‹ Le général YusufChapitre 63 sur 125 · Devenu général de division · texte numérisé non relu

Devenu général de division

mettant ainsi à exécution le projet qu’il avait formé au printemps.

Avant de se séparer du Corps expéditionnaire, le général Bugeaud lui laissait l’ordre du jour suivant :

Officiers, Sous-Officiers et Soldats de la division d'Oran !

Je vous quitte encore une fois pour aller où d’autres devoirs m'appellent. Vous venez de faire la campagne la plus longue de la gucrre d'Afrique, elle a duré cinquante-trois jours : vous avez poursuivi la tribu dominatrice, celle des Hachem. dans les montagnes les plus difficiles, où les Turks n'avaient jamais pénétré. Vous avez détruit Sâida; vous avez fait vivre votre cavalerie sur les silos des Arabes; vous yÿ avez pris vousméme votre alimentation; enfin, vous avez jeté dans Mascara des vivres pour 6,000 hommes. C'est ainsi que vous avez commencé à résoudre le problème, si difficile en Afrique, de faire vivre la guerre par la guerre.

BUGEAUD

Au quartier-général de Mostaghanem, 7 novembre 1841.

Le lieutenant-colonel Yusuf avait été désigné pour faire parlie, avec son régiment de Spahis, de la division que le sénéral de La Moricière avait établie à Mâskara, où il était arrivé le 2 décembre, après un léger combat avec la cavalerie du Khalifa ‘de l’Émir, Mosthafa-ben-Eth-Thahmi, qui, à cette date, bloquait cette place.

Mais l'actif général Bugeaud avait à cœur de reprendre Tiemsen, dont la cession à Abd-el-Kader par le traité de la Thafna lui avait été tant reprochée. Parti d'Alger le 42 janvier 1882, il débarquait à Oran le 14; il en repartait le 24 avec une brigade assez forte et marchait sur Tlemsen ; quelques jours après, il arborait sur le Mechouar le Drapeau français. Le Général rentrait à Alger le 24 février.

Dans les premiers jours d'avril, le général d’Arbouville alla relever, avec sa brigade, à Mâskara, les troupes du général de La Moricière, qui rentrèrent momentanément à Oran. Ce dernier reprenait, le 28 avril, la direction de Mäskara, et le général d'Arbouville retournait à Mostaghanem avec sa brigade, laquelle était destinée à former la principale force d’une expédition que le Gouverneur général allait diriger en personne. Le but de cette entreprise était de remonter toute la vallée du Chelif, et de commencer à établir, par terre, des communications entre les troupes des provinces d'Alger et d'Oran, qui, jusqu'alors, n’en avaient que par mer.

En effet, dans un ordre général daté du 25 mars, le Gouverneur général avait fait pressentir cette expédition et son intention d'y faire concourir les troupes de la province d'Oran :

Nos frères d'armes, y disait-il, viendront sur le Chelif concourir avec nous à vaincre enfin l’obstination de ces montagnards qui s'étendent de Tenès aux Biban. Ils se croient inexpugnables dans leurs rochers; mais nous leur prouverons bientôt qu'il n’est pas de retraite où notre brave infanteric ne puisse les atteindre.

Il va sans dire que, de décembre à avril, la division de Mäâskara n’était point restée dans l'oisiveté ; le repos, d’ailleurs, n'était pas dans le tempérament du général de La Moricière, dont l’activité dévorante avait, du reste, trouvé à s'exercer au milieu des populations attachées à l'Émir. Aussi, pendant ces cinq mois, chaque jour, pour ainsi dire, était-il marqué par quelque affaire, par quelque entreprise. On combattit pour la vie; car on voulut vivre sur le pays. En effet, dès son arrivée à Mâskara, le général de La Moricière, dont la brillante valeur et les talents militaires étatent déjà iégendaires dans l’armée d'Afrique, le général, disons-nous, avait reconnu que les approvisionnements étaient loin de suftire aux besoins de ses troupes, et qu'il y avait lieu deles rehausser par un moyen quelconque. Les fours et les moulins également n'étaient point assez nombreux pour satisfaire à la fourniture du pain qu’exigeait un effectif de 6,000 hommes : en présence de cette situation, le général décide qu'il ne serait distribué que deux rations de pain pour trois jours, et que le reste serait donné en grains, que le soldat moudrait lui-même avec des moulins à bras, pour en faire des galettes à la manière arabe. Mais comme il y avait également pénurie de grains, il fallut en demander aux tribus voisines; or, eomme elles se prêtèrent mal à ces sortes de demandes, on fut obligé d’y mettre quelque violence; de là, de petits combats incessants auxquels les Arabes récalcitrants n'avaient rien à gagner ;

car, en mème temps qu'on allégeait leurs silos, on leur tuait toujours quelques-uns des leurs : l’agha. des Hachem, par exemple, perdit la vie dans une de ces razias.

La plus importante de ces affaires se passa le 44 décembre ; elle avait été dirigée sur les Beni-Chougran et les Oulad-Sidi- Daho. On leur tua une centaine d'hommes, on leur fit deux ou trois cents prisonniers, et enfin on leur enleva une assez grande quantité de bétail; on commençait, du reste, à en avoir un sérieux besoin‘.

La présence de La Moricière à Mäskara eut surtout ce résultat d’éloigner de cette place Mosthafa-ben-Eth-Thahmi, et de séparer d'Abd-el-Kader les tribus situées entre Mâskara, Mostaghanem et Oran. Bientôt, les soumissions se firent autour de la première de ces places, à l’exception pourtant de la grande tribu des Hachem, avec laquelle agissait Ben-Eth- Thahmi, et dont les forces, tant en cavalerie qu’en infanterie, s'élevaient à 40,000 hommes environ ; il comptail, en outre, plus de 300 fantassins et de 1450 Spahis réguliers.

Le 4% février, Tefenchi, agha des Hachem-Ech-Cheraga, ayant attaqué les Bordjia-Eghris pour les punir de nous avoir fait leur soumission, le général de La Moricière marcha contre ces Hachem de l'Est, qui, à ce moment, étaient campés sur l'ouad Zelamta, les surprit au point du jour, et leur enlevaun riche butin. Le #4, le général se porta à sept lieues au sud de Mäskara, vers les gorges d’Ankrouf, où Mosthafa-ben-Eth- Thahmi avait un dépôt de munitions de guerre ; mais ce Khalifa avait pu déjà le faire évacuer en grande partie. Ayant appris, Sur ce point, qu'une partie des populations fugitives s'était réfugiée dans les gorges d’Ouzalal, au delà de la forêt

Page 1