Annales algérienres. — Livre XXXIII
362 LE GÉNÉRAL YUSUF f1842:!
Nous voulons. d’ailleurs, laisser la parole au général Bugeaud, qui, dans une dépèche qu'il adresse au maréchal duc de Dalmatie, Ministre de la Guerre, fait la plus élogieuse appréciation des services el qualités de Yusuf, et de sa belle conduite depuis qu'il a pu le voir à l'œuvre.
Alger, le 22 avril 1842.
Monsieur le Maréchal,
L'éloge de la conduite du général Yusuf est dans toutes les bouches. Il n'est pas un officier, pas un soldat de la province d'Oran qui ne l'admire. Jamais on n'a montré plus d'élan. plus d'activité dans l'esprit et dans le corps.
Parti en décembre pour Mascara avec la division du général de La Moricière, il avait deux cent quarante chevaux, qui constituaient la cavalerie de la division de Mascara. C'est avec cette faible troupe qu'il a fait, pendant tout l'hiver, l'avantwarde de vingt-trois sorties, et qu’il a exécuté une foule de coups de main aussi hardis qu'ingénieux. Il n'a plus que quelques-uns des chevaux avec lesquels il est parti; presque tous sont morts; mais il a pu les remplacer par des prises faites sur l'ennemi, qui, elles-mêmes, ont été remplacées plusieurs fois, Néanmoins, malgré ces pertes ou déchets, le colonel Yusuf pourra mettre à ma disposition, pour la campagne du Chelif, plus de trois cents bons chevaux.
Yusuf est un officier de cavalerie légère comme on en trouve bien peu. Aussi, désiré-je vivement qu'il soit fait colonel commandant tous les Spahis d'Algérie. 11 saura donner à tous les habitudes, l'esprit et l'élan guerriers qui ont si fort distingué les escadrons de Mascara, auxquels on doit une grande partie des succès obtenus.
Agréez, Monsicur le Maréchal, etc.
BUGEAUD
Le désir exprimé par le Gouverneur général ne tardait pas à se réaliser ; car le lieutenant-colonel Yasuf était nommé, par ordonnance royale du 49 mai, au grade de colonel commandant le corps de cavalerie indigène (Spahis) en Algérie, corps qui se composait de trois régiments formés de vingt escadrons. C'était là un magnifique commandement, et digne à tous égards de celui à qui il était conlié.
Le colonel Yusuf quittait dès lors la division La Moricière pour aller résider au centre de son commandement, c'est-àdire auprès du Gouverneur général, avec lequel il était appelé à marcher.
C'est avec le plus vif regret que le général de La Moricière vit s'éloigner le commandant par excellence de sa cavalerie, et il ne put s'empêcher d'en exprimer en ces termes au Gouverneur général toute la peine qu'il en ressentait :
« Vous venez de m’enliever mon bras droit », lui écrivait-il à propos de cette nomination, qui le privait des services du commandant des Spahis d’Oran.
— anne em 0