‹ Le général YusufChapitre 19 sur 125 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Mais le Gouvernement français qui, sans doute, trouvait au général Clauzel des manières d’agir trop indépendantes, dans la question des princes tunisiens surtout, qu'il avait traitée sans en référer au Ministre des Affaires étrangères, le Gouvernement, disons-nous, faisait choix du général Berthezène pour le remplacer. Il est vrai de dire que la réduction de l'Armée d'Afrique à cinq régiments d'infanterie enlevait une grande partie de l'importance de ce commandement. Aussi, l'Armée d'Afrique cessait-elle d'exister sous cette dénomination, pour prendre celle de Division d'Occupation.

Le général Berthezène arrivait à Alger le 20 février et prenait le commandement de cette Division, que lui cédait le général Clauzel en partant le lendemain 21.

Le capitaine de Chasseurs algériens Youcouf était confirmé dans son grade par ordonnance royale du 25 mai.

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Nous avons dit plus haut que le Bey de Thithri de notre nomination, Mosthafa-ben-El-Hadj-Omar, avait élé laissé à . Médéa après l'évacuation de cette place par la brigade du général Danlion. Sa position, déjà très précaire à celte époque, devenait de jour en jour plus critique. La majorité de la population s'était bien ralliée à lui; mais Ahmed, le fils de l'ancien Bey Mosthafa-Bou-Mezrag, avait réussi à se faire autoriser à résider dans la ville, où il ne tardait pas à travailler les esprits en faveur de sa cause. Il sortit de Médéa sans que Ben-El-Hadj-Omar eût osé l’arrêter, et alla se mettre à la tête des tribus mécontentes ; il venait bientôt s'établir, avec quelques forces, au Haouch-El-Baï, d’où il bloquait Médéa. Pris de frayeur, le malheureux Bey écrivit au général Berthezène pour en obtenir de prompts secours.

Décidé à ne pas l’abandonner, le général Berthezène partait d’Alger le 95 juin avec un corps de 5,000 hommes, et allait coucher en avant de l’ouad El-Kerma. Le capitaine de Chasseurs algériens Youcouf faisait tout naturellement partie de cette expédition. Après avoir bivouaqué, le 26, en avant de Bou-Farik, le 27, au Haouch-Mouzaïa, où elle laissa un bataillon, la colonne franchit, le 28, la Tniyet-Mouzaïa, où fut élabli un bataillon, et alla coucher aux Zenboudj-El-Azara'.

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1. Les Oliviers des Palefreniers, des Valets à la suite de l'armée. Ce point cst connu par les Français sous le nom de Bois des Oliviers. Il fut le théâtre de nombreux combats dans les premières années de l'occupation.

Jusque là, on n’avail point rencontré d’ennemis; mais. en ce point, quelques coups de fusils furent tirés sur nos troupes.

Le 29, la colonne arrivait à Médéa. Quelques Arabes, qui faisaient mine de vouloir attaquer nos colonnes, furent chargés et dispersés. A l’approche de nos troupes, Ahmed-ould- El-Mosthafa-Bou-Mezrag avait abandonné le Djenan-El-Bai, qui fut occupé par un bataillon d'infanterie et par la cavalerie.

La colonne poussait, le 4er juillet, une reconnaissance jusqu’au plateau d’El-Haouara, où les partis ennemis ne nous attendirent pas. Le général Berthezène ordonnait la retraite sur Médéa, où les Arabes nous accompagnaient en tiraillant d'assez loin.

Le 2 juillet, à quatre heures du soir, l'Armée commençait son mouvement de retraite sur Alger; le Bey de Thithri, dont la position n’était plus tenable, se retirait avec la colonne. L'ennemi la suivit en tiraillant jusqu'aux Zenboudj-El-Azara. Après quelques heures de repos, la colonne gagnait le Col, qu'elle atteignait à la pointe du jour. Elle en descendait après une halte de quelques instants, toujours suivie par l'ennemi; enfin elle arrivait au pied du versant nord du Djebel-Mouzala, où Arabes et Kabils cessaient leur poursuite. Le 5 juillet, les troupes rentraient dans leurs cantonnements.

Celte expédition n'avait pas élé heureuse: on y commil faute sur faute, et nos pertes, qui avaient été extrêmement sérieuses. l’eussent été davantage encore sans l’admirable dévouement du chef de bataillon Duvivier‘, qui commandait le 2° bataillon de Zouaves (corps mixte), et quelques Volontaires parisiens”.

1. Devenn général ct blessé mortellement aux affaires de juin 1848, à Paris 2. Annales algériennes. — Livre VIII.

Les conséquences de cette malheureuse affaire ne tardèrent pas à se faire sentir: fiers des pertes qu'ils nous avaient fait subir, Arabes et Kabils ne doutèrent plus qu'il ne leur fût possible de nous faire repasser la mer. Ahmed-ould-Bou- Mezrag, d'un côté, El-Hadj-Mohammed-ben-Zamoum, de l'autre, excitaient les indigènes à prendre les armes. Sid Es- Sâdi, un saint homme rentré récemment du pèlerinage de Mekka, mettait le feu au cœur des Croyants des tribus de l'Est, où il s’était retiré, par ses ardentes prédications. Bientôt, deux gros rassemblements d’insurgés se formaient, l’un à Bou-Farik, sous les ordres d’Ahmed-ould-El-Mosthafa-Bou- Mezrag, l’autre sous ceux d'El-Hadj-Mohammed-Ben-Zamoum et de Sid Es-Sâdi, sur la rive droite de l’ouad El-Harrach, près de la koubba de Sidi-Arzin.

Le 17 juillet, les gens de Ben-Zamoum attaquent la Ferme- Modèle et brülent les récoltes; mais ils sont repoussés et obligés de repasser la rivière. Le 48, l'attaque recommence; ilsne sont pas plus heureux que la veille: une sortie de la garnison du poste de la Ferme-Modèle les rejette de l'autre côté de l'ouad El-Harrach, et marche sur leur camp. Le général Berthezène se porte aussi dans cette direction; mais l'ennemi ne l'attend pas; il lève son camp précipitamment et prend en toute hâte le chemin des montagnes. Notre cavalerie, qui est mise à sa poursuite, sabre quelques fuyards et pousse ces bandes, la lame aux reins, jusqu’au delà de l’ouad El-Hamiz.

Le capitaine Youçouf se fit encore remarquer, dans cette poursuite, par la façon brillante dont il enleva son escadron, lequel poussa la charge bien au delà des limites que lui assignaient les règles de la plus stricte prudence; il est vrai que cette vertu ou cette’ qualité n’était point du tout dans son tempérament.

Cette disparition de l'ennemi contrariait fort les projets du général Berthezène, qui aurait désiré entrer en pourparlers avec les gens du pays, lesquels se retiraient de l’autre côté de l'ouad El-Harrach. Le capitaine Youcçouf proposa au Général en chef, le lendemain 18, de se porter dans leur direction, de s'aboucher avec eux et de lui amener quelques notables des tribus voisines.Cette proposition ayant été acceptée, Youçouf partait seul, et ne tardait pas de revenir avec un cavalier des Beni-Mouça, qui demanda un sauf-conduit pour les Chioukh. Youcouf partit de nouveau, et reparut bientôt avec les Xebar, les grands de la tribu. Ces braves gens prétendirent tout naturellement qu'ils avaient été contraints de prendre les armes par les Kabils de Ben-Zamoum. Cette excuse parut vraisemblable au général Berthezène, qui voulut bien s’en contenter.

Le 19, la Ferme-Modèle était attaquée de nouveau; mais, cette fois, les assaillants appartenaient au rassemblement de Bou-Farik, et marchaient sous les ordres d'Ahmed-ould-Mosthafa-Bou-Mezrag. Les efforts des insurgés venaient encore se briser sous les murs du Bordj de Hoceïn-Pacha.

Le 20, ils tentèrent l’attaque du blockhaus de l’ouad El- Kerma et de la Ferme-Expérimentale ou Modèle; mais ils ne furent pas plus heureux dans ces entreprises qu’ils ne l’avaient été les jours précédents.

Le 21, nouvelle attaque de la Ferme et du blockhaus par les insurgés; ils étaient repoussés avec des perles assez sérieuses.

Enfin, le 22, le Général en chef marche à eux avec des forces imposantes : ils sont rejetés sur la route de Blida et poursuivis jusqu’à Bir-Touta. La cavalerie leur donne la chasse jusqu’en vue de Bou-Farik, où se trouvaient encore quelques masses ennemies, qui ne croient pas ulile, sans doute, d'at-

tendre le choc de nos escadrons, et qui s’échappent et se dispersent dans toutes les directions.

Il est inutile d'ajouter que, selon son habitude, le capitaine Youçouf avait été admirable d'audace, de bravoure qu'il poussait jusqu'à la folie, d’élan irrésistible et contagieux. Du reste, dans les magnifiques journées du sabre et de la poudre de ces temps héroïques, Youçouf se réservait toujours la meilleure part, et son retour au camp ou au bivouac, à la tête de ses vaillants cavaliers, qu’il appelait « Ouladi! » — mes enfants ! — était toujours acclamé par nos troupes.

Nous ajouterons que, déjà à cette époque, le nom de Youçouf était légendaire dans l'Armée d'Afrique, et que les faits qu'on en racontait, les prouesses dont on le faisait le héros, l'avaient rendu très populaire aussi bien en France qu'en Algérie.

Les bandes d'Ahmed-ould-Bou-Mezrag et de Ben-Zamoum avaient décidément abandonné la partie, et remis la suite de leurs affaires à des temps qu'ils espéraient meilleurs.

Dans le courant du mois de décembre, le chef d'escadrons Mendiri, qui, nous le savons, remplissait avec une eflicacité contestable les fonctions d’Agha des Arabes, était remplacé dans cette charge, sur la recommandation des Maures d'Alger,

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