‹ Le général YusufChapitre 93 sur 125 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

3. — L'agha El-Hadj-Ahmed ct cinq Spahis sont tués dans un guct-apens qu'a tendu Bou-Mâza à ce chef indigène. — Lettre du Gouverneur général au sujet des indemnités à accorder aux familles de ces Spahis. — II. L'Émir reconstitue ses forces pour reprendre les hostilités. — Il franchit de nouveau notre frontière de l'Ouest, et envahit le territoire de la subdivision de Tlemsen. — En présence de cette situation. qui s’assombrit de jour en jour, l'Armée cet la population algérienne réclament le retour du maréchal Bugeaud, en congé en France. — Une lettre du Maréchal au général Yusuf le rassure au sujet des bruits de son non-retour en Algérie. — IIT. Arrivée du maréchal duc d'Isly à Alger. — La population lui fait un accueil des plus enthousiastes. — IV. Dispositions militaires prises par le Maréchal, et choix d’une ligne de défense au centre de ses opérations. — V. Les principaux lieutcnants du maréchal Bugeaud à cette époque. — VI. Bou-Maäza et ses similaires les pseudo-cherifs. — VII. Le général Yusuf et l'Émir EI-Hadj-Abd-el-Kader.

Nous avons dit plus haut que notre agha d’Orléansville. El-Hadj-Ahmed, qui, dans la campagne du printemps dans l’Ouanseris, s’était mis à la poursuite de Bou-Màza, lui avait tué ses compagnons, pris son drapeau et deux mulets chargés de poudre et d'argent; or, l’Æomme à la Chèvre n'avait point oublié cette attaque, et s'était promis de se venger : il en trouva l’occasion au mois de juillet suivant en venant lui donner la mort au milieu du cortège nuptial de son fils : toute la noce fut enlevée dans une razia.

Cinq de nos Spahis ayant été tués dans ce guet-apens, le général Yusuf s’était empressé d'écrire au maréchal Bugeaud,

à Ja date du 22 juillet, pour en obtenir les indemnités qui étaient dues aux familles de nos cavaliers par suite des pertes qu'elles avaient éprouvées dans cetle affaire.

Le Maréchal lui faisait la réponse suivante :

ÉrAT-MAJOR GÉNÉRAL Alger, le 23 juillet 1845. de PAlgérie

Cabinet

Mon cher Général,

Je n'avais pas attendu votre lettre du 2? de ce mois pour donner l'ordre au colonel de Saint-Arnaud d’indemniser les Spahis ‘ et leurs familles des pertes qu'ils avaient éprouvées, sur les prises qui seront faites sur la fraction des Sbeah, auteurs du guet-apens dans lequel l'agha fladj-Ahmed et cinq Spahis ont perdu la vie.

Je ne vois pas d'inconvénients à les exempter, mais pour celte année seulement, de l'âchour, ct je donne des ordres dans ce sens à Orléansville.

Je crois, du reste, savoir que le colonel de Saint-Arnaud a déjà, dans la ghazia précédente, cherché à les indemniser d'une partie des pertes en chevaux qu'ils avaient pu éprouver soit par le fou de l'ennemi, soit par suite des fatigues de la “ucrre, JC pense donc que les nouvelles dispositions que je prends les empêcheront d’être lésés en aucune façon.

Recevez, mon cher GEnéral, l'assurance de ma considéraion très distinguée.

Le Gouverneur général, Maréchal Duc pD'Iszry.

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1. Il s'agit ici des Spahis que le commandant d’Orléansrville, colonel de Saint-Arnaud, avait donnés comme escorte d'honneur à El-Hadj-Ahmed, ct dont cinq avaient été tués.

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Mais divers symptômes présageaient, en septembre, que de nouveaux désordres ne tarderaient pas à éclater. En effet. sur plusieurs points, on signalait de prétendus cherifs, qui tous s’affublaient du surnom de Bou-Màza. Le véritable — celui des Oulad-Younès — avait reparu dans la vallée du Chelif peu de temps avant le départ du Gouverneur général. Traqué par nos troupes, il se retirait chez les Fiita; on Île signalait bientôt chez les Beni-Menaceur. puis dans le Djebel- Dira. |

Le général de Bourjolly marche contre les Flita le 48 septembre. Pendant que cet officier général est aux prises avec les gens de cette tribu, de graves évènements se passaient dans la subdivision de Tlemsen : Abd-el-Kader avait conservé sa position sur la frontière du Marok. Sa Zmala ou Deira. campée alors à la Melouïa, sur le versant du Djebel-Azgan et du Djebel-Touzia, se grossissait par des infiltrations incessantes, et à ce point qu'à la fin de l'été, il comptait près de 6.000 tentes autour de la sienne.

Dès lors, l'Émir n'hésite plus à agir : iltraverse de nouveau la frontière à la tête d’une troupe nombreuse de cavaliers et de fantassins ; aussi, dès qu'il parait dans la vallée de la Thafna, les tribus se déclarent-elles en sa faveur. Le général Cavaignac sort de Tlemsen et se met en campagne.

C'est du 21 au 26 septembre que se jouait, non loin du poste de Djemä-R’azaouat, la sanglante partie de Sidi- Brahim, qui eut, en Algérie et en France, un si douloureux retentissement.

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La situation s’assombrissait de plus en plus chaque jour; aussi, l'Armée et la population réclament-elles à grands cris le retour du Maréchal, qui jouissait d’un congé dans sa lerre de La Durantie.

La lettre suivante, qu'il écrivait au général Yusuf à Ja date du 4er octobre, atteste que l'intention qu'on lui prète de ne point revenir en Algérie n'est pas exacte.

Excideuil, le 1er octobre 1815.

Mon cher Général,

J'ai lu avec bien de l'intérêt votre lettre du 20 septembre, et je la communique au Ministre pour ce qui touche les Spahis et Pelissicr. Ce que vous dites, je l'ai dit bien des fois; mais je suis bien aise de mettre sous les yeux du Ministre votre opinion à côté de la mienne.

Je suis bien touché de ce que vous me dites des craintes ct des regrets qu'inspire l'opinion que je ne reviendrais pas en Algérie. Je crois qu'à cet égard, vous pouvez hardiment rassurer les esprits. Le Gouvernement a le désir de me voir reprendre mon poste; il ne refusera donc pas la Commission que je demande, Je la crois indispensable pour constater les résultats obtenus et que nient beaucoup de gens; elle ne l'est pas moins pour faire adopter au Gouvernement et aux Chambres les mesures qui doivent consolider l'avenir.

J'ai vivement recommandé Pelissicr; je ne sais trop ce que je dois espérer de mes recommandations; je crains que l'on n'ose pas le nommer dans ce moment‘; mais je crois que cela ne tardera pas beaucoup.

1. Il s'agissait de la nomination du colonel Pelissier au grade de maréchal-de-camp, avancement pour lequel le général Yusuf avait sollicité instamment l'active intervention du maréchal Bugeaud auprès du Ministre de la Guerre.

Je suis très pressé, je pars pour la campagne; je n'ai pas le temps de vous en dire davantage.

Recevez, mon cher Général, l'assurance de mes sentiments affectueux ct dévoués. Veuillez présenter mes hommages à Madame.

' Maréchal Duc D’ISL:.

P.-S. — Eynard est parti pour Paris depuis neuf jours; il ne m'a pas encore écrit,

Monsieur le maréchal-de-caimp Y usuf, commandant la brigade de caralerie indigène.

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