‹ Le Génie bonhommeChapitre 31 sur 35 · TU IL P» Y · texte numérisé non relu

TU IL P» Y

rares, ei les stations du pèlerin plus multipliées. Enfin, •près trois jours de marche, Us découvrirent de loin les sapin- de Balva, donl la verdure sombre se détachoit avec une hardiesse pittoresque entre les forêts dessé-

chées ou sur le fond des mousses pâles de la montagne. Au-dessus de son revers aride, et comme penchées à la pointe d'un roc perpendiculaire d'où elles sembloient se précipiter vers l'abîme, on voyoit noircir les vieilles tour- du monastère, et se développer, au loin, les ailes

des bâtiments à demi écroulés. Aucune main humaine n'avoit été employée à y réparer les ravages du temps depuis que les saints avoient fondé cet édifice, et une tradition universellement répandue dans le peuple attestoit que, lorsque ses restes solennels achèveroient de joncher la terre de leurs débris, l'ennemi de Dieu triompheroit pour plusieurs siècles en Ecosse, et y obscurciroit de ténèbres impies les pures splendeurs de la foi. Aussi c'étoit un sujet de joie toujours nouveau pour la multitude chrétienne que de le voir encore imposant dans son aspect, et offrant pour l'avenir quelques promesses de durée. Alors des cris de joie, des clameurs d'enthousiasme, de doux murmures d'espoir et de reconnoissance venoient se confondre dans la prière commune. C'est là, c'est dans ce moment de pieuse et profonde émotion qu'excite l'attente ou la vue d'un miracle, que tous les pèlerins à genoux récapituloient pendant quelques minutes d'adoration les principaux objets de leur voyage : la femme et les filles de Coll Cameron, un des plus proches voisins de Dougal, de nouvelles parures qui éclipseroient dans les fêtes prochaines la beauté simple de Jeannie; Dougal, un coup de filet miraculeux qui l'enrichiroit de quelque trésor, contenu dans une boîte précieuse que sa bonne fortune

auroit amenée intacte à l'extrémité du lac; ei Jeannie, le besoin d'oublier Trilln ei de ne ])lus y rêver; prière que son cœur ne pouvoii cependant avouer toui entière, et qu'elle se réservoii (\c méditer encore au pied des autels, avant de la confier sans réserve à la pensée attentive du saint protecteur.

Les pèlerins arrivèrent enfin au parvis de la vieille église, où un des plus anciens ermites de la contrée étoit ordinairement chargé d'attendre leurs offrandes, et de leur présenter des rafraîchissements et un asile pour la nuit. De loin, la blancheur éblouissante du front de l'anachorète, l'élévation de sa taille majestueuse qui n'avoit pas fléchi sous le poids des ans, la gravité de son attitude immobile et presque menaçante, avoient frappé Jeannie d'une réminiscence mêlée de respect et de terreur. Cet ermite, c'étoit le sévère Ronald, le moine centenaire de Bal va. — J'étois préparé à vous voir, dit-il à Jeannie avec une intention si pénétrante, que l'infortunée n'auroit pas éprouvé plus de trouble en s'entendant publiquement accuser d'un péché. Et \ous aussi, bon Dougal, confinua-t-il en le bénissant : vous venez chercher avec raison les grâces du ciel dans la maison du ciel , et nous demander contre les ennemis secrets qui vous tourmentent les secours d'une

protection que les péchés du peuple ont fatiguée, et qui ne peut plus se racheter que par de grands

sacrifices.

Pendant qu'il parloit de la sorte, il les avoit intro-

duits dans la longue salle du réfectoire; le reste des pèlerins se reposoienl sur les pierres du vestibule, ou se distribuoient, chacun suivant sa dévotion particulière, dans les nombreuses chapelles de l'église souterraine.

Ronald se signa el s'assit. Dougal l'imita; Jeannie, obsédée d'une inquiétude invincible, essayoil de tromper ratteniion obstinée du sain! prêtre en laissant errer la sienne sur les nouveaux objets de curiosité qui s'offroient à ses regards dans ce séjour inconnu. Elle observoit avec une curiosité vague le cintre immense des voûtes antiques, la majestueuse élévation dos pilastres, le travail bizarre et recherché des ornements, et la multitude de portraits poudreux qui se suivoient dans des cadres délabrés sur les innombrables panneaux des boiseries. C'étoit la première fois que Jeannie entroit dans une galerie de peinture, et que ses yeux étoient surpris par cette imitation presque vivante de la figure de l'homme, animée au gré de l'artiste de toutes les passions de la vie. Elle contemploit émerveillée cette succession de héros écossois, différents d'expression et de caractère, et dont la prunelle mobile, toujours fixée sur ses mouvements, sembloit la poursuivre de tableaux en tableaux, les uns avec l'émotion d'un intérêt impuissant et d'un attendrissement inutile, les autres avec la sombre rigueur de la menace et le regard foudroyant de la malédiction. L'un d'eux, dont le pinceau d'un artiste plus hardi avoit pour ainsi dire devancé la résurrection, et qu'une combinaison peu connue alors d'effets et de couleurs

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paroissoit avoir jeté hors de la toile, effraya tellement Jeannie de l'idée de le voir se précipiter de sa bordure d'or et de traverser la galerie comme un spectre, qu'elle se réfugia en tremblant vers Dougal, et tomba interdite sur la banquette que Ronald lui avoit préparée.

— Celui-là, dit Ronald qui n'avoit pas cessé de converser avec Dougal , est le pieux Magnus Mac-Farlane, le plus généreux de nos bienfaiteurs, et celui de tous qui a le plus de part à nos prières. Indigné du manque de foi de ses descendants dont la déloyauté a prolongé pour bien des siècles encore les épreuves de son âme, il poursuit leurs partisans et leurs complices jusque dans ce portrait miraculeux. J'ai entendu assurer que jamais les amis des derniers Mac-Farlane n'étoient entrés dans cette enceinte sans voir le pieux Magnus s'arracher de la toile où le peintre avoit cru le fixer, pour venger sur eux le crime et l'indignité de sa race. Les places vides qui suivent celle-ci, continua-t-il. indiquent celles qui étoient réservées aux portraits de nos oppresseurs^ ei donl ils ont été repousses comme

du ciel.

— Cependant, dit Jeannie, la dernière de w* places paroîl occupée... Voilà un portrait au fond

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de cette galerie, el si ce n'étoil le voile qui le couvre,,.

— Je vous disois, Dougal, repri! le moine, sans prêter d'attention à l'observation de Jeannie, que ce portrait esi celui de Magnus Mac-Farlane, el que tous ses descendants sont dévoués à la malédiction éternelle.

— Cependant, dit Jeannie, voilà un portrait au fond de cette galerie, un portrait voilé qui ne seroit pas admis dans ce lieu saint, si la personne qui doit y être représentée étoit aussi chargée d'une éternelle malédiction. N'appartiendroit-il pas par hasard à la famille des Mac-Farlane comme la disposition du reste de cette galerie semble l'annoncer, et comment un Mac- Farlane...?

— La vengeance de Dieu a ses bornes et ses conditions, interrompit Ronald; et il faut que ce jeune homme ait eu des amis parmi les saints...

— Il étoit jeune! s'écria Jeannie...

— Eh bien! dit durement Dougal, qu'importe l'âge d'un damné?...

— Les damnés n'ont point d'amis dans le ciel , répondit vivement Jeannie en se précipitant vers le tableau. Dougal la retint. Elle s'assit. Les pèlerins pénétroient lentement dans la salle, et resserroient peu à peu

leur cercle immense autour du siège du vénérable vieillard qui avoit repris avec eux son discours où il l'avoit laissé. Vrai, vrai, répétoit-il, les mains appuyées sur son front renversé ! — de terribles sacrifices ! nous ne pouvons appeler la protection du Seigneur par notre intercession que sur les âmes qui la demandent sincèrement et comme nous, sans mélange de ménagements et de foiblesse. Ce n'est pas tout que de craindre l'obsession d'un démon et que de prier le ciel de nous en délivrer. Il faut encore le maudire! Savez-vous que la charité peut être un grand péché?

— ■ Est-il possible? répondit Dougal. — Jeannie se retourna du côté de Ronald et le regarda d'un air plus assuré qu'auparavant.

— Infortunés que nous sommes , reprit Ronald , comment résisterions-nous à l'ennemi acharné à notre perte si nous n'usions pas contre lui de toutes les ressources que la religion nous a réservées, de tout le pouvoir qu'elle a mis entre nos mains? A quoi nous serviroit de prier toujours pour ceux qui nous persécutent, s'ils ne cessent de renouveler contre nous leurs manœuvres et leurs maléfices? La haire sacrée et le calice rigoureux des saiules épreuves ne nous défendent pas eux-mêmes contre les prestiges du mauvais esprit; nous souffrons

comme vous, mes enfants; et nous jugeons de la rigueur de vos combats par ceux que nous avons livrés. Croyezvous que nos pauvres moines aient parcouru une si longue carrière sur cette terre si riche en plaisirs, dans une vie si recherchée pour eux en austérités et en misères, sans lutter quelquefois contre le goût des volup-

t lo désir de ce bien temporel que vous appelez le bonheur? Oh! que de rêves délicieux ont assailli notre jeunesse! que d'ambitions criminelles ont tourmenté notre âge mûr! que de regrets amers ont hâté la blancheur de nos cheveux, et de combien de remords nous arriverions chargés sous les yeux de notre Maître, si nous avions hésité à nous armer de malédictions et de vengeances contre l'esprit du péché!...

A ces mots, le vieux Ronald fit un signe, la foule s'aligna sur le banc étroit qui couroit comme une moulure sur toute la longueur des murailles, et il continua :

— Mesurez la grandeur de nos afflictions, dit Ronald , par la profondeur de la solitude qui nous environne, par l'immense abandon auquel nous sommes condamnés! Les plus cruelles rigueurs de votre destinée ne sont du moins pas sans consolation et môme sans

plaisir. Nous avez tous une âme qui vous cherche, une

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pensée qui vous comprend, un autre vous qui est associé de souvenir ou d'intérêt ou d'espérance à votre passé, à votre présent ou à votre avenir. Il n'y a point de but interdit à votre pensée, point d'espace fermé à vos pas, point de créature refusée à votre affection; tandis que toute la vie du moine, toute l'histoire de l'ermite sur la terre s'écoule entre le seuil solitaire de l'église et le seuil solitaire des catacombes. Il n'est question, dans le long développement de nos années invariablement semblables entre elles, que de changer de tombeau et de marcher du chœur des prêtres à celui des saints. Ne croiriezvous pas devoir quelque retour à un dévouement si pénible et si persévérant pour votre salut? Eh bien, mes frères, apprenez à quel point le zèle qui nous attache à nos intérêts spirituels aggrave de jour en jour l'austérité de notre p.énitevriçe! — Apprenez que ce n'étoit pas assez pour nous d'être soumis comme le reste des hommes à ces démons du cœur, dont aucun des malheureux enfants d'Adam n'a pu défier les atteintes! Il n'y a pas jusqu'aux esprits les plus disgraciés, jusqu'aux lutins les plus obscurs qui ne se fassent un malin plaisir de troubler les rapides instants de notre repos et le calme si longtemps inviolable de nos cellules. Certains de ces follets désœuvrés surtout dont nous avons, avec tant de

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peine et au prix de tant de prières, débarrassé vos habitations, se vengent cruellement sur nous du pouvoir qu'un exorcisme indiscret nous a fait perdre. En les bannissant de la demeure secrète qu'ils avoient usurpée dans vos métairies, nous avons omis de leur Indiquer un lieu d'exil déterminé, et les maisons dont nous les ayons repousses sont elles seules à l'abri de leurs insultes. Croiriexvous que les lieux consacrés eux-mêmes n'ont plus rien de respectable pour eux, et que leur cohorte infernale n'attend, au moment où je vous parle , que le retour des

ténèbres pour se répandre en épais tourbillons sous les lambris du cloître?

L'autre jour, à l'instant où le cercueil d'un de nos frères alloit toucher le sol du caveau mortuaire , la corde se rompt tout à coup en sifflant comme avec un rire aigu, et la châsse roule, grondant, de degrés en degrés sous les voûtes. Les voix qui en sortoient res-

sembloient à la voix des morts, indignés qu'on ait troublé leur sépulture, qui gémissent, qui se révoltent, qui crient. Les assistants les plus rapprochés du caveau, ceux qui commençoient à plonger leurs regards dans sa profondeur, ont cru voir les tombes se soulever et flotter les linceuls, et les squelettes agités par l'artifice des lutins jaillir avec eux des soupiraux, s'égarer sous les nefs , se grouper confusément dans les stalles ou se mêler comme des figures bouffonnes dans les ombres du sanctuaire. Au même moment, toutes les lumières de l'église... — Écoutez !

On se pressoit pour écouter Ronald. Jeannie seule , les doigts passés dans une boucle de ses cheveux, l'âme fixée à une pensée, écoutoit et n'entendoit plus.

— Écoutez, mes frères, et dites quel péché secret, quelle trahison, quel assassinat, quel adultère d'action ou de pensée a pu attirer cette calamité sur nous. Toutes les lumières du temple avoient disparu. Les torches do* acolytes, dit Ronald, lançoient à peine quelques flammèches fugitives qui s'éloignoient, se rapprochaient, dansoient en l'ayons bleus et grêles, comme les feu» magiques des sorcières, et puis montoient et se perdoient dans les recoins noirs des vestibules et (\v* chapelles. Enfin, la lampe immortelle du Saint des Saints... — Je

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la vis s'agiter, s'obscurcir et mourir. — .Mourir! La nuit profonde, la nuit tout entière, dans l'église, dans te chœur, dans le tabernacle! La nuit descendue pour la première fois sur h1 sacremenl du Seigneur! La nuit si humide, si obscure, si redoutable partout, si effrayante, horrible sous le dôme de nos basiliques où est promis le jour éternel!... — Nos moines éperdus s'égaroient dans l'immensité du temple, agrandi encore par la profondeur de la nuit; et, trahis par les murailles qui leur refusoienl de tous côtés l'issue étroite et oubliée, trompés par la confusion de leurs voix plantives qui se heurtoient dans les échos et qui rapportoient à leurs oreilles des bruits de menace et de terreur, ils fuyoient épouvantés , prêtant des clameurs et des gémissements aux tristes images du tombeau qu'ils croyoient entendre pleurer sur leur lit de pierre. L'un d'eux sentit la main glacée de saint Duncan, qui s'ouvroit, s'épanouissoit, se fermoit sur la sienne et le lioit à son monument d'une étreinte fraternelle. Il y fut retrouvé mort le lendemain. Le plus jeune de nos frères (il étoit arrivé depuis peu de temps, et nous ne connoissions encore ni son nom ni sa famille) saisit avec tant d'ardeur la statue d'une jeune sainte dont il espéroit le secours, qu'il l'entraîna sur lui et qu'elle l'écrasa dans sa chute. C'étoit celle, vous le

savez, qu'un habile sculpteur du pays avoit ciselée nouvellement, à la ressemblance de cette vierge du Lothian qui est morte de douleur, parce qu'on l'avoit séparée de son fiancé. Tant de malheurs, continua Ronald en cherchant à fixer le regard immobile de Jeannie, sont peut-

être l'effet d'une piété indiscrète, d'une intercession involontairement criminelle, d'un péché, d'un seul péché d'intention...

— D'un seul péché d'intention! s'écria Clady, la plus jeune des filles de Coll Gameron...

— D'un seul! reprit Ronald avec impatience. — Jeannie, tranquille el inattentive, n'avoii pas même sou-

pire. Le mystère incompréhensible du portrait voilé préoccupoit toute son âme.

— Enfin, dit Ronald en se levani ei en donnant à ses paroles une expression solennelle d'exaltation ei d'autorité, nous avons marqué ce jour pour frapper d'une imprécation irrévocable les mauvais esprits de L'Ecosse.

— Irrévocable! murmura une voix gémissante qui s'éloignoit peu à peu.

— Irrévocable si elle est libre et universelle. Quand l«i cri de malédiction s'élèvera devant l'autel, si toutes les voix le répètent...

— Si toutes les voix répètent un cri de malédiction devant l'autel î reprit la voix. — Jeannie gagnoit l'extrémité de la galerie.

— Alors tout sera fini, et les démons retomberont pour jamais dans l'abîme.

— Que cela soit fait ainsi! dit le peuple. Et il suivit en foule le redoutable ennemi des lutins. Les autres moines, ou plus timides ou moins sévères, s'étoient dérobés à l'appareil redoutable de cette cruelle cérémonie; car nous avons déjà dit que les follets de l'Ecosse, dont la damnation éternelle n'étoit pas un point avéré de la croyance populaire, inspiroient plus d'inquiétude

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que de haine, et un bruit assez probable s' étoit répandu ({Lie certains d'entre eux bravoient les rigueurs de l'exorcisme et les menaces de l'anathème, dans la cellule d'un solitaire charitable ou dans la niche d'un apôtre. Quant aux pêcheurs et aux bergers, ils n'avoient qu'à se louer pour la plupart de ces intelligences familières, tout à coup si impitoyablement condamnées; mais, peu sensibles au souvenir des services passés, ils s'associoient volontiers à la colère de Ronald et n'hésitoient pas à proscrire cet ennemi inconnu qui ne s'étoit manifesté que par des bienfaits.

L'histoire de l'exil du pauvre Trilby étoit d'ailleurs parvenue aux voisins de Dougal, et les filles de Coll Cameron se disoient souvent dans leurs veillées que c'étoit probablement à quelqu'un de ses prestiges que Jeannie avoit été redevable de ses succès dans les fêtes du clan, et Dougal de ses avantages à la pêche sur leurs amants H sur loin- père. Maineh Cameron n'avoit-elle pas vu Trilby lui-même, assis à la proue du bateau, jeter à pleines mains, dans les nasses vicies du pêcheur endormi, des milliers de poissons bleus, le réveiller en frappanl la barque du pied ei rouler de vague en vague jusqu'au rivage, dans une écume d'argent?... — Malédiction! cria Maineh... Malédiction! dit Fony... Ah!

jeannie seule a pour vous le charme de la beauté! pensa Clady; c'est pour elle que vous m'avez quittée, fantome de mon sommeil que je n'ai que trop aimé, et si la malédiction prononcée contre vous ne s'accomplit pas, libre encore de choisir entre toutes les chaumières de l'Ecosse, \ous \ous fixerez pour toujours à la chaumière de Jeannie? Non! vraiment !

— Malédiction, répéta Ronald avec une voix terrible! — Ce mot coûtoit à prononcer à Clady, mais Jeannie entra si belle d'émotion et d'amour qu'elle n'hésita plus. — Malédiction! dit Clady...

Jeannie seule n'avoit pas été présente à la cérémonie, mais la rapidité de tant d'impressions vives et profondes avoit d'abord empêché qu'on remarquât son absence. Clady s'en étoit cependant aperçue, parce qu'elle ne croyoit pas avoir en beauté d'autre rivale digne d'elle. Nous nous rappelons qu'un vif intérêt de curiosité entraînoit Jeannie vers l'extrémité de la galerie des tableaux au moment où le vieux moine disposoit l'esprit de ses auditeurs à remplir le devoir cruel qu'il imposoit à leur piété. A peine la foule se fut-elle écoulée hors de la salle, que Jeannie, frémissant d'impatience, et peut-être aussi préoccupée malgré elle d'un autre sentiment, s'élança vers le tableau voilé, arra-

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cha le rideau qui le couvroit, et reconnut d'an regard tous les traits qu'elle avoit rêvés. — C'était lui. — G'étoit la physionomie connue, les vêtements, les armes,

l'écusson, le nom même des Mac-Farlane. Le peintre gothique avoit tracé au-dessous du portrait, selon l'usage de son temps, le nom de l'homme qui étoit représenté*

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