DE LINSTITUTION RELIGIEUSE DE LA SOCIÉTÉ
Sans recbercher où s'est faite cette première réunion' des honrimes sortis de la main de Dieu, soit qu'on place' ce berceau dans la vallée de. Cachemire, ou, plus au nord;
30 DB LA BÉVJÎLATION BAR hOUGASB 0E LA NATURE.
entre les sources de Tlndus et de l'.Oxos, la question qui résulte de ce qui précède ^est de savoir comment d'une foule informe naîtra l'ordre social; en d'autres termes, par quel miracle Tbamme sortira de la voie immuable de la nature, ppur eotrer seul dans .cette voie d'inquiétude, de changements continuels, de bouleversements et de douleur, qui est celle de l'histoire.
On connaît la réponse que le siècle dernier faisait à cette question. L'homme, dan^ une condition profondément abjecte, s'était élevé par degrés à quelques ébau* ches d'arts d'industrie, d'où il avait peu à peu rampé jusqu'au seuil de la vie sociale. Rousseau résume, surtout à cet égard, les opinions de son époque. Relisez son discours sur l'origine de l'inégalité des conditicms. Vous verrez combien ce lutteur héroïque subit le joug de son temps au moment où il prétend le briser. Hors de toutes Içs traditions de l'histoire, il se représente dans une forêt abstraite des hommes abstraits ^ Ces premiers nés du limon» qui reçoivent la mission de créer le monde social, sont en réalité des encyclopédistes du dix-huitième siècle violemment ramenés au chaos. Ces hommes des bois sont surtout grands raisonneurs , dialecticiens austères. Tristement et régulièrement, ils marchent de déductions en déductions. Entre chacun de leurs raisonnements, s'écoulent des milliers d'années ; ce qui en suppose un plus grand nombre encore entre l'invention de l'hameçon et celle* de la hutte de branches. Géomètres et non prophètes, la réflexion lente, l'esprit sceptique, Tâme vide, l'instinct presque nul, ces premiers inventeurs de la société procèdent comme s'ils voulaient la détruire ; ils ont le> génie qui décompose, non pas celui qui crée. Imagi*
DE l'institution BELIOIEUSE PB LA SOCIETE. 21
nation, poésie, religion^ instincts sacras, ces sentiments qui envahissent I ame des hommes dès leur apparition sur la terre, sont précisément iseux que Rousseau ne compte pour rien. Il construit de pièces mécaniques une statue très savante ;.il ne lui manque que dé vivre. Yoilà l'abstraction : voyons la vérité.
Si les peuples eussent commencé par les dédMjctions^ le syllogisme, la langue didactique de Rousseau, il est évident qu'ils seraient encore occupés à raisonner dans les forêts. De l'animal à l'homme, il n'y a pas eu seulement transmission régulière de la souveraineté sur le globe. Accumulez, en effet, les siècles sur les sièclesr; à cette éternité joignez un progrès non interrompu dans les inventions mécaniques. Jamais vous ne déduirez de ces termes le prodige de la civilisation. Une œuvre d'art quelconque ne suppose-t-elle pas une inspiration, une lueur sacrée qui d'abord a traversé l'intelligence de son auteur i et la société n' est-elle pas l'œuvre d'art par excellence^ Ne découvre-t-on en elle qu*une succession logique? et, par cela seul qu'elle est, ne dit-elle pas assez qu'à Torigine une illumination spontanée, une révolution intérieure a éclaté dans le sein du genre humain? Le monde civil n'a pas commencé par l'invention de l'hameçon, ni par celle de la hache de pierre, du carquois, de la flèche du sauvage , puisque toutes ces choses séparent plutôt qu'elles ne rapprgchent. On ne se réunissait pas davantage au bord des fleuves par le seul attrait (t) d'un amour humain ; mais à peine sorti des mains du Créateur, l'homme tendait à lui ^par tous les liens de l'âme et du corps. Le lion en naissant a marché au désert, l'aigle a
(1) Rousseau r Essai sur rûrigine dés lan^ties, cfaap. IX.
22 DE LA RÉvéLATlON PAR l' ORGANE DB LA NATURE.
volé sur la cime du mont, l'homme a marché vers la société « vers rhumeriité, vers Dieu même. Oui, Voilà le grand nom prononcé, et si vous ne placez quelque divin instinct dans le cœur des peuples au berceau, t(>ut de« meure inexplicable. Quand donc la société a-t-elle commencé? Je viens de le dire. Elle est née le jour où, d'une manière quelconque, la pensée de la Divinité a jailli de l'esprit d'un homme qui a pu l'annoncer, la publier, la révéler ou l'imposer à ses frères. En ce moment suprême, à la famille a succédé l'État, à l'homme l'humanité. Une vie commune a commencé entre les esprits, qui tous ont reconnu, adoré un même Esprit. Des individus jusque là épars se sont réunis dans une même pensée ; les intelligences encore vagissantes ont été pour la première fois allaitées de la même substance ; dans l'ordre moral, on a connu un abri, unfefuge, une hutte commune. Autour du fétiche 6*est assemblée la tribu ; un dieu national a enfanté la nation ] l'unité religieuse a fondé l'unité politique, et de l'idée de Dieu est sortie la dociététoute vivante. . Si, en effet, quittant de plus en phis l'abstraction, nous reclle^chons les traditions, que trouvons-nous à Torigine de toutes les histoires, sinon le souvenir d'n1\e vaste inspiration , et comme d'un grand tressaillefnait qui fait palpiter le cœur des peuples? partout la mémoire d'hommes élus, poëtes, prophètes, voyants, prêtres, qui appelant, rassemblant, enseignant, entraînant après eux les races humaines, leur apprennent d'abord à marcher la tête haute à la face de l'univers, et résument le souvenir de toute une époque de ravissements. Chez les Grecs, Orphée ; chez les Égyptiens, Hermès ; chez les Persans, Zoroastre ; chez les Indiens, Manou ; chez les Hébreux,
D£ l'institution ftELIGIEUSB DE LA SÔCiBTÉ. 23
Moïse. Tous reçoivent la loi écrite sur la pierre sacrée : même les plus égarée écoutent en. massant la révélation de Dieu par la voix de Tunivers. Il n'eti est pas un seul dont l'occupation ne soit de saisir, d'interpréter cette parole que l'Eternel prononce dans la création, encore émue de sa présence. On se les dépdnt au milieud'une nature froide, avare, où leur premier soin fut de se dé« fendre contre ses outrages. Mais que dans la vérité il en fut autrement! La nature somptueuse dç l'Orient les accueillit dans un jour de fête ; le premier soleil lés vêtit de^son rayon de potirpre. Vous ne parlez que d'inventeurs 4I 'arts mécaniques, de constructeurs de buttes de feuillage, d'équarrisseurs de troncs d'arbres, de ciseleurs de haches de pierre ; et moi, je ne tcouve partout que des prophètes^ des poètes, des voyants, des prêtres, c est-à^dire des homones qui étaient en même temps les instituteurs, les juges et les artistes de leurs temps.
Voulez* vous savoir quelle était la source de Tinspira*^ tion de ces maîtres du genre humain IChaJssez loin de vous les pensées de nos jours, et cette source intarissable jaillira de nouveau ; car ils puisaient leur science dans le ravissement que leur eausait- la création encore nou** velle. Lapremière révélation qui s'est faite pour lesGen-' tils comme pour les Hébreux se manifestait par l'organe de la nature; elle était le trépied ;,le genre humain était le prêtre. Aujourd'hui qu'après l'aVoir asservie nous avons perdu toute sympathie pour son enseignement, elle se tait; ou quand elle parle encore, nous ne l'entendons plus, tant le bruit que nous faisons dan& le monde occupe nos oreilles. Au lieu que dans ces .temps lointains, elle était pour l'homme le livre de la loi, l'Evangile cosmo-
24 DE LA RÉvÉLAtlON PAR l'oRGANE DE LA NATURE.
gonique, qui, toujours ouvert^ était toujours feuilleté par les premiers prophètes. Ils y épelaient à haute voix les grandes, lettres de la loi souveraine. Ils allaient^recueillir les tfaces de leur Dieu dans son œuvre à peine échappée de ses mains, écoutant toutes les voix de la terre et du ciel, comme le dernier écho de la parole encore frémissante delà Genèse. Les peuples aussi sentaient ce travail de la création continuer en eux-mêmes, et ils étaient ravis et transportés, Déjà le soleil immacolé des premiers jours a pénétré jusqu'au fond dails le cœur de ces enfants du limon ; il en a fait jaillir la lumière spirituelle. Le souffle de TÉtemel qui agitait encore les eaux a passé sur les lèvres de Thomrae ; il y est devenu parole, langue, poésie. Tout se règle alors, tout s'établit dans l'institution humi^ine sur le modèle de l'univers ; les premiers fondateurs d'empires empruntent leur science à lA poli* tique sacrée qui régit les tonsteltations sur leurs têtes* Ils distribuent la terre en zones, à l'exempte des régions du ciel; d'où naît la propriété. Telle société, afin de reproduire d'une manière plus fidèle les lois générales du monde, se partage en trois cent soixante familles , pour répondre aux ttois cent soixante jourd de l'année; les familles en douze tribus, pour répondre au douze mois. Telle cité s'entoure de sept murailles peintes des couleurs du ciel, qui rappellent l'orbe azuré des sept planètes ; et l'état gravite autour du dieu national, cotnme l'univers phywque autour de l'astre suprême. Ce fut là d'abord l'esprit des institutions humaines ; législation véritablement primitive, puisqu'elle n'est rien que le reflet dans l'ordre moral des institutions et de la législation de l'univers visible. Les jours, les années, le soleil renaissant,
M l'institution RELIGlEUBË DE LA SOtlÉTÉ. 2S
fêtaient Téternel anniversaire de la création, avant que rhomme parût; il imita ce premier culte, et Tordre civil fut 1 abrégé de l'ordre universel.
Ainsi , ridée de Dieu révélée par Torgane de Tunivers, telle est la base que partout l'histoire profane. et sacrée, la tradition , les monuments , assignent à l'édifice de la société civile. Cette' idée exprimée , défigurée , relevée, changée sous toutes les formes , voilà la cause permànente, I$l substance même de la société et de l'histoire* Un peuple est compté pour quelque chose le jour où il s'élève à cette pensée. Il prend alors rang de bourgeoisie dans l'humanité, et toute nation commence par se décôu-> vrir en Dieu. Faut-il encore à ceci une confirmation! voyez si les premiers essais de Thunianité sont, en réa« lité, aussi méprisables que l'abstraction les suppose. Jetez vos regards le plus loin qu'il vous sera possible dans l'horizon du passé , qu'apercevez- vous , que trouvez-vous A l'extrémité des siècles par-delà toute chronologie ? des huttes de feuillage ^des abris de roseaux? tout au con*traire, de grands monuments, et comme de grandes pensées debout qui bravent* tous les âges. Les pyramides d'Egypte , les temples de Thèbes , ceux de Persépolis , les monuments de Mycènes , voilà les premières huttes du genre humain ; et , dans un autre ordre de choses, les livres de Moïse, les poèmes d'Honière, voilà les livres avec lesquels cet enfant apprend à lire.
36 D6 LA lU&vélATION PAR LOltOANE DB LA NATURE.
DES MIGRATIONS DES RACES HUMAINES DANS LEORS RAPPORTS AVEC L'HISTOIRE DES RELIGIONS.
La société vient de nutre de la première révélation ; et sans. rechercher si cette constitution native a été d*abord empreinte d'une telle unité qu-on la puisse regarder comme une sorte de cotnmunion primitive du genre hn-* main dans le sein de la nature primitive, tous ayant sous le même ciçl, même langage , même culte, même litur« gie imitée des processions des astres , il est certain que partout subsiste la tradition de cette fraternité dans le berceau , époque qui , privée de succession^ de changements appréciables , semble moins appartenir au temps qu'à l'Étemel.
Quelle qu'ait été , da^s le réel , cette condition , source de toutes les autres» elle change; et c'est Te ptemi^acte de la Genèse sociale. Le moment vient où les peuples en-^ fants. trahissent , en grandissant , des instincts , des peu* chants différents. Pour les développer, ils ont besoin de s'attribuer des territoires distincts ; ils se séparent. Abritée jusque-là sous l'aile de l'Eternel , la couvée abandonne le nid ; les peuples , que tourmente un avide ins« tinct de changements, vont diviser la terre, qui était auparavant la propriété inaliénable du même Dieu. La première et mystérieuse constitution de l'humanité se rompt ; le polythéisme naît , avec lui le partage , la plu* ralité des nations , des états , des empires , des sociétés , des langues , qui , malgré leurs diversités , conserveront
DES MIGRATIONS DBS RACE8 HUMAINES. ÎH
1 empreinte du sceau origine). L'édifice de la nature s'écroule; celui de Tart. commence; Thistoire civile s'ébranle; et sans doute «c'est à cette ancienne forme de l'humanité , debout comme une tour gigantesque , que se rapporte, dans TAncieh-Testament, l'emblème de Babel. Qai ne voit dans la chute de cette tour géante^ une ex« pression de la langue du monde naissant pour figurer l'écroulement de la première ynité religieuse et civile? ; ,
Nous sommes parvenus à l'idée suprême de laquelle nais9ent les sociétés. Donnons-nous le 'spectacle de leur dispersion. Après avoir crèusé le silloh des vallées > comment la Providence a-t^le ensemencé la terre! comment art^elle partagé les races /les attirant vers tel lieu, les repoussant de tel autreft Suivre le froment des peuples répandu sur le monde » c'est suivre la tra<;e du laboureur divin.
L'idée de trois races dhommes ^e retrouve dans toutes les traditions , même dans celle des Nègres. Là preAiière famille , disent-ils , se composait de trois frères , un noir et deux blancs. Ceux-ci enlevèrent au noir, pendant son sommeil , toutes ses richesses ; ils ne lui laissèrent qu^un peu de poussière d or et quelques dents d'éléphants. Bous le nom de Sem, Cbam , Japhet, la Bible marque l'a même division qu'a achevé de confirmer ta science modenfe.
Deux peuples jumeaux , les Indiens et les Persans , entrent les premiers dans l'histoire. Comme- des oiseaux voyageurs, tombés de l'arbre de vie, un instinct secret les pousse vers la contrée où ils doivent s'arrêter et hiverner. L'Indien descaid dans le lit de l'Indus-et du Gange. Les monts Himalaya le recèlent au reste du genre humain. Peuple contemplatif, il va chercher 4ine
^8 DB LA REVELATION PAR l'oBOANE DB LA NATURE.
retraite qu'il n* aura pas besoin de fortifier. Là, il s'en* dor<t à demi parmi les fleurs des eaux , comme Brabma
au bruit de la chute du Gange. Tout différents sont les Mëdes , ks Persans , qui se précipitent tête baissée des ftancs de leur mont sacré , le Bôrdj , lequel tient aux masses méridionales duTaurus. Un dieu agissant, lutteur} qui combat idans Âhriman l'éternel ennemi , les . pousse à Taction ; il crée les territoires au-devant d'eux, à mesure qu'ils émigrent » en sorte que la terre s'accroît sous leurs pas, et que la nature grandit en même temps que leur histoire. Sur le bord du chemin , des femmes des çaux leur présentent 'dans un vase sacré le breuvage de l'immortalité. Du golfe Persique , ils s'étendent jusqu'à l Arménie, d'où ils atteignent le rivage de l'Halys. Bactres , Suse , Persépolis, telles sofit les principales pierres milliaires qui marquent leur chemin. Ils arrivent ainsi jusqu'aux défilés du Caucase , et sous d'autres noms ils pénètrent en Europe ; race de Japhet , divisée comme son dogme , souvent armée contre elle*même , c'est d'elle que sort «avec la famille celtique et geifmanique, le double génie de l'Occident.
Près de. cette race habite celle de Sem , qui va prendre racine dan^ les montagnes entre l'Euphrate et lé Tigre* Aucune ne réunit à un tel degré le génie delaireligion et celui de l'industrie. La'Chaldée, la Phénicie, les Hébreux» Carthage, l'Arabie, voilà les membres de ce grand corps dont Babylone est le cœur. Elle vivra sous la tente d'Abraham et sur les vaisseaux de Tyr ; le désert et la mer, ces deux figures visibles de l'infini , lui appartiennent presque exclusivement ; c'est elle qui porte dans son sein Jéhovah et le Christ.
D£$ MIGBATIONS PB» BACE8.HUMA|N£S. 29
Eafin, plus ù l'ouest se trouve la race de Cke^ûïy noire^ les cheveux crépus» qui, confinant par un tague horizon avec les peuples fabuleux aux têtes de chiens et de loups, consacrant la servitude du corps par la s^ervitude de Tesprit, prend pour dieu ranimai; agenouillée devant le serpent ou le lion, elle sort par là, en quelque mai^ière, de Tenceinte de la société civile. Les deux autres raoes la relèguent en Afrique.; comme la salamandre , elle va y chercher une terre de feu. Du milieu de l'Inde nue colonie sacerdotale apporte à cette race le principe de la vie sociale, migration qui arrive en Afrique par lechemhi de l'Ethiopie ; elle suit les flots du Nil ; de Méroé descendant à Thèbes, puis à Memphis, les peuples roulent comme Tonde ; ils se grossissent des affluents des tribus de l'Arabie et de la Nubie ; les croyances , les lois , les dieux de L'Egypte s'amassent ainsi et s*accumulent , dans le Delta, avec le limon de la vallée.
Ce sont là les trois acteurs qui ouvrent la scène ; Thisr toire primitive de la haute Asie n'est rien autre chose que la lutte de ces races. Semblables aux animaux sculp* tés sur les monuments dé Fersépolis et qui cherchent linutueliement à se dévorer^ les empires d'Assyrie , de Perse, d'Egypte , se poursuivant et s'acharnent l'un contre l'autre. Les peuples vainqueurs s'établissent, ou pour mieux dire se superposent sur.ies peuples vaincus. Nouvelle forme de l'humanité, la lutte des hommes de couleurs différentes se résout dans rétablissement des castes; et des dieux basajiés, noirs,. blancs, «divâtres, soumis les uns aux autres dans une hiérarchie céleste, consacrent la première origine de l'inégalité, des conditions civiles.
Cependant la seconde époque des migrations corn-
30 DE LA ïïà^ihATt09tvAn l'organb de la Nature.
mence. L'Asie regorge dépeuples, de traditions. Il faut qii'eHe déborde ; quinze cents ans avant le Christ , les peuples pasteurs, nomades, qui avaient partagé i'Égypte, sont expulsés; 4te vont fonder Tyr^ quittant le désert pour Ift mer. Une émigration plus solennelle les suit. Moïse entraîne le peuple hébreu ; il remonte le golfe de Suez , tourne le pays de Canaan , vient longer la mer Morte par l'est , et pénètre dans la Judée par le coté opposé à l'Egypte. Ce peuple , encore humide des eaux de la mer Rouge 9 entonne le oantîque : « Je célébrerai rÉtemel . n L'Ëtemèl est ma force. Il a précipité dans la mer le •• cheval et 4e cavalier. » C'est là son premier cri en venant au monde., car ce moment marque véritablement la naissance du peuple hébreu , jusque-là retenu dans la nuit de la servitude. Cet hymne de grâce donne leton à toute Ba poésie ; l'écho se retrouvera dans le chcmt de Déborah , dans les Psaumes , dans les prophètes, surtout dans Isaïe. Plus tard) il sera^ transformé dans l'Apocalypse; c'est le cri de l'humanité pour la première fois sortie de la maisoil de servitude , de la terre des castes , du temple du polyUiéisme et de la matière. Jeté de siècle en siècle , il retentit encore aujourd'hui dans toutes les églises de la chrétienté, où il rappelle, non pas seulement l'affranchissement d'un peuple; mai^ l'affiranchissement du monde , non plus la seule migration hors de l'Egypte , mais la migration de l'âme du miHeu des sens dans la terre promise de l'éternité. A Tégard des Hébreux , leur société entière est fondée sur le souvenir des migrations , puisque leur institution principale, la Pâque , n'en est que la représentation solennelle. Tout un peuple assistait , ce jour-là , debout , la ceinture aux reins ,
DtBS BUGAATIOMS D£8 BACB» HUMAINES. 31
avec le vêtement da vojrageur, au repas qni était la com« mémoration de son pèlerinage sur la terre. Ces voyagea forent » en effet , pour les.Hébreisix , Ja cause d'âne trans« formation qui ne fut nulle part aussi complète. Errants , ils deviennent séd^itaires ; pasteurs , ils se font agriculteors; ils quittent le désert .ils ôitrent dans des villes : Jérusalem s'élève comme la tente de tout un peuple ; Jéhovah n'est -plus le Dieu nomade du désert de Téga* rement ; son tabernacle errant se fixe; il est désormais le Diai , non seulmnent un , mais immuable , eelui dont les fondements. ne passeront pas , qui convertira le monrde à son unité comme a son immutabilité ; il possède un tem^ pie Y et l'époque de cette construction devient elle-même l'ère fondamentale de l'histoire des Hébreux.
Vers le temjps^ù Moïse conduisait les Hébreux en Ju*» dée, d'autres transplantations de peuples, sortis des même lieux « eurent des consé(pienees bien différoites» L'Orient , plein de pensées , visite pour la première fois rOcddent; l'Asie va porter la vie et l'intelligenee dans les vallées jusque-là muettes de la Grèce. Moment vérita^ blement religieux que celui où des peuples pleins d'un avenir indéfini attdgnent pour la première fois une con^ trée encore nouvelle comme eux, les Phéniciens l' Attiq^e, les Égyptiens l'Argolide. Les prêtres du Delta portent leurs mystères à Eleusis , et le sphinx de Memphis arrive par des routes inconnues au pied du Parnasse. Ces invasions furent, dans l'antiquité, ce qu'a été, dans les temps modernes , l'arrivée des Espagnols sur les rives du nouveau-monde, avec cette différence, que les étran« gers récemment débarqués en Grèce s'associèrent les ha** bitanis qu'ils y trouvèrent. C'étaient des peuples (Pela*
ges ) qui , ne sachant encore quel nom donner à leurs dieux, n'avaient eux-mêmes aucun nom dans Thistoire civile ; ils se cherchaient eux-mêmes au milieu de leurs (inormes murailles cyclopéennes , qui semblent marquer Tenceinle et le plan informe de la cité à venir. Lorsque ces émigrations par mer furent achevées , d'autres commencèrent; les vallées du Taurus ont été l'étroit passage oii n'opt cessé de s'entasser les races humaines, qui se pressaient sur le seuil de l'Europe. Il y avait là des hommes de race éthiopienne, des Sémitiques; des Mëdes, qui tous étaient en contact permanent les uns avec les autres. Le Caucase fut le nœud par lequel la civilisation persane et indieniie resta étroitement attachée à la grecque; et Prométhée, figure vivante de cette société, lié au double sommet de -ces rochers , tenait à la fois à l'O* rient et à l'Occident. De là, une partie des peuples helléniques arrivent aux bouches du Danube , puis en Thrace , en Thessalie : toujours entraînés vers la Grèce méridionale , ils atteignent enfin la plaine de l'Attique. Chaque vallée de la chaîne de l'Olympe enfante sa tribu avec son dieu particulier. La population qui pousse devant elle toutes les autres est celle des Doriens , la plus grave , la plus forte , la plus noble de toutes. « Que Dieu , disaient ""ils, nous donne le bien dans le beau. » C'é^ tait là leur devise! Ils débouchent entre l'Olympe et l'Œta , pénètrent en Étolie; dé là , par le détroit de Fatras , ils envahissent le Péloponèse , qui, de ce moment , prend leur caractère et ne cesse plus de leur appartenir. En pesant ainsi sur le midi de la Grèce , ils forcent une partie de ses peuples à chercher un refuge dans les îles où ils les suivent encore. En un moment , toute la popu*
PES MIGRATIONS DES RACES HVMAmBS. 33
lation rayonne du contiDenjt dans les îles de la Médi-' terranée. Les Doriens ferment la marche des envahis-» seurs, comme les Normands qui fermé celle des invasions au moyen âge.
Ainsi , deux grandes émigrations ont eu lieu presque en même temps : celles des Hébreux et des Hellènes^ (Jn peuple va s'enfermer dans une retraite sans issne^ On ne le conniutra que si on Ie> foule aux pieds. Un autre fait alliance avec tout ce qu'il rencontre ; personne n'ai^ mera le monde autant que lui ; toute la gloire de cette terre, il la possédera sâeUS partage. Pendant que la Grèce s'enivrera de joie dans les fêtes olympiques $ Israël sera traîné , les mains derrière le dos y sur tous les gnatàf chemins de l'Asie. Après cela , l'un mourra avec toua les dieux du passé ; l'autre mourra en ^fantant dans le Christ le Dieu de l'avenir : image des pensées du iaonde et de celles de la solitude.
Du reste , la trace de ces mouvements de peuples ne se retrouve pas seulement dans la filiation des langues et des traditions. Les vestiges les plus frappants sont ceux que l'on découvre dans la religion. Chaque société se personnifiant dans son dieti , lui attribue tons les faits de sa vie collective.; elle le revêt de son propre passé : sous Jéhovab est tout Israël , comme sous H^cule est toute la race des Doriens. Ceux-ci sont'-ils entrés dans le Péloponèse , c'est Hercule qui reprend son héritage. Le même peuple fait-il alliance avec l'Étolie , c'est Hercule qui épouse Déjanire. Ainsi s'écrivait le droit public. VouIait-oQ dire que les peuples ,de Thrace avaient envoyé une colonie civiliser Tîle de -Lesbost c'était la lyre d'Orphée qui avait été entraînée par les flots ju^quesur .c(»
84 DE LA HÉvéLATlON PAR L ORGANE DE LA NATURE.
rivages. Un état adorateur d* Apollon avait-il fondé une eolonie dans la Cyrénaïquet c'était Apollon qui avait enlevé une jeune fille , et qui , sur un char traîné par des cygnes , l'avait conduite en Libye. Plus le peuple gtandîasait, plus se multipliaient, s'accroissaient les aventures du dieu » et Thistàire sociale était - ainsi enveloppée , résumée dans V histoire religieuse.
D'ailleurs, Timpatience du genre humain pour prendre poBsesaion de la Grèce, cette terre promise du Paganisme, fut si grande, qu'il y arriva par tous les chemins, par le nord , te midi , par la terré et la mer; d'où résulte «ne double conséquence : premièrement , il ne faudra pas s'étonner si , plus tard , on retrouve F Asie dans le génie de la Grèce , et le dogme oriental sous les formes de l'Occident ; deuxièmement , cette diversité de races , de peupktdes , groupées , séparées ou mêlées dans ces petites vallées , marquent, par avance, quelle sera la prodigieuse variété des Croyances, des dialectes, des kaditionS) des coutumes et des iretigions grecques. Toutes les parties de l'humanité envoient un représentant dans eette civilisation. C'est la terre de la variété , de même que la Judée est celle de l'unité. Les religions orientales se eoncentrenteomme en un foyer dans la mythologie hellénique , le culte persan de la lumière dans le culte d'Apollon , le sombre génie de l'Egypte dans les mystères de Dionysus , le mysticisme matériel de la Phénieîe dans les rites d'Aphrodite.
De plus j les peuples , dans leurs migrations , consaerent à leur dieu national les lieu^ où ils s'arrêtent ; c'est leur manière de prendre possession des territoires , chacun voulant tenir son droit de l'auteur même des choses;
ce qui constitme, avec la propriété, la pceniièi^e féodalité^ hommage -lige du genre buixiain au pied du seigneur mm* verain , du maître céleste qui seul possède , d'une manière inaliénable , le grand domaine terres trcs^ Le chemin, des Doriens est marqué ainsi par les sanetuaires et les sta^ tions d'Apollon ; celui des Arcadifabs par k» vestiges d*Hennès ; celui des mobilesloniens par la traoe do loCh bile Neptune , etles Pélae^ges vagabotds , sans propriété^ sans territoire limité,. sans pi^trie disliiiele, IdsstiUderM rière eux au hasard leurs dieux informes , pierres brutes qu'ils sfement confusément à la' surface de. la terre, ima-* gea d'un peuple ébauché » qui ne s'est piis encore élevé jusqu'aux sentiments de la per^nni^té ei de Torgttisa^ tion sociale. Les tribus laisswl ainsi sur leur passage, une enceinte, un temple, unnuara,- une pierre s»erée« leur itinéraire est marqué par ritiaéraiird âesidiesn.
Cependf^it les migratiai^s ne s'arrêlent pas en Grèce. Devant les peuples qui desç^daienldu nord de la Xhraee,: avaient fui ces mêmes Pélasgea que nous venons dcren^ contrer. Ils a^^rivent en Toscane , où ils fondeni les.devM villes cyclopéennes. Ils y trouvent le peuple le plu» an-^ den d'Italie, les Ooibriens,. dérape cdtique, qui s'étaient insinués par les deux extrémités des Alpes. D'antre J^t;, les peuplades caucasiennes qui acrivaâent d'Orient ,- pé« nètrent par l'Ulyrie et la vallée de l'Èridan. Led Étrusque^ , précédés du pic- vert augurai , prentoent ee chemin. Encore à demi Asiatiques, puisque leur scienee n'a pas été acquise en ItaJie ^ et que plusieurs de leurs oiseaux sacrés n'ont jamais paru dans les climats d'Eu-» rope., ib transportent l'Orient tout armé au milieu de cette foule de petits peuples, Œnotriens. Sahins,
66 DE LA RÉvélJlTlON l^AR t'ôRGA^ tÉ LA NATURE .
Osques , qui tous avaient perdu depuis longtemps \eû traces de leur origine. Les Étrusques s'établissent entre r Arno , le9 Apennins et le Tibre. Que Ton se représente sur les débris des murailles pélasgiques, un palmier d'Asie égaré parmi la végétation du nord de l'Italie : o'est le sfuectaele du génie étrusque au milieu des peuplades étrangères qui Tentoureilt et tendent de plus en plus à l'étouffer. Les émigrations d'origine dorienne, ionienne, ne dépassent pas les rivages; et\ sorte que l'Italie ) qui fut grecque à la surface , ne le fut jamai? dans le coeiur« La guerre de l'Orient et de l'Occident, du génie étrusque et du génie latin ; voilà la question qui s'agite chez elle. Les populations de races diverses , au lieu de former des états distinots , comme en Grèce , s'entassent peu à peu dans la même cité. Oh trace, avec une charrue atielée d'un cheval et d'une vache, l'enceinte de la ville. On sème dans ce sillon des fruits et du blé. Vous savez quelle moisson en sortit. Rome fut le couronnement du monde antique , parce que les races , jusque-là séparée» et égarées » se retrouvèrent et contractèrent alliance entre elles , qi^e leur long divorce finit , que le mariage fut de nouveau institué entre elles , qUe si elles se firent une Ipngue guerre intestine , elles arrivèrent du moins au sentiai'ent de la fraternité devant la loi ; en même temps, tous les dieux auparavant ennemis de l'Orient , de l'Occident , du Nord , du Midi , comYnunièrent ensemble dans un Panthéon qui fut le sanctuaire d'une sorte de catholicisme païen. L'antiquité profane était close ; elle ne pouvait aller plus loin.
Tel est le second acte des migrations universelles , et comme la seconde journée du monde civil. Les états qiif
DES MIGRATIONS DË8 BACES mJMAtBfES. 87
naissent de ces migratioiis nouvelles sont Jérusalem / Sparte ^ Athènes , Rome. Bientôt ils parviendront à leur maturité ; et cette règle de Thistoire naturelle , qui veut que la durée de la vie se mesure parle temps de J'accroissèment, se retrouvera dans leur histoire: prompts à croître, prompts àrmourir , ces états, que Ton pourrait appeler de seconde formation, passeront plu» rapidement que ceux d'Assyrie, de Perse et d'Egypte. Us vivront plus vite , mais d*une plus noble vie. Après eux , que va-t-it arriver? Le monde civil va-t il périr? Au contraire, il va renaître.
Pendant toute la durée de la société* grecque et romaine , des populations celtiques s'étaient insinuées en silence dans l'Europe, au nord des Pyrénées et des Aipes . Là elles croissaient librement avec les herbes des forêts sacrées. Par intervalle, elles sortaient de ce silence; elles apparaissaient au milieu dé la pompe de lu civilisation païenne, comme la mitin my«téri6ase dansée banquet de^Balthaasar. Un jour, elles accoururent pour étouffer Rome dans son berceau. Qui n'eât> pensé que leur mission était de Revenir les bétitiers des Romains? Jeunes , nombreux , aventureux , que manquait-il-^pour cela aux Celtes? Et pourquoi , en effet , ne furent^ils pas chargés de renouveler le mt)nde api'ès la chute delà société romaine? Parce qu'ils . s'étaient heurtés trop tôt contre un état revêtu d'airain dès Sa TiaissaDce, qu'ils s'étaient usés dans la lutte contre une civilisation encore dans toute sa force , qu'ils avaient trop senti le joug^et l'épée de César, et servi trop de fois d'orneinerfts aux trioir>phateurs. Un de leurs ancêtres avait pu dire : Je ne crains qu'une chose, que 1rs cieux tombent sur
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ma tête, l^s cieux s'étaient en effet appesantis sur eux. Rome, par la main de Torquatus, aVait enlevé son ooUier à la race celtique. Elle ne sentait plus cette ivresse d'avenir oéoessaûre, non pas seulement à raccomplissement , mais à la conception des grands desseins ; de plus , le9 dieux celtes, en«e cojivertissant à la foi du Capitole, avaient, pour ainsi dire , dépouillé , au nom de leur race, l'originalité, l'indépendance, la souveraineté natives. Encbainéa dans le Panthéon latin , c'est par le lien religieux qu'ils retenaient leurs peuples dan^ la servitude de Rome. Enfin , il est des peuples qui servent de précurseurs aux. autres ; ils sèment et ils ne moissonnent pas. Us 4>attflsent des villes ; ils ne les habitent pas. Ils ont riastinct de» grandes entreprises ; ils ne les exécutent p$4- La Providence les rejette comme de magnifiques ébauches. Les Pélasjges sont les précurseurs des Grecs , les Étrusqued^ des Romains , les Oeltes des Germains et des^ Fciinks. L«s Pélasges oonstruisent des cités pour L'éternité ; ce sont d'autres peuples qui viennent les habi^ ter. A l'égard des Celles, qu'ont*ils laissé t Quelle parole écrite t quels monuments 1 quels artst Des débris de langues, de peuples, de traditions; le fantôme du roi Arthtts dan^ son cK&teau abandonné, le vague écho d'Ossian , ce. Jénémie celte , assis sur les /ruines de toute une race d'hommes.; des dieux incertains, captifs, dont aqonn ne pouvait découronner le Jupiter grec et romain. Nul ne fëgne qu'à la condition de faire tôt ou tard régner son dieu; cette famille de peuples n'était plus un instrument assez neuf pour achever de briser le moule de la religion antique. Il fallait pour cela le marteau d'Attila. Pi)9 le temps des guerres contre Mithridate , de nou>-
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velles migrations parties de l'Orient,* et presque des mêmes lieux d*où étaient sortis les Hellènes , c est^à-dtre des frontières de la Médie , suivent les pentes du Taurus*, approchent de la Colchide y puis , brisant les chaînes àe fer qui fermaient le^portais du Caucase, viennent se ras^ sembler sur les bords de la mer Noire. Ce sont celles qui, aux quatrième et cinquième siècles , ont renouvelé U mcmde. Sans doute , elles auraient smvi ^e même chemin que les précédentes , et elles auraii^nt reproduit les. mêmes scènes, si elles eussent.obéi à la seule pente de la. naturel Mais la puissance romaine était encore debeut; aussi se détournent-elles longtemps ^u. centre de, la civilisatieki antique. Après avoir quitté le Don , elles rentrent <ktns la vallée du Wolga; loin de Vautre. de la louve deB-ome, elles vont se réfugier dans les îles de la Scandinavie ^ épier derrière les glaces le moment d'agonie de lacivili'» sation antique. C'est là que leur génie ori^ilal cMmi^ice à se transformer. Véritable épée de Damoclès suspendue sur le front de la société païenne , tout annonce une race d'hommes qui , n'ayant point encore mesuré leurs forcm^ n'en connaissent pas les Umites ( terribles réfomateurè qui , pour changer le monde civil ^ commencent par le détruire. Leur premier chant n'est pas , comme celui.des enfants de Moïse » un chant de promesses , mais un eri de menace. «« C'est un bon signe pour l'homme de guerre^ » si le cliquetis du gl^aive est mêlé au cri du noir ôbrbeaus n et s'il entend la louve hurler sous le frêne sae'ré. >* ]L.eurs dieux s'appellent en traversant la terre sur des chars traînés par des loups attelés do vipères. Ils atten^ dent . aux embouchures des "fleuves ; que les cadavres s'y entassent. Leur seraient est par la proue du vaisseau ,
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par le bord du bëuclier, par la corne du cheval , par la pointe de l'épée. Xeur déluge est une nier de sang. On voit' d'abord que de telles croyances encore vives ne sont pas faites pour se confondre avec les croyances amollies de rOlympe. La tradition est rompue. La société va changer de dogme. Odin ne -peut devenir l'esclave résigné de Jupiter ; il ne peut pas davantage s'asseoir tranquillement au sein de la tolérance dans le Panthéon romain. S'il se soumet, ce sera devatitun dieu non seulement supérieur à tous les autres , mais plus jaloux et plus nouveau que tous les autres. En effet, les peuples germaniques regartient derrière eux ; ils voient le Dieu inconnu qui les ^usse.
Tant que la puissance romaine ne cède sur aucun point, les migrations continuent de prendre le chemin du ncird ; mais le jour où oette barrière faiblit, elles changent de route, et commencent à se répandre dans la vallée du Danube. Longtempis, la vieille société reste convaincue que tout le danger pour elle est dans le Nord. Pendant qu'on cherche les barbares dans la Scandinavie, ils dé* bouchent entre la mer Caspienne et le Pont-Euxin. Lorsque Rome s'aperçut de son erreur, elle se porta en avant, et fonda l'empire d'Orient, Byzance fut une tête de pont jetée en avant de la civilisation antique, Mais la communication des barbares ne fut point rompue; alors tout fut dit. Que servaient les victoires de Gretmanicus en Germanie , d' Agricola en Bretagne ? La race gernmnique, pareille à Antée, retrouvait toute sa force en touchant le sol d'Orient. Pour régner sur la société païenne, c'était peu de l'abattre, il fallait encore donner l'empire à un dogme nouveau. Alaric, Attila, Genseric, ces terribles