‹ Le génie de la révolutionChapitre 55 sur 191 · POINT D'ÉLECTIONS LIBRES SANS PRESSE LIBRE · texte numérisé non relu

POINT D'ÉLECTIONS LIBRES SANS PRESSE LIBRE

choses se passèrent, en voyant les provinces, les bailliages, les municipalités, les corporations, et jusqu'aux plos infimes personnalités tant et si vivementdélibérer, écrire, pétitionner, on se figurerait que les élections Tont être retardées partout à la fois, jusqu'à la publication d'un Règlement moins absurde au point de vue de l'histoire comme de la raison. Que le gouvernement s'obstine à maintenir la loi créée par lui, et, semblerait-il, le plus grand nombre des électeurs va rester immobile, faute de comprendre la marche à suivre ; beaucoup s'abstiendront , afin de maintenir intacts leurs privilèges acquis, ou pour mieux démontrer la violation de leurs droits incontestables.

Mais voici que le tambour municipal bat le rappel civique, voici que la cloche du village sonne l'heure du rendez-vous électoral. Aussitôt injustices, obscurités, absurdités du Règlement, objections, réclama-

êlie le ehef-lieu du bailliage , et de dépendre de telle autre beaucoup noius importante, comme Montbrison ou Nevers. — Telle petite sénéchaussée, notamment celle de Ventadour, en Limousin, se plaint d'avoir été ookliée et de ne savoir comment se faire représenter à l'assemblée générale. — Telle classe, par exemple, celle des professeurs des collèges, exclue des assemblées électorales sous prétexte qu'elle ne peut être rangée dans aucun Ordre parce qu'elle est utile à tous , rédige mémoire sur mémoire pour obtenir les droits civiques. — Tel bailliage expédie au ministre le chiffre exact de ses contributions et de sa population, et lui proove que le nombre de députés qui lui a été accordé, n'est pas sufBsant. — Ici les évéques se plaignent de ce que les curés soient trop représentés, là, les curés, de ce que l'article qui leur interdit de s'absenter de leurs paroisses, s'il n'ont pas de vicaire ou de desservants capables de les remplacer, les prive en majorité de la faculté électorale ; et là encore, les vicaires de ce que les prêtres sans exercice public soient plus favoriiés qu'eux. — Ailleurs, ce sont les Nobles qui se refusent à admettre les anoblis dans leur sein, et les gentilshommes sans terre et qui, s'élevant contre U représentation par procureur des seigneurs possédant fief, proclament Tiadivisible unité de la Noblesse et l'égalité en droit de tous ses membres.

tiens, protestations paraissent être oubliées. La nation, hier esclave, agit aujourd'hui comme si elle avait toujours été libre ; avec la majesté d'une sou* veraine, sûre que les obstacles s'abaisseront sous ses pas, elle se redresse et marche droit au but.

Ce miracle est dû principalement à la liberté de fa presse. La presse, abusant du fameux arrêt du 5 juil* let 1788, avait déjà substitué au conflit des traditions un lumineux mouvement vers la logique. Sous son influence * , le Dauphiné avait donné le signal et l'exemple de l'action; grâce à elle encore, l'insurrection dauphinoise s'était propagée. Après le 24 janvier, pouvait-elle se laisser égarer par sa noble passion de la ligne droite au point de déclarer impossible à suivre la courbe tracée par le pouvoir?

A mesure qu'approche le jour des élections, elle redouble d'efforts pour universaliser la propagation des principes absolus du droit naturel ; mais, en même temps, avec un bon sens incomparable, avec une prodigieuse habileté, elle dénonce tous les pièges, elle aplanit toutes les difficultés de la légalité ministérielle; elle cherche et trouve, dans les vices même du Règlement, les moyens de dégager d'élections mal ordonnées une affirmation nette et radicale de la souveraineté du peuple.

Jamais il n'a été prouvé d'une manière aussi éclatante que la liberté du vote et la liberté de la presse sont indispensables l'une à l'autre dans le corps poli^ tique, comme, dans le corps humain, le cerveau att bras, l'intelligence à la volonté. Sous quelque mau-

* L'insurrection dauphinoise, je Vai déjà fait remarquer, commence en effet par la publication des brochures de Barnave et de Mounier.

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