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Tokla, bagages, convoi, équipages

goums, qui, bien appuyés par votre réserve, pourront aller de l'avant.

Le général Gentil n'a aucune cavalerie; j'ai tout fait rentrer à Alger ou à la Maison-Carréc.

Je verse dans le 4er de Chasseurs les chevaux du 3, et j'embarque les cavaliers pour les renvoyer à Constantine.

Si d’Allonville est à Blida, comme on me le rapporte, diteslui de ne pas s’en retourner à Miliana ou à Orléansville sans mon ordre. Faites-moi savoir s’il cst à Blida.

Je compte rentrer en campagne, si le temps le permet. vers le 5 mars. Je déboucherai, par le pont de Ben-Hini et la vallée de l'Isser, sur Hamza, si rien d'ici là n’est changé.

Prévenez les corps d'infanterie qui sont à Blida qu'ils doivent se tenir prèts à entrer en campagne le 3 mars.

Maréchal Duc D’ISLx.

P.-S. — Envoyez copie de cette lettre au général Bedeau, ou plutôt envoyez-lui la lettre même; j'ajoute ci-contre un mot pour lui.

Monsieur le Général Yusuf, à Blida.

Le général Yusuf avait quitté Blida le 27 février avec sa cavalerie, pour, conformément aux ordres du Maréchal, se porter sur Médéa, où il devait se mettre à la disposition du général Bedeau.

Le lendemain 98, le chef d’escadrons Rivet, Directeur des Affaires arabes, détaché auprés du maréchal Bugeaud, lui expédiait la lettre suivante :

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GOUVERNEMENT GÉNÉRAL Alger, le 28 février 1816. de l'Algérie

Cabinet

Mon Général,

Je n'ai reçu qu'aujourd'hui, à cinq heures du matin, votre lettre du ?7, arrivée à Alger pendant la nuit. Il m'aété impossible, vous le voyez, de vous faire parvenir ma réponse avant votre départ pour Médéa.

J'ai entretenu de suite M. le Maréchal de l'objet de votre lettre, et pour qu'il en connût bien tout l'esprit, je la lui ailue presque tout entière.

M. le Maréchal me charge de vous dire qu'il a donné au général Marey les instructions les plus positives pour que vous ayez toute la latitude indispensable dans l'opération qui va vous être confiée. Le général Marey, placé à Médéa, au centre de la subdivision, vous donnera les instructions générales émanées des conversations qu'il a eues avec le Maréchal à Alger; vous serez un commandant de colonne, avec la faculté de donner à votre grande intelligence de la guerre, et à votre imagination, tout l'essor désirable; mais les circonstances ne permettent pas que votre position soit indépendante du général Marey. Il est évident qu'il faut aux différentes colonnes qui opèrent à la fois dans le Titery une direction unique, pendant que M. le Maréchal manœuvrera chez les Kabyles du Jurjura. Le colonel Pelissier, réuni au colonel Mollière, sera près du Hamza, dans une position exactement semblable à la vôtre, c'est-à-dire qu'il recevra du général Marey, qui ne quittera pas Médéa, les ordres généraux ct d'ensemble.

Pardonnez-moi, mon Général de vous écrire si à la hâte; mais je ne veux pas que ma lettre soit retardée d'une minute.

J'oubliais de vous dire que le Maréchal avait invité le général Marey à mettre Durrieu à votre disposition pour vous seconder de tout son pouvoir. Vous n'ignorez pas que, par la

514 LE GÉNÉRAL YUSURF [18416]

Es

force des circonstances, notre brave Eth-Thouil' sera peutêtre obligé de quitter son cher Titery; mais cela ne doit avoir lieu que plus tard; en attendant, le Maréchal veut que tous les meilleurs éléments concourent à la fois à la réussite de la campagne que vous allez entreprendre.

Agréez, mon Général, l'assurance de mon respect.

Commandant R1veït.

P.-S. — Le général Marey a été parfait à votre égard à Alcer; le Maréchal me charge aussi de vous le dire.

Le Maréchal parait convaincu que vos relations avec le Général sont excellentes ; il est persuadé, en outre. que.dans cette circonstance comme dans toutes les autres, vous n'écouterez que l'inspiration de votre amour pour la chose publique, et votre profond dévouement pour lui (Maréchal), afin de mener à bonne fin la mission dont il vous a chargé. Enfin. il met en vous ses espérances pour quelque résultat brillant comme vous savez en obtenir.

Commandant RIVET.

Monsieur le Général Yusuf.

Le Maréchal avait quitté de nouveau Alger le 5 mars pour se rendre, par le Foudouk, où sa colonne expéditionnaire était massée, vers Bordj-Boghni, où l'Émir avail tenu son congrès pour tâcher de décider les Kabils de la rive droite du Sebaou à reprendre les hostilités; mais le Gouverneur général avait

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1. Eth-Thouil signifie « Le Long », surnom qui avait été donné au commandant Durricu à cause de sa haute taille.

modifié ses dispositions en apprenant la retraite d’Abd-el- Kader, et il s'était porté vers l'outhen (district) du Hamza.

En effet, ne se souciant pas de se rencontrer avecla colonne du Maréchal, l'Émir quittait précipitamment le Djerdjera et se portait dans le sud du Thithri; il paraissait subitement à Birin, au sud-est de Boghar ; il tournait la colonne du colonel Camou, qui était en observation sur l'ouad El-Abiodh. Marchant avec sa rapidité habituelle, il surprenait, le 6 mars, au matin, — après avoir parcouru quarante lieues en vingt-quatre heures, — les Douaïr du Thithri, placés sous le commandement de l’agha Chourar, et faisait sur eux un butin considérable. Mais, poursuivi par la colonne d'El-Abiodh, il était atteint le lendemain matin à Beririk, au nord du Djebel-El-Khidher, et perdait une grande partie du butin qu'il avait fait sur les Douaïr. Un grand nombre de ses cavaliers restaient en même temps sur le carreau. Ben-Klikha, un de ses lieutenants, et l’agha Mohammed étaient au nombre des morts.

L'Émir sc dégageait par une fuite précipitée, traversait le Djebel-El-Khidher, et entrait dans le Zar’ez. Il franchissait les dunes, lorsque ses éclaireurs lui signalèrent deux colonnes françaises, dont l’une débouchait par El-Hammam (colonne Camou), au pied du Sendjas, et l’autre, sous les ordres du général Yusuf, par Gueltet-Sthel.

Craignant d’être atteint une seconde fois, l'Émir s’engageait dans les gorges de Gaïiga, du Djebel-Sahri. Les deux colonnes font jonction à Raïan, en avant des dunes, et le général Yusuf en prend le commandement.

A l'approche de nos troupes, toutes les tentes des Oulad- Naïl se retirent sur les points les plus inaccessibles des monlagnes.

Le général Yusuf pénétrait sans coup férir dans le Djebel-

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Sahri, et bivouaquait à Meliliha, chez les Oulad-Ben-Alva. Abd-el-Kader en faisait autant à quelque distance en avant, c'est-à-dire à la sorlie du défilé de Gaïga; il est inutile d'ajouter que, dès qu'il s'aperçut de ce dangereux voisinage, il décampait aussitôt, et précipilait sa marche sur Aïn-El- Kahla ‘. Il s’y établissait à peine avec ses cavaliers, que le général Yusuf tombail sur son avant-garde, et délerminait le désastre dont nous allons rapporter les détails.

L'échec que venait de faire subir à l’Émir le colonel Camou devait être bientôt suivi d’un autre qui eut un grand retentissement parmi les tribus du Sud. Nous voulons parler de celui de Gaïga, qui lui fut infligé par le général Yusuf.

Nous ne pouvons mieux faire que de donner ir extlenso le rapport du commandant de la colonne au Maréchal Bugeaud sur cette brillante affaire.

ARMÉE D'AFRIQUE Gouiga *, le 15 mars !846.

Division d'Alger

Monsieur le Maréchal,

Le 9 mars, j'étais à Ain-Oussera, où M. le colonel Camou était venu me rejoindre. Décidé à poursuivre à outrance Abd-

1. AnNaAUD, Interprète militaire : His{oire des Oulad-Naïl. — Recte africaine. — 1873.

2. Nous rappellerons que, lorsque nous faisons une citation, nous respcctons toujours l'orthographe de l'auteur, particulièrement pour les noms propres. Ainsi, le point que le général Yusuf orthographie Gouiga se nomme en réalité Gaïya.

el-Kader et à profiter du succès obtenu le 7 mars au combat dc Ben-Nahr, j'organisai mes forces de la manière suivante : deux colonnes de ravitaillement, — celle de M. le licutenantcolonel O’Keef à Ben-Nahr, et devant s'avancer jusqu'à Gueltes-Sethel; celle de M. le commandant Carbuccia, apportant mes vivres de Boghar,— assuraient mes approvisionnements; deux colonnes actives, celle de M. le colonel Camou, qui, dans la supposition du passage de l'ennemi par Hammam ct Raïan, devait lui couper la route de l’Est,tandis que la mienne, se composant de 530 chevaux et de 1000 hommes dont les sacs étaient portés par des mulets, devait, par des embuscades et des marches rapides de nuit, tomber sur l’ex-Émir, que la colonne du Colonel devait rejeter vers l'Ouest.

Le 12, le Colonel arrivait à Gouïiga après avoir rencontré, lc matin, un bivouac quitté la veille par l'ennemi; celui-ci, n'ayant les yeux que sur cette colonne, n'aperçut pas la mienne qui arrivait au même point deux heures plus tard. Je plaçai mon camp dans un lieu très caché, et où les éclaireurs ne pouvaient estimer mes forces; une reconnaissance me fit découvrir que, le matin mème, Abd-el-Kader avait campé à peu de distance, et que son nouveau camp, dont on apercevait la fumée, était à huit lieues de nous. À cinq heures du soir, je partais avec 600 chevaux commandés par M. le lieutenantcolonel De Nouë, ct 400 hommes à dos de mulet commandés par le colonel Renault; je confiai mon camp à M. le colonel Camou.

Le terrain, qui était sablonneux, et la lune, qui éclairait parfaitement, me permirent de suivre les traces de l'ennemi, qui me parut avoir 4500 chevaux ou mulets; à onze heures, j'arrivai sur un bivouac qu'Abd-el-Kader venait de quitter peu de temps auparavant, sur l'avis de notre marche, qui avaitété éventée. Je me remis sur la piste, mais, comme cette poursuite devait m'entrainer très loin, j'expédiai l'ordre à M. le colonel Camou d'envoyer deux bataillons à six lieues en avant sur la route que je venais de parcourir ; ces deux bataillons, sous les ordres du commandant Sutton de Clonard, se rendirent rapidement à leur poste.

À cinq heures du matin, j'aperçus les feux de l'ennemi à

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1000 mètres au pied d'une colline du haut de laquelle je le dominais; je pris de suite mes dispositions pour l'attaquer à Ja tête de mon infanterie, pendant que je l'envoyais reconnaître par un homme à pied qui, revenant quelques instants après, m'annonçait qu'Abd-el-Kader venait de prendre la fuite, laissant toutes ses tentes ct tous ses bagages sur le terrain : c'était la troisième fois en douze heures que nous le délogions. A cet instant, le jour commençait à paraitre; j'aperçus, à une lieue environ, la cavalerie de l’ennemi et sa fohkla (bagages, qui fuyaient. Je partis aussitôt à la tête de ma cavalerie, que je lançai dans toutes les directions pour cerner l'ex-Émir. M. le capitaine Ducrot", chef du Bureau arabe, avec ses goums

1. Nous devons à l'obligeance de M. le général Faure, qui a pris part à cette affaire en qualité d’aide-de-camp du général Yusuf, quelques notes inédites dont la place se trouve tout naturellement ici :

« Nous étions le 11 mars à Ben-Nahr, et après s'être fait rendre compte de la situation, le général Yusuf, apprenant que l'Émir campait à une quinzaine de lieues de nous, à Guelt-es-Stel, composa immédiatement une colonne mobile, formée de cavaleric, et d'infanterie sans sacs, laissant le convoi et les bagages au colonel Camou, et fit une première marche de nuit pour se rapprocher de l'ennemi.

» Le 12, au matin, nous n’étions qu'à cinq heures de Guelt-es-Stel; mais l'Émir, prévenu par ses éclaireurs, décampa et s’enfonça plus avant dans le Sud.

» La colonne se remit en marche le soir, et, dans la nuit du 12 au 13 mars, fit lever trois fois le camp d'Abd-el-Kader.

« Je fus chargé, avec le capitaine Ducrot, chef du Bureau arabe, de reconnaître le second camp signalé à 1000 ou 1200 mètres de la colonne. Les feux étaient encore allumés; évidemment, l'ennemi venait de partir, ct ne pouvait pas avoir une grande avance. En parcourant ce camp pour juger du nombre des gens de l’Émir, nous aperçümes tout à coup, sur un pli de terrain, et formant silhouette, un groupe de cavaliers que nous primes pour des éclaireurs d’Abd-cl-Kader. Faisant aussitôt demi-tour, nous revinmes au galop sur la tête de colonne; mais les Arabes, qui nous prenaient aussi pour des Choua/f de l'Émir, se mirent à notre poursuite en poussant des cris, sans, toutefois, faire feu sur nous. Ducrot reconnut la voix de deux chefs du cercle de Médéa, les aghas Ben-Yahia et Chourar. Nous avions affaire à des amis. La chasso continua, et, enfin, un peu avant

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et un escadron de Spahis, fut assez heureux pour le joindre le premier; en un instant, une grande partie de ses Réguliers étaient tués ou faits prisonniers et deux drapeaux étaient enlevés. La poursuite dura pendant cinq lieues ; plusieurs de nos chevaux tombèrent raides morts de fatigue; les autres qui venaient de faire trente lieues, ne pouvaient aller plus loin : Abd-el-Kader, nous abandonnant tout, s'enfuyait suivi de 14 cavaliers. Quelques officiers, les mieux montés, s’acharnèrent après lui et le serrèrent de très près pendant un instant; il ne dut son salut qu'à la vitesse supérieure de son cheval. Nous étions alors à sept ou huit lieues de Bou-Sàada, dans un pays dépourvu d’eau à plus de dix lieues à la ronde, si ce

Je jour, après avoir gravi une petite colline, nous apercevions, de l’autre côté, les feux de bivouac de l'Émir. A ce moment, quelques coups de fusil se firent entendre: c'étaient les chouaf (éclaireurs, espions), qui signalaicnt l'approche des Français.

» Les goums, soutenus par la cavalerie régulière, prirent aussitôt la charge, et, cette fois, les Arabcs n'eurent pas le temps de lever leur camp. Toutes les tentes, y compris celle d'Abd-el-Kader, furent prises. Nos goums poursuivirent les cavaliers ennemis ; mais ceux-ci, dont les chevaux étaient moins fatigués que les nôtres, s'éloignèrent rapidement, et, après une course au clocher de deux ou trois heures, la poursuite cessa.

» Le Général, avec l'infanterie, suivait à distance, et, pendant une halte de la colonne, nous apcrçûmes, sur notre droite, à une distance de 15 ou 1600 mètres, un objet qui semblait s’avancer lentement vers nous. Le Général, intrigué, me dit d'aller voir ce que cela pouvait être. Je fis un temps de galop, et, en approchant, je reconnus que c'était un Français, le lieutenant du Train Lacoste, chef du Bureau arabe de Tiaret, qui avait été surpris et fait prisonnier dans un douar au début de l'insurrection.

— « Les misérables m'ont tué! ».. me dit-il.

» Je mis picd à terre pour l'aider à marcher. Il avait, en cffot, trois balles dans le corps; mais ses blessures ne paraissaicnt pas mortelles. Il mc raconta que les cavaliers de l’Émir, voyant que le mulet qui le portait ne pouvait suivre leurs chevaux, avaient tiré sur lui pour nc pas le laisser retomber vivant entre nos mains. Nous retrouvâmes également, ce même jour, un interprète nommé Lévy qui était dans le même cas; mais le malheureux avait le bras gauche cassé ct unc balle dans le bas-ventre; il mourut dans la nuit.

n’est dans la ville elle-même. J'aurais bien poussé jusque-l ; mais comme je savais que les habitants avaient appelé à eux l'ex-Émir, je ne pouvais m'avancer à cette distance, avec la chance de livrer un nouveau combat à trente-cinq lieues de mon camp.

Les résultats de la journée du 13 mars auront une grande influence sur les tribus du Sud; c'est au milieu des Ouled- Nail, qui ont appelé Abd-el-Kader dans leur pays, et au moyen desquels il a pu pénétrer dans le Titeri, qu'il a fui honteux et dépouillé, abandonnant ses propres bagages, ses tentes, ses drapeaux, et un convoi de 800 mulets qu'il dirigeait sur Bou-Sâada pour s’y ravitailler.

La démoralisation était telle que, craignant de se voir enlever par nous ses prisonniers, MM. le lieutenant Lacoste et l'interprète Lévy !, il avait donné l'ordre de les tuer ; sa fuite était si précipitée, que les assassins n’ont pas eu le temps de les achever, et nous avons recueilli ces deux Français blessés chacun de trois coups de feu. M. Lévy a succombé quelques heures après; les blessures de M. Lacoste n'offrent point de gravité.

Les renscignements que vous donnera cet officier sur les derniers évènements, auxquels il a assisté, et qu'ila été à mûôme de juger avecintelligence, vous paraitront, sans doute. très précicux. Il nous a appris que les résultats obtenus dan: la journée du ? par M. le colonel Camou étaient beaucoup plus sérieux qu'on ne l'avait cru d'abord : l'ennemi a perdu là 110 Régulicrs, parmi lesquels 4 aghas et un Khalifa. Nos pertes sont légères : celles sc bornent à quelques blessés et à quelques chevaux tués.

4. M. le lieutenant Lacoste, chef du Bureau arabe de Tiharct, avait été pris dans les environs de ce poste au commencement de l'insurrection. Quant à M. l'interprète Lévy, il avait été fait prisonnicr à la malheureuse affaire de Sidi-Brahim l’année précédente. Ce dernier ne survécut que quelques hcures à sa délivrance. Quant au lieutenant Lacoste, dont les blessures ne paraissaient présenter que peu de gravité, et qu'on espérait sauver, il succomba trois mois plus tard, moins encore du fait de scs blessures, que des souffrances qu'il avait endurées pendant sa captivité.

La fuite de l'ex-Émir vers l'Ouest paraît se dessiner; je suis ici au centre des opérations, je continuerai à agir contre lui suivant les circonstances.

Je n'ai eu qu'à me louer de l'énergie et du dévouement de toutes mes troupes. -

YUSUrF.

Dans ses Notes inédites ?, le général Abdelal, qui prit part à cette affaire comme capitaine de Spahis, raconte ainsi qu'il suit — et peut-être avec une dose de modestie qui n’a rien d'exagéré — le désastre éprouvé par l'Émir dans la: journée du 43 mars :

C'était au mois de mars 1846, le général Yusuf avait formé une colonne mobile composée de seize escadrons de cavalerie, appuyés par un bataillon de Zouaves montés sur des mulets de réquisition. Ayant appris, le 7 mars, que le colonel Camou venait d'infliger à Abd-el-Kader un nouvel et très grave échec au combat de Ben-Nahr, le général Yusuf se porta immédiatement, ct à marches forcées, à la poursuite de l'Émir, et l’atteignit près de la région montueuse qui se trouve un peu au nord de Bou-Säada. Cette expédition se faisait dans le plus grand secret. Dans la nuit du 12 au 13 mars, vers trois heures du matin, après une marche rendue très pénible par les difficultés du terrain et une obscurité profonde, le général Yusuf, guidé par des renseignements certains, était arrivé à six kilomètres du bivouac d'Abd-el-Kader.

Ce bivouac était établi dans la plaine, tandis que nos

1. Le Général Abdelal, par M. le comte bE MaARGon, chef d’escadrons au 8° de Chasseurs.

escadrons étaient encore dans la montagne; les deux adversaires ne se doutaient pas être aussi près l’un de l'autre. Trompé au dernier moment par certains indices, le général Yusuf crut avoir fait fausse route. Il avait déjà donné l'ordre de cesser la poursuite, et de renoncer aux mesures de précaution usitées à l'approche de l'ennemi, lorsque, quelques instants avant le jour, plusieurs coups de feu lui firent comprendre qu’il était au contraire sur la bonne voie.

Une reconnaissance très rapidement et très heureusement exécutée par les goums, sous les ordres du capitaine Ducrot‘, apprit au Général que l'Émir était à peu de distance avec tout ce qu'il lui restait de forces, et qu'il se disposait à fuir. En effet, informé de la présence de nos troupes, Abd-el- Kader avait donné l'ordre à son convoi de se diriger vers l'est, tandis qu'il se retirait précipitamment vers l’ouest dans une large plaine terminée au loin par des collines rocheuses et abruptes.

Pour déboucher dans cette plaine, la colonne devait passer un défilé étroit et difficile, 11 n’y avait pas une minute à perdre, si l’on voulait profiter de la circonstance. Les dispositions du Général furent rapidement prises : quatre escadrons de Spahis furent lancés en première ligne; à gauche, deux escadrons du ? de Spahis; à droite, deux escadrons du 4er de Spahis, commandés par le capitaine Abdelal et le lieutenant Du Barail, sous les ordres du chef d’escadrons Desmaisons. Ces quatre escadrons devaient être soutenus par ceux du 4er de Chasseurs d'Afrique, du ?° et du 5° de Chasseurs de France, par un escadron de Gendarmes français, et par un

bataillon de Zouaves, qui avaient fait toute la marche de nuit

montés sur des mulets de réquisition.

Tandis que les deux escadrons du ?e de Spahis, et l'escadron du lieutenant Du Barail, entraînés par le commandant Desmaisons, s'élançaient à la poursuite du convoi, qu'on supposait commandé par l'Émir, « Abdelal seul », avec ser escadron, ne se laissa pas tromper par cette fausse manœuvre de

1. Plus tard, général de division et commandant de corps d'armée.

l'ennemi. Toutefois, l'erreur, rapidement reconnue, et le convoi lestement enlevé, les escadrons de gauche furent remis aussitôt dans la bonne voie, et se portèrent avec la plus grande ardeur à l'attaque principale. Mais ce court moment d’hésitation, avait permis à Abd-el-Kader de prendre un peu d'avance, et lui avait donné le temps de s'échapper à travers les pentes rocheuses, où nos chevaux épuisés ne purent le suivre.

Je ne fus pas dupe, continue le général Abdelal, du subterfuge de l'Émir, et je me précipitai hardiment sur ses traces. I] avait alors quatre kilomètres d'avance. Ce fut une charge e‘frénée, qui, commencée avant six heures du matin, ne cessa que vers dix heures. Nous arrivâmes à quelques centaines de mètres d'Abd-el-Kader; mais nos chevaux ne purent aller plus loin : exténués de fatigue et à bout de forces après cette course rapide, ils s’arrêtèrent ne pouvant plus faire un pas. Notre proie nous échappait! Nous n'étions plus, du reste, que trente-cinq cavaliers sur quatre cent-cinquante qui étaient partis à la charge. Nous ne rejoignimes la colonne qu’à cinq heures du soir, et nous arrivâmes tous, hommes et chevaux complètement épuisés !.

1. Le général Abdelal était d'origine égyptienne. Son père, Abdelal- Agha, avait été chef des Mamelouks ct agha des Janissaires du Caire. Plus tard, il s'était retiré à Marseille avec sa femme Haoua. C’est dans cette ville que naquit, le 16 juillet 1815, son treizième enfant, Louis Abdelal, celui dont nous nous occupons ici. En 1831, le général Savary, duc de Rovigo, ayant été nommé Général en chef de l'Armée d'Afrique, emmena le jeune Abdelal avec lui, et l'attacha à sa personne en qualité de secrétaireinterprète.

I donna sa démission d’interprète cn 1837, demanda à se faire naturaliser Français, puis il s’engagea, la même année, comme simple cavalier dans les cscadrons de Spahis du commandant Yusuf. Abdelal dit, à ce propos, dans ses Noles inédites: « C'est sous les auspices de ce vaillant homme de guerre, dont l'origine était à peu près semblable à la mienne, qui m'inspirait une véritable admiration, ct dont j'enviais la fortune, que je fis mes débuts dans la carrière militaire. #

Abdelal, qui était brigadier depuis quelque temps déjà, fut nommé

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Rentré à Alger le 48 mars au soir, le maréchal Bugeaud adressait au général Yusuf, à la date du lendemain, la lettresi flatteuse que nous reproduisons ci-après, et lui donnait de nouvelles instructions. |

GOUVERNEMENT GÉNÉRAL Alger, le 19 mars 180.

de l'Algérie

Cabinet

Général,

J'ai reçu avec bonheur votre rapport sur l'heureuse affaire du 13. C'est bien joué! mais c'est aussi de la bonne fortune: car c'est votre résolution de pousser aussi loin de votre infanterie de réserve qui vous a donné le succès.

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maréchal-des-logis le 13 octobre 1837, c'est-à-dire le jour mème de l'assaut de Constantine. Il était nommé sous-lieutenant au titre indigène le 7 juillet 1840, chevalier de la Légion d'Honneur le 3 janvier 1842, et lieutenant le 19 mai de la mème année. Mais ayant revendiqué ses droits de naturalisation en juillet 1813, il était nommé, le 13 septembre de la même année, lieutenant au titre français. 11 continua ainsi sa carrière jusqu'au grade de général de brigade, auquel il fut promu le 21 août 4870. Il fut nommé général de division à titre définitif le 5 février 1871; mais la Commission de révision des grades le remit, le 16 septembre de la même année, général de brigade pour prendre rang du 21 août 1870, date de sa première promotion à ce grade.

Le général Abdclal était admis dans le cadre de réscrve à dater du 18 juillet 1877.

Il mourut en 1881.

Ainsi que nous le dirons plus loin, à propos des opérations du général Yusuf, en 1864, dans le Sud algérien, Abdelal, dont les prétentions dépas saicnt évidemment le mérite, se montra injuste et ingrat à l'égard de son ancien chef, qui ne lui avait jamais fait que du bien.

C'est un évènement fort heureux, et qui vient dignement couronner les résultats obtenus par le général Gentil et par Camou.

Je doute qu'après ces trois graves échecs, qui sont plus graves encore pour son influence que pour sa force matérielle, l'Émir ait la puissance d'entreprendre, d'ici à quelque temps, rien de sérieux contre le Tell de la province d'Oran. Néanmoins, vous avez mille fois raison; il ne faut pas nous arrêter. J'approuve entièrement votre projet, et je donne des ordres en conséquence.

La seule grande difficulté c'est d'avoir 200 chevaux à Boghar et de les y nourrir. Je pense qu'il vaudrait mieux les tenir à Médéa ct vous les envoyer par fractions à Boghar, et mème à Souagui, quand vous Îles demanderiez, ce que vous devriez faire à l'avance pour ètre assuré de trouver le renfort réclamé au moment de votre retour.

Aussi, je vais envoyer les 200 chevaux à Médéa, où ils seront à votre disposition. Si vous voulez absolument les avoir à Boghar, on fera tous les efforts nécessaires pour les y maintenir. Mais, s’il fait mauvais temps dans le mois prochain, comme c’est probable, ils auront beaucoup à souffrir, parce que là il n’y a pas d’abri et pas de foin.

Quant à ce que vous gardiez la colonne Camou, je n’y vois aucune difficulté, ct j'en donne l'ordre. Au reste, M. le œénéral Marcy, dans la lettre qu'il m'écrit de Boghar le 17, est absolument de votre opinion sur ce point.

Je vais aussi tâcher de vous envoyer 100 mulets; comme la cavalerie, ils resteront à Médéa jusqu’à ce que vous les demandiez. Mais vous m'obligeriez beaucoup de tâcher de vous en passer, Car nous sommes, à cet égard, dans un grand dénüment. L'entretien en campagne de tant de colonnes a ruiné tous nos mulets.

Le général Marcy me mande que vous avez retenu les mulets du Tell. Joints à ceux de prise, ils pourront, je pense, vous dispenser de toucher à ceux du Train.

Le général Marey se charge de vos approvisionnements sur Souagui. Je prends des mesurcs pour que Boghar et Teniet-el-Ahd soient bien approvisionnés.

Vous ne me dites pas ce que vous avez fait des 800 muletpris dans l'affaire. Je présume que vous aurez réuni tout ce qu'il y avait de bon pour porter votre infanterie ou vos vivre. C'est une mesure bien importante à prendre, si déjà elle nest prise. Vous pouvez vous emparer de ceux qu'aurait capturés le goum, en les payant un prix très modéré. S'ils en avaient trop pris, on leur en payerait une partie, et on remettrait le» autres au Bevlik.

Je présume que c’est d'après les paroles de M. Lacoste que vous supposez Cavaignac à la poursuite de la Deira. Il est très probable qu'elle est en route, ou va s'y mettre pour aller au Djebel-Amour. Je vais instruire M. le général de La Moricière de toutes ces nouvelles.

Si la Deira vient réellement dans le désert, on sera dégast de toute préoccupation sur la frontière de l'Ouest, et on pourra tourner ses forces vers le Sud.

J'écris au général de La Moricière pour lui dire que, si cette hypothèse se réalise, il doit former une colonne comme la vôtre soit à Daya, soit à Saida, pour se trouver au-devant de l'Émir et de la Deira lorsqu'ils fuiront devant vous.

Si l'Émir se cantonnait dans le Djebel-Amour, la colonne de l'Ouest s’y porterait, et augmenterait de beaucoup les chances de réussite.

Je fais arrêter Kharroubi!, et je vais l'envoyer en France avec toute sa famille. Ce que Lacoste dit de l’agha Chourar m'étonne beaucoup, parce que cet homme nous a toujours montré du dévouement, et ce qui le prouve, c’est que l'Émir l'a razé; son action est réellement inexpliquable.

Tous les Arib sont rentrés auprès de Mahi-ed-Din. Lakhdar-ben-Taleb et Ben-Ferhat, qui les suivaient à un jour de distance avec leurs bagages, ont été ‘attaqués par 15 cavaliers des Ouled-Dris. Lakhdar a été tué, Ferhat s'est échappé. mais tous les bagages ont été pris. Ainsi nous voilà débar-

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1. El-Kharroubi, ancien secrétaire de l'Émir, retiré à Alger depuis trois ans, était resté en correspondance avec son ancien maître, et lui faisait souvent passer des avis secrets pouvant lui être utiles.

rassés de l’Agha défectionnaire. La tribu entière a eu beaucoup à souffrir de sa défection.

J'ai reçu vos propositions. Sur les huit que vous me recommandez particulièrement, M. Ducrot se trouve déjà légionnaire. Nous avons reçu avis de sa nomination par le dernier courrier. Je vais comprendre vos autres propositions avec celles du colonel Camou dans un travail que j'enverrai très prochainement au Ministre.

J'ai la plus grande confiance, Général, dans le succès de vos entreprises futures. Mais je dois vous dire que je me contentcrais de moins que ce que vous me promettez de faire. Vos relations avec Djedid et Ben-Aouda peuvent avoir un hon résultat, et je vous engage à les continuer. Ce que vous leur promettrez, je le tiendrai, si eux-mêmes exécutent leurs promesses.

Je serais bien heureux, pour la chose publique et pour vous, que vous devinssiez le Sylla de l'Armée.

Je vous recommande de songer à vous composer, par les prises que vous avez faites ou que vous ferez, par les contributions que vous imposerez aux tribus coupables, un équipage suffisant pour constituer cette colonne légère que vous rèvez depuis si longtemps, et dont je suis aussi parlisan que vous. |

Un des Berkani, qui a tenté de soulever les Beni-Menasser (les uns l’appellent Abd-el-Melek, les autres El-Azeri), s'est retiré dans l'Ouarensenis avec Hadj-Seghir. Une bonne partie des Attaf l'y ont suivi. Les autres se sont retirés chez les Braz ou près de la redoute de l’oucd Rouïina. Le bruit courait dans l'Ouarensenis que l'Émir devait y venir. J'aime à me persuader que vous l'en empêcherez. Si cependant il y venait, je ne tarderais pas à m'y porter. Mais je voudrais n'opérer sérieusement contre cette chaine de montagnes que dans les premiers jours de mai, lorsqu'il y aura de l'herbe pour nourrir nos animaux. Je crains bien que vous ne trouviez pas dans le Djcbel-Amour la végétation assez avancée pour nourrir vos chevaux et mulcts.

11 scrait bien désirable que vous puissiez remplacer une partie des mauvais chevaux de votre colonne par quelques

bons chevaux pris dans les goums, comme je l'ai fait quelquefois pendant la campagne. Vous nommeriez une Commission de Remonte, qui agréerait ces chevaux, les estimerait à leur valeur moyenne, et les paierait au moyen d'un prix fait par le Comptable de votre colonne. Il scrait encore mieux de pouvoir imposer un certain nombre de bons chevaux à de: tribus qui viendraicnt se soumettre.

Le Gouverneur général, Maréchal Duc D'IsLy.

P.-S. — Je propose Lacoste pour le grade de capitaine. Si, dans le cours de vos opérations, vous avez à vous ravitailler par Teniet-el-Ahd, vous n'aurez pas à conduire vos troupes jusque-là : je ne doute pas que vous ne puissiez vous faire transporter vos approvisionnements en avant de ce poste par Margueritte ct Ameur-ben-Ferhat.

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