DR LA FILIATION £>V 6£NJUS HUMAIN
son génie naUf doit ptendre racine ; ce qui explique pourquoi le genre humain semble égaré dès le x^oromen-> cernent. Comme il ne sait d'où il vient, il sait encore moins où il va. Chaque peuple croit être le père et le conducteur de tous les autres; d^s le vrai, chacun prend conseil, non de lui-pnême, mais de la nature seule, à travers les routes qu'aucun pas.n'.a encore frayées. Les vallées inviplées , les fleuves , le vent qui emporte les feuilles , voilà les premiers conducteurs du genre humain ; où les fleuves manquent , on se confie à l'instinct des bêtes fauves. Les louves allaitent alors les fonda-r teurs d*Etats ; tel antre de lion est lu berceau d'un empire. La tortue sacrée, immobile au bord du fleuve Jaune, retient là , par son oracle , l'empire immobile des Chinois. Le cheval de Juda, errant dans le désert , hennit à Tap* proche du pays de Canaan. Des ar^spices interrogent le vol des oiseaux. Que de villes- bâties sur ^e conseil d'un oiseau prophétique ! Le cri du pic-vert augurai rassemble les peuples latins comme une couvée. .Les Cbaleidiens suivent des tourterelles , les Mégaréens une bande de grues. Un essaim d'abeilles marque la place de la tribu bourdonnante des Athéniens. Dauze vautoiur^ appellent au bord du Tibre le peuple vautour. Un cerf, poursuivi à travers le Palus^Méotide , marque le chemin de l'Europe à la meute des tribus germaniques. Dans leNord, le corbeau sacré , sur le frêne saoré , montre aux peuples d'Odin leurs routes sur le Wolga , et des éperviers gla« pissent au-de vcmt des Slaves . Partout les peuples nouveau* nés écoutent les bruits de la nature organisée , et croient entendre la voix de celui qui vient de les jeter dans This'toire. L'homme se fie d'abord à la sagesse du serpent ,
18 DE LA KÉviLATiON PAR l'oRGANE DB LA NATURE.
à la prudence dtt hibou .. Ils ont paru avant lui dans le monde ; ils sont ses aînés dans la création ; comment ne seraient-ils pas les interprètes et les confidents de l'a Divinité î
Ainsi conduits par des guides différents , les peuples arrivaient- à la place que la Providence leur avait àssî* gnée à Ninive, Thèbes, Jérusalem, Athènes, Rome. Au mîlieu de tant d'empires dont les traces rapides s'effacent les unes par les autres , qui ne croirait que ces migrations sur la rosée du monde naissant n'ont point laissé de ves^ tiges , ou qu'au moins la généalogie des racés humaines est pour jamais perduel Loin de là , cette généalogie dn genre humain à été retrouvée hier par une découverte qui ne permet point de doute. Des monuments plus sûrs que des colonnes milliairëâ marquent à*&ge en âge , non seulement ]a^ filiation , la descendance , le degré de parenté des peuples , mais aussi leur itinéraire dans un temps où ils croyaient ne point lasser de témoins derrière eux. Ces monuments sont les langues humaines ; cette décou* verte est celle de l'affiliation des idiomes de l'Orient avec ceux de l'Occident.
Si , en effet , les langues de notre Europe ont , comme il est impossible d'en douter, jeura racines dans celles qui ont été originairement parlées dans le bassin du Gange et du golfe Peraique ; si celles d'Homère, de Cam* byse , de David ,- de Yalmiki , sont alliées l'une à l'autre ; si a l'extrémité même du Nord, vous retrouvez sous les neiges de l'Islande , la fleur glacée de la parole asiatique, de même que les géologues ont retrouvé l'ivoire de l'éléphant dans les glaces de la Scandinavie et l'empreinte de la végétation de la zone torride tout près du pôle, il
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résulte éviâeiBinent de là que les peuples aujourd'hui les plus étriuigers les uns aux âutreâ ont véôu à Torigine dans une relation intime; qu'ils ont composé d'abord une grande famille , laquelle puisait la vie' soeîale à la tnémd source ; que leur chemin ^t indiqué par leë vestiges et les échos, de la parole qui relie tons tes hommes , depuis^ le premier jusqu'au dernier, dans une même chaîne, tout ensemble physique et spirittieile. Interprétez comme vous le voudrez cette parenté dans les idiomes , toujours vous" serez. ramené à là nécessité d'uiie souche centrale de laquelle sont sortis les râmeauk de cet arbre de vie que I*on' appelle l'histoire. Et cette conclusion tirée de ce qu'il y a^ de plus intime dans le génie de l'homme , s'accorde pleinement avec les traditions primitives, qui toutes placent à l'origine de chaque race une même société, une mêmé^ humanité ; en sorte que des peuples qui, depuis, avaieiit^ cru être séparés par toutes les circonstances de Korganisation sociale , subitement rapprochés, ne forment plus /* aux yeux de la science et de la religion , qu'une même famille ; leur parenté se découvre , comme dans Œdipe ,' à la fin de la tragédie.