CHAPITRE V
I. Le Bey de Constantine, El-Hadj-Ahmed, dépossédé de son Baiïlik, pendant son absence, par les Turks qu'il y avait laissés, cst rappelé par la population. — Les Turks évacuent la ville de Constantine ct vont camper en dehors avec le Bey de leur choix.— Déscspérant de pouvoir résister à El-Hadj-Ahmed, les Turks prennent l'imprudent parti de se soumêttre. — Ahmed-Bey feint de leur accorder leur pardon et les fait tous massacrer.— Le Bey Ahmed prend le titre de Pacha.— II. Il manœuvre pour faire rentrer Bône sous son autorité, — Les Bônois demandent au général Berthezène des secours en hommes ct en munitions pour pouvoir lutter contre leur ancien Bey.— III. Un détachement de Zouaves musulmans est envoyé à Bône. — L'expédition est dirigée par le chef d’escadrons d'État-major Huder, qui dépossède peu à peu Sid Ahmed-ben-Ech-Cheikh du commandement de la Kasba.— Ibrahim, Bey destitué de Constantine, surprend ce poste et s’en rend maitre. — Tentative infructueuse du commandant Huder pour reprendre la Kasba ; il est sommé d’évacucr la ville.-— Retraite désastreuse de son détachement, dont le capitaine Bigot, qui le commande, est tué en combattant vaillamment. — Le commandant Huder partage le même sort. — Ne pouvant rien contre la place, les navires qui ont amené le détachement se bornent à la bombarder, et remettent le cap sur Alger. — IV. Le général Berthezène est remplacé dans le commandement de la Division d'Occupation par le lieutenant-général duc de Rovigo.
Notre action allant désormais s'étendre dans l’est de l’ancienne Régence d'Alger, que nous avons quitté à la fin du
mois d'août de l’année dernière, lors de l’évacuation de
Bône‘ par le général de Damrémont, il importe que nous revenions en arrière pour étudier la situation de l’ancien Beylik de Constantine, et nous rendre compte de la position qu'ont faite les évènements au Bey El-Hadj-Ahmed*, que, le 15 décembre dernier. le général Clauzel avait dépossédé, plus fictivement qu'effectivement, au profit de Sid El-M osthafa, le frère du Bey de Tunis.
Après la prise d'Alger, le Bey de Constantine, El-Hadj- Ahmed, s’élait retiré dans son Baïlik avec les quelques troupes qu'il avait amenées au secours de Hoçaïn-Pacha. À peu de distance de sa capitale, il apprenait que les Turks qu'il y avait laissés s'étaient révoltés contre son autorité, et l'avaient remplacé par son khalifa, Hamoud-ben-Chaker *. Ne se trouvant pas assez fort pour soumettre la garnison qui l'avait frappé de déchéance, il attendit une occasion favorable qui lui permit de remettre la main sur son gouvernement. Son attente ne fut pas de longue durée : craignant les excès auxquels pourrait se livrer la garnison révoltée, les habitants de Constantine envoyèrent un marabouth à El-Hadj-Ahmed pour l’inviler à rentrer en ville avec le peu de troupes dont il disposait; ils s’engageaient, en même temps, à le soutenir contre les Turks. Or, le Bey, qui n'avait renoncé à son Baïlik que sous bénéfice d’inventaire, ne s'était pas trop fait prier pour rentrer en possession de ses États. Voyant que toute la population de Constantine leur était hostile, les Turks évacucrent la ville, et allèrent camper à quelque distance de ses murs avec le Bey qu'ils s’élaient donné.
1. En arabe, E/-Eunnaba, la Jujubière, ainsi nommée des nombreux jujubiers cultivés dans la plaine.