LIVRE XII
De Juin à la fin d*Août 1815
Vandamme est envoyé dans le Mecklembourg, après la prise de Hambourg. — Ses négociations avec Bernadotte. — Vandamme reçoit l'ordre, à la fin de juin, de se rendre à Magdebourg. — H a le commandement du U' corps réuni autour de Dessau. — Composition et forces des armées belligérantes, — Plan de l'Empereur et rôle destiné à Vandamme.
— I^ général se rend le ^G à Dresde pour conférer ayoi' Napoléon. — Le i«' corps est destiné à défendre à outrance l'entrée des défilés de la Bohême (20 août 1813), pendant îa pointe de Napoléon. — Vandamme reçoit l'ordre d'occuper Pima (25 août), do déboucher par Kœnigstein et de se placer sur les lignes de retraite de l'ennemi. — Instructions que lui donne TEmpereur. — Mouvement du 1" corps le 23 août.
— Journée du 28 ; dispositions prises le matin par l'empereur. — Ordre donné à Vandamme à 4 heures 12 du soir. Combat de Hellendorf. — Marche des maréchaux Marmcmt, Saint-Cyr et de Vandamme. — L'ennemi modifie sa marche.
— Combat du 20 en avant de Kulm. — Bataille du 30 août.
— Récit de Vandamme. — Rôle de Marmont, de Saint-Cyr, de Mortier. — Leurs dépêches. — Documents sur les affai* res da 29 et du 30. — Explication de la bataille de Kulm.
— Lettres de M. de Norvins, du duc de Bassano, du général Haxo, de Vandamme. — Réflexions. — Vandamme prisonnier.
Immédialemenl après la prise de Hambourg , Vandamme reçut Tordre de se porter dans le Mecklembourg avec les deux divisions Dufour et Dumonceau. Il allait se trouver en présence des troupes suédoises, commandées par un homme avec lequel il avait été fort lié, Bernadette, devenu prince royal de Suède, et bien près d'être un des ennemis les plus déclarés de sa patrie.
On espérait encore que la Suède ne prendrait pas parti contre nous , et on cherchait à ménager Bernadotle. Des instructions avaient été données dans ce sens à Davout dès le 7 mai. Lorsque Vandamme fut sur le point de partir, le prince d'Eckmûhl lui fît connaître par la lettre ci-dessous, datée de Hambourg, 3 juin 1813, comment il devait agir à l'égard dos Suédois :
« Monsieur le général, comme vous êtes sur le point de vous porter dans le Mecklembourg avec les deux divisions Dufour et Dumonceau, je crois devoir vous donner communication d'un article de la lettre du major général, en date du 7 mai, relatif à la conduite à tenir envers les Suédois.
« Les renseignements que nous avons sur les troupes de cette puissance étant vagues et contradictoires, puisque les uns disent qu'ils se retirent en Poméranie, et les autres qu'ils se portent en avant , il est bon de savoir promptement à quoi s'en tenir.
• Je vous invite à envoyer par Lxibeck un officier intelligent avec l'ordre de s'adresser au premier général suédois venu, pour lui demander une explication, et de nous faire connaître positivement si les troupes suédoises sont neutres ou ennemies. Si elles sont aeutres , elles doivent rester dans la Poméranie suédoise.
« Cet officier aura une instruction basée d'après cette lettre. »
Ci-joint l'extrait de celle du major général.
« Vous ne commettrez aucun acte d'hostilité contre les Suédois, s'ils restent dans la Poméranie, et déclarent vouloir rester tranquilles. >
Vandamme chargea de la délicate mission auprès du prince royal de Suède un commissaire des guerres fort intelligent, M. de Richardot. Ce dernier essaya vainement d'arriver, jusqu'à Bernadolle, ii
ne put y réussir. Voici du reste le rapport fait par lui au général, et daté de Hambourg 42 Juin :
• Aussitôt que j'eus reçu les dépêches de Votre Excellence pour Son Altesse le prince royal de Suède, je partis le 8 juin à 10 heures du soir, dirigeant ma route sur Lubecket Traremunde ; j'avais d'abord conçu le projet de me rendre par mer directement à Stralsund ou à Rugen, mais connaissant toute Timportance de ma mission , et voulant en accélérer les effets , Tabsenoe absolue des vents me fit renoncer à ce premier projet ; les renseignements que j'avais recueillis que de nombreux détachements de cosaques rôdaient dans tous les environs de Lubeck, sur la route de Dessau à Gresmûhle, me donnèrent quelques inquié-^ tudes , mais n'arrêtèrent pas ma volonté. Je mis soigneusement à couvert mes deux missions secrètes, et ne gardant sur moi que celle qui couvrait ma mission et qui traitait d'un échange de prisonniers, je partis en côtoyant la mer, toujours me dirigeant sur Gresmiihle, où je savais trouver les troupes suédoises ; en effet, arrivé dans un village distant d'une lieue de Gresmûhle , je trouvai un poste qui me reconnut et me fit escorter à Gresmûhle, où je trouvai un assez grand nombre de troupes et plusieurs officiers qui, après une assez longue série de questions, me firent conduire chez le bourgmestre, à qui je .donnai connaissance^ ainsi qu'aux officiers , de l'objet de ma mission. Ces messieurs me signifièrent qu'ils avaient ordre
de ne laisser passer qui que ce fut sans y être aulorisés par le général qui commande en chef les troupes suédoises dans le Mecklembourg, dont le quartier général se trouve àWisraar ; je me décidai de suite à adresser à ce général la lettre dont j'ai rhonneur de mettre sous les veux de Monseigneur la copie ci-jointe sous le n^ 1.
- J 'étais arrivé à Gresmuhle avant trois heures. Je ne cessai d'être accompagné par des officiers qui se relevaient, successivement jusqu'à onze heures du soir, heure à laquelle arriva un oflîcier que le général envoya avec ordre de me conduire à son quartier général où , malgré la diligence possible, nous n'arrivâmes qu'à deux heures du matin. Je fus introduit de suite chez M. le général,
qui me reçut de la manière la plus affectueuse ;
l'ayant informé par ma lettre de l'objet de ma mission, je mis sous ses yeux la dépêche ostensible dont j'étais porteur pour Son Altesse Royale le prince de Suède ; nous eûmes un entretien à la suite duquel il me signifia qu'il regrettait beaucoup que ses instructions ne lui permissent pas de me laisser aller plus loin. Il me conseilla d'écrire au prince et de lui adresser ma dépêche, assurant qu'il la lui ferait parvenir de suite ; je cherchai à vaincre la rigueur de cet ordre en alléguant toutes les raisons que je crus propres à lui faire sentir le J)esoin et les bienfaits d'une libre communication entre les chefs et représentants des deux gouvernements; ce fut eu vain. Le général ï?e renferma
dans Tabsolu de Tordre qui ne lui laissait pas la liberté de l'interpréter. Forcé de renoncer à toute tentative prolongée, je me décidai alors à adresser (sous enveloppe) à Son Altesse le prince royal de Suède les trois dépêches dont vous m'avez chargé , Monseigneur, expliquant à Son Altesse que celle relative à l'échange n'était que le prétexte qui devait me favoriser l'accès de sa personne, que les deux autres lui donneraient facilement à connaître de quelle importance il eût été que j'aie été à même de transmettre à Son Altesse le prince royal les détails particuliers que j'étais chargé de lui communiquer de votre part, Monseigneur. Les difficultés insurmontables pour approcher la personne du prince royal, différents détails échappés au général, dans une conversation de près de trois heures, me confirment, Monseigneur, dans l'opinion que Son Altesse se trouve dans une situation très-difficile ; continuellement observé par les nombreux agents de ses alliés, par ses propres sujets, j'estime que les succès des armées de Sa Majesté l'Empereur sont seuls capables de rendre à Son Altesse une liberté d'exécution dont je ne la crois plus en possession. »
Bernadette répondit de Stralsund le 18 juin à Vandamme :
« Monsieur le lieutenant général comte Vandamme, j'ai reçu vos trois lettres du 7 de ce mois. Jusqu'ici les troupes sous mes ordres n'ont point fait de prisonniers sur l'armée française et d'après
les rapports que j'ai l'eçus, la Suède n a à réclamer que ceux faits par les Français lors de l'invasion de la Poméranie suédoise . Deux régiments <iui tenaient garnison dans cette province fui-enl désarmés et traités en ennemis au sein de la paix et contre la foi des traités les plus solennels. . La Poméranie ayant été réoccupée, les troupes suédoises se sont étendues et ont pris des positions en avant dans des pays amis; jusqu'à ce qu*enes reçoivent Tordre de faire des mouvements, elles ont celui de résister à toute attaque de la part des troupes ennemies ou étrangères qui voudraient franchir la ligne qu'elles occupent. Au reste l'armistice qui vient d'avoir lieu entre les puissances belligérantes à la suite des propositions faites par l'empereur Napoléon, a réglé qu'à dater hIu 8, à minuit, les armées respectives garderaient la ligne des avant-postes où elles se trouvaioat à cette époque, dans le nord de TAllemagne et ,8ur le bas Elbe.
« Quant aux relations politiques ^ votre caractère purement militaire ne me permet pas d en^ trer en discussion sur cet objet qui, d'ailleurs, regarde exclusivement nos gouvernements. La Suède a été attaquée et le roi mon souverain m'a confié le soin de la défendre.
« Je me rappelle avec une bien vive satisfaction, .monsieur le comte, le temps où nous combattions ensômble et les preuves d'attachement que vouf jn'ayez données seront toujours présentes à m
it3iiioire. Je vous renouvelle de bien bon cœur, assurance de la contiuualion des senlimenls que oiis me connaissez pour vous el pour les vôtres. >ui* ce, je prie Dieu, etc.
- Votre affectionné et ancien frère (l'armes.
« Charles- Jean. »
« Post-scriptam. Je vous prie de faire agréer il Madame mon hommage et mes civilités. »
Le lendemain du retour de M. de Richardot, la «ouvelle de l'armistice de Parschwitz fut apportée à. Hambourg et les négociations en restèrent là.
Cet armistice courait à dater du l®'juin 1818, mais de part et d'autre on croyait peu à une paix définitive... Napoléon, bien renseigné sur l'altitude de plue en plus menaçante de l'Autriche, voulait renforcer son armée et combiner des opérations nouvelles. Les alliés espéraient profiler du répit qui leur était accordé pour entraîner dans leurs rangs les puissances encore hésitantes.
Vers la fin du mois de juin,' Vandamme reçut l'ordre de se porter à Magdebourg. L'Empereur lui destinait un magnifique commandement, celui du 1'' corps, appelé à jouer un rôle des plus impoi^tants à la reprise des hostilités.
L'armée tout entière désignait le brave général
comme destiné à recevoir le premier bâton de ma-
r<îchal, juste et tardive récompense de ses services
de guerre et de ses hauts faits.
Le 1*^ juillet 1813, Napoléon signa les nouvel-
les lettres de service du général et fixa de la manière suivante la composition du l*** corps : 1**, 2*, 23* divisions, la l""* réunie à Dessau, les 2* et 23* à Magdebourg ; deux batteries légères, six batteries divisionnaires et deux de réserve, deux compagnies des équipages militaires. Ces troupes furent passées eu revue le 9 juillet à Dessau et à Magdebourg par TEmpereur parti de Dresde le 8. La division à Dessau était sous les ordres du général Philippon, celles à Magdebourg sous les ordres des généraux Dumonceau et Teste. Le 14, Vandamme reçut l'avis du major général qu*il devait : laisser la division Teste à Magdebourg, jusqu'à ce que la garnison de cette place importante fût complétée; appeler de Dessau à Wittemberg où elle formerait un camp baraqué, la division Philippon ; partir de sa personne pour se rendj-e en trois jours à Dessau avec la division Dumonceau et y établir son quartier général. Vandamme se trouva en outre chargé de garder toute la ligne de la rive droite de TElbe, depuis Magdebourg jusqu'à Luckau, où commençait le commandement du duc de Reggio. Une brigade du 3* corps de .cavalerie (duc de Padoue) lui fut prêtée pour fournir les postes sur la ligne. En vertu d'un nouvel ordre du major général, ce fut le corps polonais de Dombrowski que l'on envoya à Wittemberg. On le mit momentanément sous le commandement de Vandamme, auquel on donna également le 9' régiment de chevaux-légers.
Jusqu'à la dénonciation de Tarmislice, le général resta à Dessau, occupé de l'organisation de son corps d'armée, faisant tirer les hommes à la cible el ne perdant pas une minute pour que tout soit prêt le jour où Ton rentrerait en campagne.
A la fin de juillet, il reçut l'avis que le l^'" corps aurait probablement à opérer par Wittemberg. On lui recommandait de s'occuper de la formation du 9® lanciers, du régiment de cavalerie du prince de Dessau; on lui ordonnait de passer une grande revue le 5 août, et de faire célébrer avec pompe la fêle de l'Empereur le IQ au lieu du 15. La division Teste quitta Magdebourg pour se rapprocher de Dessau et vint à Gothen.
Lorsque les hostilités recommencèrent en août 1813, les armées belligérantes étaient dans la position suivante, sur les deux théâtres d'opérations. Au midi : 60,000 Autrichiens sous le général Hill, marchant contre le vice- roi qui se disposait à défendre l'entrée des provinces illyriennes avec 60,000 recrues'. 20,000 Autrichiens se portant sur rinn contre l'armée bavaroise,' de force égale, et paraissant vouloir résister.
• Au nord: L'armée autrichienne à Prague, (120,000 hommes — prince de Schwartzcnberg) ; Tarmée russo-prussienne à Schweidnitz (60,000 hommes — Wittgcnstein) ; l'armée de Silésie audelà de l'Oder (90,000 Russes et Prussiens — Blùcher) ; Tarmée du nord autour de Berlin (80,000 Russes, Prussiens, Suodois — Berna-
(lolle) ; la réserve du bas Elbe en face de Hambourg (20,000 Anglais et Allemands — Walmoden); l'armée russe sur la Vislule (60,000 hommes,— Benningsen). Total 430,000 combattants dont 100,000 cavaliers.
A ces masses formidables, Napoléon opposait seulement 340,000 hommes dont 40,000 cavaliers.
En première ligne sur la Katzbach le 3® corps, (Ney avec 36,000 hommes) ; le 5^ corps, (Lauriston avec 23,000 hommes) ; le 2° corps de cavalerie (Sébastiani avec 10,000 chevaux.)
En seconde ligne^ sur le Bober: le A^ corps (Bertrand avec 20,000 hommes); le 6* corps (Marmont et 15,000 hommes) ; le 11® corps (Nfacdonald avec 20,000 hommes).
En troisième ligne, sur la Neiss, le 7° corps (Heynier, 15,000 hommes); le 2® de cavalerie (Lalour-Maubourg, 12,000 cavaliers); le l**" corps (Vandammc, 30,000 hommes) ; le 2^ corps (Victor, 20,000 hommes); le 8® corps, (Poniatowski, .12,000 hommes) ; le 4® de cavalerie (Kellermann, et 6,000 cavaliers).
Ces quatre derniers corps, les 1*^', 2°, 8° et 4* de cavalerie, 60,000 combattants à peu près, étaient groupés autour de Zitlau. sur la fron-
lière de Bohême.
En quatrième Hgne, sur TEIbc à Torgau, le 1:2* corps (Oudinot 20,000 hommes); à Dresde, la garde (35,000 hommes). Dans le camp retranché de Pirna s'appuyaut, à gauche sur la capitale de
la Saxe mise en état de défense, et à droite sur la forteresse de Kœnigstein, le 14® corps (Saint-Cyr, 45,000 hommes); à Magdebourg (Girard avec un corps de 15,000 hommes) ; à Hambourg, Davout avec le 13® corps et les Danois (30,000 hommes). EnOn, en réserve, par échelons de TElbe au Rhin : le duc de Padoue (3® corps de cavalerie, /| r / ^ : 6,000 hommes) ; le général Michaud (5® corps de cavalerie, 5,000 hommes); Augeréau (15® corps avec 18,000 hommes).
L'armée sous les ordrfes immédiats de Napoléon, forte de 280,000 hommes, occupait la surface d'un triangle formé par l'Elbe, de Wittemberg à la Bohême, et par deux lignés tirées du confluent de l'Oder avec la Katzbach à Wittemberg et à Kœ-^ nigstein.
Le plan adopté par Napoléon était eelui-ci : Battre l'armée de Schwartzenberg, contenir les armées de Silésie et du Nord. Pour atteindre ce double but TEmpereur mit 100,000 hommes aux mains de Ney avec mission de retenir Bliicher au delà de l'Oder ; il en donna 70,000 à Ôudinot pour marcher sur Berlin; il chargea Gouvion Saint-Cyr d'arrêter les têtes de colonnes autri-^ chiennes aux débouchés de la Saxe, et se dis-" posa avec 120,000 hommes et sa garde, à descendre lui-même en Bohême par Lœbau et Zittau. Napoléon attachait une grande importance au mouvement sur Berlin que le duc de Reggio devait opérer, soutenu par le corps détaché de Mag-
dcbourg et de Witleniberg, aux ordres de T intrépide général Girard chargé de se lier avec T armée de Davout. Voici une lettre du 13 août adressée par le major général au prince d'Eckmûhl, qui relate tout le plan de l'Empereur.
« Le duc de Reggio, avec une armée de 80,000 hommes, composée de son corps (le 12®), du 4® commandé par le général Bertrand, du 7* commandé par le général Reynier et du 3® de cavalerie, commandé par le duc de Padoue, pari le 18 de Bayreutli, pour se porter sur Berlin; il y arrivera le 21 , s'il n'est pas retenu par des forces supérieures.
• Le général Girard avec 10 à 12,000 hommes débouche par Magdebourg le 18, pour pousser Tennemi devant lui, s'il n'y est pas en forces supérieures, ou le suivre aussitôt qu'il sera affaibli. Le général Girard, formant la partie active du corps de Magdebourg, ne doit point se laisser couper de la ligne ; son but est d'aider la réunion du duc de Reggio avec vous.
• L'intention de l'Empereur est qu'aussitôt que cela sera possible tout votre corps d'année doit se réunir sur la rive droite de l'Elbe, en a\'ant de Hambourg, avec les Danois, et après avoir laissé une garnison dans la place. Vous devez avoir un corps d'au moins 30,000 combattants.
« Si l'ennemi n'est pas devant vous en forces supérieures, attaquez-le, le 18, et le menez battant;.s'il est en forces snpérieures, non-seule-
ment par le nombre, mais encore par la cavalerie, faites des mouvements devant lui, inqiiiétez-Ie, suivez-le aussitôt qu'il sera affaibli. Votre principal but est de marcher entre la mer et Berlin, pour vous réunir au duc de Reggio, pousser les Suédois dans la mer, et enfin débloquer Stetlîn. Si vous pai'veuez à débloquer Stettin, il faut sur le champ en retirer les généraux inutiles, et réapprovisionner la place en prenant les blés qu'on pourra y trouver, de manière que la place puisse tenir jusqu'à la fin d'octobre.
« Vous trouverez ci-joint la liste des généraux qui ont le grand chiffre, et des généraux qui ont le petit chiffre. Je vous envoie copie du petit. Comme il est facile à copier, vous pourrez le donner aux généraux qui seraient détachés, en leur faisant sentir l'importance de ne pas le perdre, et de s'arranger de manière que, venant à être faits prisonniers, par exemple, le chiffre ne tombât pas au pouvoir de l'ennemi.
« L'Empereur porte aujourd'hui son quartier général à Bautzen. Le maréchal Saint-Gyr avec le 44® corps est à Pirna, à cheval sur le fleuve.
« Le i^^ corps (celui du général Vandamme) arrivera le 17 à Dresde.
« La déclaration de guerre de l'Autriche accroît le nombre de nos ennemis. Il est nécessaire que tous les pënéraux détachés fassent tout ce
qu'exigent et leur zèle pour le service de TEmpereur et la gloire des armes françaises.
« L'Empereur vous a envoyé le général de division Pécheux, qui est homme de mérite: il vous envoie un nouveau général de brigade. Le général Lemoine, avec six bataillons de la 6* division A/s, a ordre de prendre positioa à
Donnez-lui des nouvelles par toutes
les occasions.
» Vous recevrez cette lettre le 16. Il importe (jue vous me fassiez, connaître proraptement ce qui se passe devant vous , et ce que vous pourrez faire. »
Dans les combinaisons adoptées par Napoléon, lô l^*" corps était destiné à faire partie de l'armée sous son commandement immédiat. Vandamme reçut donc Tordre le 12 août de se rapprocher de Dresde. La 1^ division (Philîppon> y arriva le 17 à midi; la 2* division (Dumoiiceau), le 18; la 3® du. 1^ corps ou 22® de la grande armée (Teste) le 19.* La 2P brigade de cavalerie légère, le 20 août. Le corps de Dombrowski {•esta à Wittemberg.
Le 1*^' corps était bien organisé, avilit de Tarlillerie, mais il péchait- par la cavalerie; sa brigade légère formée du 9*^ de lanciers du régiment du duc dWnhalt était très-faible^ ce dernier régiment n'avait pas même ses armes.
Vandammc, sur un ordre pressant de l'Empereur, fut rendu de sa personne à Dresde, le IG à
B ieures du matin pour conférer avec Napoléon. Le lendemain, il dut faire les dispositions pour porter son quartier général à Bautzen, de façon à pouvoir au besoin et en quelques heures marcher sur Ziltau, au débouché des montagnes, sur Dresde, ou sur Kœnigstein, où il y avait un pont, au-dessous du camp de Pirna. Le 1®^ corps se trouva remplacer ainsi, vers le 20 août, le 14« de Saint-Cyr.
Dans une lettre datée du 17 août, adressée par Napoléon à Berthier, on trouve le passage suivant qui indique sa pensée :
a Vous leur ferez connaître que les mouvements de Tennemi ne sont pas encore clairs; que mon intention est que le général Vandamme soit prêt à se porter au camp d'Eckartsberg, à une demi-lieue derrière Zittau et où se trouve le prince Poniatowski, s'il arrivait que Tennemi se présentât de Bohème pour entrer en Saxe par le débouché de Zittau qui est le seul vraiment praticable, qui se trouve sur la rive droite; et que, dans ce cas la 42® division remplacerait celle du général Vandamme, pour surveiller Neustadt, et le débouché de Rumburg. Mais, si, au contraire, l'ennemi, avec de grandes forces, formait son opération sur ■ la rive gauche pour marcher sur Dresde, le général Vandamme devrait se porter, selon l'indication du maréchal Gouvion Saint-Cyr, ou surle campdo Kœnigstein, ou sur Dresde (ce qu'il peut faire en un jour), et la division de Bautzen qui serait la «• 31
plus éloignée, en un Jour et demi. Le maréchal Saint-Cyr réunirait ainsi dans le camp de Dresde plus de 60,000 hommes. Dans ce cas, le maréchal Saint-Cyr ne doit laisser dans la citadelle de Kœnigstein et dans Lilienstein, pour garder le pont et les batteries, en tout, que 2 ou 3 bataillons; que le général Vandamme doit donc placer ses troupes de manière à pouvoir se porter promptemenl sur Zittau et sur Dresde. C'est ce qui me porte à lui donner la direction d'une division à Bautzen, une à Neustadt, et une à mi-chemin de Dresde à Bautzen, et cela jusqu'à ce que les événements prennent un caractère décidé et que les mouvements de Tennemi soient plus connus. »
Le 20 août, l'Empereur fit en personne une reconnaissance en avant des montagnes de la Bohème, vers Gabel, sur le versant sud. Il revint ensuite le même jour à Zittau. Voyant que les Autrichiens, avec la lenteur qui caractérise toutes leurs opérations militaires, ne débouchaient pas, il pensa qu'il avait le temps de se porter au nord-est vers l'armée de Ney pour battre celle de Blùcher. En conséquence, voici les instructions qu'il expédia au major général et qui sont trèsnettes, très-formelles.
« Faites connaître au duc de Bellune que je pars pour Lauban, et de là je marcherai sur Lowenberg pour attaquer Tennemi. D'ici à cinq jours l'ennemi ne peut rien entreprendre du côté de Gabel, puisque le 18 il était à Schlan- Le prince
— «fil --
Poniatowski, commandant le 8*, et le comte de Valmy, commandant le 4® de cavalerie, sont sous ses ordres. Dites-lui que mon intention est qu'il engage tout son corps pour se maintenir à Gabel et rester maître du défilé et du col, malgré tous lôs efforts de Tennemi. 25,000 hommes qu'il a sous ses ordres sont capables de défendre le défilé plusieurs jours contre 100,000 hommes. Prévenez**-le que le général Vandamme, qui a quatre divisions, fait fortifier le col de Rumburg. Je lui donne ordre de le défendre à toute extrémité. Ces trois corps réunis forment plus de 50,000 hommes. Le maréchal Saint-Cyr àppuyera par sa gauche avec deux divisions, si le mouvement de Tennemi se prononçait en force de ce côté. Enfin, j'exige qu'il n'y ait aucune hésitation. 11 faut trois à quati^ë jours pour fortifier les hauteurs, les défilés, faire les abatis et même les redoutes (deux) et un pont sur le ruisseau. Il faut qu'il organise le terrain pour une vive résistance. Si on est obligé d'éva^ cuer les défilés, il faut défendre les hauteurs. J'ai ordonné ainsi ce qu'il fallait; il est à croiïe que lennemi n'osera pas entreprendre une lutte qui lui deviendrait funeste. Si cependant le cas arrivait, je reviendrai rapidement, j'attaquerai à mon tour l'ennemi. »
Dans la nouvelle combinaison de l'Empereur, le l*"^ corps était donc destiné à fortifier et à défendre à outrance le col et les passages de Rum«> burg, en seconde ligne du duc d^ Béllune chargé
des premiers défllés. Vandamme concentra ses troupes autour de Rumburg, de Gorgenthal et de Haimbach, sur la route de Gabel à Bautzen, et fit commencer la construction de deux redoutes sur deux mamelons dominant le col.
Au moment de quitter Zittau, Napoléon manda encore au major général (20 août 1813) :
a Mon cousin, écrivez au général Vandamme que je pars pour Lauban où j'arriverai ce soir; que j'arriverai demain à Lœvenberg ; qu'après demain 22, j'attaquerai l'armée ennemie, et qu'avec l'aide de Dieu je compte en avoir bon compte. Immédiatement après je reviendrai ici pour entrer en Bohême et marcher sur Prague. D'après tous mes calculs, l'ennemi ne peut être en forces sur Gabel et Rœhrsdorf, que dans cinq jours. Vous trouverez ci-joint les ordres que je donne au duc de Bellune ; je donne les mêmes au général Vandamme. Aussitôt qu'il saura que l'armée ennemie se dirige de ce côté-ci, il concentrera ses trois divisions et défendra les défilés et les montagnes jusqu'à toute extrémité. Avec la division de la garde il a plus de 35,000 hommes : avec le duc de Bellune et le 8* corps, il y a plus de 65,000 hommes. Dans des positions retranchées et préparées d'avance, il peut écraser l'ennemi et se défendre quatre ou cinq jours.
« Lorsque l'ennemi apprendra que j'ai été à Gabel, il marchera sur ce point avec toutes ses forces ; le maréchal Saint-Cyr pourra, avec deux
ou trois divisions, venir au secours du général ^^andamme. L'intention de l'Empereur est qu'on se batte jusqu'à extinction. Le général Vandamme devra employer les quatre ou cinq jours qu'il a devant lui pour bien organiser son champ de bataille, bien fortifier le col et que, dans les endroits où le défilé s'élargit, il établisse des abatis, redoutes, etc., détermine les emplacements de Tartillerie en bataille en s'attachant à se lier avec le duc de Bellune. Il verra la position de Gabel et tout le terrain qu'il doit défendre, et se mettra en mesure de donner à l'Empereur le temps d'arriver, après son expédition de Silésie. Il devra établir son quartier général au delà du col, dans quelques-unes des maisons qui en sont voisines pour être de plus près en communication avec le prince Poniatowski et le duc de Bellune.
« Le maréchal Saint-Cyr prendra part à l'offensive, en se portant sur sa droite.
«, Ecrivez au maréchal Saint-Cyr, en lui envoyant copie des instructions que j'adresse au général Vandamme et au duc de Bellune. Prévenez-le que je pars pour Lœvenberg, pour engager l'ennemi à une bataille, et s'il n'accepte pas, le poursuivre à toute extrémité. Il verra le rôle qu'il doit remplir. Je compte sur son zèle et ses talents militaires pour agir avec décision et vigueur, i
Vandamme était trop homme de guerre pour ne pas comprendre l'importance de la mission con-
fiée àtt l*' corps, pendant la présence de Napoléon au nord. Il s'empressa, dès son arrivée à Rumburg, de faire pousser une reconnaissance par la cavalerie Desnoueltes mise à sa disposition Rur la grande route de Prague jusqu'à Neuchloss. Ayant acquis la certitude par le rapport du général Desnoueltes que le prince de Schwartzenl>erg menaçait le maréchal Saint-Cyr, et ce dernier lui ayant fait connaître qu'il s'attendait à être attaqué le 23 août, il se mit à la disposition du maréchal et écrivit au major général qu'il était en mesure de faire face à toutes les éventualités. Si quelques jours plus tard, le maréchal Saiot - Cyr, mieux inspiré, eût agi à l'égard du 4*^' corps comme le commandant de ce corps agissait alors à l'égard du 14*, on eût évité la triste catastrophe de Kulm et le sort de la campagne eût été bien différent. Mais n'anticipons pas.
On travaillait sans relâche aux redoutes, batteries et abalis qui devaient défendre le col, et si l'ennemi s'était présenté du côté de Gabel, il eût été reçu vigoureusement.
Le maréchal Saint-Cyr ne s'était pas trompé ; les Autrichiens commencèrent dès le 22 au matin leur mouvement offensif contre le 14* corps. Ils avaient abandonne le camp de Neuchloss, ils se portèrent sur Pirna par Guieshubel.
L'ennemi ayant déployé des forces considérables, la. 43^ division qui défendait Guieshubelful obligée de l'abandonner. Le 14® corps battit enre-
traite en bon ordre sur Dresde et sur le camp de Lilienstein. Le 23 août, Saint-Cyr replia ses troupes jusque dans la place et en fit occuper les faubourgs et les routes par la 43® division (Claparède). La 44® division fut placée en avant et à gauche se prolongeant sur les bords du fleuve. La division de cavalerie Lhéritier couvrit la route de Pirna, la division Pajol celle de Freyberg. Le 24 et le 25 Tennemi continua à pousser les avantpostes el les grand'gardes ; le 26, toute l'armée autrichienne étant sous les murs de Dresde, le maréchal prit ses dispositions pour résister à une attaque imminente.
Gouvion Saint- Cyr avait prévenu le 21, à 41 heures du soir, Napoléon, qu'il allait être attaqué. L'Empereur venait de battre devant Bunzlau l'armée de Silésie. Il se hâta d'écrire directement à Vandamme de serrer, son corps sur Dresde en se portant sur Stolpen', après avoir laissé une arrière-garde pour masquer son mouvement rétrograde, jusqu'à ce que le prince Poniatowski l'eût remplacé dans sa position.
Le 23 août. Napoléon vint à Lcewenberg. Il fît dire au maréchal Ney de remettre le commandement de son corps au général Souham et de le joindre le 24 à Gôrlitz, ayant l'intention d'entrer en Bohême et voulant le charger de diriger cette opération. Le jour suivant, 24, il arriva à Baufczen et écrivit de là à 3 heures de l'après-midi à M. de Bassano.
« Monsieur le duc, j'ai reçu votre lettre à 11 heures; j'arrive maintenant à 3 heures après midi avec la garde. Le général Vandamme est à Stolpen et Neustadt. Toute l'armée sera demain à Stolpen. J'y aurai demain mon quartier général et plus tôt, si j'apprends des nouvelles de Dresde, de la journée d'aujourd'hui, qui nécessitent ma présence. Les gardes d'honneur ayant avec eux un bataillon d'infanterie et une batterie auraient pu prendre position à Meissen, pour assurer ce point important contre les cosaques. Toutefois, si cela n'est pas, on leur ordonnera de se porter sur Torgau ; et donner le même ordre au général Margallon; il a de l'infanterie, de la cavalerie et do l'artillerie. Je ne suppose pas que l'infanterie ennemie soit de sitôt à Leipzig. Il est probable qu'après demain, 26, j'attaquerai l'ennemi; que si le général Margallon est compromis, il doit se retirer à Torgau et communiquer avec moi par la rive droite. Je crois vous avoir mandé tout cela hier; de sorte que la fausse direction donnée aux gardes d'honneur aura été contremandée.
« Vos courriers sont fort, mal appris. Ils partent sans ordre. Donnez -leur des instructions pour qu'ils ne repartent plus, ni ne remettent des lettres à personne sans l'ordre du grand écuyer. Rendez - moi compte des mesures que j'ai ordonnées de s'emparer des maisons et de barricader les rues qui donnent sur les brèches.
Si elles sont exécutées, Dresde peut tenir plusieurs jours. Demain , à 2 heures après midi , 40.000 hommes pourront entrer dans Dresde; mais si toutes les mesures sont prises, que les redoutes soient armées et que les troupes soient bien disposées, il n'y a rien à craindre, et alors je préférerai faire déboucher les 40,000 hommes par Kœnigstein; et je déboucherai sur la rive ennemie par Kœnigstein. »
Les intentions de l'Empereur paraissent au grand jour, dans cette lettre. Il est prêt : soit à concentrer ses forces à Dresde, si Dresde et Saint -Cyr sont menacés sérieusement; soit à passer l'Elbe à Kœnigstein pour se porter en Bohême sur le flanc de l'armée autrichienne, si Dresde n'est pas menacé. Afin de tout prévoir, Napoléon écrivit . au prince Poniatowski d'avoir à remplacer Vandamme à Gabel et à Gorgenthal, et lui ordonne de défendre ces deux défilés avec la dernière vigueur.
« Les Autrichiens n'ont pas là des forces supérieures aux vôtres, dit-il au prince. Comportezvous selon les circonstances. Il est nécessaire que l'ennemi ignore le plus longtemps possible le mouvement que font nos troupes, parce que lorsque ses propres mouvements deviendront plus clairs, si leur armée se trouvait loin, l'Empereur pourrait opérer sur Prague et rebrousser chemin sûr vous. Si, au contraire, l'armée autrichienne prête à . des combinaisons, l'Empereur tombera
dessus, et s'il a l'avantage, il entrera en Bohême, en vous faisant soutenir par un corps d'armée sur les deux rives. Il est donc important de garder les deux cols. Le quartier général de l'Empereur sera aujourd'hui à Bautzen. Ayez soin de m'écrire tous les jours. Le duc de Tarente est resté commandant de l'armée qui est sur le Bober, laquelle est forte de 120,000 hommes. Écrivez-lui tout ce que vous apprendrez de nouveau. Les officiers que vous chargerez de vos dépêches passeront par Lauban. J'ai reçu une lettre du duc de Reggîo, il comptait entrer aujourd'hui à Berlin. »
Vandamme mit en mouvement, le 24 août, le t*' corps et deux divisions de la jeune garde placées sous son commandement. La division Teste occupa Stolpen ; le même jour, la division Dumonceau vint à Neustadt avec la réserve d'artillerie ; la division Phîlippon gagna Schlukenau. La cavalerie légère, un bataillon et une demi-batterie restèrent en extrême arrière-garde pour attendre les troupes du 8® corps (Poniatowski) .
Le 25 , le mouvement sur Dresde continua, Vandamme écrivit à Berthier de Hainsbach, à 4 heures du soir :
« Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse que je reçois à l'instant l'avis que me fait donner M. le maréchal Saint-Gyr, que l'ennemi s'approche de Dresde avec cent mille hommes et de l'artillerie de siège. D'après cet avis, j'ai donné des ordres pour que le l®"" corps
et les 2*^ et 3* divisions de la garde se rapprochent ce soir autant que possible de Dresde. La iellre qui m'annonce la marche de Tennemi est datée du 23, à 6 heures i/îi du soir et ne me parvient cpi'à l'instant.
« La 23® division avec huit bataillons sera ce soir entre Stolpen et Dresde. Elle envoie six bataillons au camp de Lilienstein sous Kœnîgstein, d'après les ordres de M. le maréchal Saint-Cyr. La 2* division avec treize bataillons (en ayant un à Baulzen) sera également ce soir en avant de Stolpen. La l^ division s'avancera sur Neustadt, pour être demain matin près de Dresde. Enfin, les deux divisions de la garde , la 2® d'infanterie et la 3* de cavalerie prendront position ce soir entre Stolpen et Dresde, pour arriver demain matin aux portes de cette ville.
* P. S. — Je reçois à l'instant l'avis de Son Excellence le duc de Bassano que Tennemi est auprès de Dresde et que ses feux couronnent les hauteurs. Cet avis est également daté du 23 au soir et me parvient par un courrier autrichien venant de Bohmisch-Leypa. Je ne puis concevoir ce qui a pu occasionner le retard et la marche de celte dépêche. »
L'Empereur, dans la journée du 25, et en raison des nouvelles qu'il reçut de l'ennemi et de Dresde, modifia ses projets. Il résolut de faire déboucher Vandamme par Kœnigstein sur Pirna, de le jeter sur Hollendorf avec tout son corps d'armée aug-
mente de la 42* division (Berlhezène)^ de façon à le placer sur les communications de Tennemi, qui se trouverait ainsi coupé de ses lignes de retraite.
Les instructions de TEmpereur sont contenues dans la dépêche suivante écrite de Stolpen le 25, à 3 heures 1/2 de l'après-midi, et portée à Vandamme par TofQcier d'ordonnance Athalin, lequel quitta Napoléon à 6 heures du soir :
• Une division de votre corps d'armée est à Neustadt, une à Stolpen et six bataillons sont déjà rendus au camp de Lilienstein. Vous avez donc trente-quatre bataillons dans la main. La 42® division doit avoir au moins douze bataillons si elle n'a pas ses quatorze bataillons. Elle sera sous vos ordres. Vous aurez donc quarante-six bataillons réunis sous le fort de Kœnigstein.
« Vous expédierez tous vos ordres pour demain. Â la petite pointe du jour, tout se mettra en marche. Si vous pouvez faire arriver vos sapeurs avant. la nuit, faites-les venir. Donnez , ordre à la dernière compagnie, qui est détachée. pour le service du camp, de couper des fascines pour rendre plus faciles les chemins que la pluie aurait gâtés.
« Cette nuit, vous ordonnerez à la 42* division et aux six bataillons de la division Teste, ce qui fera dix-huit bataillons, avec la batterie d'artillerie de la 42® division et la batterie de la brigade Teste, si cette brigade a amené avec elle sa batterie, de monter sur le plateau et de se ranger en bataille dans le plus grand silence derrière Kœ-
ligstein, de manière à pouvoir, au point du jour, 5 y trouver en bataille avec leurs canons.
< Si la brigade de la division Teste n*a pas sa batterie, les douze bataillons de la 42® division n'auront plus qu'une batterie, ce qui ne sera pas suffisant. Vous aurez soin alors d'ordonner à vos deux batteries d'artillerie légère, ou à la batterie ({ue vous aurez le plus près , de se porter dans la nuit sur le plateau, de manière à y être à la pointe du jour. J'estime qu'il faut au général Berthezène vingt-quatre pièces de canon environ.
• Vous y ferez venir votre cavalerie légère , de manière qu'elle soit à la pointe du jour au camp de Kœnigstein et vous aurez ainsi dans la main une avant-garde de 10 à 12,000 hommes placés sur le plateau •
c 11 serait nécessaire que ce soir vous fissiez chasser toutes les vedettes ennemies pour qu'elles ne puissent pas voir les camps ni ce qui se fait.
«Demain, au jour, aussitôt que le brouillard sera dissipé , cette avant-garde s'emparera de tout le plateau de Pirna.
« Votre division de Neustadt, qui est la plus près, arrivera la première et se formera sur le plateau de Kœnigstein. Votre seconde division arrivera immédiatement après et vous ferez les dispositions suivantes :
« Vous dirigerez le général Berthezène avec la 42® division et la brigade Teste et vingtquatre pièces de canon sur Pirna, dont il s'em-
parera en rcslaiil sur les hauteurs. Vous^ aveo vos deux divisions, aussitôt que vous serez assuré que l'enuemi a*ést pas en mesure de disputer le camp ni la ville de Pirna aux dix-huit bataillons du général Berthezène, vous vous por« terez, en prenant une position militaire, sur Lanyenhersdorf.
« Il sera convenable de faire monter le plus tôt possible une batterie de 12, afin de l'envoyer au général Berthezène, s il en a besoin pour contrebattre les pièces que l'ennemi pourrait établir sur le Kohlberg.
« L équipage de pont sera arrivé à midi visà-vis Pirna avec les huit autres bataillons de la division Teste auxquels j'adresse des ordres directement. En une heure ou deux , nous jetterons le pont et je ferai occuper les hauteurs de Pirna par la division de la jeune garde. Aussitôt le général Teste, avec les huit bataillons qu'il aura amenés avec lui et les six bataillons qu'il trouvera avec le général Berthezène réunira sa division, viendra vous joindre par un mouvement à gauche, de sorte que vous aurez dans la main vos divisions avant 4 ou 5 heures de l'après-midi.
« Le camp de Pirna sera donc dès lors occupé, la droite à Pirna par 40,000 hommes d'infanterie de la garde et 8 à 10,000 hommes de cavalerie ; la gauche par votre corps d'armée. Si alors les renseignements que Ton 9ura reçus donnent ^
penser que vous puissiez vous porter de Bahra et Hellendorf pour vous emparer des défilés et tomber sur les derrières de l'ennemi , vous le ferez et je vous ferai soutenir par la jeunû garde.
« Je donne ordre au général Gorbineau de partir à 5 heures du matin avec sa division de cavalerie légère pour venir vous joindre. Il a 4,000 hommes et une batterie d'artillerie. Il sera utile pour occuper tout le plateau.
« Vous aurez soin de vous informer auprès des ingénieurs saxons de tous les principaux débouchés du camp de Pirna qu'il faut garder par des postes : ces postes seront successivement relevés par la jeune garde lorsqu'elle débouchera à Pirna.
« Il sera nécessaire que vos sapeurs avec leurs pioches soient à la tète des colonnes pour élargir le chemin et abattre les bois dans les défilés, depuis Bahra jusqu'à Hellendorf.
« Demain au soir le reste de l'armée arrive et débouche, un corps par Koenigstein, et l'autre parPi>fla.
« Veillez à ce que les bagages, les fourgons d'équipages militaires et toutes les voitures quelconques restent sous la protection des redoutes de Hohenstein. Laissez*y la brigade du général prince de Reuss, qui arrivera de bonne heure demain à Hohenstein.
«La 42* division a, je crois, six bataillons entre
Dresde et Kœnigstein ; j'ai ordonné au général Lefebvre-Desnouettes de les faire relever par la jeune garde ; je suppose que c'est fait et que ce soir toute la division Berthezène sera réunie au camp.
« Je vous envoie mon officier d'ordonnance Âthalin qui connaît ces routes. Je vous envoie avec lui un ingénieur géographe qui a servi la Saxe et connaît également le pays. Prenez aussi dans la citadelle des ingénieurs saxons qui connaissent parfaitement le pays et prenez des Prussiens pour vous conduire. >
Dans la nuit du 25 au 26, Napoléon écrivit de nouveau à Vandamme :
« Je vous ai fait connaître hier mes instructions.^ Toute l'armée ennemie hier, à la nuit, s'est présentée sur Dresde, et le maréchal Sainl- Gyr craignait d'être attaqué aujourd'hui ; je m'y porte, mais cela est une probabilité de plus pour penser que les forces qui sont contre vous sont bien peu considérables. Débouchez donc le plus tôt possible et emparez-vous du plateau. Maître de l'extrémité de ce plateau, vous le serez de la ville de Pirna et alors vous y ferez jeter le pont. Enfin, si les circonstances sont favorables, débouchez pour vous porter sur Hellendorf. Cette opération portera la terreur chez l'ennemi et peut être d'un grand résultat.
« Laissez deux bataillons d'infanterie et une brigade de cavalerie pour garder les redoutes
ée Hoheiisleiii et de Lilienstein. La cavalerie ballra les débouchés de Neustadt pour mettre le pays à l'abri des incursions.
« Il est convenable pour faire une diversion sur Dresde, que vous débouchiez le plus tôt possible et^aiTespoir que, pendant la journée, vous vous trouverez sur les derrières de l'ennemi et que vous aurez écrasé la division qu'on a placée làpour vous observer. »
Ainsi donc, Vandamme, depuis la reprise des hostilités, s'était porté avec le 4*^^ corps sur Dresde, puis sur les débouchés des défilés. Il s'était ensuite rapproché de la capitale de la Saxe et, au moment d'y entrer, il avait été envoyé sur Pirna pour marcher sur Hellendorf et se placer à cheval sur les lignes de retraite de l'armée de Schwartzemberg, de façon à couper cette armée en pleine opération sur Dresde. L'Empereur ne' croyait pas encore^ le 26 août, à une attaque sérieuse sur la ville, car, ce jour-là, il écrivit à Bertfaier :
« Le général Vandamme sera prévenu que len- Hemi s'étant rapproché le soir de Dresde et ayant Tair de menacer d'une attaque pour aujourd'hui,. quelque peu probable que cela soit, l'Empereur a jugé convenable de s'y porter. Sa Majesté ordonne que conformément à ses intentions d'hier, te général Vandamme prenne le commandement de la 1^*^ et de la 2*^ division, de la brigade de lar 28^ division qui est au camp de Kœnisglein (l'au-
Ire brigade, sous lesordtes du général Teste, reçoil directement de moi l'ordre de se rendre à Dresde); de toute la 42® division ( Berthezène ) ; de la brigade du prince de Reuss, composée de 6 bataillons du 2^ corps. Le général Vandamme aura donc sous ses ordres 52 bataillons d'infanterie, plus la cavalerie légère, et la division Corbineau qui est forte de 4,000 chevaux.
• Avec ces troupes, le général Vandamme doit s'emparer de tout le plateau du camp de Pima, occuper Pirna, et couper la route de Tennemi, aujourd'hui, ou au plus tard demain, sur Hellendorf et Gieshûbel, dans le temps que l'armée qui déboucherait par Dresde pousserait vivement Tennemi.
« L'équipage de pont sera aux ordres du général Vandamme. Il sera à une heure après midi au village de Mulhdorf ou à Lohmen, et aussitôt que le général Vandamme sera maître de Pirna, il pourra faire jeter le pont.
« Prévenez le général Vandamme que le général Lefebvre-Desnouettes, avec la colonne de cavalerie légère de la garde, garnira tous les postes depuis Pirna jusqu'à Dresde. »
Le 26 août, Vandamme commença son mouvement. Pendant qu'il l'efTectuait avec sa vigueur habituelle, le maréchal Saint-Cyr, attaqué mollement dans Dresde, par un temps affreux, résistait et se préparait à la journée du lendemain, sûr alors que l'Empereur en personne, avec sa garde.
viendrait au moment décisif le secourir et diriger les opérations.
Le rôle de Vandamme avait changé. Il n'avait plus à aider FEmpereur à battre Tennemi à Dresde, mais à se placer sur les lignes de retraite, à le couper, et à changer sa retraite en désastre. Ainsi donc, tandis que Napoléon battait complètement devant la capitale de la Saxe, le 27 août, l'armée de Schwartzemberg, Vandamme s*emparait de vive force du camp de Pirna, malgré la résistance du général russe Ostermann et du prince de Wurtemberg et occupait cette position.
Le 28 août, il écrivit à Berlhier à 10 heures du matin, de Pirna :
* Monseigneur, il ne s'est rien passé d'extraordinaire, cette nuit, à portée de nos positions.
« Le général Corbineau ne s'était pas encore rendu maître de Gieshûbel hier au soir. Il marche avec une partie de sa division pour opérer avec le général Philippon, à qui j'avais prescrit de s'approcher le plus possible de ce poste important et de l'emporter s'il n'était pas trop occupé. Le général Philippon ne m'a fait aucun rapport hier dans la journée ni la nuit dernière. Ce matin j'ai envoyé un officier supérieur pour reconnaître ce que Ton a fait, et ce que l'on pourrait faire sur ce point essentiel. J'ai prescrit au général Philippon de faire tous ses efforts pour intercepter la route de Bohème qui arrive sur Peterswalde.
• Ce matin je mets toutes mes troupes en mouvc-
— »00 — ment pour prendre les positions qu'il couvieirl d'occuper sur les bords du plateau de Pirna. J'a[»puie ma droite à cette ville, couvrant le pont sur TElbe et ma gauche à Krifschwitz. Par ce moyen je serai prêt à me porter partout et à seconder les mouvements des généraux Philippon et Gorbineau. Je vais moi-même me rendre près de ces généraux pour connaître leur situation et donner les ordres que je croirai utiles au service de TEmpereur.
« J'ai fait passer sur*la rive gauche la 2® brigade de la 42® division afin de la réunir sous les ordres du général Duvernet.
« J'avais interrompu ce rapport, Monseigneur, pour aller faire une reconnaissance de ma position. Je rentre actuellement et je vois que l'ennemi fait filer beaucoup de troupes du côté de la Bohême, et paraissant venir de devant Dresde, J'ai vu passer^ il y a une heure, 5 à 6,000 hommes et un convoi considérable que je crois être en partie de rartillerie.
« Il paraît certain que l'ennemi occupe en forces Hellendorf et Gieshûbel. Des masses assez considérables s'y réunissent depuis que l'ennemi a connaissance des positions du l^^ corps. J'estime à 25,000 hommes ce que j'ai devant moi à une distance rapprochée et je vois ces forces s'accroître à chaque heure par celles qui se retirent devant l'Empereur. Votre Altesse sait que je n'ai point de pièces de 12; que mon parc de réserve esta
Dresde avec le général Baltus qui commande l'artillerie et même une compagnie à cheval. Je n'ai point, par conséquent, les forces qui m'ont été désignées. Il serait bien nécessaire que le général commandant mon artillerie revînt ici avec une portion de ma batterie de 12.
« Le général Pires m'annonce à Tinstanl que le général Gorbineau lui a donné Tordre de se rendre avec sa brigade vers Dresde, danâ la batterie n^ 4. Quoique ce mouvement dont je n'ai point été instruit m'affaiblisse, lorsque j'aurais besoin d'être renforcé, je le fais exécuter. »
L'Empereur ayant remporté la victoire décisive de Dresde le 27 août, donna dès le lendemain matin 28 les ordres nécessaires pour la poursuite de l'ennemi. Vandamme, en position, et occupant les premiers défilés de la Bohême par lesquels les vaincus se retiraient, devait, selon toute probabilité, compléter le désastre des aUiës.
Afin de rendre ce désastre plus terrible, Napoléon fit écrire le 28> à 4 heures du matin^ au général Baltus commandant Tartillerie de Vandamme, de mettre en marche à l'instant les réserves* de douze du l^** corps gardées à Dresde, et de les diriger sur la position occupée par lé général,
A 6 heures du malin, il écrivit à Berthier les deux lettres suivantes, contenant des instructions j pour Sainl-Cyr et pour Mortier r • * Mon cousin, donnez ordre au maréchal Saint- ' Cvr, de marcher sur Dohna. Il se mettra sur la
hauteur, et suivra, sur les hauteurs, la retraite de rennemî, en passant entre Dohna et la plaine.
« Le duçjie Trévise suivra sur la grande roule. 1 1 « Aussitôt que la jonction sera faite avec le général Vandamme, le maréchal Sainl-Cyr continuera sa route pour se porter, avec son corps el celui du général Vandamme^ sur GieshûbeU
« Le duc de Trévise prendra position sur Pirna. Du reste, je m*y rendrai moi-même aussitôt que je saurai que le mouvement est commencé. Il est nécessaire qu'en marchant sur Dobna, toutes ces ' colonnes soient en plaiiïe, aOn d'être toujours en .vue du duc de Trévise.
« Ecrivez au général Vaiidamme pour Tin- ;8tri}ire du mouvement el de la retraite de lennemi. * ,30,000 hommes, 40 pièces de canon et plusieurs généraux ont été pris ; instruisez-le de la marche du maréchal Saint-Cyr et du duc de Trévise sur Dohna et Pirna. Aussitôt que la réunion .sera faite, il formera tout son corps sur les baul teurs de Gieshûbel el de Hellendorf.
• Je vais me rendre sur le chemin de Pinia.
• Écrit devant Dresde^ ce 28 août 4843. *
• Mon cousin, donnez ordre au roi de Naples de se porter sur Fraueustein, et de tomber
. sur les flancs et les denières de l'ennemi, et de
!, réunir, à cet effet, sa cavalerie, son infanterie et
! son artillerie. — Donnez ordre au duc de Ragusç
de suivre vivement lennemi sur Dippodiswaldc,
et dans toutes les directions qu'il aurait prises. —
Donnez ordre au maréchal Saint-Cyr de suivre i'ennemi sur Maxen et sur toutes les directions qu*il aurait prises. Instruisez ces trois généraux delaposition respective des deux autres, afin qu'ils sachent qu'ils se soutiennent réciproquement. •
Selon son habitude Berthier, envoya les ordres de l'Empereur. Ses lettres aux maréchaux, étant la paraphrase de celles de Napoléon, nous croyons inutile de les reproduire.
Les dépêches partirent à 8 heures du matin, en ] même temps que la suivante écrite par le major j général à Vandamme. Elles sont de la plus haute | importance pour expliquer la suite des événe- . ments.
• Monsieur le général Vandamme, je vous pré- ! viens que je donne Tordre à M. le maréchal Saint- : Cyrde marcher sur Dohna. Il se zzieWra sur les hauteurs et suivra sur les hauteurs la retraite de l'en- ; nemi en passant par Dohna et la plaine ; le duc de ^ Trévise suivra la grande route. Aussitôt que la \ jonction sera faite avec vous, vous formerez tout ; votre corps sur les hauteurs de Gieshûbel et de j Hellendorf et continuerez votre route avec le ' 14* corps pour vous porter sur Berg-Gieshixbel. Le duc de Trévise prendra position sur Pima. Au reste, Sa Ms^esté s'y rendra elle-même, aussitôt qu'elle saura le mouvement corn-mencé, »
Ainsi, voilà qui est positif :
Vandamme avec le 4®' corps, en position à
Pirna, doit aClendre que Sainl-Gyr, marchant par Dohna, ait opéré sa jonction avec lui, et que Merlier Tait remplacé à Pirna. Il se mettra alors aux
(trousses de l'ennemi et l'Empereur dirigera lur-
.' même le mouvement général.
Mais à 4 heures du soir, ce même jour, 28 aoùl, les choses sont modifiées. Berthier écrit au géné^ rai la lettre suivante :
« A une lieue de Fyrna^ le âS août à 4 h. après midi*
• Monsieur le général Vandamme, l'Empereur ordonne que vous vous dirigiez sur Peterswalde -avec tout votre corps d'armée, ta divrsion Gorbineau, la 42® division, et enfin avec la brigade du 2® corps que commande le général prince de Reuss, ce qui vous fera 48 bataillons d'augmentation.
« Pirna sera gardé par les troupes du duc de Trévise qui arrivent ce soir à Pirna. Ce maréchal a aussi l'ordre de relever vos postes du camp de Lilienstein.
« Le général Baltus, avec votre batterie de 12 et votre parc, arrive ce soir à Pirna, envoyezle chercher ; F Empereur désire que vous réunissiez toutes les forces qùfilmet à votre disposition et qu'avec elles vous pénétriez en Bo^ hême, et culbutiez le prince de Wurtemberg s'il voulait s'y opposer.
« L'ennemi que nous avons battu paraît se relijer sur Altemberg, Sa Majesté pense que vous
pourriez arriver avant lui sur la communication de Teschen, Aussig et Tœplitz et par là prendre ses équipages, ses ambulances, ses bagages et enfin tout ce qui marche derrière une armée. L'Empereur ordonne qu'on lève le pont de bateaux devant Pirna, afin de pouvoir en jeter un à Teschen. »
Ce nouvel ordre panient à Vandamme vers les 5 heures. Il n*est plus question pour le général d'attendre Saint -Gvr et Mortier, il doit réunir tout le l^*" corps et marcher sur Peterswalde, vers le sud.
Vandamme, en présence d'un ordre aussi formel, aussi positif, n'a qu'à obéir, et nullement à s'inquiéter de savoir s'il est couvert sur ses flancs. C'est l'affaire de l'Empereur qui dirige lui-même tout le mouvement. Le soir, à 8 heures et demie, il est déjà à moitié chemin de Pirna à Pelerswalde, à Hellendorf, et de là écrit à Berthier :
• Monseigneur, nous sommes arrivés à Hellendorf. L'ennemi a fait de vains efforts contre nos Jeunes braves, il a été partout culbuté et mis en pleine déroute. Nous avons pris un canon avec son caisson. Les canonniers ont été tués sur leurs pièces. J'ai environ quatre à cinq mille hommes -devant moi. Je les attaque demain à la pointe du jour et je marche sur Tœplitz avec tout le 1^' corps, si je ne reçois pas d'ordre contraire. Toutes mes 4roupcs se sont parfaitement conduites cl ont n- A^alisé de zèle et d'ardeur. Nous avons un assez
— ÎW6 -
bon noinbi*e de prisouniers parmi lesquels se trouvent quelques officiers. L'ennemi a eu beaucoup de blessés et a laissé une assez grande quantité de morts sur le champ de bataille. >
Le duc de Raguse fit connaitre le soir à Ber- Ihier qu'étant arrivé sur les hauteurs de Wendischcarsdorf il avait découvert des masses se retirant par Dippoldiswalde sur Tœplitz, qui semblait le point de concentration générale.
Les choses en étaient là, tout paraissait en bonne voie pour rendre désastreuse la retraite de la grande armée alliée, lorsque deux circonstances imprévues vinrent tout changer.
Après la bataille de Dresde, le gros des Russes sous Barclay de ToUy s'était retiré à la suite d'Ostennann par la roule de Péterswalde avec mission (le la rouvrir de vive force, si elle était occupée par Vandamme. Les Prussiens et une partie des Autrichiens avaient pris la route d'Altemberg, Zinnwald et Tœplilz, à Touest de celle de Péterswalde. Le reste de l'armée autrichienne avait ordre de gagner le grand chemin de Leipzig à Prague, par la chaussée de Freyberg, encore plus à l'ouest, pour se rabattre ensuite sur Commotan, au débouché des montagnes.
La retraite des alliés commença en effet à s'ef- .fectuer, comme nous venons de le dire; mais le 28, Barclay de ToUy, craignant de rencontrer des obstacles trop considérables sur la roule de Péterswalde, changea toul à coup de direction et se porta
à louest sur Alleniberg. Il fit dire à Ostermann de se replier sur lui, et de laisser le prince Eugène continuer seul à marcher par la route de Péters- \valde. Ces dispositions furent la cause d'une vive discussion entre le général russe et le prince wurtembergeois. Ce dernier, aux prises avec Vandamme, ne voulait pas se trouver seul en face de son redoutable adversaire, disant avec raison que le commandant du 1®' corps français, s'il parvenait à gagner Tœplitz, serait maître des débouchés sur la Bohême. Ostermann, de son côté, résistait. Cependant il finit par se décider à suivre la même route que le prince et à joindre ses efforts aux siens, pour devancer Vandamme au débouché de Tœplitz.
Le 28 août, Ostermann et le prince de Wurtemberg continuèrent leur retraite. Ils ne furent poursuivis que le soir par le 1®^ corps, attendu que l'Empereur avait d abord prescrit à Vandamme d'attendre à Pirna le double mouvement de Saint- Cyr et de Mortier, et que ce fut le soir à 5 heures seulement qu'on écrivit au général de marcher sur Péterswalde. Ils purent donc s'échapper par la • rampe de Gieshûbel et gagner la route de Péterswalde.
On ne saurait en conséquence attribuer à Vandamme le passage des deux généraux ennemis. Us ne gagnèrent la route de Péterswalde que par suite de l'ordre envové le 28 au malin à Van-
damme d'attendre l'arrivée des corps de Saint-
Cvr venant de l'ouest et de Mortier venant du nord. Que Ton n'oublie pas encore une fois que VandammereçulleSS, à cinq heures du soir, Tordre, qu'il exécuta de suite, de se porter avec le l^"" corps sur Péterswalde; qu'on n'oublie pas que cet ordre fut exécuté si rapidement qu'à 8 heures et demie le général écrivait de Hellendorf au major-général pour l'informer de son succès. Mais dans la journée Ostermann et le prince de Wurtemberg avaient pu gagner Péterswalde. Ils s\menl donc devancé le 1®' corps sur la route de Kulm et de Tœplitz (1).
Le 28 août, tandis que le prince de Wurtemberg et Ostermann se portaient sur Hellendorf et Péterswalde, tandis que Barclay de Tolly et la masse des coalisés se jetaient à l'ouest sur Altemberg, l'Empereur, des hauteurs de Dresde, voyant le mouvement général transversal et craignant que Marmont ne fut pas assez fort, ordonna lui-même de vive voix à Saint-Cvr de se rabattre à l'ouest de
(1) M. Thicrs dit ({ue les deux généraux ennemis eurent, ce bonheur parce que Vandamme avait eu de la peine a traîner son artillerie, à cause du mauvais temps, et que le 28, au matin, il avait été surpris par Tapparition des Russes, etc. (page 323» volume IG). C'est là une erreur.
Vandamme avait obéi le 28 aux ordres de TEmpereur, comme il obéit le 29, comme il obéit le 30. Si on ne lui avait pas prescrit d'attendre sa jonction avec le 14* corps, si le maréchal Saint-Cyr eût été lancé un peu plus tôt à la poursuite des Alliés, ni Ostermann ni le prince de Wurtemberg, selon ïonïe apparence,, n'eussent pu gagner Hellendorf, car la loule eût été barrée par le i'*'^ corps.
Dohnasur Maxen pour soutenir le duc de Haguse, moditiaut ainsi ses premières instructions, eu vertu desquelles Saint-Cyr devait rallier Vaudamine. Napoléon se porta ensuite vers Pirna* Arrivé sur ce point, vers les 4 heures et demie du soir (ainsi que cela résulte de la dépêche du major général à Vandamme), il prit un léger repas, ressentit quelques douleurs d'entrailles et reçut des dépêches lui annonçant les revers du duc de Reggio du côlé de Berlin. Ces différents motifs le décidèrent à rentrer à Dresde. D'ailleurs, il venait d'apprendre que la colonne prince de Wurtemberg et Ostermann était parvenue à gagner la route de Péterswalde, et dès lors Vandamme n'avait plus à la couper , mais à la suivre vigoureusement.
L'abandon de la direction générale du mouvement de poursuite par l'Empereur à ses lieutenants fut un grand malheur. Les événements se pressaient, Napoléon ne pouvait donner des instructions qu'après avoir reçu les dépêches de ses lieutenants, et lorsqu'il avait expédié un ordre, il était la plupart du temps trop tard, tandis que s'il eut été sur le terrain, il eût donné ses instructions en temps opportun.
Le 29 août, dans la journée, Marmoat eut une affaire brillante à Falkenheim, entre Dippodiswalde et Altemberg, et rendit compte que l'en- • nemi continuant à marcher dans cette dernière . direction, il se mettrait en mouvement le lende-
main, de grand malin, pour le harceler. Sainl- Cyr de son côté rendit compte également, le 29 au soir, que Tennemi avait abandonné dans la nuit du 28 au 29 la position de Maxen, qu'il Tavait fait poursuivre par la cavalerie du général Pajol, et que toutes les colonnes des alliés paraissaient se retirer par la mauvaise route d'Altemberg, défilé continuel où il avait laissé le duc de Raguse passer le premier, deux corps ne pouvant s*y engager ensemble.
Tandis que les 6® et 14® corps poursuivaient les alliés en retraite par la route d'Altemberg/ que devenait le l*"" corps? Il continuait à pousser les colonnes Ostermann et Wurtemberg, sur Péterswalde et Tœplitz, comme il en avait reçu l'ordre, sans s'inquiéter de ses flancs et de ses derrières, ainsi que cela lui avait été prescrit d'une manière formelle.
Le 30 au malin de nouveaux ordres furent expédiés de rétat-major général à Dresde, pour les maréchaux Saint-Gyr et Mortier. Le premier reçut cçlui de laisser Marmont suivrj Tennemi sur Altemberg, et de chercher un chemin pour venir appuyer le 1^' corps ; le duc de Trévise dut, avec les divisions Lefebvre-Desnouettes, Roguet et Decouz, soutenir au besoin Vandamme. La dépêche se terminait ainsi : « Envoyez un officier auprès du général Vandamme pour voir ce qui s'y |>asse et que cet officier revienne sur le champ. •
[I était trop tard, comme on le verra. Voici ce qui avait motivé ces instructions nouvelles.
Dans le principe l'Empereur avait espéré que le 1*' corps réuni au 14®, soutenu par celui du duc de Trévise, pourrait barrer la route de Pétersi^'alde par laquelle les alliés battus devant Dresde semblaient vouloir se retirer en Bohême. Dans ce cas, le duc de Raguse arrivant sur les derrières des colonnes russes, prussiennes et autrichiennes, c'était, comme nous l'avons dit, un désastre pour Tennemi.
Le 28, dans la journée, apprenant que les principales forces des alliés avaient changé leur ligne de retraite et marchaient pour gagner la route d'Altemberg, Napoléon avait prescrit au 14® corps de laisser le 1®' corps et de soutenir le 6® ; puis Vandamme n'ayant plus devant lui que le corps d*Ostermann et du duc de Wurtemberg, il lavait lancé à leur poursuite.
Le 29, les dépêches ayant fait connaître que les alliés allaient descendre d'Âltemberg eu Bohême par Tœplitz, Napoléon fut persuadé que Vandamme, s'il était renforcé, pourrait culbuter les colonnes en retraite devant lui, occuper TœpUtz et les défilés avant l'arrivée des troupes venant d'Altemberg et qu'alors, de nouveau, les battus de Dresde seraient maintenus par le 1" corps en tête, harcelé en queue par le 6^ Il donna donc Tordre à Mortier de mettre trois divisions de la garde à la disposition de Vandamme, et à Saint-
Cyr celui de chercher un passii(/e pour rejoindre le général.
Convaincu que Vandamme ne courait nul danger, que Saint-Cyr et les trois divisions de Mortier arriveraient à temps pour garantir les derrières et les flancs du 1^' corps, il prescrivit au général de marcher droit sur Tœplitz , de donner tête baissée sur Tennemi, sans se préoC' cuper en rien de ses flancs et de ses derrières. Vandamme obéit ponctuellement. Nous allons voir quelle fut la conséquence de sa trop grande docilité aux ordres de son souverain, et par quel singulier hasard, une combinaison très-belle et des plus rationnelle tourna entièrement au désavantage de Tarmée française.
Ainsi que nous Tavons dit, Vandamme, fier à juste titre du «succès obtenu le 28 à Hellendorf, voyant enfin poindre à Thorizon cette récompense objet de ses désirs, le bâton de maréchal auquel il avait tant de droit, ne laisse aucun repos à Tennemi. Le 29 au matin, à la tète de son avantgarde formée par la brigade prince de Reuss, il culbute les Russes entre Hellendorf et Péterswalde et lui fait 2,000 prisonniers. Franchissant les montagnes àlasuitedeTennemi^ et confiant dans les assurances qui lui avaient été données que ses ïlancs et ses derrières seraient à couvert et parfaitement garantis par Saint-Cyr et par le duc de Trévise, il descend dans la plaine. Des hauteurs il a vu déboucher les colonnes ennemies arrivant
pourchassés par la route d' Altemberg et cherchant à gagner Tœplilz. N'importe, il a Tordre formel de donner tête baissée surTœplitz. Il n'hésite pas à faire ce qui lui est prescrit.
Cependant TEmpereur Alexandre avait franchi FErz-Gebirge le 29 au matin ; parvenu sur le revers méridional de la montagne, le souverain découvrit d'un coté la position de Kulm sur laqu'elle Vandamme s'était arrêté en face des Russes, de l'autre Tœplitz et la vallée de l'Eger. Il fut effrayé de ce qui allait avoir Ueu, si on ne parvenait à contenir le 1®' corps. Les généraux ennemis partagèrent son opinion et l'ordre fut envoyé à Ostermann et au prince de Wurtemberg de tenir bon, coûte que coûte, devant Kulm. Les colonnes de la garde russe, les troupes prussiennes qui commençaient à déboucher, leur disait-on, par la route d' Altemberg, leur seraient envoyées aussitôt qu'elles auraient pu être formées.
Toutefois, il fallait quelques heures aux alliés pour mettre en hgne des renforts suffisants. Vandamme, n'osant enfreindre les ordres formels qu'il avait reçus de l'Empereur et du msgor général, et bien qu'il vît les colonnes ennemies s'arrêter et augmenter en face de lui, se décida après en avoir conféré avec le général du génie Haxo et ses généraux de division à brusquer l'attaque. Il n'avait encore sous la main que la brigade de Reuss avec laquelle il avait marché depuis le matin, néanmoins il chassa les Russes de Kulm et du vil- II 33
lage de Sti-aden. Ce dernier emporté, il se trouva devant une position assez forte protégée par un ravin. L'ennemi occupait par son centre le village de Priesten, couronnant un plateau et dominant la roule de Kulm à Tœplitz. Sa droite s'appuyait à des marais et au village de Karbitz, sa gauche aux montagnes. L'attaque de Priesten eut lieu, cependant, mais la brigade de Reuss fut repoussée par les gardes russes d'Ismaïlow. Vandamme n'ayant ni son artillerie ni sa ca\^lerie, attendit l'arrivée de la 42® division d'infanterie. Dès qu'il eut entre les mains neuf des quator2e bataillons do cette division (Mouton-Duverney) il les porta lui-même sur sa droite vers les bois et les hauteurs et il rejeta l'ennemi sur Priesten. Quarante escadrons de la garde russe venaient d'entrer en ligne; ils se déployèrent dans la plaine de Karbitz en se prolongeant sur la gauche. Celte cavalerie chargea avec fureur. Les bataillons du général Mouton la continrent, tandis que la division Gorbineau qui arrivait sur le terrain, à la gauche de Vandamme, l'arrêta dans les prairies. Il fut impossible toutefois d'avancer et l'on dut se borner à conserver le terrain conquis. Vers deux heures, parut la 1'^ brigade (Pouchelon) de la division Philippon. Vandamme se hâta de faire renforcer sa droite par le 12^ de ligne, sou centre par le 7^ léger et de renouveler l'attaque de Priesten. Bientôt, la ^I^ brigade (de Fezeusac) parut et fut également engagée. Le 7^ léger criblé de mitraille
à l'attaque de Priesten, sabréparla cavalerie russe fut sauvé par cette brigade Fezensac ralliée par son chef sous le feu de Tennemi.
Vandamme voyant que la résistance devenait opiniâtre, que Tennemi présentait à chaque instant de nouvelles forces, se replia sur les hauteui-s de Kulm qu'il occupa fortement. Les alliés voulurent Ty attaquer, les bouches à feu de la réserve du général Baltus et les charges de cavalerie les continrent. Ils reprirent la position de Priesten, la droite aux prairies, la gauche aux montagnes couvrant la route de TœpHtz.
Le lendemain 30 août, Vandamme ayant 52 bataillons, une belle division de cavalerie et 80 bouches à feu, se consulta avec le général Haxo, et résolut de se maintenir dans sa position de Kulm jusqu'à l'arrivée des troupes du duc de Trévise qui avaient eu Tordre, il le savait, d'occuper Pirna et de le soutenir. Il comptait aussi sur l'arrivée du 14® corps, et sur la diversion faite par le 6® du côté d'Altemberg (1).
Dans la journée du 29, tandis que Vandanmie était aux prises avec la majeure partie des forces des alliés^ les commandants des divers corps engagés à la poursuite faisaient connaître à l'Em-
(1) M. Thiers dit que lo 29 au soir, Vandamme rendit compte à Dresde de l'affaire de Kulni et demanda des secours. La chose est possible^ probable môme, toutefois nous n'avons trouvé trace de cette dépèche ni dans la correspondance de Vandamme ni au dépôt de la guerre.
pereur leurs succès ; ce dernier qui malheureusement était à Dresde et ne pouvait plus juger des choses que sur les rapports qu'on lui faisait et nullement de visu crut naturellement que Marmont et Saint-Gyr forçaient l'ennemi à se jeter en désordre dans les montagnes, tandis que sur l'autre revers, Vandamme, maître des défilés, après avoir poussé le prince de Wurtemberg et Ostermann, élait prêt à recevoir les fuyards sur la pointe des baïonnettes du 1®^ corp^ soutenu par la garde.
Il envoya donc le 30 au matin les nouveaux ordres pressants que nous avons fait connaître ; au duc de Trévise celui d'appuyer Vandamme, à Vandamme celui de ne s'occuper ni de ses flancs ni de ses derrières et de pousser en avant.
Tandis que les ordres intempestifs portés par des officiers d'état-major de Berthier étaient expédiés, la situation changeait complètement, et une circonstance fortuite allait encore l'aggraver. Les alliés n'avaient d'autre but que de contenir Vandamme pour donner le temps aux colonnes en retraite de défiler par la route de Tœplitz, mais ils n'avaient aucune nouvelle du corps prussien, celui de Kleitz qui s'étant retiré par Dippodiswalde devait se trouver alors entre Vandamme et Sainl-Cyr. Retardés dans leur marche par le mouvement de Barclay de Tolly, les Prussiens de Kleitz se trouvaient le 29 sur le revers nord des montagnes. Un officier fut envoyé au général
prussien pour le prévenir de la présence à Kulm du V^ corps français. On lui laissait le choix de la roule qu'il aurait à prendre pour échapper au danger et on lui promettait de tenir ferme le lendemain devant Kulm.
Tel était l'état des choses le 29 à minuit. Le 30, les deux armées étaient en présence. La gauche des coalisés (Russes) aux montagnes ; le centre (Russes) en avant de Priesten ; la droite (Autrichiens et cavalerie) aux prairies de Karbitz. L'ennemi résolut de prendre l'offensive contre Vandamme, afin de favoriser le mouvement de Kleitz.
Ici nous laissons la parole au général Vandamme lui-même. Voici comment dans des notes écrites de sa main, il rend compte de la journée du 30 août 1813 :
« Le général Vandamme relut ï ordre positif de l'Empereur, qui lui fut apporté par les colonels Montesquieu et Stoffel, et les ordres itératifs du prince de Wagram, de presser les opérations et de se porter en toute hâte sur Tœplitz sans qu'aucune considération ne l'arrête. Les corps d'armée des maréchaux Saint-Cyr, Victor et Mortier avaient l'ordre de suivre le 1^' corps. L'Empereur et le major général répétaient au général qu'il ne devait nullement s'occuper de ses flancs ou de ses derrières et que le maréchal Mortier était chargé de la garde et de la conduite de l'équipage du pont de Pirna. Le général Haxo a vu ces ordres et le
général Vandamme en a donné connaissance à s^es généraux de division (1).
• Le 30 août, à la pointe du jour, le général Vandamme, voyant les troupes russes, autrichiennes, prussiennes, réunies en nombre trèssupérieur au corps d'Ostermann qu'il avait combattu et repoussé la veille, décida de se tenir sur une stricte défensive.
• Le général Haxo approuva ce parti qui était le seul à prendre. Tous les détachements rentrèrent tour à tour , Tartillerie et les munitions retenues ou retardées par les défilés et les mauvais chemins, arrivées au fur et à mesure, furent placées aux points que le général en chef indiqua. Tout concourut à une très -vigoureuse défense qui se prolongea au delà de ce que Ton pouvait espérer et exiger, en présence d'un nombre aussi supérieur d'ennemis.
• L'empereur Alexandre et le roi de Prusse étaient présents à cette attaque et les princes de Schwartzemberg et Barclay de Tolly se montrèrent souvent à la vue de nos lignes et de nos batteries.
• Le général Vandamme n'a donc pas à se reprocher de s'être trop avancé, malgré Tordre positif qu'il avait de son souverain et du major général, mais le général, qui connaissait l'Empe-
(1) Nous expliquerons plus loin pourquoi ces ordres n'ont pas été tous retrouvés.
reur comme il connaissait son état, avait vu tout changer autour de lui, du 29 vers midi, date des lettres reçues, à la pointe du jour du 30. Tout fuyait devant les colonnes que Sa Majesté commandait, contre les alliés, depuis Dresde juscfu'à Tœplilz; mais l'Empereur ayant appris les succès du prince royal de Suède, et se trouvant foro^ d'envoyer le maréchal Ney, au secours du maréchal Oudinot, fut obligé de s'arrêter lui-même, et alors les alliés profilèrent de ce mouvement pour tourner par leur gauche la droite du V^ corp», et pour l'attaquer de front avec les forces diS" pénibles des trois armées.
« J^e général Vandamme n'étant pa§ secouru par les corps qui devaient au moins couvrir ses derrières, et se trouvant tourné par les Prussiens qui lui coupaient la retraite, fut forcé de rompra leurs lignes à différentes reprises, afin de se retirer sur le corps d'armée du maréchal Saint-Gyr. » Expliquons cette dernière phrase :
Nous avons dit que le corps de Kleist, ooupé de l'armée alliée et placé entre Saint-Gyr et Yan-» damme, sur les derrières de celui-ci, sur la routa de Péterswalde et de Hellendorf, avait été prévenu qu'on chercherait à faire une diversion puissante pour le sauver du 1" corps, et d'avoir à opérer son mouvement comme il l'entendrait. Kleist se trouvait entre les routes de Péterswalde, occupée par le l*^*" corps, et celle d'Altemberg, que tenait le 6®. Il n'hésita pas à se jeter dans les sentiers
qui menaient sur le revers de la montagne au risque de se heurter contre les troupes de Vandamme. Il croyait d'ailleurs que le 14® corps de Saint-Cyr le talonnait.
Les Prussiens, devant le triple danger, gravirent la montagne qui s'élevait devant eux, résolus à se faire jour au travers du 1" corps s'il le fallait. Ils avaient marché toute la nuit du 29 au 30, sans être attaqués par Saint-Gyr, et avaient découvert une route de traverse, passant par Furstenwalde et Streeckenwalde, et les conduisant précisément sur les derrières de la ligne occupée par Vandamme. Dès que Kleist put juger de la situation nouvelle et vit que le i^^ corps avait en tête cent mille hommes à combattre, il commença lui-même l'attaque par derrière avec ses trente mille Prussiens.
Rendons maintenant la parole à Vandamme.
« Forcé de passer sur le corps des Prussiens à différentes reprises, et ne pouvant opérer sa retraite que par le défilé très-resserré par lequel il était venu, Vandamme résolut au premier moment de sa défense de faire le sacrifice de son artillerie, ne voulant pas s'exposer à voir encombrer son étroit passage et perdre beaucoup plus de monde que ne valaient quelques pièces de canon. Il prolongea le feu de son artillerie le plus tard possible et le rendit très-funeste à l'ennemi. Il laissa peu de canonniers, fit partir tous les chevaux , fit brûler les caissons vides et ordonna de
faire sauter ceux dont les munitions n'étaient pas complètement épuisées lors de la prise des batteries. « Le général ayant vu, au commencement de la retraite que ses ordres ne s'exécutaient pas avec la célérité, l'exactitude et l'ensemble qu'il avait prescrits, prit la résolution d'aller lui-même donner ses instructions et les faire exécuter. Il s'exposa beaucoup et fut contraint de diriger luimême les principales défenses de front, et les attaques sur les derrières pour faire ouvrir le passage à ses colonnes. C'est après avoir fait passer la dernière colonne que commandait le jeune général Montesquieu de Fezensac, qu'il fut fait prisonnier, étant seul, sans escorte et sans officier d' état-major, afin d'être moins remarque de l'ennemi et plus prompt à se porter partout. Déjà le général Haxo était tombé au pouvoir des alliés. • Afin de ne rien laisser dans le doute sur cette affaire de Kulm, nous allons faire suivre notre récit de quelques documents importants, ou de leur analyse.
Le 30 août, le maréchal Gouvion Saint-Gyr qui aurait pu avoir rejoint Vandamme ou qui, du moins, n'aurait pas dû. quitter le corps de Kleist, écrivait de Lauestein à quelques lieues au nordouest de Kulm, la lettre suivante au major général :
• Mon prince, conformément à la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire ce matin, j'ai cherché un chemin pour me porter entre le sixième
et le premier corps, j*ai passé par Glashulle et Diltersdorf ; j'espère que mon artillerie passera le grand ravin de GlashiUle et m'arrivera ce soir. Mon avant-garde était échelonnée sur la roule d'AUemberg, par conséquent n'est arrivée qu'après mon infanterie. Je suis arrivé avec la tête de cette infanterie sur les cinq heures du soir au village de Libeneau au moment où un gros corps de troupes y arrivait dans le plus grand désordre. Aussitôt qu'un peloton de cavalerie fut arrivé nous le reconnûmes ; il s'est trouvé que c'était le 1^^ corps d'armée ; il a arrêté sa marche et s'est rallié sur nous. L'aide de camp du général Corbineau vous donnera les détails de la catastrophe arrivée à ce corps d'armée. J'ai prévenu ce soir le maréchal Marmont qui canonnait ce soir en avant d'AUemberg; on croit que le premier corps est suivi, et que l'ennemi débordera demain matin notre gauche. L'avantage qu'il a eu étant assez considérable pour le déterminer à prendre l'offensive, il me paraitrait bien nécessaire que le corps du duc de Trévise s'avançât sur la route de Péterswalde et sur la vieille roule de Tœplilz, à peu près à notre hauteur. Sa Majesté jugera mieux que moi ce qu'il sera convenable de faire, j'attends ses ordres. *
Le môme jour, le duc de Trévise qui, avec un peu d'initiative et d'entente de la guerre, eût pu, sans attendre les ordres de l'Empereur, soutenir Vandamme en envoyant de Pirna à Hellendorf une ou plusieurs de ses divisions, reçut du mgyor
général la lettre suivante, et lui en répondit trois autres dans la journée.