Annales algériennes. — Livre VI
La garnison évacua donc cette place dans les derniers jours de décembre; mais comme le général Danlion n'était rien moins que sûr de pouvoir traverser le pays des Mouzaïa avec sa brigade, le général Clauzel envoya au-devant de lui, jusqu’à la Tniya, la brigade Achard, qui le ramena à Alger, où il rentra le & janvier 4834.
Le Bey Mosthafa-ben-El-Hadj-Omar, qui sentait son insuffisance et son impuissance, aurait bien désiré suivre la garnison et rentrer avec elle à Alger ; mais les habitants de Médéa, craignant de tomber dans l'anarchie, firent de telles instances pour le conserver, qu'il finit par se décider à rester au milieu d'eux.
La charge d’Agha des Arabes fut supprimée le 7 janvier 4831. Nous avons vu que son titulaire, Hamdan-Bou-Rkaïb, sans la moindre aptitude pour les affaires de poudre, avait trouvé plus commode de laisser toute la partie active de sa besogne à Youçouf, son jeune et énergique khalifa ; les affaires, d’ailleurs, n'en avaient pas marché plus mal. Aujourd'hui que nos colonnes avaient poussé devant elles, le besoin de ce rouage ne se faisait plus si impérieusement sentir, bien que, pourtant, notre influence ne fût encore que médiocrement assise dans la Metidja. Le Général en chef compléta cette mesure en exigeant de Hamdan, dans la crainte qu’il ne se livrât à quelques intrigues, qu'il s’éloignât d'Alger et qu’il se rendit en France.
Dans les derniers jours de janvier, le capitaine Youçouf fut chargé par le Général en chef d’une mission des plus périlleuses : il s'agissait da ravitaillement, en munitions de guerre, de la ville de Médéa, où nous avions laissé notre Bey Mosthafa-ben-El-Hadj -Omar, lequel ne s’y trouvait rien moins qu'à son aise. Le jeune capitaine devait, après avoir déposé ses cent mille cartouches à Médéa, pousser une reconnaissance sur Miliana, où nous n'avions pas encore paru, pour s'y assurer de l'état des esprits, y nouer des relations, s’il était possible, et se rendre compte de ce qui pourrait être tenté de ce côté.
Il choisissait, pour cette dangereuse et hasardeuse opération, vingt-cinq de ses meilleurs cavaliers indigènes, de ceux qui avaient pacifié avec lui le Sahel et la Metidja, de ces preux de la poudre et de la lame, toujours prêts pour le combat, à la condition qu’il y ait quelque butin au bout, et se faisant aussi peu de scrupule de sabrer un Musulman, quand le devoir le leur commandait, que s’il s'agissait d’un simple Chrétien; gens de cœur, sans doute, mais aussi sans préjugés, et d'une moralité ne gênant en rien l'exercice de leur honorable profession. Leur jeune chef avait commandé ; ils iront là où il ira, et ils savent d'expérience qu'il les mènera loin, et que tous, bien certainement, ne reverront pas Alger la bien gardée.
Il s'agissait, en effet, d’une mission de longue haleine en
pays ennemi; sans doute, avec de l'audace, de la rapidité, de l'habileté, une noble et vigoureuse monture, de bonnes armes, du bonheur, et Youcouf pour guide, on pouvait espérer s'en lirer avec honneur et profit; mais il fallait tout cela pour assurer Île succès.
Cette mission, nous le répétons, se mit en route, avec son convoi de munitions, vers le 25 janvier ; elle traversait la Metidja, passait par Blida et sc dirigeait sur Médéa par le chemin du Col des Mouzaïa, qu'elle franchissait sans rencontrer d'obstacles. Aux Zenboudj-El-Azara, le 98 janvier, elle donnait dans un goum nombreux qu'elle chargeait sans hésitation, et qu'elle culbutait après un combat de quelques minutes, dans lequel Youcouf, qui, avec son intrépidité ordinaire, s’était lancé bien en avant des siens, eut son cheval tué sous lui. Obligé de combattre à pied pendant quelques instants, sa position devenait très critique, lorsque ses cavaliers vinrent le dégager et achever la déroute de l'ennemi.
Le capitaine Youcçouf continua son chemin sur Médéa, où il déposa son convoi de cartouches ; après avoir séjourné quelque temps dans cette place, il se dirigea sur Miliana en longeant, au sud, la chaine du Gonthas; il arrivait sans encombre devant cette ville, qui, le croyant sans doute l'avant-garde d’un corps d'armée prochain, lui ouvrail ses portes sans difficulté. Du reste, les dispositions des gens de Miliana ne présentaient aucun caractère d’hostilité. Après avoir bivouaqué pendant deux ou trois jours en dehors de la ville, et entamé des négociations avec ses principaux habitants, négociations qui furent des plus fructueuses pour notre cause, car le capitaine Youcouf était aussi habile diplomate que valeureux soldat, son goum reprit la direction d'Alger. Il était attaqué, le 20 février, sur l’ouad Ouedjer par les Sou-
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mala, qui lui avaient tendu une embuscade. Malgré la difficullé du terrain, Youçouf n'avait pas hésilé à se mettre à la poursuite de ces Kabils, dont il put sabrer quelques-uns; mais sa témérité faillit lui être fatale. car il était blessé à la hanche droite d’un coup de feu qui, fort heureusement, n’eut pas de suites bien graves. Néanmoins, il avait eu deux cavaliers blessés mortellement. Un autre de ses hommes avait eu son cheval tué sous lui. Arrivé dans la Metidja, il voyait clair devant lui et pouvait défier toute attaque. Il rentrait le 22 février à Alger, et rendait compte de sa mission au général en chef, dont il recevait les plus flatteuses félicitations pour la facon heureuse et brillante dont il l'avait accomplie.
Le général Clauzel rétablissait, le 20 février, la charge d'Agha des Arabes, qu'il avait supprimée le 7 janvier dernier, eten investissait M. Mendiri, chef d’escadrons de Gendarmerie el grand-prévôt de l'Armée. On atiachait à ce service douze cavaliers indigènes sous le nom de Guides. Il serait superflu d'affirmer qu'avec des forces aussi redoutables, le commandant Mendiri ne fut jamais, comme on disait autrefois, Agha de la Plaine que de nom‘.