CHAPITRE XI
I. — Sid Bel-Kaccm-ben-Yäkoub proteste, auprès du général d'Uzer, de ses intentions pacifiques. — II. La situation sanitaire de Bône ne s'améliore pas. — JII. Expédition contre les Beni-Four'al, qui sont battus et mis en déroute, nous abandonnant leurs tentes cet leurs biens. — IV. Lettre du maréchal Clauzel au commandant Youçouf. — V. Le maréchal Clauzel est nommé Gouverneur général des Possossions françaises dans le nord de l'Afrique, en remplacement du général comte d'Erlon. — VI. Le chef d'escadrons Youçouf est nommé officier de la Légion d'Honneur. — VII. Expédition sur la tribu dos Beni-Salah, qui sont mis en fuite par les cavaliers de Youçouf, lesquels capturent leurs troupeaux, qu'ils ramènent à Bône. — Les Beni-Salah font leur soumission, et le général d'Uzer leur rond une partic de leur butin. — VIII. L'épidémie cholérique décime Bônc et les tribus voisines. — 1X. Expédition de Mäskara. — Lo chef d'escadrons Youçouf est appelé à prendre part à cette expédition par le maréchal Clauzcl, qui l’attache à son État-Major. — Mise en mouvement du Corps expéditionnaire. — Rencontre de l’armée de l'Émir El-Hadj-Abd-el-Kader. — Belle manœuvre du maréchal Clauzel. — [e commandant Youçouf entraîne les Turks du Bey Ibrahim-Bou-Chenak, qui hésitaicnt à eharger l'infanteric régulière de l'Émir. — Combat aux Kebab de Sidi- Mbarek ; les dskeur d'Abd-el-Kader sont balayés et nous cèdent le terrain. — Entrée de l'Armée dans Mâskara. — La mauvaise saison ne permettant pas de l'occuper, la ville cst livréc aux flammes. — Témoignage de satisfaction du maréchal Clauzel au commandant Youçouf, pour les services qu'il a rendus à l'Armée expéditionnaire pendant la campagne. — X. L'agha El-Hadj-El-Mazari abandonne la cause de l'Émir. — Le commandant Youçouf, envoyé en mission diplomatique auprès de lui, réussit à le gagner à la nôtre.
Sid Bel-Kacem-ben-Yäkoub, conquis à notre cause à la suite de notre succès du 20 novembre sur les troupes d’El- Hadj-Ahmed, venait d'écrire à Bône pour assurer le général d'Uzer de ses intentions pacifiques. Il donnait encore une autre raison de sa détermination d'abandonner définitive-
ment le Bey de Constantine: ce dernier, écrivait-il, voulait lui enlever une de ses filles, et c'était pour celte cause qu'il avait à tout jamais rompu avec lui.
Le général d Uzer, qui n'avait qu'une confiance médiocre dans ce personnage, prit toutes les mesures de prudence nécessaires pour se mettre en garde contre toute perfidie de sa part. Mais la suite des évènements prouva que Ben-Yäkoub était sincère; il s'établit de sa personne auprès de Sidi-Dendan; mais les Dreïd, dont il était le chef, continuérent à $€ tenir à l'écart, et leurs intentions furent toujours suspectes.
La situation sanitaire de la garnison de Bône ne s'était point améliorée à la fin de février; il ÿ avait encore 800 malades dans les hôpitaux; en outre, les convalescences étaient longues et les rechutes des plus fréquentes. Cette malheureuse garnison était bien éprouvée, ct rien ne faisait prévoir quand la salubrité y serait rétablie.
Le général d'Uzer n'était pas sans avoir quelque appréhension sur les projets du Bey de Constantine, lequel avait, de nouveau, lancé quelques-unes de ses tribus dans la plaine de Bône. Les tribus alliées, les Eulma surtout, redoutaient d'être enlevées à Ia suite d’un coup de main que tenteraient
leurs ennemis pendant la nuit. D’un autre côté, les Dreïd de Ben-Yäkoub, qui, après avoir fait leur soumission par écrit, continuaient à rester sans relations avec nous, contirmaient le général d'Uzer dans celte idée que le Bey de Constantine cherchait à venger sa défaite du 20 novembre dernier.
Au lieu d'attendre l'ennemi, le Général résolut de se porter de sa personne à sa rencontre pour le prévenir. Les rapports de ses éclaireurs lui avaient signalé fa présence de plusieurs douars des Beni-Four'al auprès des Oulad Bou- Aziz, lesquels étaient en état permanent d’hostilité.
Le 31 mars, à sept heures du soir, le général d'Uzer se mettait à la tête de deux escadrons de Spahis réguliers du commandant Youçouf et des Otages du capitaine Delcambe, appuyés par trois escadrons de Chasseurs d'Afrique, forces présentant un cffectif de 709 cavaliers environ.
Un détachement de 500 hommes du 59° d'infanterie, et six pièces d'artillerie du commandant d'Armandy, aux ordres du colonel Petit-d'Hauterive, avaient été mis en route en même temps que la cavalerie, Cette colonne devait occuper une position avantageuse à moitié chemin de la route qu'avait à parcourir la cavalerie.
A la pointe du jour, les douars des Beni-Four'al étaient entourés par les Spahis et les Otages. Une fusillade assez nourrie fut engagée des deux côtés ; mais, fatigués bientôt de cette lirerie qui ne pouvait amener aucun résultat sérieux, nos cavaliers indigènes envahissaient les douars, el l'ennemi, chargé vigoureusement et poursuivi le sabre aux reins, fuyait dans toutes les directions, laissant ses tentes et ses biens au pouvoir de nos cavaliers".