‹ Le génie de la révolutionChapitre 142 sur 191 · Tiers · texte numérisé non relu

Tiers

La COLLECTION GÉNÉRALE uc Contient pas la totalité des Cahiers rédigés par les électeurs de 1789. L'absence de certains Cahiers du Clergé et de la Noblesse s'explique par cette correspondance échangée entre l'archiviste et l'un des députés ; je l'ai retrouvée parmi les Acte9 concernant le bailliage de Besançon.

A M. GROSBOIS, DÉPUTÉ DE l'ORDRE DE LA NOBLESSE.

« Du 2 décembre 1790.

]> Monsieur et cher collègue^

» Je suis occupé en ce moment à faire le recueil des actes du bailliage de Besançon relativement à la convocation des États-

366 PIÈCES Jft^lFKIAînfKS

Généraux. Je ne \xomt point le procèfr^vertwl de FasseodOlée particulière ni le Cahier de doléances qui ont été rédigés par Tordre de la Noblesse de ce bailliage. Comme tous avez sans doute un exemplaire de ces procès-verbal et Cahier, je vous prie de me le prêter. Je vous les renverrai aussitôt que copie en aura été prise.

» Je sttifi avec un respectueux attachement^ monsieur et eher collègue,

» Votre tcèi-humble et trèsK>béissant serviteur,

)) CaMDS. n

k M. CAItUS^ DÉt>VTÉ ET ARCHIVISTE.

« Du 45 décembre 1790.

» J'ai reçu, monsieur. Vôtre lettre du 2 de ce mois. J'ignore par quel motif vous vous occupez de la réunion des actes du bailliage de Besançon. Je pense que c^est comme archiviste de rAssemUée^ et sous ce rapport surtout^ je ne puis faire ce que vous me demandez* VOtàjte de la Nobtewe du baMage de Besançon m'a fait rhonneur de me députer aux Ëtats^Généraux et point à rÂssemblée nationale, dont je ne puis reoHanaltve la légalité^ pas mènàe en lui remettant itieA Cahiers. Au reste, que verriez-vous^ Hioaâietir^ dans ces Cahiers? L'obligation qui m'est imposée de protester contre la réunion des Ordres et contre tôtrt ce qui pourrait être délibéré en comptant les suffrages par tête^ contre les antiques usages. J'ai déjà rempli ce devoir; j'ai protesté, je le ferai encore et je n'ai à montrer de mes Cahiers que cet ordre absolu des gentilshommes, mes commettants»

D Je suis parfaitement, monsieur, votre très^humble et tièfr* obéissant serviteur,

» DE Grosbois. »

On s'explique encore Tabsence des Cahiers des bailliages et sénéchaussées qui, comme Saint-Flour, le Béam et la Navarre, etc., ont refusé de âe soumettre au Règlement du 24 janvier et n'ont pas nommé de députés. Mais comment expliquer rottbli de toute Mie province^ le Ponthieu, dont ies trois Cahiers ont été imprimés en 1789 tx àmt les pièces existent en minutes won Attiàm

ET ÉCLAinClSSEMENTS. 367

mémed? Comment expliquer surtout romission de certains Caliiers dtt Tîers-Êtat, lequel n'avait rien à taire, et notamment celui d'Airas, à la rédaction duquel Robespierre coopéra?

Rien n'eût été depuis 179<, rien ne serait aujourd'hui plus facile que de combler les tides de la collection générale.

D'une part, les Cahiers absents sont signalés au crayon sur des pages blanches prêtes à en recevoir la copie. D*aulre part, les originaux ont été, en 178^, déposes, cachetés ou décachetés, aux chefslieux des bailliages et sénéchaussées. A présent que, sous les auspices Al ministère de l'Intérieur, s'effectuent et se publient les inventaires sommaires des Archives départementales, antérieures à 1790, il est permis d'espérer que nous ne tarderons pas à posséder tous les éléments nécessaires pour parachever le monument national édifié par Camuâ, conformément aux ordres de l'Assemblée constituante.

le me hâte de dire que telle qu'elle existe, conservée avec un soin, avec un luxe admirable, la coxlection générale suffit amplement pour l'étude des élections de 1789. Vcésence d'un nombre relativement peu important de Cahiers réduits (le huitième tout au plus), est compensée par la présence des Cahiers secondaxtes et même primitifs sur lesquels ces Cahiers ont été faits. En outre, les procès- verbaux des assemblées électorales, préliminaires, etc., la correspondance administrative, les délibérations et arrêtés des autorités locales, les mémoires collectifs et particu- Hers, etc., fournissent une masse énorme de renseignements Indispensables et que ne donneraient pas les Cahiers.

La collection générale contient les pièces relatives aux élec* tiens dans i06 bailliages et sénéchaussées du degré supérieur, noti compris U Dauphiné, qui, ayant nommé ses députés en janvier, avant la convocation royale, n'a tenu qu'une seule grande assemblée électorale, les États provinciaux de Romans. On y trouve, de plus, les pièces concernant 216 bailliages et sénéchaussées s^ cotidaites, parmi lesquels ceux de presque toute la Lorraine et des Trois Ëvèchés, ainsi que ceux d'une partie de la Provence, ont fourni triples procès-verbaux et Cahiers, les trois Ordres y délibérant et notant de la même manière que àùxm les sénéchaussées et bailfiagies principaux.

Les docofnents relatif aux élections des colonies de Saint-DoiûiligUe> de Rttôtfting, de Pondichéry et de la Guadeloupe, îat^

368 PIÉGBS JDSTIFIGÂTIVES

ment deux registres, rangés à leur ordre alphabétique. Nos autres colonies^ la Martinique, Tile Bourbon^ etc.^ n'ont fourni aucune pièce.

On doit évaluer à près de 2,000 le seul nombre des Cahiers de doléances, remontrances, charges, griefs et voeux, pétitions, demandes et représentations, moyens et avis, instructions, pouvoirs et mandats, contenus dans la collection générale.

Ils peuvent être subdivisés en cinq catégories :

!• Cahiers primitif s et définitifs du Clergé et de la Noblesse, ne votant et ne délibérant, sauf quelques exceptions précédemment signalées, qu'à un seul degré;

2* Cahiers réduits du Tiers-Etat des bailliages et sénéchaussées de premier ordre;

3® Cahiers réduits du Tiers-État des bailliages et sénéchaussées secondaires; Cahiers primitifs du Clergé et de la Noblesse, là oh les nobles et ecclésiastiques tiennent des assemblées primaires; Cahiers spéciaux des villes les plus importantes;

4^ Cahiers primitifs des villes, des corporations ouvrières et d*arts libéraux, des communautés et paroisses de campagnes;

5^ Cahiers et mémoires individuels sur des objets particuliers.

Relativement aux Cahiers de la cinquième catégorie, je fend remarquer qu'ils sont d'une infinie variété. Pour le prouver^ il me suffira de citer au courant de la plume : les observations soumises à la discussion publique dans l'assemblée du Tiers-Etat de Bordeaux, 3 mars, par Ladebat; le Cahier du sieur Foumier Couronnât, premier consul de Monclar d'Agenois; les doléances de M. Aveline, notaire à Caumont, en Basse-Normandie; les plaintes de M. de Saint-Thorend, notaire, pour son canton, Boussac-en-Berri; le Cahier particulier d'un sieur Pierre le Prieur, « ancien inspecteur des domaines, qui n'a pu se trouver à l'assemblée de la ville d'Argentan; » le Cahier particulier d'un sieur Rossignol, gentilhomme possédant fief et justice, dans la paroisse de Saint-Paul- Laroche, en Périgord; le mémoire d'un particulier de VilleneuTC d'Agenois, sur « l'hôpital des pauvres malades; » le Cahier particulier de la juridiction des gabelles de Montluçon; le mémoire particulier des habitants de plusieurs paroisses du baillage de Péronne; les demandes, doléances et remontrances des « grands vicaires ou semi-prébendés de l'église cathédrale de Limoges, soidisant membres du Clergé, mais dans le fait du Tiers-État, » etc.;

ET ËGUIRGISSEMENTS. 369

— Ces Gabiers et mémoires fi(mt.a€lressé&, le plus souvent^ au contrôleur géuécal des finances^ parfois au garde des sceaux^ parfois directement au roi ou aux États^éuéraux*

Les Cahiers primitifs du Clergé et de la KoUesse^ réAmt» du Tiers-État des sénéciiaussées et bailliages prijaeî{Miux» ceux qui <mt été imprimés et même ceux qui ont été résumés^ suffiraient à la rigueur pour établir un état, approidmaticvement vrai^ des opinions politiques de la France de 1789. Mais on n'aura le tablea¥ complet des vices de rAncien Hégime> des volontés et des aspijratiojns de nos pères, qu'après avoir parcouru et étudié les Cahiers les moins réduits et même les Cahiers primitifs. J'ai fait ce tra- Tail préliminaire et c'est sur des notes» prjncipatemeni; puisées dABs les manuscrits^ — sans touJ;ef6i^ négliger les imprimé^ -- 4]i]a j'ai écrit ^ette première partie du Gém de la ré9ioluiltio% con- SAorée spéâaie«»ent m^^kction9 de IT^O. Je publierai dans c^ TiAune même et dans les deux suivants des documenU inédits^ qui me paraissent être de la plus haute ijfi^rtance.

La COLLECTION DES ACTES RÏLàJTUFS h lA CO|<V0C4^TIOJGï 6T ▲ U

RÉPUTATION de notre première Assemblée nationale se compose :

\^ De 162 registres, sous 159 numéros, contenant les pièces relatives aux élections des bailliages et sénéchaussées, rangés par ordre alphabétique;

2** De 3 registres supplémentaires sur les élections primaires de la sénéchaussée d'Aix;

3** De 1 registre de pièces diverses, formant un supplément général;

4" De 1 0 registres contenant principalement les délibérations des villes et communautés, antérieures à la réunion des électeurs.

Au total 176 registres in-folio, dont le plus mince n'a pas moins de 500 pages et dont beaucoup en ont plus de 1,200.

C'est, je crois, le plus beau, le plus important recueil de documents qui existe dans les archives d'aucun pays du monde. Deux sociétés. Tune qui s'écroule, l'autre qui se forme, s'y heurtent en un dramatique chaos, et par leur choc même se révèlent sous leurs formes réelles, sous leurs aspirations vraies. Le bilan de l'Ancien Régime et le programme de la Révolution sont là tout entiers.

N'est-il pas incroyable que la collection Camus soit restée manuscrite et presque inexplorée, que nul gouvernement n'ait songé,

370 PIÈCES JUSTinCATIYES ET ÉGLÀIRGISSEMENTS.

depuis soixante-treize ans^ à la publier^ au moins réduite en une cinquantaine de volumes^ parmi les documents inédits pour servir à rhistoire de France? Et n'est-il pas étrange que, si jamais des recherches y ont été commandées^ elles n'aient guère eu d'autre but que de vérifier des titres nobiliaires! Les nobles ayant comparu en personne et même par procureurs aux assemblées électorales de 1789, la noblesse française se retrouve au complet dans les appels nominaux.

Sans doute, il est très-utile de multiplier les in-quarto sur Tadministration de Louis XIY^ les relations de la France monarchique avec les puissances étrangères^ les institutions du moyen âge^ et principalement les origines et les progrès du Tiers-État. Mais ne seraitrîl pas nécessaire aussi d'en consacrer quelques-uns à la Révolution française? L'histoire des temps antérieurs à 4789 est fort intéressante et pleine d'enseignements. Mais l'histoire qui date de 1789 est la seule qui nous soit indispensable. La Révolution est la source même de notre existence sociale et politique; nous ne saurions vivre sans la connaître.

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