Annales algériennes. — Livre VI
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appuycr cette mesure, et le Général en chef prenait en personne le commandement de la colonne qui devait marcher sur Médéa, la capitale de ce Beylik.
Ce petit corps d'armée, qui présentait un effectif de 7,000 hommes, se mit en mouvement le 17 novembre, et alla établir son bivouac à Bou-Farik ; il en repartit le 48 et se dirigea sur Blida. À une licue environ en avant de cette ville, au moment où elle arrivait sur l'ouad Beni-Azza, l'avant-garde de la colonne expéditionnaire apercevait devant elle une assez forte troupe composée de cavaliers et de fantassins arabes, et divisée en groupes ou fragments sur un front très étendu. La droile de ce rassemblement s’appuyait au point où l’ouad Abarer’ débouche de la montagne des Beni-Salah ; sa gauche touchait aux murs de Blad-el-Djedida (la Ville-Nouvelle)'. L'avant-garde s’arrêla, et son commandant fit prévenir le Général en chef de ce qui se passait.
Le général Clauzel, qui, nous l’avons dit plus haut, avait reporté sur Youcouf le bienveillant intérêt que lui portait le maréchal de Bourmont, et qui avait tenu à ce qu'il fit partie, avec son goum, du corps expéditionnaire marchant sur Médéa, le Général en chef, disons-nous, envoya Youcouf en parlementaire vers celte troupe pour en savoir les intentions, lesquelles, d’ailleurs, n’élaient pas douteuses.
Toujours admirablement monté, Youcouf partait comme un trait dans la direction du groupe principal, en enlevant son cheval avec une élégance et une vigueur qui lui valurent les
1. Après l'effroyable tremblement de terre de 1825, le Pacha Hoçain avait décidé que la ville de Blida serait rebâtic à Groumellal, c’est-à-dire à 1,800 mètres au nord-nord-ouest de la ville détruite. Ce projet n'eut pas de suite.
bravos de l'avant-garde de la colonne. En quelques bonds, il avait joint ce groupe, et, seul en présence de ces bandes, qui, malgré sa qualité de parlementaire. l’accueillirent par des cris et des injures, Youçouf, magnifique de calme et de sangfroid, s'adressant aux cavaliers du groupe devant lequel il s'était arrêté : « Quel est, parmi vous, celui qui commande ? » demanda-t-il d’un ton impérieux et méprisant.
— « C’est moi! » répondit un beau et vigoureux cavalier en s’avançant vers Youcouf.
— « Si c’est toi, fais donc taire ces bergers fils de bergers ; car ce ne sont pas là des guerriers, puisqu'ils ne savent point respecter un parlementaire. »
Et, subissant l'influence fascinatrice du jeune et brillant Mamelouk, le chef arabe imposait silence à ses bandes.
Puis, avec l’habileté d'un diplomate consommé, Youçouf entrait en pourparlers avec le chef du goum, et réussissait à le décider, malgré l'opposition que firent à cetle proposition quelques-uns des principaux cavaliers de la bande, à venir s'expliquer avec le Général en chef au sujet de ses intentions vis-à-vis de la colonne française.
Youcouf revenait bientôt vers la colonne avec le chef du goum, qu’avaient voulu suivre quelques-uns des siens.
A l'approche de ce chef, le général Clauzel s'était porté à sa rencontre : c'était un cavalier de haute mine, au regard franc et droit, à l'attitude énergique, fière et imposante.
Le Général lui ayant fait connaitre que son intention était d'aller coucher le soir même à Blida, il lui demandait quel avait été son but en s’établissant sur Ia route qui y conduisait, et en y prenant position.
Le chef arabe lui répondait avec beaucoup d’audace que son intention à lui était précisément de s'opposer à son projet,
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et il lui conseillait avec une certaine hauteur d’y renoncer, parce que lui et sa troupe étaient tout disposés à l’en empècher, « s’il plait à Dieu ! » ajoutait-il.
— « C’est ce que nous allons voir, » répliquait le Général chef, et il ordonnait au chef arabe de se retirer. Il remettait sur-le-champ sa colonne en marche sur Blida.
Dès que le chef arabe eut rejoint sa troupe et qu'il lui eut fait connaître les intentions du Général en chef, des clameurs et des vociférations se firent entendre sur toute la ligne, etles Arabes commencèrent aussitôt un feu plus nourri qu'efficace. La brigade de tête les poussait facilement devant elle, et quelques obus en avaient bientôt raison.
Vers la chute du jour. le général Achard se présenta devant Blida, dont il trouvait les portes fermées ; il s’apprêtait à les abattre à coups de canon, lorsqu'elles furent ouvertes par un officier — le lieutenant d'Hugues, du 37° de ligne — et quelques voltigeurs qui en avaient escaladé les murs. La ville était presque déserte; ses habitants, sous la pression des Beni-Salah, et redoutant de voir se renouveler les scènes de pillage de juillet, s’ils se montraient sympathiques aux Français, l'avaient évacuée le jour même où nous y entrions, et s'étaient retirés dans les montagnes de cette tribu kabile.
L'Armée passa la journée du 19 à Blida. Elle se remit en marche le 20 en longeant l’ouad Sidi-El-Kebir, c'est-à-dire le pied de la chaine de montagnes qu’on appelait alors, un peu pompeusement, le Grand Atlas.
Vers midi, l’Armée arrivait sur l'ouad Cheffa', c'est-à-dire à l'entrée de la gorge où le chemin de Médéa pénètre dans la