‹ Le général YusufChapitre 38 sur 125 · Documents pour servir à l’Histoire de Bône · texte numérisé non relu

Documents pour servir à l’Histoire de Bône

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Nous avons dit plus haut que le général Voirol avait été appelé à faire l’intérim de Commandant en chef du Corps d'Occupation ; il quittait ce commandement dans le courant de septembre, à l’arrivée à Alger du lieutenant-général comte d'Erlon, qui avait été nommé, le 27 juillet, Gouverneur général des Possessions françaises dans le nord de l'Afrique.

L'été s’annonça de bonne heure par des chaleurs excessives; aussi, les troupes de la garnison de Bône, qui, pour la” plus grande partie, campaient encore sous la tente faute de casernement, n'avaient pas tardé à en ressentir les premiers effets : sur les 3,200 hommes composant la garnison, il y en avait, au mois d'août, 1,450 dans les ambulances; 350 convalescents de l’année précédente étaient incapables de faire aucun service. On se vit dans l’obligation de confier la garde de plusieurs postes importants aux Turks et aux Olages. Cette mesure était, d’ailleurs, sans danger, en ce sens que le commandant Youçouf exerçait un tel ascendant sur cette troupe, qu'aucune trahison n'était à redouter. Quant à ses escadrons de cavalerie, il leur restait à peine assez d'hommes valides pour soigner les chevaux.

D'un autre côté, la sécheresse avait fait manquer entièrement la récolte des grains et des fains dans toute la plaine, et les tribus alliées étaient sans ressources.

Cette ficheuse situation, bien connue à Constantine, délermina le Bey El-Hadj-Ahmed à hâter son entrée en campagne. S'étant iwis, dans le courant de novembre, à la tête de 3,000 cavaliers et de nombreux contingents d'infanterie, il rallia Bel-Kacem-ben-Yäkoub à quelques lieues de Bône. Frappées de terreur à son approche, les tribus voisines allèrent au-devant de lui pour solliciter son aman; les Merdas eux-mêmes se rendirent en suppliants au camp du terrible Bey, et leur chef recut solennellement son investiture.

Les Oulad-Dehan, qui, précédemment, avaient refusé de payer leurs impôts au Bey, furent écrasés et ruinés : leurs grains étaient envoyés à Constantine, et tous leurs bestiaux distribués aux contingents du Bey.

Le général d’Uzer, qui avait à peine un millier d'hommes en état de combattre, ne put que se borner à assurer la défense de la place de Bône.

Un évènement imprévu vint heureusement détourner le danger qui nous menaçait : des troubles, qui éclatèrent à ce moment chez les Hanencha, contraignirent le Bey à se rendre sans retard au milieu de cette tribu.

Vers cette même époque, le Cheikh des Eulma, Ali-El- Harch, qui était entré en pourparlers avec l'autorité française, recut ouvertement le bernous d'investiture des mains du général d'Uzer.

A la nouvelle de la soumission de ce Cheikh, le Bey El- Hadj-Ahmed entra dans une violente colère, et ordonna à son Khalifa Ben-Aïca d'aller châtier ce renégat fils de renégat lequel avait son campement à neuf lieues de Bône. |

Le 19 novembre, dans la soirée, quatre cavaliers des Eulma, tribu ayant ses campements au sud-ouest du lac Fezara, se présentaient haletants au général d’Uzer, et lui apprenaient que les troupes du Bey de Constantine étaient tombées à l'improviste, et avant le jour, sur leur tribu, et que, dans le combat qu'elles lui livrèrent, ils avaient perdu vingt hommes et plus de 40,000 têtes de bétail : ils venaient réclamer, au nom de leurs frères, asile et protection au représentant de la France, la cause de leurs maux n'étant, en définitive, que le résultat de l'attachement qu'il nous avaient montré. Ils ajoutaient qu'ils ne s’élaient mis en route pour apporter cette nouvelle, qu'après avoir vu les troupes de Ben- Aïça s'établir sur le territoire de leur tribu et y dresser leurs tentes, ce qui prouvait leur intention d’y passer la nuit.

Malgré sa faiblesse numérique, et le mauvais état de santé des forces dont il disposait, le général d’Uzer ne voulut pas manquer cette belle occasion de combattre les troupes de Constantine.

En conséquence, le 3° de Chasseurs d'Afrique, fort de 320 hommes, les escadrons de Spahis réguliers, d’un effectif de 200 chevaux, 200 cavaliers des Otages. et enfin six pièces d'artillerie montée, reçurent l’ordre de se rassembler à la Maison-Carrée à onze heures précises de la nuit.

Trois bataillons, forts ensemble de 900 hommes d’infanterie, avec quatre obusiers de montagne, devaient partir à trois heures du matin, sous le commandement du colonel Petit-d'Hauterive, pour se porter aux abords du lac Fezara, à l'entrée d’un défilé distant de six lieues de Bône. |

A onze heures précises, le général d’Uzer se mettait en route, par une nuit magnifique, avec toute la cavalerie et l'artillerie.

Vers cinq heures du matin, le 20, le chef de la tribu des Eulma se joignait à la colonne, et confirmait les détails donnés la veille par ses envoyés sur leur désastre, et sur la position de l’ennemi, position que, d’ailleurs, il occupait encore.

À sept heures du matin, là colonne se trouvait à trois lieues du camp de Ben-Aïca, lequel était dressé au Souk-El- Ahd des Redjata. Comme, pour y arriver, il fallait traverser une large plaine dans laquelle la colonne ne pouvail manquer d’être aperçue, il devenait de toute nécessité de hâter le mouvement et d'arriver le plus rapidement possible à portée de l'ennemi.

Les Spahis réguliers et irréguliers, formés en première ligne sous les ordres du commandant Youçouf et du capitaine Delcambe, pressèrent l'allure. A huit heures, ils se trouvaient en présence des troupes de Ben-Aïça, lesquelles occupaient une excellente position en arrière d’un ravin profond qui ne pouvait être franchi que par un étroit sentier. Le Corps régulier de Constantine était fort d'environ 900 hommes, auxquels s'étaient joints un millier d’Irréguliers.

Sans s'inquiéter le moins du monde de la difficulté de la position, et sans s'arrêter à répondre au feu de l’ennemi, Youcouf fondit, à la tête de ses Spahis, et avec une terrifiante impétuosité, sur les gens de Ben-Aïça, qui furent sabrés avant d’avoir pu prendre la moindre disposition. Ce fut là une tuerie épouvantable, dans laquelle les sabres jouèrent le principal rôle ; car nos Spahis ne se donnaient point la peine de recharger leurs armes ; les instants étaient trop précieux et l'ennemi était sous les lames ; il fallait en profiler. Comme toujours, Youçouf fut magnifique d’élan, d’audace et de résolution : il se frayait, au milieu de cette tourbe éperdue, un chemin sanglant dans lequel s’engouffraient ses Spahis, qui,

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debout sur leurs étriers, faisaient pleuvoir la mort sur les têles des Constantinois.

Le colonel de Chabannes, avec ses Chasseurs, acheva l’œuvre de Youçouf, en chargeant les tronçons de l’armée de Ben-Aïça qui avaient échappé aux sabres des Spahis ; il poursuivit, la lance aux reins, les groupes de fuyards pendant deux heures qui durent leur paraitre longues comme l’éternité.

Plus de $450 tués et autant de blessés jonchaient le terrain du combat. Des armes, des munitions, des chevaux, des mulets, des bagages et la musique de Ben-Aïça tombaient en même temps au pouvoir des vainqueurs. Les 40,000 têtes de bétail enlevées la veille à nos alliés étaient reprises et rendues à leurs propriétaires. Le reste du camp de Ben-Aïça fut, en outre, pillé par les tribus qui s'étaient portées sur ses derrières ‘.

La belle conduite du commandant Youcouf dans cette affaire lui valait sa cinquième citation à l’ordre de la division, daté du 21 novembre. C'est dans les termes suivants que le général d'Uzer rendait compte au Général en chef de la nouvelle prouesse que Youçouf venait d’ajouter à l’état de ses glorieux services :

Les Spahis réguliers et irréguliers, commandés par le brave chef d'escadrons Youçouf et par le capitaine d'État- Major Delcambe, et soutenus par deux escadrons du ë° de Chasseurs d'Afrique, ont attaqué et culbuté, le 20 novembre, les troupes du Bey de Constantine, bien que ses forces fussent de plus du double des leurs.

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