NAPOLÉON A MORTIER
• Dresde, 30 août 4813. .
« Mon cousin, écrivez au duc de Tréviso de ! soutenir, avec les divisions Lefebvre-Desnouettes, Roguet et Decouz, le général Vandamme, s'il en a besoin. Envoyez un officier auprès du général Vandamme pour savoir ce qui s'y passe et que cet ^ officier revienne sur-le-champ. »
Première lettre de Mortier au major générai. < Pirna, 3 heures de raprès-midi.
« Monseigneur, en conséquence de Tavis que Votre Altesse me donne par sa lettre de ce jour, je fais prendre les armes à la troupe sous mes ordres, pour appuyer si cela est nécessaire le général Vandamme à qui j'envoie un officier.
« Dans ce moment, le général Lefebvre-Desnouettes m'annonce qu'une colonne de 7 à 8,000 Prussiens, avec une nombreuse artillerie, arrive sur Pirna, par la route de Péterswalde. Je vais me porter en avant pour la reconnaître. »
y Deuxième lettre.
% b heures ^u. soir.
« Monseigneur, j'étais en marche pour me por-
ter sur Peterswalde et reconnaître la colonne dont je vous ai parlé cette après-midi, je rencontre le
général du corps du général Vandamme.
D'après son rapport il y aurait eu aujourd'hui à Kulm près Karbilz, une affaire fâcheuse où le l^' corps aurait été compromis. Je vous envoie
cette lettre par le colonel qui s'est trouvé
à l'affaire et qui pourra vous donner les renseignements que vous lui demanderez.
« Je pense qu'il conviendrait d'échelonner derrière moi les i^ et 2* divisions de la jeune garde qu'on me dit être rentrées à Dresde. J'ai devant moi un corps ennemi dont je ne puis trop évaluer la force ; îl serait considérabte si le rapport d'un prisonnnier que nous venons de faire est exact. •
Troisième lettre.
« 10 heures du soir. •
« Monseigneur, je me suis porté à deux lieues d*ici sur la route de Peterswalde, pour avoir des nouvelles du général Vandamme; des officiers, des soldats qui s'échappaient m'ont tous confirmé la nouvelle du désastre qui a eu lieu aujourd'hui à Kulm près de Karbitz, et que je vous ai annoncé.
• Le directeur du parc du 1*^' corps que j'ai vu, m'a assuré que toute l'artillerie, et celle de la réserve a été prise ; on dit le général Vandamme blessé et au pouvoir de l'ennemi ; cependant un fourrier du train m'a assuré qu'il l'avait suivi pen-
dant quelque temps, . et qu'il croyait qu'il s'en , était tiré. Il paraîtrait qu'il a combattu contre des | troupes fraîches arrivées de Tœplitz et d'Aussig.
« J'ignore où se trouve le corps du général Saint- Cyr, mais il est probable que si l'ennemi profite de l'avantage qu'il a eu dans la journée, il, cherchera à se glisser entre lui et moi, et à gagner avant moi la tète des défilés qui conduisent à Dresde.
« Dans cet état de choses, je compte me porter sur Leuben et Dobritz, afin de me rapprocher de Dresde. Je laisserai au camp retranché de Lilienstein le régiment qui s'y trouve, et avec lequel on pourra communiquer par la rive droite. Je prie Votre Altesse de me faire connaître les ordres de Sa Majesté par le retour de l'officier porteur de la présente, »'
Lettre du commissaire ordonnateur du i«' corps au major général.
31 août 1813.
• Monseigneur, Votre Excellence doit être déjà instruite de l'échauffourée qui a eu lieu hier au l*' corps. Quelques efforts que j'aie faits pour conserver le matériel de Tadministration ou du moins une partie, ils ont été vains. A l'exception de cpielques chevaux du 10^ bataillon du train des équipages, tout le reste a été abandonné sur le champ de bataille. Il a été impossible de ramener un seul caisson. Artillerie, trésor, postes, bagages, matériel d'ambulance, tout y est resté. Le
personnel n*a pas été plus heureux, beaucoup d'employés tradminislration ont dû être tués ou pris; je n'ai pas encore retrouvé un seul officier de santé. Je n'ai auprès de moi que le directeur principal des hôpitaux, deux directeurs d'ambulance, Tinspecleur des vivres viande, faisant fonctions de directeur et un commis aux vivres pain. Je m'occupe de rallier ici tout ce qui aura pu échapper au désastre, personnel et matériel, mais je compte sur peu de chose relativement à ce dernier objet. Je suis ici avec le noyau de la 2* division cqmmandé par le général Dumonceau, que, dans notre retraite, protégée par le 25® de ligne, nous avons repris d'entre les mains des Prussiens. On ignore quel a été le sort de Son Excellence M. le général comte Vandamme. Son chef d'état-major M. le général Revesl s'est, dit-on, rendu cette nuit à Dresde.
« Lorsque l'échauffourée a eu lieu, j'étais à l'gmbulance au village de Kulm et mes papiers étaient au camp, sous le village, à un quart de lieue avec mes bagages, mes domestiques et mes chevaux, à l'exception d'un seul qui, une demiheure après, a été tué sous moi. Il en résulte que j'ai tout ])ordu, papiers, domestiques, chevaux, effets, il ne me rer.te absolument rien que ce que j'ai sur le corps. En outre de cela, j'ai la main droite foulée et une forte contusion à la jambe qui m'enpeche de marcher et qui provient d'une balle morte. Je n'ai auprès de moi aucun commis-
saire des guerres du corps d'armée ; j*ignore ce qu'ils sont devenus. Oserai-je supplier Votre Excellence de me permettre de me rendre à Dresde pour m'y remonter et m'y rééquiper, ne pouvant rentrer en campagne dans Tétat ou je me trouve. »
Rapport de J'aide de camp du général Vandamme (M. de Kœnigsegg ).
« Le 30 août, à dix heures du matin, le l*' corps d'armée fut attaqué près le village de Kulm, par les armées combinées russe, autrichienne et prussienne. Une colonne ennemie s'étant présentée sur la route de Peterswalde, le général en chef ordonna à M. de Kœnigsegg, son aide de camp, de porter Tordre à M. le général Gobrecht d'attaquer cette colonne et de nettoyer la route, afin que le 1^' corps ne fût pas coupé. Cet ordre fut exécuté par le 9® de lanciers qui, après une charge brillante, prit les pièces de l'ennemi, et se maintint dans sa position. Cependant une colonAe d'infanterie prussienne s'étant présentée avec de Tarlillerie, le général en chef ordonna de nouveau à M. de Kœnigsegg de faire marcher six bataillons d'infanterie et une demi-batterie d'artillerie légère pour soutenir M. le général Gobrecht. Ce mouvement ayant été exécuté avec beaucoup de vigueur, l'ennemi fut forcé de rester dans sa position sans pouvoir avancer un seul pas.
« Le général en chef de son coté, se voyant attaqué de front par une force très-considérable
prescrivit à M. le chef de bataillon d'artillerie de Goisy de porter Tordre à M. le général Baltus de concentrer une partie de Tartillerie sur la hauteur en avant de Kulm, et de faire feu jusqu'à la dernière extrémité; ce qui fut exécuté. Plusieurs canonniers furent sabrés sur leurs pièces. Le général en chef donna ordre au général Philippon de faire venir la 2® brigade, comme étant la plus faible, pour la placer sur la gauche de notre artillerie et soutenir le général Gobrecht ; cet ordre fut transmis par M. le chef de bataillon de Goisy et le mouvement fut exécuté, mais le général en chef se voyant pressé de toutes parts par l'armée ennemie, fit donner Tordre au général Philippon par M. le capitaine de Berckeim, officier d'élatmsgor, de se retirer avec le reste de sa division pour gagner la grande route de Peterswalde en côtoyant les bois afin de protéger la retraite. Ce mouvement fut commencé, mais au rapport de M. de Berckeim une partie des équipages qui cherchait à gagner les bois intercepta tellement la marche de cette division qu'elle fut forcée ellemême de se jeter dans le bois. Un nouvel ordre ayant été donné à cette division d'exécuter le premier mouvement ordonné, Tofficier chargé de le porter ne trouvant plus la division fut obligé de le laisser sans exécution. Depuis ce moment la déroute fut complète.
« Quant à la division Dumonceau qui formait la gauche du 1^' corps, elle fut forcée de se retirer
par la plaine, elle exécuta ce mouvement dans le meilleur ordre en repoussant toutes les charges de cavalerie. »
Rapport sur les mouvements et affaires du i^^ corps, depuis le 24 août jusqu'au 8 séptembre, parle chef d'état-major (Revest).
« Camp de Racknilz, 8 septembre 1813.
« Le l**" corps reçut Tordre, le 25 août, de se porter sur Kœnigstein, et de passer TElbe pour se diriger sur le plateau de Pirna.
• Le dernier mouvement se fit le 26 ; on rencontra Tennemi dans la plaine; il fut repoussé jusque sous Pirna, quoique l'artillerie du 1®^ corps ne fût pas encore arrivée.
• Le 27, le l^*" corps, ayant reçu son artillerie, continua son mouvement, culbuta Tennemi, enleva le plateau de Pirna et s'empara de la ville.
• Le 28, il marcha par la route de gauche sur Gieshùbel, où l'ennemi perdit une pièce de canon; Tavant-garde s'étabht à Hellendorf.
» Le 29, le corps d'armée continua son mouvement, repoussa l'ennemi par Peter^walde, où il lui fit 2 à 3,000 prisonniers ; le combat fut continuel, de position en position, depuis Peterswalde jusqu'à Kulm. En prenant les hauteurs de Hellendorf, un boulet atteignit le général de brigade prince de Reuss; cet officier général, distingué par