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LES ÉLECTEURS ET LES PDBLICISTES

à rOrdre dont il aura reçu le mandat. » — Be même, les mandataires du Clergé de Lyon « tiennent à se regarder bien plus comme les représentants de la nation entière que comme ceux d'un Ordre particulier. »

Dans ce soulèvement unanime contre les influences administratives et les intrigues de la cour, dans ces protestations générales contre les vices du Règlement du 24 janvier, dans toutes ces idées émises sur la meilleure forme à donner aux élections futures, il est très-aisé de reconnaître l'action directe des publicisles. Du reste, les électeur, loin de chercher à dissimuler d'où leur vient tant d'énergie, tant de bon sens, parfois tant de génie pratique, s'empressent de rendre hommage aux écrivains qui les ont éclairés et inspirés. Souvent, à la fin ou au commencement des instructions, qu'ils remettent à leurs députés, ils disent qui leur a fourni les formules de droit public qu'ils emploient * ; ils inscrivent les titres des prin-

* On lit dans les Plaintes et doléances de la viUe de Marseille (mansscrites) :

«... Nous avons Tavantage d*étre Français et Marseillais.

> Français : Vintérét général de la Nation excite notre zèle.

» Marseillais: Tintérét de la patrie, qui ne peut être séparé de celui <hi eommerce, réclame notre sollicitude.

» En adoptant ces bases et cette division, l'Ordre du Tiers-État de cette ville déclare solennellement :

* Qb'îI donne son adhésion aux sages et généreux principes qui ont <iicléViD8tnietton envoyée par S. A. sérénissime Mgr le duc d'Orléans à 8tt procureurs fondés; il s'y réfère avec cette respectueuse confiance ^ toujours la nation française mit en l'opinion des princes du sang ïWfal.

> Ces principes vont être retracés dans presse toute leur étendue ; et à l'assemblée du Tiers-Ëtat se permet d'en séparer un article relatif aux nuBurg, c'est qu'elle aime à se persuader que la contagion n'est pas arrivée jusqu'à wm», an point de nécessiter le divorce... »

cipaux ouvrages patriotiques, qu'ils ont lus et que les États-Généraux doivent prendre, comme eux-mêmes, en très-sérieuse considération *. Ces nobles, qui interdisent à leurs représentants de recevoir au milieu d'eux les agents du gouvernement, leur défendent de délibérer en présence du roi ^, admettent c( que Ton puisse appeler, s'il est nécessaire, toute personne hors des États-Généraux en état de discuter les plans proposés ou d'en offirir de nouveaux '. » L'Assemblée nationale, strictement fermée à quiconque peut gêner ses délibérations, reste largement ouverte à quiconque est capable de lui fournir des lumières. Proclamée par l'immense majorité des électeurs, la liberté de la presse * doit rester illimitée afin que les représentants du peuple soient sans cesse instruits de l'état de l'opinion publique, soutenus dans leurs luttes, dirigés dans leiu^ votes, ainsi que l'ont été avant eux leurs commettants. La nation entière se complaît à reconnaître que la Révolution a été commencée par la presse et qu'elle ne peut être achevée qu'avec son concours.

Cependant il serait absurde de croire que la France, serve depuis des siècles, ait servilement répété les

* Si ces . listes d*ouvrages ne se trouvaient que daus les cahiers imprimés, on pourrait les prendre pour de simples annonces de libraire. Mais elles se retrouvent dans les Cahiers manuscrits de la Collection GÉNÉRALE des Archives; et cela suffit, cerne semble, à leur donner un caractère politique. Par exemple» le Tiers des États de Marsan, Tar> san et Gabardan donne, en tête de son « Cahier général » une « Note des ouvrages qui regardent la discussion présente des droits du Tiers. »

2 Noblesse de Nîmes et Beaucaire.

3 Noblesse de Nemours.

* Voir, au tome II de cet ouvrage, le chapitre iv du livre il.

DISCnSSlOHS ATiNT LE VOTE. 241

formules trouvées par quelques Français de génie. En Î789, les électeurs ne votèrent pas à l'aveugle, sur m oui ou sur un non ; ils ne jetèrent pas dans des ornes des bulletins imprimés et non lus, ils ne nommèrent pas, pour les représenter, des hommes imposés ou vaguement désignés à leurs suffrages. Bien au contraire, en même temps que des députés, ils choisirent des principes, — naturellement parmi les principes déjà trouvés, démontrés et répandus. — Si le programme, tracé d'avance par la presse libre, fut par eux adopté avec plus ou moins de changements, c'est qu'ils l'avaient jugé plus ou moins conforme à la justice d*abord et ensuite à la satisfaction de leurs intérêts matériels et politiques.

Ni les assemblées des paroisses et des corporations, ni celles des villes et bailliages de second ordre, ni celles des sénéchaussées et bailliages principaux, ne s'ouvrent le même jour, ne durent le même nombre d'heures dans toutes les provinces à la fois.

Chaque bailli ou sénéchal reçoit, en particulier, les Lettres royales de convocation ; en envoie une copie à chaque cité ou communauté de son ressort, avec une requête spéciale; f te, selon les lieux ou les circonstances, l'époque des rendez-vous des électeurs primaires et secondaires, plébéiens, nobles et ecclésiastiques. La première expédiée des Lettres royales est datée du 7 février et adressée au grand Bailli d'Alsace; la dernière, au magistrat principal du pays des Quatre- "Vallées, ne part de Paris que le 3 mai. Aussi, les élections rurales commencent-elles, en certains endroits, dès le mois de février ; mais, presque partout, elles sont finies au milieu du mois de mars* La première

iisscmblée du second degré se tient à Limoges, le 22 février, et les dernières des trois Ordres se ferment le 1" mai, à Vesoul, du 18 au 21 mai, en Corse, le 28 mai, dans les Quatre-Vallées.

Généralement les assemblées des paroisses rurales ne durent qu'un jour, quelquefois deux ; celles des corporations d'arts et métiers ne consacrent pas moins de quarante-huit heures, souvent plus, à leurs opérations, du reste préparées d'avance dans des réunions particulières. Les assemblées du Tiers-État des villes et des bailliages et sénéchaussées secondaires sont tantôt très-courtes, tantôt très-longues, la réductimi au quart présentant de grandes difficultés partout où elle est nécessaire. Les assemblées générales des trois Ordres aux chefs-lieux des sénéchaussées et bailliages principaux se tiennent pendant toute une semaine au moins ; elles se prolongent souvent pendant quinze jours et même plus ^ ABéziers, notamment, les électeurs se réunissent quarante-six fois.

Nulle part,, les électeurs n'entament leurs opérations par le choix des députés. Us commencent par protester, plus ou moins bruyamment, contre le Règlement royal et par se constituer. Ils nomment ensuite les commissaires chargés de la réduction des doléances, qui leur ont été remises parleurs commettants des degrés inférieurs, et de la rédaction définitive du Cahier de leur Ordre. Puis, ils entendent, en séance, la lecture de ce Cahier réduit et, après des débats quel-

1 Exemples pris au courant de la plume : — Quesnoy, du 31 mars au 15 avril; — Melun, du 6 au 21 mars; — Orléanais^ du 7 mars ao 13 avril; — Maine, du 9 au 28 mars; — Touraine^ du 9 mars ao !•' avril; — Marseille, du 18 mars au 2 avril, — etc.

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