‹ Le général YusufChapitre 32 sur 125 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

I. Bruits d'un projet de traité entre la France et le Bey de Constantine. — Rupture de toutes relations avec ce Bey. — II. Ben-Yâkoub tente un coup de main sur le troupeau de l'Administration de la garnison de Bône. — Le capitaine Youçouf, sans s'inquiéter s’il cst suivi par ses cavaliers, fond sur ceux de l'ennemi, les culbutc ct les mène battant jusqu'à dispersion complète, semant de nombreux cadavres le terrain de la poursuite. — Youçouf est nommé chef d'escadrons au 3° de Chasseurs d'Afrique, son régiment. — JI[. Razia sur les Oulad-Athiia. — Charges brillantes menécs par le colonel de Chabannes et le commandant Youçouf, qui est blessé d’une balle en plein visage. — Youçouf est cité pour la troisième fois. — Youçouf chargeant les cavaliers ennemis. — IV. Le duc de Rovigo quitte, pour raisons de santé, le commandement du Corps d'Occupation. — Le général Avizard prend l'intérim. — Le général Voirol lui succède dans la même position. — V. Leau combat contre la tribu des Merdas. — Le chef d'escadrons Youçouf s'y distingue d'une manière toute particulière. — Générosité du général d'Uzer envers les vaincus. — Le commandant Youçouf gagne, dans cette affaire, sa quatrième citation à l'ordre de l'Armée. — Combat singulier, en présence de la colonne, entre le capitaine Morris, du 3° de Chasseurs d'Afrique, et un cavalier des Merdas de taille gigantesque, qui trouve la mort dans cette lutte.

Les cruautés du Bey de Constantine présentaient cet avanlage d'augmenter chaque jour le nombre de nos partisans; pour se dérober au joug insupportable de ce maitre impiyable, les tribus venaient nous demander notre prolection

et s’abriter contre les vengeances d'El-Hadj-Ahmed, lequel n'avait point renoncé à ce qu'il appelait ses droits sur Bône. Pourtant, dit-on, il fut un instant où le Bey ne paraissait pas éloigné de traiter avec la France. Des négociations auraient mème été entamées dans ce but, d'août à novembre, entre le duc de Rovigo et El-Hadj-Ahmed ; elles étaient établies sur les bases suivantes : 4° reconnaissance de la souveraineté de la France ; 2 tribut annuel ; 3° cession de Bône ; #° interdiction de commerce avec Tunis au profit de Bône.

Nous promettions, en échange, de pourvoir à l'entretien des troupes du Bey, et de l'aider à soutenir son autorilé dans les parties de son Beylik où elle viendrait à être méconnue.

Mais des intrigues qu’on attribue à notre ancien Agha des Arabes, Hamdan-Bou-Rkaïb, lequel avait été choisi par le duc de Rovigo pour suivre ces négocialions, firent heureusement avorter les bonnes dispositions que pouvait avoir le Bey, en supposant qu'elles eussent été sincères, à se rapprocher de nous et à traiter sur des bases sérieuses avec le représentant de la France.

Nous avons dit Acureusement, parce que ce traité, en supposant qu’il eût abouti, ne pouvait que retarder la conquête de la province de Constantine.

A partir de cette époque, le Bey de Constantine cessait toutes relations avec nous; c'était décidément la guerre entre ce pelit Sultan de l'Est et les Francais.

Bien que son influence sur les tribus de la région de Bône füt, nous le répétons, considérablement amoindrie, El- Hadj-Ahmed ne réussit pas moins, en agissant sur Ben- Yäkoub, à le décider à tenter une nouvelle attaque sur Bône. Celui-ci se remit de suite en campagne pour recruter les éléments des bandes qu'il voulait lancer sur cette place; il parvint, non sans peine, à réunir 4.000 ou 4,200 chevaux, qui lui furent fournis par les Senhadja. les Redjata et les gens de Skikda. Le cheikh des Zerdaza, Ben-El-Kahal, marchait avec Ben-Yâkoub en qualité de khalifa.

Ces cavaliers se présentèrent devant Bône le 43 mars 1833: Ben-Yäkoub engagea d’abord. dans la plaine, un petit détachement de 200 cavaliers, qui avaient pour mission de tenter un coup de main sur le troupeau de l'Administration ‘.

Le capitaine Youçouf les avait à peine aperçus, qu'il fondait sur eux avec son impétuosité ordinaire, et les mettait en déroute. Il était bientôt suivi par le 3° de Chasseurs d'Afrique et une colonne d'infanterie, sous les ordres du colonel Perregaux. En fuyant avant même d'avoir senti le tranchant du sabre de Youçouf, les cavaliers ennemis avaient l'intention de l’attirer sur un terrain plus difficile, et de le faire tomber dans une embuscade. Mais ayant pénétré leur dessein, l’habile capitaine s'était reformé au delà du ravin dans lequel il s'élait engagé, et les avait attaqués avec sa vigueur habituelle dans la vallée, où ils avaient déjà rallié 200 autres cava-

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