g, la victoire complète que TEmpereup a remportée le 3, daus les plaines de Lutzen, sur le«
armées russe et prussienne réunies. Nous continuons à poursuivre Tennemi et probablement nous serons demain à DreiHie. Le prince de I9 Moskûwa va passer l'Elbe et marcher sur Berlin.
« L'Empereur me charge de you§ faire con^ Bditre qu'il est indispensable que vous vous portiez à Hambourg, que vous vous empariez de cette ville et que vous dirigie» sur-le-ohamp le général Yandamme dan$ le Mecl^lenbourg. Voici la conduite que vous avez k tenir ; vous fere; arrêter sur--le«champ tous les sujets de H^nibourj; qui ont pris du service eoug le titre de sénateurs de Hambourg ; vous les feres; traduire à une commission militaire et vous ferez fusiller les cinq les plus coupables. Vous enverrez les autres sous bonne escorte en France pour être retenus dau» une prison d'Etat. Vous fere? mettre le séquestre sur leurs biens et vous les déclarerez confisqués. Le domaine prendra possession des maisons, fonds de terre, etc.
« Vous ferez désarmer la ville, vous ferez fusiller tous les officiers de la Légien anséatique et
vous enverrez tous ceux qui ont pris jlç Templpi dans celte légion en France pour y être n^îs aux ^ères.
« Aussitôt que vos troupes seront arrivées ^ Schwerin, vous tâcherez, sans rien dire, de vous saisir du prince et de sa famille, et vous l'enverrez en France, dans une prison d'État. Ces ^ncs ayant trahi la Confédération, vous en agirez de même à Tégard de leurs ministres.
« Vous ne commettrez aucune hostilité contre les Suédois, s*ils restent dans la Poméranie et déclarent vouloir demeurer tranquilles.
» Vous ferez une liste de rebelles des 1,500 individus de la 82* division militaire les plus riches et qui se sont le plus mal conduits, vous les ferez arrêter et vous ferez mettre le séquestre sur leurs biens, dont le domaine prendra possession. Cette mesure est surtout nécessaire dans TOldembourg.
« Vous ferez mettre une contribution de clnqnante miUions sur les villes de Hambourg et de Lubeck ; vous prendrez des mesures pour la répartition de cette somme et pour qu'elle soit promptement payée. Vous ferez partout désarmer le pays et arrêter les gendarmes, canonnîerg, gardes-côtes et officiers et soldats ou employés qui, étant au service, auraient trahi. Leurs propriétés seront confisquées. N'oubliez pas surtout toutes les maisons de Hambourg qui se sont mal comportées et dont les intentions sont mauvaises.
Il faut déplacer les propriétés, sans quoi on ne serait jamais sûr de ce pays .
« Vous ferez armer la place de Hambourg; vous ferez faire des ponts-levis aux portes ; vous ferez mettre des canons sur les remparts, relever les parapets et vous établirez une citadelle du côté de Harbourg, de manière que 4, à 5,000 hommes y soient à l'abri de la population etde toute incursion.
• Vous ferez également armer Lubeck pour que cette ville soit à l'abri d'un coup de main.
« Vous réorganiserez Guxhaven.
« Toutes ces mesures, prince, seront de rigueur. L'Empereur ne vous laisse la liberté d'en modifier aucune ; vous devez déclarer que c'est par ordre exprès de Sa Majesté et agir en temps et lieu avec la prudence nécessaire. Tous les hommes connus pour être chefs de révolte doivent être fusillés ou envoyés aux galères.
« Quant aux Mecklembourg, l'instruction générale est que ces princes sont hors de la protection de l'Empire ; mais il n'en faut rien laisser apercevoir et probablement Sa Majesté aura le temps de donner des ordres. Comme les princes de Mecklembourg peuvent ignorer nos dispositions, vous pouvez promettre d'abord tout ce qu'on voudra, en y mettant pour restriction : sauf Tapprobalion de l'Empereur. L'approbation étant parvenue, tout se trouverait en règle.
« Hambourg étant en état de siège, vous y nom-
merez un commandant ferme pour y faire la police. Vous enverrez le général Vandamme en avant avec votre quartier général. Il faut avoir soin, prince, de ménager ce général, les hommes de guerre devenant rares. »
Les instructions contenues dans cette lettre toute confidentielle, envoyée par courrier extraordinaire, sont trop nettes, trop précises pour avoir besoin de commentaires. La dernière phrase indique quel cas l'Empereur faisait de Vandamme comme homme de guerre.
Le même courrier apporta au général la lettre suivante de Berthier, lettre datée du 7, de Waldheim :
« L'Empereur, monsieur le général Vandamme, me charge devons faire connaître qu'il est content de votre conduite à Brème et qu'il vous destine un bon commandement. En attendant, secondez le prince d'Eckmûhl de tous vos moyens. Sa Majesté vous saura gré et vous tiendra compte de ce que vous aurez fait pour remplir à cet égard ses intentions. >
Lorsque les ordres contenus dans la dépêche confidentielle du 7 mai, du major général, parvinrent à Davout, Vandamme avait déjà fait une tentative audacieuse sur les îles de l'Elbe situées entre Hambourg et Harbourg, prologue indispensable de l'attaque de la première de ces deux villes.
A quatre heures du matin, le 9, le général en-
voya au prince d'Eckmûhl un premier rapport 8\ir cette opération qui avait parfaitement réussi. Davout s'empressa de lui répondre pour le complimenter, en ajoutant : — « Alliez avec voire >igueur la prévoyance. Si vous jugez que vous puissiez vous maintenir dans Tlle de Wilhemsbourg, faites-le... » etc.
Le soir, différentes circonstances rapportées dans le second rapport ci-dessous, de Vandamme, firent connaître au maréchal que Ton avait dû évacuer les îles.
• Ce matin, entre minuit et une heure, j*ai attaqué à la fois les tles d'Ochsens, Werder, Wilhemsbourg et Altenwerder. Toutes les trois ont été tournées et enlevées de vive force. L'ennemi a partout été chargé à la baïonnette et vivement poursuivi jusqu'à ses embarcations et ses derniers réduits.
« Le vent s'est tout à coup élevé si violemment, que nos communications sont devenues extrêmement difficiles. L'ennemi en a profité pour porter toutes ses forces de Hambourg sur les trois îles. Lorsque j'ai reconnu sa résolution, que j'ai pu deviner facilement à la marche de ses troupes, je me suis empressé de prescrire au prince de Reuss, qui occupait Oohsenwerdcr, et au chef de mou état-major qui était dans Altenwerder de se porter tous deux, avec toutes leurs forces, sur Tile de Wilhemsbourg , où je pensais pouvoir nie maintenir ; mais le vont ayant toujouî*s continué avec
violence, j'ai craint de voir mes communications entièrement interrompues. Il a donc fallu penser à la retraite. Nous avons été attaqués. Alors s'est engagée uîie vive fusillade. Au milieu de la mêlée, s'est présenté comme parlementaire le commandant danois d'Altona. Il avait ordre de son roi de me voir, et de prier Sa Majesté Impériale et Royale de faire déclarer les îles neutres et de demander en grâce que Hambourg, qui est enclavé entièrement avec Altona, ne fût pas pris de vive force.
« Le colonel Haffner est Tami particulier de son roi, qui lui permet de correspondre avec lui sans intermédiaire. Cet officier supérieur semble bien aimer notre Empereur. Le roi regarderait comme une grâce spéciale, comme un bienfait auquel il met le plus grand prix, que Sa Majesté Impériale et Royale lui accordât cette faveur.
• Le sénat fera toutes les soumissions que l'Empereur pourra prétendre, et s'en remettra à sa clémence et à sa générosité.
• Je vais continuer à en imposer aux Hambourgeois avec mes jeunes soldats qui, en général, se sont parfaitement conduits.
« La retraite s'est opérée avec le plus grand ordre, et nous n'avons absolument laissé personne, hors les derniers blessés.
• Cette opération a eu pour résultat de nous rendre maîtres de toute l'artillerie ennemie et d'une grande quantité d'embarcations. Nous avons détrait celles que nous n'avons pu enlever. Nous
avons fait environ 450 prisonniers, parmi lesquels plusieurs officiers. Nous avons pris 45 à 20 chevaux de Cosaques. On peut évaluer au moins à 300 le nombre des morts et blessés de Tennemi. Nous en avons eu beaucoup moins, et nos blessés le sont en général peu dangereusement, n'ayant pas eu beaucoup d'artillerie contre nous, et l'ayant prise de suite.
« Il se trouvait dans Tîle de Wilhemsbourg deux petites pièces sur affût marin, une pièce de 24, une de 42 et 2 obusiers de 6 pouces. Toute cette artillerie provenait des arsenaux de la marine.
• Nous sommes bien en mesure et prêts à agir d'après les ordres que je recevrai, n'ayant rien voulu prendre sur moi dans une circonstance si délicate. •
Le maréchal approuva l'évacuation de Wilhemsbourg. « Cette expédition, écrit-il le 40 mai à Vandamme, après la réception des rapports de ce dernier, cette expédition a été fort heureuse. Elle aura jeté une grande consternation dans Hambourg et dans tout le pays. Il ne faut pas accepter la neutralité des îles. Vous pouvez envoyer un officier à Altona, près de M. Haffner, pour lui faire connaître qu'on ne peut point adopter la proposition de la neutralité des îles ; que d'ailleurs nous ne demandons pas mieux que de ne pas enlever Hambourg de vive force, et que c'est aux habitants sages à prévenir cette extrémité en fai-
sant leur soumission. Pour les conditions, ils doivent s'en rapporter à la clémence bien connue de rEmpereur. »
Il est probable que si la lettre du 7 mai eût été connue à Hambourg, au contraire, les habitants auraient tremblé de se rendre.
Vandamme, cependant, mit le colonel Haffner en demeure de lui donner par écrit les ouvertures verbales que, le 9, pendant le combat, il était venu lui faire. Le colonel répondit une longue lettre qui se terminait par la menace suivante : « Hambourg n'étant pas une forteresse ou un point militaire assuré pour une des parties belligérantes, j'ose espérer que Votre Excellence se souviendra de toutes les raisons que j'ai eu l'honneur de lui expliquer, dictées par l'humanité, et d'accord autant avec l'intérêt de Sa Majesté l'Empereur qu'avec celui de S. M/ le roi, qui, bien que cela ne change en rien le système politique ou la situation amicale qui existe entre les deux Etats, verra sans doute avec la plus grande douleur les commandants de ses troupes dans la pénible nécessité d'opposer de la. résistance aux troupes françaises ou à celles d'une nation amie. »
Vandamme, de plus en plus étonné de l'attitude prise par le colonel Haffner, écrivit au général Wegener, et soumit l'affaire à l'Empereur qui approuva la conduite du commandant de la 32® division militaire, et fort mécontent d'une réponse ambiguë et toute diplomatique du général Wegenei*,
réponse qui luifut également communiquée, fitécrire par le major général au prince d'Eckmùhl : • J'ai mis sous les yeux de l'Empereur les dépêches dont était porteur voire aide do camp. Sa Majesté m'ordonne de vous le réexpédier pour vous faire connaître qu'elle est indignée de la démarche des Danois; qu'elle est contente delà réponse du général Vandamme; que Hambourg fait partie intégrante de l'Eriipire, et que si les Danois l'oublient, l'Empereur est assez puissant pour les en faire repentir. Faites passer, Monsieur le maréchal, la lettre ci-jointe du duc de Vicence à M. Alquier (alors ministre de France à Copenhague). Sa Majesté y porte plainte au gouvernement danois. L'Empereur trouve qu'il y a dans tout cela un étrange renversement d'idées, et qu'il faut que tous ces hommes soient fous, La ville de Hambourg s'est indignement conduite ; les lettres interceptées , qui nous ont été conmuniquées par le cabinet de Sa Majesté, prouvent la mauvaise conduite des sénateurs ; l'Empereur ordonne que vous les fassiez arrêter et que vous les envoyiez en France, etc., etc. »
L'expression du juste mécontentement de Napoléon étant parvenue à Copenhague, le roi, qui avait appris la victoire de Lutzen et l'imprudente conduite du colonel Haffner à Altona, commença à avoir des craintes sérieuses. Il ne vit plus qu'un moyen de conjurer l'orage, c'était de faire cesser une neutralité impossible à garder plus longtemps,
et de se ranger du côté qui paraissait être le plus fort. Alquier, notre ministre, écrivit à Vandamme, le 17 mai :
« Aussitôt que je fus informé que M. Haffner vous avait notifié qu'il avait Tordre de défendre Hambourg contre les troupes de Sa Majesté TEmpereur et Roi, je m'empressai de demander au ministre du roi Texplication d une conduite si étrange et si imprévue. M. de Rosencranz me répondit : que Sa Majesté venait d'expédier de nouveaux ordres à M. Haffner, d'après lesquels cet officier général devait vous déclarer, Monsieur le comte, que la première démarche qu'il avait faite auprès de vous devait être regardée comme non avenue, et qu'il n'entreprendrait rien de contraire à vos opérations.
« De nouveaux renseignements m'ont appris que le contre-ordre donné à M. Haffner était arrivé trop tard et que vous avez eu à combattre des troupes danoises. Le roi, en chargeant son ministre de m'exprimer la douleur que cet événement lui a causée, m'a fait informer aussi de la résolution qu'il a prise de mettre toutes ses troupes sous vos ordres et à votre disposition^ et enfin de vous faire offrir tous les secours en bateaux et en bâtiments dont vous pouviez avoir besoin pour un passage de rivière. Le roi, pour ne manquer, dans une circonstance aussi grave, à aucune des mesures que lui prescrivent ses intérêts, et que sa sagesse doit lui conseiller, fait partir aujourd'hui même un
ministre extraordinaire qui se rend au quartier général de Sa Majesté l'Empereur et Roi. M. de Kaas (c'est le nom de cet envoyé), l'un des premiers personnages de l'État, se propose, Monsieur le comte, d'avoir l'honneur de vous voir et de conférer avec vous ; il vous remettra une lettre par laquelle j'ai l'honneur de vous le présenter. J'ose me flatter que vous voudrez bien accueillir ce ministre avec les égards qui lui sont dus, el comme un ami bien déclaré de la France. »
L'instant d'hostilité des troupes danoises contre nous avait suffi pour donner aux Russes qui formaient la garnison de Hambourg l'espérance de voir la division Wegener prendre parti pour eux; cela avait, d'un autre côté, retardé les mesures prises par Vandamme et l'attaque qu'on voulait faire contre la ville, et enfin il était résulté de cette perte de temps que quelques bataillons suédois avaient pu se jeter dans la place. Lorsque les ordres formels du roi de Danemark parvinrent au quartier général de Davout , et que les Russes virent que non-seulement Vandamme ne paraissait pas intimidé par le renfort des Suédois, mais que les troupes danoises échappaient à l'armée alliée, Tettenborn évacua Hambourg dans la nuit du 30 au 81 mai. Les Français y entrèrent le lendemain matin et s'y établirent.
A partir de ce moment, le Danemark sembla marcher franchement dans notre alliance ; mais à la fin de 4843, et lorsque l'armée française, à la
suite de Leipzig, dut repasser le Rhin, les Danois tournèrent définitivement leurs armes contre Davout.
Nous allons maintenant donner une partie de la correspondance de Vandarame avec le prince d'Eckmùhl et avec le major général, du 41 mai au 3 juin 1813.
Ces documents feront connaître les événements qui amenèrent la reprise de la ville de Hambourg par les troupes du général , et le rôle important que lui-même joua à cette époque.
DAVOUT A BERTHIER
« Brème, 11 mai 1813.
« Nous occupons toute la rive gauche, depuis Tembouchure de l'Elbe.
« L'ennemi a évacué le 8 à notre approche, les forts près de Guxhawen, dont nous nous sommes emparés. Ces forts sont détruits en ce qui concerne la défense du côté de la mer et les canons ont été enlevés. On travaille à remettre ces forts en état.
« Le 9 au matin, le général Vandamme attaqua les îles qui sont entre Harbourg et Hambourg, notamment Tîle de Wilhemsbourg, où nous avons fait 150 prisonniers et pris 8 bouches à feu. L'ennemi a eu 2 à 300 hommes tués ou blessés.
« Notre perte, en tués et blessés, n'a pas excédé
60 hommes, celte opération a jeté la consternation dans Hambourg.
« Le 9, dans la soirée, l'ennemi avant réuni des forces supérieures pour reprendre cette île et l'ayant fait attaquer, le général Vandamme a fait replier les troupes avec ordre et sans perle, et a fait enclouer les pièces qui avaient été prises.
« Je joins à cette lettre le rapport du général Vandamme qui rend compte de cette opération, pendant laquelle M. de Haffner, commandant militaire danois à Altona, s'est présenté comme parlementaire, chargé par son souverain de solliciter la neutralisation de ces ces îles, et que Hambourg, <|ui est enclavé entièrement avec Altona, ne soit pas enlevé de vive force.
« J'ai fait connaître au général Vandamme que nous ne pouvions pas accepter la neutralité de de ces îles, je laiprié d'en informer M. de Haffner, en ajoutant que nous ne demandions pas mieux de ne pas enlever Hambourg de vive force, mais qu'il fallait que les habitants fissent leur soumission, s'en remettant à la clémence connue de TEmpereur et qu'ils chassent les étrangers de chez eux, sans attendre à la dernière extrémité. On dit que le sénat est disposé à implorer la clémence de l'Empereur. »
VANDAMME A DAVOUT
« Harbourg, 11 mai (4 heures du soir).
« J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence
les rapports qui me sont parvenus de notre droite et la copie des lettres que j'ai écrites ce malin au général Tettenborn, aux magistrats de Hambourg et au général commandant les troupes danoises dans le Holstein.
« Je crois pouvoir ne plus douter de l'évacuation des îles et de Hambourg, et il parait bien certain aussi que l'ennemi défile devant le général Dumonceau, depuis trois jours, par Domitz et Lenzen pour faire une courte halte à Gerleberg ; aussi je n'attends pas le retour de mon chef d'élat-major et je vais passer en force dans Tîle de Wilhcmsbourg, d'où j'agirai vigoureusement contre Hambourg car il est plus que temps d'en linir. Quant aux intermédiaires danois, je n'en serai pas dupe.
« Je donne ordre au général Dumonceau de réunir toutes les embarcations et de se préparer à passer le fleuve ou à Boizenbourg ou à Lauenbourg ; ne fît-il qu'un simulacre il pousserait la retraite de l'ennemi sur la rive droite qui fera dihgence pour gagner Berlin,
« Je ferai au reste tout ce que les circonstances me permettront pour utiliser nos nouvelles troupes et gêner autant que possible la marche ennemie. Dans très-peu d'heures, monsieur le maréchal, vous aurez un nouveau courrier,
« Les Suédois sont avancés et ne s'avanceront plus.
« Veuillez m'envoyer de la cavalerie, quelle
qu'elle soit, et tout ce qui peut encore quitter le Weser en toute arme. »
VANDAMME A DAVOUT
(f Harbourg, 12 mat (9 h. 15 du soir).
« Monsieur le maréchal, d'après les rapports de mon chef d'état-major que j'avais envoyé à Hambourg, avec les lettres et sommations dont j'ai eu l'honneur d'envoyer copie à Votre Excellence , il parait que cette ville est dans une complète anarchie sous Taventurier Tettenborn et compa-
gnie. Ce général appelle troupes russes les bandes de rebelles et d'étrangers qu'il a commencé de former.
« Il ne paraît que trop vrai, d'après la lettre dont je joins ici copie, que les danois se sont joints aux ennemis de la France pour défendre la ville et le territoire de Hambourg.
« Je vais me mettre en mesure d'en imposer à tout ce monde et sous quelques heures je saurai à quoi m'en tenir. Je retourne dans Tîle de Wilhemsbourg. Je vais faire les approches de Hambourg, occuper toutes les îles et conduire cette affaire avec autant de prudence que de vigueur. L'annonce des troupes que me fait Votre Excellence me mettra fort à Taise. Si je pouvais recevoir 4 obusiers, je déciderais tout en peu de jours. Dans tous les cas, je ne négligerai aucun moyen
militaire ni politique pour réduire cette ville à robéissance.
« Le général Dumonceau a les ordres les plus ' précis pour faire son passage à ZoUenspiecker ou Altenbourg, afin d'inquiéter ou de presser / / l'ennemi dans sa retraite, que la marche de l'Empereur et du prince de la Moskowa rendra chaque . jour plus difficile.
« J'envoie à Votre Excellence la Gazette de Hambourg du 14 .
« Je vous prie de croire, Monsieur le maréchal, que tout sera mis en œuvre pour assurer et hâter le succès de notre entreprise. »
DAVOUT A BERTHIER
(( Harbourg, 13 mai 18iâ (minuit).
« Monseigneur, j'ai l'honneur d'adresser à Votre ' Altesse Sérénissime les derniers rapports du général Vandamme. Son expédition d'hier sur l'île de Wilhemsbourg est très-belle ; il se loue beaucoup de la conduite de ses jeunes troupes.
> Il est fort heureux que ce général se soit trouvé ici : c'est à sa présence et à l'élan qu'il a su donner aux troupes, qu'on doit ce résultat.
« Ses dispositions pour l'opération de Ham- i bourg sont fort bien entendues. J'ai été les voir et j'ai trouvé qu'elles ne laissaient rien à désirer. Sa petite flottille est bien organisée et tous ses moyens sont bien préparés, mais la tergiversa-
tion du général Dumonceau force à ajourner rexécution de rattaquc de Hambourg jusqu'à ce qu'on ait vu clair à ce qui se passe sur notre droite.
« Je donne Tordre positif au général Dumonceau de se porter avec toutes ses forces sur Dalenbourg, où je me rendrai moi-mcnie si les rapports qu'il m'enverra sont dans le même sens que les précédents. Si , ce qui est vraisemblable , ils sont dénués de fondement, je le ferais venir ici pour m'emparer de Hambourg.
« La conduite des Danois est inexplicable ; il est présumable que sous deux à trois jours tout ce qui s'est fait sera désavoué par le roi de Danemark. Ce sera un des résultats de la bataille de Lutzen.
« Cependant voulant , sous peu d'heures , donner du positif à cet égard , j'ai cru devoir écrire au général danois la lettre dont copie est ci-jointe. Je m*empresserai de transmettre sa réponse à Votre Altesse Sérénissime.
i M. le lieutenant général comte Vandamme m'a prié d'appuyer près de Sa Majesté la demande du grade de général de brigade qu'il forme en faveur de l'adjudant-commandanl Revest, son chef d'état-major. Il en fait le plus grand éloge depuis qu'il est avec lui.
« Je prie Votre Altesse Sérénissime d'adresser à l'Empereur celte demande et d*assurer Sa Majesté ({ue la meilleure harmonie régnera entre le
général Vandamme et moî ; que nous ne penserons ' Tun et l'autre qu'à la bien servir, et que ce motif fera disparaître les petites altercations que nos caractères entiers pourraient occasionner. »
Cette dernière phrase est sans doute une allusion à une altercation assez vive entre Davout et Vandamme, altercation racontée par le général duc de Fesenzac dans son charmant ouvrage (Souvenirs militaires).
A la page 364, on lit à propos de Vandamme : i
« Son avancement n'avait répondu ni à ses « talents ni à ses services.
« Son caractère indomptable lui nuisait auprès ^
• de l'Empereur. Vraiment, disait Napoléon, je
• ne pourrais par avoir deux Vandammes ; ils se
• battraient jusqu'à ce que l'un eût tué l'autre. »
VANDAMME A DAVOUT
« Avant-hier nous étions imparfaitement étabhs dans l'île de Wilhemsbourg. La nuit étant venue, il avait fallu se borner à se garder militairement.
< Hier 12, à huit heures du matin, Tennemi a commencé par débarquer 1 ,000 à i,200 hommes en face de Hambourg. Une vive fusillade s'est en* • gagée avec la brigade d'infanterie légère comman-» dée par le général Gengoult. J'ai été examiner l'affaire , et j'ai vu que cette colonne ennemie, s'attendant à être appuyée, prétendait nous faire sortir de l'ile.
« L'ennemi pressant d'abord son attaque, avait
gagné quelque avantage el avançait en force avec l'artillerie qu'il avait débarquée. Je fis à Tinstant former en masse les trois bataillons d'infanterie légère, soutenus par tout le reste de la division Dufour. J'ordonnai la charge , et en un quart d'heure, tout fut mis dans la déroute la plus complète. L'ennemi abandonna toute son artillerie, ses caissons, ses munitions et se rembarqua dans le plus grand désordre, laissant des prisonniers el un grand nombre de morts, parmi lesquels se sont trouvés beaucoup de Danois. Le général Dufour et le général Gengoult se sont parfaitement conduits dans cette affaire.
« J'ai voulu connaître parfaitement l'île , je la parcourus au galop ; alors je me suis décidé à y faire passer la brigade de Reuss que je destinais à occuper Altenwerder, Kuttwick et Rossenhof. A peine avais-je fait débarquer les troupes que j'appris que l'ennemi tentait un nouveau débarquement sur le point de Reiherstuger Land, d'où il semblait vouloir se diriger sur le point de mon passage. Une fusillade s'est engagée, et l'ennemi, voyant qu'il n'avait pu nous surprendre , s'est retiré précipitamment avec perte de quelques morts, blessés et prisonniers.
« J'ai établi le 152® en réserve et en observation au château môme de Wilhemsbourg, afin de pouvoir se porter partout.
« Prévoyant bien une nouvelle attaque, je fis marcher le 87^, qui était sur la digue. La fusillade
s"* engagea sérieusement ; je n'hésitai pas à ordonner au 37** de se retirer lentement en défendant la digue et à laisser avancer Tennemi de manière à lui couper sa retraite, ou à le poursuivre vigoureusement.
• J'ordonnai de suite à deux bataillons de la droite de la division Dufour de se rendre directement au pont où l'ennemi avait passé, tandis que je prescrivis au prince de Reuss de marcher précipitamment sur l'ennemi avec les deux bataillons qui se trouvaient au château de Wilhemsbourg- La fusillade s'est d'abord engagée , et comme on ne peut cheminer que par des digues fort élevées, j'ordonnai aux troupes de cesser le feu et je fis battre la charge de toutes parts. L'ennemi fut contraint à la retraite et poursuivi pendant une heure, la baïonnette dans les reins. Jamais confusion ne fut plus complète. Tout ce qui s'était jeté dans les barques a été noyé ou tué. 430 hommes environ qui n'ont pas pu s'embarquer ont mis bas les armes.
« Je ne puis assez me louer de la valeur de nos troupes ; je ne me rappelle pas d'avoir jamais trouvé plus d'ardeur dans nos vieilles bandes. . Plusieurs officiers de tout grade se sont particulièrement distingués. J'aurai l'honneur d'en adresser l'état à Votre Excellence pour qu'elle ve\ûlle bien le faire parvenir à FEmpereur. •
DAVOUT A VANDAIflfE.
c Winsen, 18 mai 1813.
• Monsieur le général, je vous ai informé dans le temps que j'avais transmis à Sa Majesté votre correspondance avec les Danois ; j'ai pensé qu'il vous serait agréable de connaître l'approbation qu'y a donnée notre souverain ; je vous adresse copie de la lettre du major général qui la contient.
« J'ai reçu la lettre où vous m'annoncez le retour de l'officier de marine qui a accompagné mon aide de camp d'Houdetot. J'envoie à Sa Majesté copie de votre lettre et le journal qui y était joint ; il parait que l'ennemi a plusieurs batteries sur la rive droite de l'Elbe, dans le Billwarder ; je vous enverrai demain des notes pour vous en faciliter les reconnaissances.
• Il faut charger le chef de bataillon Vinache d'employer toute la journée de demain à bien reconnaître toute la rive droite, depuis l'île de Moorwarder jusqu'à la hauteur d'Altona. Je ferai reconnaître tout le pays qui est entre le Moorwarder et Zollempicker.
• Des rapports annoncent que des fourriers suédois sont arrivés hier à Lauenbourg ; mais, depuis le temps que cela se débite, on n'y croit pas. >
DAVOUT A VANDAMME
« Harbourg, 21 mai 181S.
« Monsieur le général, je regrette beaucoup que ^ vous n'ayez point voulu vous rendre à Garrburg, où je suis venu sur votre refus de vous rendre à moitié chemin de Garrburg à Winsen. Il était important de convenir des mesures à prendre pour ; le passage de FElbe et l'attaque d'Hambourg. Un '. bombardement ne nous mettrait pas (d'après les conséquences qu'on peut tirer de votre première tentative) en possession de cette ville. Il faut, pour obtenir ce résultat, faire sauver les étrangers qui en sont les maîtres, à qui il importe fort peu que Hambourg soit brûlé ; on n'y réussira que lorsqu'on sera siu* la rive droite.
« Je vous ai adressé des observations sur les ' moyens d'effectuer le passage, en vous priant deî faire faire les reconnaissances nécessaires ; je n'ai reçu aucune réponse à cet égard. Quoi qu'il en soit, voici à quoi je m'arrête définitivement : j'envoie au général danois un officier français, porteur d'une réponse à la lettre dont je vous ai fait connaître à peu près le contenu. Il est probable que le gouvernement danois interviendra fortement et : agira pour que nous puissions entrer dans Hambourg, sans y éprouver de résistance, à moins que des forces msgeures ne soient arrivées sur ce point. Je fais suspendre toute hostilité jusqu'au
retour de rofficier, à qui j'ai recommandé d'être ici demain, de bonne heure. Demain, je donnerai tous les ordres pour le passage et je ferai rapprocher une partie des troupes du général Dumonceau, pour le faire avec le plus de forces possibles €t être en mesure contre les forces ennemies que Ton peut rencontrer, quelles qu'elles soient. •
DAVOUT A VANDAMME
« Winsen, !22 mai 1813.
« Monsieur le général, j'ai reçu vos trois lettres du 21, dont une à six heures et deux à dix heures du soir. Je ne regrette pas que l'attaque contre Hambourg ait été différée jusqu'à l'époque où l'on a eu la certitude que les Danois en avaient retiré leurs troupes, puisqu'une attaque faito lorsqu'ils y étaient eût pu décider la guerre avec celte ' puissance. Cet incident seul devait apporter des délais.
« Je vous observerai en outre que l'Empereur, ( dans ses instructions, n'avait pas prévu cette circonstance ; d'ailleurs, jusqu'à ce jour, cette opération eût été impraticable, puisqu'une colonne ennemie de 4 à 5,000 chevaux, 3 à 4,000 hommes , d'infanterie et douze pièces, était près de Dalenbourg. Il a été nécessaire de mettre en mouvement la division Dumonceau pour faire repasser l'Elbe à l'ennemi.
« L'officier français que j'ai envoyé au général
danois était porteur de la lettre dont copie est cijointe ; il a ordre, à son retour, de vous communiquer la réponse et ce qu'il aura appris.
• Donnez, Monsieur le général, vos ordres à toutes ces troupes ; faites-moi connaître Tensemble de vos opérations et le point où vous serez de votre personne ; je me porterai sur un autre point pour veiller à l'exécution des ordres que vous aurez donnés et concourir à leur exécution.
« Ne voyez, Monsieur le général, dans tout ce- 1 ci, qu'une preuve de ma haute confiance et nulle-' ment la vile pensée de rejeter sur vous la plus! petite responsabilité ; c'est moi qui commande,/ ainsi c'est moi qui dois la supporter.
« Un de mes principaux motifs en agissant ainsi est un sentiment de justice. Vous avez tout préparé, tout reconnu, vous devez recueillir le fruit de toute votre prévoyance ; aussi, je vous le répète, je ne serai là qu'un de vos généraux. Je serai à Harbourg une heure après la réception de celte lettre. »