‹ Le général VandammeChapitre 7 sur 49 · TO · texte numérisé non relu

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pour réparer les ponts sur le Rhin, depuis Baie jusqu'à Schaffouse, et pour en jeter un à Valdstall par Tembouchure de TAar.

« Salut et respect. »

Ce plan de Moreau contrariait les projets de Bonaparte, et il ne nous 'paraît pas douteux que de cette époque et de cette circonstance, date rantipathie de ces deux grands hommes de guerre l'un contre l'autre.

Le Premier Consul voulait seulement que la Suisse fut bien gardée, pour pouvoir descendre par les montagnes dans les plaines de la Lombardie ; il voulait que Moreau restât en observation et détachât toute son aile droite pour renforcer l'armée de réserve. C'est dans ce but qu'il avait fait donner à Lecourbe le commandement de l'aile droite, attendu qu'il appréciait la valeur de cet officier général , son habileté dans la guerre de montagnes et sa connaissance du pays. Or, Lecourbe préférait servir sous Moreau ; il témoigna une sorte d'éloignement à faire partie de l'armée de réserve. Moreau, au lieu de se prêter à ce que son aile droite fût détachée à l'armée de Bonaparte, au lieu de lui donner Lecourbe, se borna à envoyer quelques troupes dont on fit un corps aux ordres de Moncey. Lecourbe ne cacha pas sa satisfaction de ne pas quitter Moreau. Voilà ce qui explique les sentiments de ces trois hommes l'un pour l'autre, et l'éloignement constant de Lecourbe des armées impériales.

Ajoutons que Bonaparte avait fait placer Van- ' danxme à Taiie ' droite de Moreau, précisément dans le but de l'avoir bientôt sous ses ordres, puisqu'il espéra longtemps que les quatre belles divisions de Lecourbe le joindraient en Italie ; ; c'est aussi à cause de cela qu'il ajourna le commandement de Vandamme en Belgique.

Ce que nous disons là résulte d'une instruction très-détaillée adressée, d'après les ordres de Bonaparte, à Moreau, par le ministre de la guerre, instruction fort remarquable, qui, sans dévoiler le véritable projet du Premier Consul, renfermait tout son plan de campagne et indiquait la force, la composition du corps qui, sous Lecourbe, devait être détaché de l'armée du Rhin, pour raUier celle dite de Réserve.

Moreau résista aux insinuations, puis aux or- * dres du gouvernement. II voulait agir non pas d'une façon passive, mais d'une façon active, dans cette guerre contre l'Autriche. Bonaparte, pour ne pas dévoiler entièrement ses projets, fut contraint de ne pas pousser les choses à l'extrême, mais de là vinrent les germes de leurs dissentiments. Ce que le Premier Consul pardonna le moins à Moreau, ce fut de garder Lecourbe, qu'il désirait par-dessus tout avoir dans son armée d'Italie avec ses divisions.

L'importance que Bonaparte attachait à avoir Lecourbe avec lui ressort des notes qu'il lui fit demander sur la défense de la Suisse et sur les

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débouchés de Tltalie, des Grisons, du Vorarlberg, notes qui existent en original.

Comme nous l'avons dit, Moreau s'obstina à garder le commandant de son aile droite, et consentit à composer un corps de onze bataillons qu'on mit sous Moncey pour former une réserve en Helvétie, jusqu'au moment où une division de l'armée de Bonaparte viendrait relever ce petit corps et lui permettre d'occuper les débouches de la vallée des Grisons.

Moreau se prétait si peu aux combinaisons de Bonaparte, qu'après avoir lu le plan qui lui était adressé par le ministre de la guerre , il répondit directement au Premier Consul : « Que dans sa conviction, Tarmée de réserve serait fort bien placée à Genève d'où elle pourrait observer la Suisse, et rendre disponibles les troupes de l'armée du Rhin, lesquelles agiraient sur le Reinthal et les Grisons ; que Moncey défendrait la Suisse ; qu'il avait fait proposer un armistice au général en chef autrichien Kray ; que s'il n'avait pas la réponse sous vingt-quatre heures, il ferait déboucher son armée. »

Dans une autre lettre du même jour, Moreau disait au ministre de la guerre :

« Que puisque l'on faisait dépendre les opérations de l'armée d'Italie des succès que celle du Rhin obtiendrait sur le général Kray, on aurait dû diriger principalement sur cette dernière tous

les efforts ainsi que les troupes qui étaient à Di-

jon ; qu'il espérait battre l'ennemi, mais qu'il eût , répondu du succès s'il eût pu l'attaquer il y a un mois, lorsque les Autrichiens n'étaient pas en me* sure ; qu'il allait faire déboucher le corps du général Sainte-Suzanne par Kehl, pour attirer l'ennemi de ce côté ; que le général Saint-Gyr déboucherait par Brisach, menaçant le val d*Enfer, et suivrait ensuite, par un mouvement rapide, le. corps qui marcherait sur les villes forestières ; > qu'il serait bon que le corps du Valais fût appuyé i par une division de l'armée de réserve, parce qu'a-! iors on attaquerait les Grisons et l'on pourrait, eni entrant par la vallée de Feldkirch, s'emparer de tout le Vorarlberg. »

On voit que Moreau n'entendait nullement ce- ; der le rôle principal à l'armée de Réserve, qu'il considérait en quelque sorte comme une annexe de la sienne, tandis que Bonaparte, de son côté, ne ' voulait faire jouer qu'un rôle secondaire aux troupes de Moreau, Ce dernier, la veille d'entrer en campagne, adressa au gouvernement un rapport ; que nous allons donner complet, parce qu'il résume admirablement la position des armées sur ' les bords du Rhin :

■ Le Premier Consul, dans l'instruction qu'il me • donna à mon départ, désirait que l'armée du Rhin s'emparât de la Bavière le plus promptement qu'il serait possible. L'état de dénuement de l'armée, la rigueur de la saison, le défaut de subsistances, de solde et d'habillement, le délabrement de la cava-»

lerie, avaient rendu toute opération impossible pendant l'hiver ; à présent même la rigueur du temps pourra retarder de quelques jours l'entrée de la campagne. L'armée de la République est forte d'environ cent mille hommes d'infanterie et treize mille chevaux. L'armée ennemie est forte d'environ quatre-vingt-quinze mille hommes, dont vingt-sept mille chevaux. On n'y comprend pas tous les corps d'émigrés à la solde de l'Angleterre, les milices et troupes de Souabe, Franconie et Bavière ; cela pourra surpasser notre nombre, mais nous devons nous regarder supérieurs en troupes d'infanterie régulières et aguerries.

« L'armée de la RépubUque est placée sur la rive gauche du Rhin, depuis la frontière des Grisons jusqu'à Mayence, avec quatre têtes de pont à Bàle, Vieux-Brisach, Kehl et Gassel. Il y a de plus un corps de troiipes dans les vallées du Rhône et de la Reuss. L'armée, ennemie occupe la rive opposée du Rhin, mais sans têtes de pont. Sa gauche, aux ordres du général Petrasch, s'étend de Coire à Lindau. Le centre, commandé par le général Nauendorf, est placé de Lindau à la vallée de la Kintsig. La droite, aux ordres du général Starray, s'étend de la Kintsig à la Nidda. La réserve est aux environs de Donaueschingen, quartier général du prince Charles, commandant de l'armée.

« Les meilleures communications pour entrer en Allemagne sont les chaussées de Schaffouse,la

— esvallée de la Wuttach, le val d^Enfer, la Kinlsig, les chaussées de Pforzheim, les vallées du Necker et du Mein. La nécessité de couvrir la Suisse exige qu'on débouche par les communications qui y; aboutissent ; mais, pour diminuer les obstacles qui : peuvent être difficiles à vaincre dans un pays res-1 serré et coupé de défilés, et où se trouvent réunies \ les plus grandes forces de Tennemi, il faut, par de fausses démonstrations, rengager à dégarnir le point où Ton veut faire Teffort. Les places de Mayence et de Gassel sont d'un intérêt si majeur pour la République, qu'on ne peut les abandonner à la garde de quelques dépôts. Un revers considérable à notre droite, l'ennemi pourrait y diriger un effort d'une conséquence majeure. D'après cela, j'avais cru devoir former la garnison complète de . ces places, dont je tirais le double avantage de • n'avoir nulle inquiétude sur elle, quelque événement qu'il arrive, mais encore de faire agir ce ' corps sur le flanc droit et les derrières de l'armée . ennemie, et de mettre à contribution la Franconie et les cercles du haut Rhin.

• Le reste de l'armée devra déboucher en trois corps.

« Celui de droite, aux ordres du général Le- • courbe, doit tenter un passage du Rhin , entre Schaffouse et le lac de Constance , soutenu par le centre- de l'armée à mes ordres qui, partant de Baie et remontant la rive droite du Rhin, débouchera par la vallée de la Wuttach.

Il »

• La gauche, aux ordres du général Saint-Cyr, sortira par le^ Vieux-Brisach, et se dirigera par Neusladt et Laffingen pour joindre l'armée qui doit prendre sa position appuyée au lac de Constance, entre Stokach, Engen et Furstemberg. Un corps de flanqueurs, passant par Lorach et Sainte- Maise, doit servir à lier le corps de gauche au centre.

« Le mouvement de Tarmée doit s'exécuter à partir de ses cantonnements et sans se rassembler, moyen sûr de mettre de l'incertitude dans la défense de Terinemi.

« J'avais calculé que le corps de Mayence me débarrasserait entièrement du corps du général Starray. Une fausse attaque des troupes de Kehl, ' vers la Kintsig, doit y attirer quelques troupes de la réserve de Donaueschingen, et avec l'armée forte d'environ soixante-dix-liuit mille hommes d'infanterie et douze mille chevaux , j'aborderai l'armée ennemie qui se trouve entre le lac de Constance et le Danube. Le mouvement du corps de . '^,;^ ^^l ^ Saint-Cyr par le val d'Enfer est difficile. Si le

corps du général Starray est bien occupé par le corps de Mayence, le débouché de la Kintsig est bien préférable quoique plus éloigné.

« Si l'ennemi se détermine à recevoir le combat, il est à présumer qu'il ne pourra résister à notre effort. Alors on peut espérer d'envahir la Bavière et faire même un détachement pour seconder l'armée d'Italie ou s'opposer à celui que l'ennemi fera probablement en Helvétie.

• S*il ne reçoit pas le combat, au débouché des f montagnes, ce qui est probable et à craindre, il nous force à le suivre avec l'armée qu'il faudra cependant affaiblir pour garder l'Helvétie. Il se retirera dans son camp d'Ulm couvert par le Da* nube et celte place, ou derrière les rivières qui sortent du Tyrol, appuyé aux montagnes.

• Dans la première supposition, le corps du gé- 1 néral Sainte- Suzanne , placé sur ses derrières, . rendra l'attaque du camp retranché assez facile. Dans la seconde, il faut le suivre avec rapidité d'ensemble pour le forcer à combattre, car il ne faut pas se dissimuler que quelques succès bien prononcés sont nécessaires pour assurer Tenvahissement de la Bavière.

« Voilà mes idées sur le début de la campagne. La suite des opérations tient aux mouvements que ' feront les armées ennemies, tant en Allemagne . qu'en Italie.

« Je désire que ces idées soient utiles au Premier Consul. .

Les opérations commencèrent le 25 avril. L*aile / gauche (quinze mille hommes) passa le Rhin àj Kehl, se porta sur Offenburg; le général Sainte- j Suzanne, qui la commandait, battit l'ennemi et lei rejeta au delà de cette ville. Le même jour. Saint-; Cyr, avec le centre (vingt mille hommes), franchit le fleuve à Vieux-Brisach , s'empara de Fribourg et étendit sa gauche vers l'entrée de la vallée de lai Kintzig. Le 27, Moreau, avec le corps de réserve,'

passa également le pont de Baie. La division Delmas, après un beau combat, repoussa i'ennçmi; celle du général Ricliepanse le culbuta à Sainte- Biaise.

Les Autrichiens, croyant avoir affaire à toute l'armée française, se replièrent pour prendre une nouvelle ligne. Le 80 a\Til la Wuttach fut franchie, Tarmée marcha pour se rapprocher de Lecourbe, qui avait ordre d'opérer son passage le 1®' mai, afin de rallier Moreau sur Schaffouse et Stullingen.

A l'aile droite, où se trouvait Vandammc, il ne s'était rien passé pendant le mois d'avril, si ce n'est une fausse alerte, donnée le 12, par un mouvement de l'ennemi, qu'un des chefs de demi-brigade de la division avait pris pour une préparation à une attaque sérieuse. On avait bientôt reconnu que loin de songer à franchir le Rhin, l'adversaire paraissait parfaitement tranquille de ce côté, et sans nulle défiance. Or, un des principaux cléments de succès pour le plan de Moreau consistait à attirer les Autrichiens sur notre gauche, en leur laissant croire que l'aile droite n'avait pas à agir directement.

Le 19 avril, Lecourbe , qui avait été recevoir de Moreau, à Bàle, ses dernières instructions, donna à Vandamme l'ordre : de couper toute communication entre les deux rives du Rhin, soit par le lac de Constance, soit sur tout autre point, à partir du 23 ; de réunir toutes Tes barques grandes et

petites vers Constance , n'en laissant aucune ailteurs, sous quelque prétexte que ce fût, et les plaçant aux mains d'un détachement chargé de les • garder nuit et jour; de prescrire au général Jardon de faire beaucoup de simulacre dans le haut , Rheinthal , afin d'attirer de ce côté l'attention de , l'ennemi, et de faire croire qu'on avait l'intention de se jeter dans les Grisons ; de répandre le bruit que l'armée de Réserve se portait dans le Rheîn- \ thaï, et que ses têtes de colonne étaient déjà à Berne ; enfin, de faire charger l'équipage du pont de sa division, et de le faire conduire à Rheineck, comme si on allait se porter entre TIll et le lac. Le général Laval , en vertu de ces mêmes instructions, reçut Tordre de s'établir vers Rheineck et de pousser de ce côté un ou deux bataillons. « Je ferai en sorte, ajoutait Lecourbe dans sa lettre du 19 avril, d'aller vous voir un do ces jours, et vous instruirai des mouvements ultérieurs de votre division. Ne la poussez cependant pas trop à i droite, votre mouvement devant se faire sur la gauche. Il m'importe que l'ennemi croie que nous voulons déboucher à droite, afin qu'il y tienne le nombreux corps de troupe qui s'y trouve. Faites rapprocher du Rhin et du lac toutes vos troupes, à dater du 24, que tous vos postes soient doublés, triplés même, de manière qu'aucun espion ne puisse passer. Recommandez au général Molilor, surtout, la plus grande surveillance, et invitez-le à se rapprocher du Rhin, du côté de Steck-'

bom (sur la. route, entre Stein et Constance).

« Le pont est jeté, et le 23 ou 24 , commence le braule-bas à la gauche. •

Deux jours plus tard, le 21 avril, Lecourbe fit connaître à Vandamme que le mouvement était retardé, et ne devait commencer à la gaucho que le 25 ; qu'il valait mieux ne faire les démonstrations sur la droite que le 26 ou le 27, au lieu du 23oud 24.

Le général Molitor, qui devait opérer avec sa brigade, en tête de colonne , fil alors une reconnaissance pour déterminer un point de passage entre S ' in et Reichlingen. Ce dernier point lui parut pi senter de grandes difficultés, tandis qu'à une deiri-heue sur la droite de Reichlingen, entre cette vil î et Vage Jiausen, il y avait un autre point réunissait les conditions les plus avantageuses. « Le lieu d'embarquement est contigu à la route de Stein à Schaffouse, disait le général dans son rapport, celui de débarquement touche à celle route et à celle de Stockach. Sur la rive droite, le Rhin est étroit, l'ennemi a négligé ce point qu'il nç paraît pas apprécier, et ne peut opposer là que peu de troupes, etc. »

L'ennemi, vers le 24 avril, commença à avoir réveil. Soit que les démonstrations Irop bruyantes du) général Jardon à droite, soit que les reconnaissances de Molitor sur la gauche lui eussent indiqué des intentions prochaines, il doubla ses postes sur la rive droite du Rhin, parut inquiet

et porta son attention entre Stein et Rechlingen.

En rendant compte à Vandamme de ce qui se passait, Molitor lui manda, le 24 avril : que le rassemblement des barques ne pouvait être opéré à Constance , qu'il venait de s'en assurer par lui-même, qu'il serait impossible, même de nuit, d*en remontrer une seule sous le fou de l'ennemi, tant le fleuve était étroit près de Gottlieben ; qu'il fallait les réunir au village de Ermadinge, i, à une lieue au-dessous de Constance.

Le 15 avril, Vandamme reçut de Lecoi^rbe Tordre de faire les dispositions pour le pp' sage. Il devait : placer ses troupes le 27, de façor i ce que le 28 et le 29 , elles pussent être réu^iies sur ' Stamen , un peu en arrière de Stein ,, |0Ù luimême s'établirait le 29 ; faire camper sa division le 29 , en avant de Stamen , en évitant, que les feux de bivouacs ne soient aperçus de la rive droite, etc., etc»

L'instruction du commandant de l'aile droite était nette , détaillée et cependant très-précise. Vandamme se hâta de s'y conformer en tous points.

La brigade Molitor, qui devait franchir le fleuve la première, fît réunir pendant la nuit du 26 au 27 avril, à Ermadingen, toutes les barques qui se trouvaient sur la rive gauche du lac. Le général en eut ainsi à sa disposition quatre-vingt-dix, dont trois grandes, pouvant contenir deux cents hommes, sept moyennes^ cinquante-trois plus pe-

! tiles et quelques canots. L'ennemi s'était aperçu de lopéralion, avait battu la générale, se tenant sous les armes pendant toute la nuit.

Enfin, le 1*' mai, avant la levée de l'aurore, des officiers de rélat-msyor du général Lecourbe se rendirent aux différentes colonnes qu'ils étaient chargés de guider, et le mouvement commença. Les opérations effectuées par Taile gauche; le centre et la réserve, avaient permis à ces différents corps de l'armée de Moreau, de se rapprocher de Taile droite, de façon à ce que, le fleuve franchi par Lecourbe, les diverses parties pussent se souder ensemble.

Entre Constance et Schaffouse, un peu audessous de Stein, la chaîne des hauteurs escarpées qui bordent la rive droite du Rhin, est brusquement interrompue et présente une ouverture qui laisse apercevoir un petit fort commandant cette vallée, et appelé Hohentwiel. Il était occupé par des troupes wurtembergeoises. Ce fut vis-àvis cette ouverture, de deux mille mètres environ de largeur, au village de Reichlingen, qu'eut lieu le passage exécuté de vive force.

Le général Molitor était chargé de franchir le Rhin avec les premières troupes. Ces troupes ne se trouvèrent pas à l'heure dite au point indiqué ; alors, n'écoutant que son courage, le brave général s'embarqua avec quarante hommes de la V^ légère, et sautant sur la rive droite, il se jeta à leur tète sur les avant-postes ennemis qu'il re-

poussa. Deux compagnies de la 36® de ligne qui, avec leur demi-brigade devaient demeurer en réserve, et se trouvaient de garde sur le Rhin, voyant le passage commencé, se précipitèrent sans attendre d'ordres de leurs chefs dans les premiers bateaux sous leurs mains, débarquèrent, vinrent en aide au détachement du général Molitor , et tinrent ferme jusqu'à l'arrivée des deux premiers bataillons de la 86*. Les troupes s'établirent ensuite àGoUerdingen, et les ponts ayant été établis vers midi, toute l'aile droite, vingt mille hommes, avec l'artillerie fut transportée sur la rive ennemie.

Vandamme ayant opéré le passage avec sa division, marcha sur le petit fort de Hohentwiel, qui se rendit à lui sans coup férir. Lecourbe se lia par sa gauche avec le corps de réserve où se trouvait Moreau. Il fit repousser les troupes autrichiennes qui avaient essayé de s*opposer au passage, et qui, à la suite d'une bonne défense, se mirent en retraite sur Stokach.

Ainsi, après des marches longues et pénibles effectuées par l'aile gauche, le centre et la réserve, après le passage du fleuve par l'aile droite, après avoir trompé l'ennemi qui attendait l'armée française avec la majeure partie de ses forces, vers le débouché de Kintzig et du Val-d'Enfer, l'armée de Moreau se trouva réunie et en bataille , sa droite au lac de Constance, et en mesure d'enlever cet appui important au général Kray. Ce dernier, revenu de son erreur, manœuvrait avec le plus de

rapidité possible pour gagner Stockach avant son adversaire. Moreau espéra le surprendre pendant cette marche de flanc, et donna Tordre de mouvement pour le 3 mai. Lecourbe se porta sur S toc* kach, le corps de réserve se dirigea sur Engen, le corps de Saint-Gyr eut ordre de se diriger également sur Engen par Stutlingen. La réserve de cavalerie du général d'Hautpoul suivit le corps de réserve, les équipages, à l'exception des ambulances, restèrent en arrière.

Moreau voulait, par cette manœuvre, séparer la gauche de l'ennemi du corps occupant les Grisons» et s'établir sur la ligne de Stockach à Engen,

L'aile droite se mit en mouvement le 3 mai, à sept heures du matin. La l*"* division , celle de Vandamme, se liant avec la 2® du général Montrichard , se dirigea sur Sernadingen. Ces deux divisions trouvèrent l'ennemi en position aux débouchés du bois de Steitlingen, Walvis et Bodman. Il était commandé par le prince de Vaudemont, sa nombreuse cavalerie déployée en arrière de Steitlingen. Lecourbe ordonna à la cavalerie du général Nansouty (15® régiment, 11* de dragons, i2* de chasseurs) de charger. Les Autrichiens furent repoussés jusqu'en avant de Stockach.

Vandamme, à la tête d3 la brigade Molitor, fit un mouvement tournant par sa gauche , déborda l'ennemi, et le général Montrichard, profitant habilement de cette manœuvre hardie, chargea avec sa division. Les Autrichiens furent mis en pleine

déroute. La cavalerie française les poursuivit , ^ entra pêle-mêle avec eux dans Stockach, dépassa cette ville, gagna les hauteurs qui la dominent. Presque toute rinfantcrie autrichienne qui avait combattu de ce côté resta prisonnière.

Lecourbe , en rendant compte de cette belle journée, donna les plus grands éloges à Vandamme et à Molitor.

Pendant que Taile droite obtenait ce grand succès, le corps de réserve, avec Moreau, gagnait la bataille d'Engen.

Le 4 mai , lendemain de ces deux victoires simultanées , Tarmée française appuya sur sa droite ; la division Lorge, un instant détachée du corps de Lecourbe, y rentra, la division de cavalerie d'Hautpoul se rendit à Stockach, à la dispo-| silion du commandant de Taile droite. Moreau, instruit dans la soirée , par sa reconnaissaoce, que Tennemi s'établissait fortement à Grombach, et paraissait vouloir encore tenter le sort des armes, avant de franchir le Danube, donna des ordres pour que l'armée se mît en mouvement le 5, et se portât sur Moskirch, point de jonction des routes de Stockach et de Tutlingen sur la vallée du Danube. Lecourbe s'ébranla à cinq heures du malin, marchant sur Moskirch. Vandamme, formant tête de colonne avec sa division , flanqua la droite de larméc avec une de ses brigades, tandis qu*avec deux qui lui restaient il interceptait la roule de Wullendorf à Moskirch. Les autres divisions d*

— 7« râile droite, la réserve et Is centre, s'avancèrent dans leur ordre de bataille naturel.

Les Autrichiens occupaient en force le plateau, en avant de Moskirch. Vingt-cinq bouches à feu enfilaient la chaussée de Grombach, sur laquelle marchait le général Montrichard. Ce dernier essaya de déboucher rapidement, mais il eut de la peine à maintenir le combat sur ce point. Ce ne fut qu'avec des difficultés inouïes, des pertes considérables, qu'il parvint à se soutenir. Pendant ce beau combat de la division Montrichard, la division Lorge attaquait une des clefs de la position, le village d'Endorf au pied du plateau et défendu par l'élite de Tarmée de Kray. Vandamme ayant rejoint Montrichard, l'aida alors à s'emparer de Moskirch, que la brigade Molitor (36* et 94®) finit par enlever au pas de charge et à la baïonnette.

L'ennemi combattit énergiquement de 8 heures du matin à la nuit, et ne se décida que fort tard à abandonner le champ de bataille pour se retirer vers le Danube, ayant perdu plus de huit mille hommes.

A cette bataille de Moskirch, une des demî-brigades qui agit avec le plus de vigueur fut la 57® de cligne. Lorsque, le lendemain, Moreau parcourut - le terrain où elle avait combattu, il lui dit : < Si votre conduite en Italie ne vous avait pas, dès longtemps mérité le nom de la terrible, les Autrichiens vous l'auraient donné à la bataille de Moskirch. »

Après celle troisième grande affaire , Tarmée ' autrichienne se décida à passer le Danube et à se concentrer derrière ce fleuve. Le 8 mai. Vandamme reçut de Lecourbe Tinvilation de se rendre au quartier général de Taile droite à Altschausen, pour prendre le commandement du corps d'armée, Lecourbe étant fort souffrant. Il ne conserva ce commandement que quarante-huit heures , Lecourbe l'ayant repris le 10. La brigade de Laval [ de la division Vandamme , chargée de flanquer l'extrême droite de Tannée , s'empara de Ravensburg, de Wangen et de Lindau sur le lac de Gonslance, observant le corps du prince de Reuss sur les débouchés du Tyrol et du Vorarlbcrg. Pendant ce temps, le général Kray passait le Danube à Sigmaringen. Le quartier général de Moreau était porté à Biberach.

Le 10, Vandamme descendit TAach jusqu'à' Memingen, et aida le général Montrichard à s'emparer de cette ville. Le chef de brigade Defrance, du 12* de chasseurs à cheval, prit ce jour-là, sur la route de Memingen à Kempten, la majeure partie d'un immense convoi de vivres et de bagages. Un grand nombre de voitures, et deux cent cinquante chevaux restèrent au pouvoir de ses chasseurs.

Le quartier général de l'aile droite était étabU le 13 mai à Memingen, lorsque Vandamme reçut de Lecourbe la lettre suivante :

« Peu s'en est fallu, mon cher général, que le ministre Garnot ne m'enlève avec l'aile droite, pour

nous porter en Italie . Depuis un mois j'étais instruit que le Premier Consul m'avait désigné pour celte opération. Mais enfin, après avoir bien bataillé, on m'a laissé, et pris le lieutenant général Moncey. On m'ôte une brigade et deux régiments de cavalerie dont le 12® de chasseurs fait partie. Le restant des troupes, se montant à seize mille hommes, se rend en Helvétieet dans les garnisons. J'en suis quitte, cette fois, pour la peur. Je dois aussi envoyer un général et réorganiser l'aile droite. »

Lecourbe ne se doutait pas alors que, par celte opposition aux volontés du Premier Consul, il brisait sa carrière militaire.

Vandamme , continuant à se porter en avant I avec ses deux brigades de gauche, tandis que celle de droite occupait les bords du lac de Constance , prit position, le 14, sur la Guntz, la gauche à Erckheim ; le même jour , l'aile droite fut réorganiséeen deux divisions et une réserve. La division Vandamme l""®, fut, composée des l*"* et lO* légères, des 36«, 83^ 94*^ de ligne, du T et 8® de hussards^ de six pièces de position. Vandamme reçut ordre de former un détachement de quatre bataillons et de trois escadrons, commandés par un général de brigade, pour flanquer la droite de l'armée et observer les débouchés du Tyrol, en se liant avec les troupes du Reinlhal.

L'armée se rapprochait chaque jour du Danube vers Ulm , mais sans pouvoir agir bien effica-

cernent sur Tennemi renfermé dans son camp re- ' tranché. La première partie de la campagne était terminée. C'est alors, le 24 mai , que Vandamme reçut Tordre de quitter sa division, pour prendre le commandement supérieur qui lui avait été promis dans le Nord, aussitôt que les opérations ' militaires terminées sur le Rhin permettraient de l'enlever à l'armée de Moreau. Lecourbe lui écri* vit de Bâhenhâusen, son quartier général :

• Je viens de recevoir, mon cher général , une dépêche du général Moreau, qui me prévient qu'il vous donne une destination dans la Belgique, d après les ordres du gouvernement. Je suis fâché que votre absence me prive du plaisir de continuer à servir avec vous. Comptez que je sais apprécier tous vos talents. Remettez provisoirement au général Molitor le commandement de votre division, et je vais écrire au général Laval de correspondre directement avec moi. Conservezmoi une place dans votre amitié. »

Le lendemain, 23 mai 1800, avant de quitter cette armée , aux brillants succès 'de laquelle il ' avait puissamment contribué , Vandamme écrivit i au général Molitor :

• Je reçois à l'instant, mon cher général, Tordre du ministre do me rendre en Belgique pour y commander supérieurement. Le lieutenant général me prescrit de vous remettre le commandement de la division, et me prévient que Je général Laval, détaché vers les débouchés du Tvrol et du

Vorarlberg, correspondra directement avec lui. • Vous savez que j'avais déjà reçu 'lavis du

I général Bernadolle, que le Premier Conçut me destinait au commandement des neufs départements réunis ; avant le passage du Rhin j'eusse refusé de quitter ; maintenant je crois pouvoir me rendre à ce poste, puisque Ton m'assure que les Anglais menacent ces côtes. Tandis que vous continuerez à battre les Autrichiens , je ferai mon possible pour empêcher les Anglais de vaincre.

« Croyez que je regrette bien sincèrement de devoir me séparer de vous, et que je vous tien-

' drai compte en tous temps de votre manière de servir ; je n oubherai jamais les journées de Biberach, Stockach et Moskirch, où vous vous êtes brillamment distingué. Pensez quelquefois à un camarade qui ne vous oubliera jamais, et comptez sur mon estime et sur mon amitié. •

-CNA/irsft'O-

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