ARTICLE 7. — OTAGES
« La pdsilion de l'arniée française et batave ne
souffre point la réciprocité d'otages. Cependant, afin de prévenir sur cet article toute vaine dispute, Ton peut statuer que, de part et d'autre, il sera envoyé des officiers chargés de s'assurer de la cessation des travaux, et en général de l'exécution de tous les articles connus. Néanmoins, un officier général anglais devra rester dans l'armée française et batave pour la garantie de la prompte délivrance des huit mille prisonniers qui devront être rendus par l'Angleterre. »
Cette campagne de trois mois avait été glorieuse pour Vandamme, et il y avait acquis de nouveaux titres à la reconnaissance de sa patrie ; mais sa santé se trouvait assez fortement élM*anlée par suite de sa chute. Dès que la convention fut signée, dès que le général vit qu'il n'y avait plus probabilité de combattre, il sollicita un congé pour retourner en France. Il produisit à l'appui de sa demande le certificat ci-dessous :
« Nous soussignés, officiers de santé en chef de l'armée, certifions que le citoyen Vandamme, général de division employé à l'armée française en Hollande, a été atteint, il y a deux décades, d'une luxation complète du bras gauche, et que, quoique cette luxation ait été réduite sur le moment même, cependant comme le général Vandamme n'a pas discontinué ses fonctions militaires, et qu'au contraire il s'est livré à une excessive activité, il éprouve dans toute l'extrémité supérieure gauche des douleurs considérables qui
le privent de Tusage de ce bras ; comme d'ailleurs ila rçssenli, depuis une décade, plusieurs atteintes de fièvre, et qu'en général sa santé est depuis ce temps fort altérée, nous pensons que le général Vandamme, pour recouvrer le libre exercice de son bras gauche et rétablir entièrement sa santé, doit se retirer quelque temps chez lui et s'y livrer au repos et aux soins appropriés à son état.
« En conséquence, nous certifions qde le citoyen ci-dessus désigné est dans le cas d'obtenir un congé de convalescence de trois mois. »
Non-seulement Brune accorda de bonne grâce à son vigoureux lieutenant le congé demandé, mais il lui adressa, le 19 octobre, une lettre des plus flatteuses.
La voici :
« Citoyen général, je vous accorde, suivant vos désirs, la permission d'aller rétablir votre santé à Gassel. Vous ne cesserez pas d'être compris dans le nombre des généraux attachés à Tarmée que je commande, à moins que le ministre ne vous donne une autre destination.
« Pour ce qui concerne vos réflexions relatives à mes sentiments pour vous ,. ayez la certitude que personne n'a plus d'estime que moi pour vos talents militaires, ni d'inclination à vous rendre justice (1).
« Salut républicain. •
(1] Une affaire d'argent, ainsi qu*on le verra plus loin, ne devait pas tarder à jeter du froid entre Brune et Vandamme.
ft P. S.— Je voiis renvoie vos certificats, votre parole suffit. »
Brune fil plus pour Vandanlme, il le chargea de porter au Directoire batavo le traité conclu, et écrivit aux membres du gouvernement le 20 octobre :
*« Citoyens Directeurs, si l'armée que j'ai l'honneur de commander a fait des prodiges, c'est qu'elle est composée de républicains et a combatlu pour la liberté. Enfin, une convention glorieuse met un terme aux calamités de la guerre fen Batavie. Le général Vandamme, qui vous remettra cette convention, a puissamment concouru par ses talents, sa bravoure et son dévouement à amener cet heureux résultat de nos travaux militaires. Je l'ai choisi pour vous en offrir l'hommage.
« Salut répubhcain. »
Vandamme se rendit auprès du Directoire de la république batave, lui remit le traité et prononça le discours, un peu ampoulé et dans le goût de l'époque que l'on va lire :
• Citoyens Directeurs, envoyé vers vous par le général en chef des armées combinées, je m'applaudis d*un choix qui me procure la première mission que j'aurai remplie auprès d'une autorité aussi i^espectable que la vôtre. Et quelle mission, citoyens Directeurs ! Je vous apporte la nouvelle d'une capitulation qui délivra la Batàvie d'un
ënileiihi |)ûmâfihi> qili sëuiâgë Vdé âmes affaieséc^s sous Tinquiélude paternelle qu'excitait le danger de Vos coticiloyenSj qui leur assure le repos, la liberté, l'honneur; Amoilr de la patrie, horreur de resclavagej sentiment d'une gloire à soutenir, affections générales qui remplissez les cœurs de toute Faitnée, sans doute vous nous garatitisdiez la victoire ; mais cette victoire devait coûter encore du sang, des larmes, et le deuil de quelques familles se fût mêlé au* témoignages de l'ailégresse publique. Quel triomphe glorieux que celui qui atteste à tous les peuples la valeur invincible d'une armée, et sur lequel l'humatiité ne peut gémir. C'est donc là que viennent aboutir ces puissantes Combinaison^, ces efforts redoutés, auxquels la peur des und donnait une apparence bi monstrueuse et que l'espérance coupable des autres nous vantait avec une joie si féroce. Ils ignoraient donc, les insensés, que les Bataves avaient à leurs côtés ces alliés généreux, ces amants exaltés de la liberté, qui souffriront la mort mille fois plutôt que l'esclavage de leurs amis ! C'est en répandant leur sang pour la défense de ces contrées qtie les Français ont voulu répondre aux insinualionë calomnieuses de la perfidie. Ils ont réclamé l'hôntiëUr des postes les plus périlleux, ils les ont défendus au prix des plus grands sacrifices; c'est ainsi qu'ils ont dissipé tous ces bruits de retraite supposée.
• Les peuples libres sôttt géftéréilx^ ratnitië petit
les unir ; mais les rois qui calculent tout ne connaissent point ramilié. C'est à rharmonie qui règne dans tous les rapports entre les deux républiques que vous devez Téclatant succès qui termine la campagne. Quelle leçon puissante pour resserrer de nouveau les nœuds d'une alliance qui nous présage tant de bonheur ! Est-il un conseiller perfide qui cherche à vous faire refuser le bras d'un peuple puissant qui soutient l'édifice de votre liberté ? Qu'il se cache maintenant avec la honte de ses desseins coupables, et qu'il frémisse à l'aspect des deux peuples formant une union indissoluble pour le salut de la Batavie. >
Le général RostoUant rendit compte le 19 au ministre de la guerre, par ordre de Brune, et ce dernier envoya le texte même de la convention au gouvernement français par le général Boudet.
Voici ces deux documents :
« Alkmaar, le 19 octobre 1799.
ROSTOLLANT AU MINISTRE DE LA OUERRE.
« Citoyen Ministre, grâce à la brave armée que commande le brave général Brune, la république batave se trouve délivrée du terrible fléau de la guerre ! . . . Quarante mille Anglais et Russes tremblant devant nos faibles cohortes sont venus demander capitulation. L'acte en a été signé hier. Ce traité, la honte du gouvernement britannique, et le plus rude choc donné à la coaUtion, a pour
principal article raffranchissement de huit mille prisonniers de guerre français et bataves détenus maintenant en Angleterre. L'armée britannique aurajusqu*au 9 frimaire (30 novembre 1799) pour évacuer. Le général en chef vous fera connaître toute la négociation et les articles qui ont été arrêtés.
« Ce traité dicté par l'humanité et par l'intérêt des deux républiques sera considéré comme une douce et importante victoire ; il prouvera d'ailleurs que rien ne peut ébranler les républicains quand l'amour de la gloire et l'attachement à la patrie les anime. >
« Alkmaar, le 20 octobre 1799.
BRUNE AU MINISTRE DE lA GUERRE.
« Citoyen Ministre, enfin j'ai terminé une campagne heureuse par un traité profitable et glorieux. Le général Boudet, qui vous le remettra, est l'un des généraux qui par ses talents et sa bravoure personnelle ont le plus contribué à nos succès. C'est lui qui à Kastricum vit le premier l'ennemi, et qui le lendemain le poursuivit dans sa retraite. J'ai cru devoir lui donner le plaisir de vous présenter le fruit de nos travaux. »
Voici maintenant une lettre curieuse de Boudet à Vandamme, lettre écrite de Paris à la date du 30 octobre 1799:
« Dans l'intention où j'étais, citoyen général,
de vous donner un détail exact de ma miasioQ et de l'effet qu'elle avait produit, j*ai suspendu le plaisir de vous en informer jusqu'au moment où Topinion publique me serait bien connue.' Aujourd'hui qu'elle est généralement prononcée sur le bien de la capitulation, je puis vous dire qu'elle a fait la plus agréable sensation ; chacun en commente les conséquences et les avantages ; on rend la justice qui est due à l'armée, et particulièrement à vous, déjà connu sous les rapports les plus avantageux; j'ai du plaisir à vous répéter ce témoignage, c'est celui que vous m'avez fait connaître.
« Je suis engagé chaque jour chez les différents Directeurs ; tous se font un plaisir de me parler de l'armée; ils désirent vivement d'apprendre la fm de rembarquement de l'ennemi. Le terme accordé est ce qu'ils ont trouvé beaucoup trop long; je les ai rassurés en leur disant qu'il était presque certain qu'il ne profiterait pas du délai et qu'il serait parti avant qu'il fut expiré.
« Bonaparte est à la campagne, ce qui m'a empêché jusqu'à présent de le voir. Le général Bernardolte m'a beaucoup parlé de vous; je l'ai as* sure de votre amitié ; c'est un patriote et ami que vous et moi regretterons toujours de ne pas voir au ministère ; c'est à lui à qui nous devons les prompts secours envoyés en Hollande, et, pour mieux dire, tous les triomphes que I9 République a sur ses ennemie.
« J'ai eu le plaisir hier de faire connaissanpe avec le général Moreau ; il est difficile d'allier autant de mérite et de modestie. Il m'a parlé de vous ; il est particulièrement votre ami ; il a appris aveo jûie les détails que j'ai pu lui donner ; votre mérite d'ailleurs lui est parfaitement connu. ï-i'armée d'Italie vient de remporter un léger avantage; l'ennemi, faisant sa retraite du levant, a été pour? suivi, et on lui a fait douze cents prisonniers.
f Croyez, je vous prie, à l'estime et q l'ftmitié de votre camarade. »
Vandamme passa le temps de son congé à Cassel, où il rétablit sa santé, et ne tarda pas à se marier. Il avait alors vingt- neuf ans. Aimant beaucoup Bonaparte, il applaudit au 18 bru^ maire et à Tavénement au pouvoir du vainqueur de l'Italie.
Au commencement de l'année 1800, Moreau, qui commandait l'armée du Rhin, et désirait avoir Vandamme sous ses ordres, lui écrivit de Baie (8 janvier) :
« Recevez, mon cher général, mes sincère^ félicitations sur les brillants succès que vouai avez obtenus en Hollande. Ceux qui vous connaissent n'attendaient pas moins de votre courage et des talents que vous avez déployés en toute occasion.
« Lorsque votre santé, bien rétablie, vous permettra de reprendre un service actif et de courip encore les chaBpes de la guerre, oroyeg que je
serai infiniment flatté que nous les partagions ensemble.
• Recevez Tassurance du parfait attachement que je vous ai voué pour la vie. •
Vandamme avait été fort lié avec Moreau, et, malgré un peu de refroidissement, il rendait justice à ses brillantes qualités comme général, et ne demandait pas mieux que de servir sous un pareil chef.
Il obtint facilement un emploi à Tarmée du Rhin, à laquelle il fat nommé le 26 janvier. En lui faisant connaître sa nouvelle destination, Berthier, alors ministre de la guerre, le prévint que Tordre n*élant pas d'urgence, il ne lui serait pas alloué de frais de poste. Vandamme en écrivit à Moreau, qui, ayant hâte d'organiser son armée, lui répondit le 12 février :
« Quoique le ministre de la guerre vous prévienne, mon cher général, qu'il n'est pas urgent que vous vous rendiez à Tarmée, je vous invite à hâter votre départ pour Bàle. J'espère que vous voudrez bien faire l'avance des frais de poste, et quand vous serez* arrivé ici, je ferai en sorte que tout s'arrange à votre entière satisfaction.
« Vous ne doutez pas du plaisir que j'aurai de vous revoir, et je me flatte que vous ne me laisserez pas longtemps dans l'impatience. »
Vandamme était tout dispose à rejoindre l'armée du Rhin dès la fin de février; mais une lettre de Bernadette lui apprit que le grand nombre d'of-
ficiers généraux et d'état major alors à cette armée, avait fait prendre au ministre de la guerre la détermination d'en envoyer une partie dans l'Ouest ou en Italie.
Bernadette ajoutait que si une de ces destinalions pouvait lui convenir, il était prêt à faire des démarches pour cela, ou que s'il voulait un congé à l'occasion de son mariage, le ministre était disposé à le lui accorder. Vandamme, qui ne croyait pas à la reprise prochaine des hostilités, et devant les yeux duquel on avait fait luire le prestige du commandement supérieur de plusieurs départements du Nord menacés par les Anglais, demanda que ce commandement lui fût réservé. Ne sachant donc pas encore positivement s'il serait ou non conservé au Rhin, il attendit que son sort fût fixé pour se rendre à Baie, où il arriva enfin dans les derniers jours de mars. Il apprit qu'on lui destinait le commandement de l'une des quatre divisions du corps de l'aile droite, corps aux ordres du lieutenant général Lecourbe.
Ce dernier lui écrivit le 30 mars de Zurich pour le prier de venir sans délai à Saint-Gall, afin d'y prendre le commandement des deux premières divisions, fondues en une seule avec le n° 2. Il le prévint que cette division nouvelle était composée des trois brigades Jardon, Laval et Molitor.
L'armée du Rhin avait alors l'organisation suivante :
Aile droite, réserve, centre, aile gauche. — Gé-
néral en chef, Moreau ; chef d'état major général. Desselle. — Aile droite : Lecourbe; chef d'état major général, Gudin. — V^ division, Montchoisy (six mille huit cents hommes); 2% Vandamme (douze mille hommes) ; 3% Lorge (neuf mille hommes) ; 4', Montrichard (huit mille huit cents hommes), occupant la rive gauche du Rhin, du con' fluent L'Aar au Saint-Bernard. — Réserve sous les ordres directs de Moreau. — Divisions Delmas, Leclerc, Richepanse; réserve de cavalerie, D'Hautpoul. — Centre, général Saint-Cyr; divisions Ney, Baraguey-D'HiUiers et Thurreau; division de réserve, Desbrulys. — Aile gauche, général Sainte-Suzanne ; divisions actives : Colaud, Legrand, Delaborde, Levai; deux divisions territoriales.
La division Vandamme était formée des brigades de droite, Molitor (quatre mille quatre cents hommes) ; du centre, Jardon (trois mille hommes), et de gauche, Laval ( quatre mille quatre cents hommes) .
Moreau avait conçu un plan de campagne fort habile, mais pour l'exécution duquel il fallait une grande précision de mouvements, des généraux capables et d'excellentes troupes. Ce plan consistait à agir par Taile droite, observant le Saint- Gothard et les principaux passages du Haut- Valais jusqu'aux Grisons, à tromper les Autrichiens, à les retenir sur leur propre droite, et à les rejeter sur la rjvç gauche du Danube, isolant ainsi Tar-
mée autrichienne de Mêlas, en Italie, de celle de Kray, en Allemagne.
Le Premier Consul n'approuva pas d'abord ce plan. Il ne songeait qu'à reconquérir lltalie, et il eût voulu que Tarmée du Rhin se bornât à paralyser les principales forces de T Autriche, laissant le rôle principal à Tarmée de réserve sous ses ordres.
Des lettres assez importantes furent écrites à cette époque par Moreau à Bonaparte. Nous donnerons les trois suivantes, deux du 2 avril et l'autre du 4 du môme mois, parce qu'elles font connaître parfaitement la situation miUtaire :
« L'ennemi se rassemble, citoyen Consul, aux débouchés de Schaffouse et de la Vuttach. Cela rendra le passage du haut Rhin dangereux, même imprudent. Alors, je déboucherai avec toute Tarmée, excepté le corps du général Lecourbo, par Kehl, Brisach et Baie, et me rendrai à la sortie des montagnes Noires pour me porter sur ses derrières. Il sera forcé de quitter sa position pour venir me combattre. Lecourbe passe alors, et me joint facilement par la chaussée de Stulingen et de Schaffouse.
« S'il prend l'offensive, Lecourbe, en lui opposant la résistance nécessaire pour retarder sa marche, s'en ira de position en position jusque derrière la Limath, pendant que je ferai mon mouvement sur ses ponts.
« J'ai laissé au corps du général Lecourbe sa
dénomination de droite. Les noms ne font rien à la chose, et une réserve à droite indiquait à l'ennemi qu'on remploierait autrement qu'à la faire combattre à son rang de bataille.
« Je connais d'autant mieux vos idées pour la réserve de Dijon, qu'avant de savoir qu'elle dût exister, j'avais le projet, si nous avions des succès décisifs, de faire moi-même, avec une partie de l'armée, la pointe de Tltalie, pour dégager notre armée, et à confier au lieutenant général Saint-Gyr la défensive de l'Allemagne pendant cette incursion, que j'estimais devoir être de six semaines au plus. L'armée qui se rassemble à Dijon remplira le but bien plus facilement et plus sûrement; mais je pense qu'il faudra toujours passer par Laudec, Sanders, Botzen et Trente.
« Le général Lecourbe a envoyé une demi-brigade de renfort dans le Valais. Le 3® bataillon de la 9* légère est en marche pour s'y rendre. Il assure que le Gothard n'est tenable ni pour nous ni pour l'ennemi, mais qu'il appartient à celui qui a le Valais. Il est gardé, mais on ne peut y envoyer trop de troupes, par la difficulté de les y faire vivre.
« Il a fallu laisser deux demi-brigades à Mayence en attendant Tarrivée de la 66*. Je viens même d'ordonner que la 5' et la 17® ne partiraient pour leur destination qu'à son arrivée, pour que je puisse en retirer un bataillon de la 65®, que j'y avais envoyé pour s'opposer à des démonstrations
assez sérieuses, que le corps de Starray, resté sur le Necker et le Mein, avait faites contre Casse! et le Palalinat. Je me rends à Strasbourg, où j'achèverai de régler tous ces objets. Mais il faut avoir un moyen de connaître la mauvaise volonté des habitants pour se figurer combien il faut de troupes pour disperser et garder les postes.
« Les approvisionnements que vous avez, ordonnés, et ceux de vingt-cinq à trente jours né^ cessaires à Tarmée pour commencer ses opérations, exigent de grands fonds. Je viens de prendre plus d'un million sur la solde pour assurer le service courant. Les détails que le général DessoUe envoie au ministre de la guerre, qui sûrement vous en rendra compte, vous en convaincront facilement. Il vous instruira également des demandes du général Eblé, pour les chevaux d'artillerie. La lenteur de la levée du quarantième cheval nous laisse un déficit considérable, et si on ne le remplit très-incessamment, nous serons forcés de faire la campagne sans parc et sans équipages de pont.
• A mon arrivée à Strasbourg, je vous expédierai un courrier pour vous donner des détails sur la gauche de Tarmée. Elle se forme actuellement d'après la nouvelle organisation que j'ai arrêtée. Quelque désir que j'aie àe la voir toute rassemblée, cela m'est impossible, par la difficulté défaire vivre les chevaux.
« Salut et respect. »
« Le général DesBollc m'a rerais, citoyen Consul, votre lettre du 25 mars. Il m'a appris que votre prcget n'était pas de venir à l'armée du Rhin.
f Gomme Français, j'aurais désiré vous en remettre le commandement, certain des succès que vous obtiendriez ; comme général en chef, j'étais également aise de la quitter, j'avais lieu de croire que ie gouvernement n'avait plus en moi la confiance que doit inspirer un général en chef. L'instruction du ministre de la guerre du 2 mars, celle donnée au citoyen d'Albe et dont je vous envoie copie, l'envoi d'officiers, les uns venant à l'armée avec ^inte^tion d'aller dire aux troupes qu'ils étaient venus apporter de l'argent et qu'on allait les payer; d'autres, celle de visiter des avantpostes occupés depuis longtemps par des généraux qui, certes, auraient, pu en faire un rapport plus exact et plus détaillé qu un officier particulier qui les parcourt en poste ; des ordres pour placer tel et tel corps dans telle garnison ou cantonnement; des changements de destination qu'on adressait directement ou à des généraux ou à des officiers particuliers, etc. J'étais très-étonné d'apprendre que telles divisions ou tels postes cessaient d'être occupés parce que ceux qui y étaient avaient reçus l'ordre direct de quitter l'année. Une vingtaine d'officiers du génie viennent encore de recevoir l'ordre de se rendre à Dijon. Cela m'a enfin déterminé à défendre^ à qui que ce soit de
qoitter l'armée sans que son ordre ait été vu à letal-major pour les remplacements.
« J'ai peut-être à me reprocher de ne pas vous avoir fait part de ces détails. J'aurais préféré quitter Tarmée à votre arrivée, et que vous les ignoriez toujours ; mais ayant appris que vous aviez été affecté de quelques-unes de mes lettres, et craignant que vous ne les attribuiez à des motifs (jui vous fussent personnels ou à des regrets de me voir remplacer, j'ai du vous faire connaître les causes de mes dégoûts.
• Je vous assure avec la même franchise que je vous suis sincèrement attaché. Croyez que personne n'apprécie mieux et ne rend plus de justice à votre manière de gouverner. Je vous crois même nécessaire à la tranquillité et au bonheur de la République.
« La confiance que vous venez de me témoigner, le désir d'être utile à mon pays, m'imposent l'obligation de vous seconder de tous mes moyens. J'ose espérer des succès, mais je vous réponds de tons mes efforts.
« Je vous prie de regarder cette lettre comme particulière, de ne faire aucun usage des détails qu'elle contient, dont sûrement vous ignoriez la plus grande partie, et de croire que personne ne vous est plus sincèrement attaché que moi. »
• Comme je montais en voiture pour me rendre à Strasbourg, citoyen Consul, j'ai reçu une dépêche de M. de Lehrbach, contenant celle que
j'envoie par ce courrier au citoyen Tatleyran « C'est la paix ou la guerre. La première e un événement heureux, qui rendra le bonheur notre patrie. J'espère que la seconde, s'il faut ( venir là, ne sera pas malheureuse ; mais il noi faut de l'argent pour nos approvisionnements une mesure prompte pour les chevaux d'artilleri Nous en avons douze ou quinze cents à TinfiraK rie, particulièrement de la gauche. Il parait qu' y a ( plus que de l'insouciance. Le général Eb est i Strasbourg. Je m'y rends également, etnoi tirertms cela au clair. Je crains d'avoir à décoi vrir (lu gaspillage dans quelques officiers d'artil lerie.
ce Je serai à Strasbourg trois ou quatre jeun Vous pouvez m'y faire passer vos ordres jusqu'à 8. Je vous prie de me faire connaître, par le télé graphe, si nous devons combattre. »
Vandamme fut, à cette époque, sur le point d quitter l'armée de Moreau. Bernadette avait fa des démarches auprès du Premier Consul pou lui faire obtenir le commandement supérieur de départements du Nord, objet de ses désirs, ( avait [d'abord réussi ; mais ensuite Bonaparl avait décidé que le commandement ne serait affe té au général qu'après les premières opératioi sur les bords du Rhin et le passage du fleuve. I Premier Consul avait l'intention d'appeler à lui I droite de l'armée du Rhin , pour avoir à celle i Réserve, Lecourbe, et il était fort aise que l'un A
divisionnaires de ce dernier fût F intrépide Vandamme. Voici la lettre de Bernadotte :
« Depuis ma lettre écrite, mon cher général, lettre dans laquelle je vous annonçais que vous recevriez incessamment des lettres de commandement pour les départements de la ci-devant Belgique, le Premier Consul a changé de détermination, et sa nouvelle décision vous laisse à l'armée du Rhin, où vos talents et vos connaissances locales sont utiles. Il m'a chargé de vous dire qu'il saisirait avec plaisir Toccasion d^ vous être agréable, mais qu'il pensait qu'au moLient de la reprise des hostilités, vous seriez bien aVse de contribuer par votre courage et votre persévérance aux succès qui attendent l'armée du RKin. Il m'a ajouté que votre division était aux avant-postes, et qu'il ne croyait point, s'il en jugeait d'après ses derniers avis, que les Anglais et les Russes opérassent un débarquement en Hollande.
« Croyez, mon cher général, que je serai toujours prêt à faire valoir vos désirs dans la supposition que vous persistiez dans votre premier projet, et persuadez-vous que mon attachement pour vous est inaltérable. »
Le bruit du départ prochain de Vandamme étant venu aux oreilles de Moreau, le général en chef témoigna combien il serait peiné qu'il le quittât. Vandamme se hâta de lui répondre qu'il mettait un grand prix à servir sous ses ordres, qu'il n'abandonnerait l'armée du Rhin qu'autant que ses
-te-
ôôrvîces seraient plus utiles ailleurs. Pour le rassurer complètement, il lui envoya copie des deux lettres de Bemadotte.
Le 10 avril 1800, tout faisait présager la reprise prochaine des hostilités sur les bords du Rhin. Le chef d'état-major général adressa au ministre de la guerre, par ordre de Moreau, le rapport suivant, exposant le plan déAnitivement adopté pai* le général en chef :
• Citoyen Ministre, on s'occupe en ce moment de réunir l'armée, et tout se prépare pour l'entrée en campagne. Le général en chef, qui fait un voyage à Zurich, pourra vous écrira, à son retour, le jour fixé pour le commencement des opérations.
• Le principal effort devant se porter sur la gauche de Tennëmi, appuyée au bas de Constance, le général Sainte-Suzanne débouchera par Kehl, et fera des mouvements dans le Kintsig, pour engager une partie des forces de l'ennemi dans cette vallée, et occuper le général Starray, qui se trouve vers Rastadt.
« Le général Sainl^Cyr débouchera par Brisach et menacera le val d'Enfer. Ses premières opérations paraissant se lier à celles du général Sainte- Suzanne, il aidera à l'effet de la diversion qu'il doit opérer.
« Le général Leclerc sortira avec sa division par Bâle et se portera jusqu'à Schillingen, soutenu par la division du général Delmas, pour
mieux dessiner le projet de nous servir de la forêt Noire, pour déboucher dans la Souabe.
• Ensuite, à jour fixé, tous ces différents corps marcheront par leur droite, et suivront la rive droite du Rhin et les villes forestières, se porteront sur Yaldstatt, tandis que le reste du corps du général Moreau marchera par la rive gauche, et, pendant que le général Lecourbe effectuera son passage soit à Diessenhofen , soit à Eglisau ou Keisenthal, les mouvements de Tennemi décideront le choix du passage. L'ennemi, forcé de combattre désavantageusement sur le Rhin par cette opération, se portera sans doute sur Stokach ou sur une ligne plus en arrière. Ses opérations décideront de celles du général en chef.
« Le général Sainte- Suzanne seul se repliera par Kehl sur la gauche du Rhin, et marchera derrière ce fleuve jusqu'à Brisach. Les circonstances décideront s'il doit se joindre à nous ou par le val d'Enfer, sur Hoffingen, ou par la vallée du Rhin, ou bien se borner à couvrir les ponts de Brisach et Bâle, en nous faisant rejoindre la plus grande partie de son infanterie.
• Il serait possible que si Tennemi donnait dans la diversion du général Sainte-Suzanne, le corps qu'il aurait engagé dans la vallée de la Kintzig arrivât plus tard à la grande armée que le général Sainte-Suzanne à Hoffingen» où il nous aurait rejoint.
« L'on fait tous les préparatifs nécessaires