‹ Le génie des religionsChapitre 13 sur 75 · RETROUVÉE · texte numérisé non relu

RETROUVÉE

Toute révélation vient d'Orient, et, transmise à TOccident, s'appelle tradition. L'Asie a les prophètes ; l'Europe a les docteurs ; tantôt ces deux niondes, écbos de la même parole, ont entre eux un même esprit ; ils s'atti* rent, ils se confirment l'un l'autre, et gardent le souvenir de la filiation commune ; tantôt leurs génies se repoussent comme deux sectes ; leurs rivages semblent se fuir, du moins ils s'oublient, pour se retrouver et se confondre plus tard ; et jamais l'accord ne se rétablit entre l'un et l'autre, que de cette harmonie ne naisse avec un dogme nouveau, pour ainsi dire, un dieu nouveau; en sorte que le tableau de ces alternatives d'alliance et de séparation, d'unité et de schisme, est aussi celui des époques principales de la vie religieuse et de la tradition universelle.

Le livre le plus occidental de l'Orient, la Bible fait à peine mention de la haute Asie. L'horizon du peuple hébreu ne s'étend pas au delà de la Mésopotamie ; tout au plus, Biar intervalles, touche-t-il à la Bactriane; les Indiens et les Hébreqx ont vécu cachés, les uns aux autres, dans une solitude claustrale. Ils ne se connaissent

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pas. Ils appartiennent à une lignée différente. D^ailWttrs^ le peuple de Moïse a bientôt retrouvé ses titres av^csa généalogie. Il e&t le fils de Jébovah, le premier né du Très Haut. Il vit dans- la demeure deVEtemel. Qu'a«t*il besoin de s^inquiéter davantage de son passé et de cher* cher plus loin ses origines?

Au contraire, les dieux hellénique^ étant nés de ia première union de l'Occident et du haut Orient, il seinUe que la Grèce aurait du, mieux quune autre» entretenir le souvenir de sa filiation. Pourtant, il n'en fut rien. Là Grèce conserva, sans savoir d'où ils venaient, le fond des dermes asiatiques. De là tout le caractère de eett« société. En naissant, la mémoire déjà obsédée de tradi^ tiens qui lui ont été tninsmises à son insu, lelle s'étônoe d'eHe-même ; elle cherche d'où viennent, àvee sa parole déjà adtevée, ses dieux toui-puisaants dès le berceau» Bientôt, elle se persuade qu'elle seule dans le monde a tout inventé, imaginé, créé ; eomme elle remarque sur-^ toQi d'étonnanteis ressemblances entre ses dogmes et ceux du Nil ou de TEuphrate, elle croit sincèrement que l' Asid lui a pris ses idoles, que la terrer ei.tière ne pense, ne vit, ne respife que par cette âme légère qud^le s imagine dispenser à toutes choses. Dans la ^uite de son histoire, elle ressemble à la statue de Pygmalion, qui s'anidne dé la vie du sculpteur lui-même. La Grèce, comme Galatée, est deftcetHlue de son piédestal de marbre, pour s'appro-» cher des objets qui l'entourent. D'abord, elle rencontré l'Egypte et ses religions, puis, sans s^tonner, elle dit en souriant : C'est moi. f\uA tard elle touche la Perse ; elle voit de près le grand culte du soleil , a^ trmps de Xénophon ; elle dit: C'est encore moi! Elle

continue ainsi d'étendre son existence à tout ce qui Tenvironne, jusqu'au jour où elle vient à rencontrer le Christianisme, c'est-à-dire, une doctrine si étrangère au monde, si sévère, si austère, si ennemie des fêtes olympiennesf, si différente de tout ce qu'elle avait aimé, chanté, adoré, que saisie, pour la première fois, d'une stupeur religieuse, elle s'écrie par la voix de tout un peuple, en présence de saint Paul : Ce n'est plus moi !

Dans son voyage en Egypte, en Phénicie, Hérodote fut un des premiers qui remarqua Tinfatuation ingénue de ses compatriotes. Il ne put la corriger. La Grèce continua de voir tout TOrient avec les yeux de l'Ionie, et de cette ignorance même naquit son originalité au sein de l'imitation. Alexandre seul ébranla cette illusion. Poussé par l'amour de l'inconnu, il arriva bux bords de l'Indus. Un instinct divin le ramenait au berceau de la race dont il était le premier représentant. Il touchait le mystère des origines de la civilisation grecque. Il put montrer aux Hellènes dans les monts sacrés de l'Inde, la mine d'où étaient sortis leurs dieux. Ce fut la fin de l'esprit grec, qui s^évanouit en même^jtemps qu'il perdit son erreur. En brisant ses limites, il cessa d'être. Cependant, la pensée de la haute Asie s'insinua dans les écoles d'Europe. L'iAde fut rapprochée d'Alexandrie. La tradition universelle se retrouva pour un moment, et le Christianisme scella, en naissant, la seconde alliance de l'Orient et de l'Occident.

Pendant toute la durée du moyen âge » ce lien est de nouveau rompu, comme s'il n*avait jamais existé. Loin de se rechercher, de s'attirer Tun l'autre, le génie de l'Europe au moyens âge et celui de la haute Asie se re-

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poussaient mutnelleroent. Qu'avaient de coiûfhun Tascétisme du premier avec les splendeurs de la nature équinoxiale! Le culte de la passion, enseveli parmi les bruDoes du .Nord, dans le linceul des- cathédrales, appelait-il le soleil du golfe de Bengale? Et qu'avait besoin du trésor des Indes le Christ gémissant, flagellé, crucifié, du douzième siècle ? Aussi les croisades, dans leur esprit de conquêtes , ne prétendaient qu*au Golgotha. TJn tombeau près du désert de Syrie, le triste jardin des Oliviers, encore trempé de la sueur de la passion, Tabsinthe desséchée du Calvaire, une terre nue pour un Dieu nu, voilà ce que TEhirope convoitait de T Asie ; tandis que le haut Orient, avec sa nature prodigue dans tous les règliés, devait reste)r fermé a l'esprit mystique de ces générations, comme la terre des enchantements condamnés et du démon des voluptés.

Il est certain, en effet, qu'aussi longtemps que le dogme de la spiritualité a régné sans partage , la communication avec la haute Asie est restée interrompue. Inutilement , le Vénitien Marc-Pol retrouve le continent perdu des Indes , deux siècles avant que lé Génois découvre l'Amérique. Ce chemin rouvert est bientôt oublié. Les rivages de l'Orient et de l'Occident se repoussent en* core. Les relations entre eux ne se rétablissent véritablement que lorsque l'industrie , au xv* siècle, relève les sens -et la nature de la condamnation portée contre eux par les temps précédents ; et le moyen âge finit le jotfr où l'Orient , avec toutes les pompes de la vie extérieure, est rendu à l'Occident par la découverte du cap de Bonne- Espérance. En-ce moment l'ascétisme achève de disparaître. La matière longtemps immolée par les macérations

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reparaît triomphante tous led traHs de l'Asie. Au cultt de la dûulear succède l'esprit de l'industrie. L'Occident adhère encore une fois a l'Orient ; une ère nouvelle ccfm^ ipençe. La race européenne a rejmnt son berceau ; l'hun)anité se replie un moment dur eUe-mêtne , comme le serpent des symboies qui noue son anneau autour du

globe.

Il faut rendre cette justice au xvitp siëele, que sous la railleqe il cacha une sorte de pressentiment d'une reilaissance orientale. Ce pressentiment, il est vrai^ allié au scepticisme , naissait surtout du désir de trouver dans l'ancien Orient une société rivale de la société hébraïque; il faut ajouter que les encyclopédistes ne connurent de la Perse et de l'Inde que ce qu*en avait dit Hérodote. YoU taire) surtout , allait le premier au-devant de cette société perdue. Une foule de fragments attestent, vers la fin de sa vie, son impatience touJROurs croissante : dans son empressement à, saisir tout ce qui pouvait' disputer au génie hébraïque la couronne de l'Orient y il fut souvent trompé par des ouvrages supposés. Il fonda en partie sa religion complaisante pour le haut Orient , sur un prétendu manuscrit asiatique , rÊzour-Yedam » qu'il fit solennellement déposer à la bibliothèque royale. On a reconnu que l'auteur , qui devait être antérieur de |)lufsieurs siècles à Moïse» était -en effet un jésuite, missionnaire du xvii* siècle. Voltaire trop confiant . trop crédule! le roi du sceptidsme pris à la fin dans ses propres embèchei ! qui s'y serait attendu?

C'est qu'il était facile alors de s abîmer sur l'Inde et sur la Perse. Les bibliothèques d'Angleterre possédaient, il est vrai , quelques lambeauiL des anciennes langues de

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eea peuples , martes dès le lemps de Cyrus ; mais personne en EaK)pe n'es éoR&aissait même } alphabet. Pendant des milUevs d'amées le trésor des souvenirs de cette dottUe oivilisatien a?ail été gardé par le génie de la solitude. QoBiment ce mystëve va-t-il être soolévél Comment le 8ce9U qui a élé apposé sur les lèvres muettes dé rOrient sera- t«-iï brisé! Gomment les paroles ensevelies vont- elles se ranimer et révéler la pensée, tes croyances, les di^ix perdus de l'extrême Orient! Quel est celui qui laisser^ le premier son nom à cette découverte 1 C'est Anq^elil Duperroft. Il fut le M&rc-Pol du xviu^^siède.

Une. feoille «deipée à l'un des livres sacrés do lat Perse tombe par hasard sous ses yeux. A la vue de 668 earactèves dent la clef étftit perdue , ce jeune homme ( il nVtvait pas vingt-trois ans) ^ sent consumé d'une euriesilé infiim) il se représente toute la sagesse du monde antique oaohée sous cette lettre enchantée ^ il fait serment d'apprendre cette langue que personne n'entend plue en Europe. II ira Tépeier au bord du G^ge. Dahs cette idée , il prend un engagement de volontaire dans un détachement de la compagnie des Indes. Il part; lui-même raconte comment il sortit de Tespla-nade des Invalides , à pied , tambour en tête. Ce jeune soldat , qui emportait dans son sac une Kble, les Essais de Montaigne, la Sagesse de Charron, arrive dans les Grandes- Indes ;^Hé de^on engagement , il entreprend seul, sans ressources, d'immenses voyages parterre, afin de mieux fouiller les souvenirs de la contrée. C'est ainsi qu'il parcourt , un pistolet à sa ceinture , sa Bible à son arçon , la distance comprise, entre Bénarès et les

côtes de Coromandel. C'était le temps de la guerre des Anglais et des Français. Maltraité parles uns et par les aut;rea, il remonte à Surate. Là , enfin , il rencontre des prêtres persans , qui avaient conservé dans l'exil les anciens monuments de, la liturgie des mages , à peu près comme les Hébreux traînés en captivité ont partout conservé les livres de Moïse. Il retrouve cet ancien culte du feu , ce reste de flammes qu'Alexandre ,n' avait pu éteindre et qu'une population sans patrie ranime aujourd'hui de son souffle. Sa curiosité commence par exciter la dé<fifince des prêtres ; mais un séjour de près de dix ans lui sert à gagner l'amitié du plus savant d'entre eux. Le Parsis lui enseigne en secret la langue sacrée des Perses, le zend , qui avec le sanscrit est pour la. haute Asie ce que sont pour notre Occident le grec et le latin , c'est-àdire une langue qu,i n'appartient plus qu'.au culte. Anque* til tient dans ses mains les livries sacrés que n Avait encore vus aucun Européen. Car le regard seul les souille, disent lesMobeds. lien a recueilli plusieurs copies ; il les lit , il les traduit. L'espérance de toute sa vie est remplie. Chose qui semble incroyable , il possède dans la langue morte les.livres des Mages^compagnons de Darius, de Xer* ces , de Cyrus , de Cambyse ; de ses voyages il rapporte toute une bibliothèque composée de manuscrits^et comme Camoens, avec son poëme échappé du naufrage (car on peut bien comparer le héros au poëte) , il revient en Europe. Il publie les monuments de la religion persane , un peu avant qu'éclate la révolution française. De pe moment, la science de la tradition orientale est fondée. La révolution est consommée dans les lettres comme dans la politique.

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D'autre part, l'Angleterre, restée maîtresse des Indes, achevait d*en prendre possession par la science. Un Français a retrouvé la langue et la. religion des peujples persans ou zends. Un Anglais , WiHiam Jones , a retrouvé la langue des ancien^ peuples hindous. Depuis que cette double civilisation est rentrée dans la tradition vivante , chaque société a été , en quelque sorte , rejetée sur un autre plan. Par-delà les dieux de Tlonie , on aperçoit dans les montagnes de l'Asie les dieux Indiens. L'Olympe recule jusqu'à l'Himalaya. Peu à peu l'Occident recueille les dépouilles et la sagesse de ce vieux monde, manuscrits apportés par les missionnaires et les voyageurs , hymnes , genèses , liturgies , rituels, épopées , codes de lois écrits en vers , drames , philosophie , théologie, scolastique. Une partie.de ces manuscrits, encore inédits, sont de notre temps ce qu'était L'Iliade et l'Odyssée pour Pétrarque, qui dévorait inutilement des yeux le premier exemplaire d'Homère transporté de Constantinople à Venise. Ce que Lascaris et les réfugiés de Byzance firent pour la renaissaiiice dos lettres grecque» , William Jones, Anquetil Duperron l'ont fait de nos jours pour la renaissance orientale. Dans la première ardeur des découvertes , les orientalistes publièrent qu'une antiquité plus profonde , plus philosophique , plus poétique tout ensemble que celle de la Grèce et de Rome, surgissait du fond de l'Asie. Orphée cédera-t-il à Vyasa , Sophocle àCalidasa, Platon à Sancara? Les dieux de l'Olympe recommenceront-ils leurs luttes contre les anciens dieux orientaux , ou , les uns et les autres cessant de se disputer des cieux trop étroits , ne se reconoilieront-ils pas au sein de la tradition universelle? Tout ce que le passé

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renferme d^ rdigioQ , tous les éléiDents saerép de la tradition 96 rapprochent subitement daps un chaos divin , ppur enfanter, il semble , une forme nouvelle de l'huma • nité. Car ce qui se passe dans la science éclate avec plus d'évidence encore dans la vie civile et politique. L'Occident s'informe de l'Orient, non seulement dans le passé, mais dans ie présent. L'Europe adhère désormais à l'Asie par les faits comme par les idées , par les intérêts comme p^r la tradition: Chaque peuple veut mettre le pied sur cette terre où le Sphinx jette de nouveau son énigme; et ce n*est pas seulement l'Europe qui se rapproche de l'Orient : celui-ci sort de son immutabilité , il apprend les disciplines modernes. UEurope , pour gouverner l'Asie , n'a plus besoin, comme Alexandre, de revêtir la robe asiatique. Constantinople a quitté le turban. Quel ordre nouveau sortira de la fusion , des épousailles de ces deux mondes , de ces traditions qui se ravivent , de ces langues mortes qui se délient dans leur sépulcre embaumé! En même temps que l'Ancien-Testament du genre humain s'augmente des pages retrouvées dans les Bibles de l'Inde et de la Perse, ne faut-il pas que le Nouveau se développe, qu'il dévoile, qu'il étale de plus en plus l'esprit enseveli dans la lettre? et si, au xvi« siècle, la renaissance grecque et romaine, achevant de clore .le moyen âge, JBL donné au monde une forme, une parole nouvelle, si elle a éclaté en même temps que la réformation religieuse , neAToyons-nous pas de nos jours la renaissance orientale correspondre déjà à une réformation nouvelle du monde religieux elciviH Tant ilest vrai que le passé en se creusant a toujours fertilisé l'avenir, et que le premier n a cessé d'être la prophétie que le second vient consommer.

DE LA RENAISSAKCE ORIENTALE. Si

DE LA RENAISSANCE ORffiNTAW;.

Le génie de rindustrie , jes découvertes, les voyages, n'ont pas seuls préparé le rétablissement de la tradition de la haute Asie. Kimagination ^ en tnêtne temps que la science, se tournait peu à peu de ce coté. Elle visitait, sur les vaisseaux marchands ^ les rivages nouvellement retrouvés ; elle les rattachait à ceux de l'Occident par d'impalpables anneaux. Les brises de l'Europe, celles de l'Asie unissaient leurs parfums dans de rapides hymenées. De ces épousailles des vents allaient naître, sur là surface d'un océan inviolé , des formes , dès images, des fantômes nouveaux qui devaient flotter bientôt dans le ciel agrandi des poëtes. Même sous une apparence sceptique , la poésie des modernes redevenait religieuse y en consacrant le lien de deux mondes rendus l'un à l'autre ; et les marques d'uhe renaissance orientale éclataient à l'origine' même de la renaissance grecque et romaine.

En effet, les Portugais , qui, par la découverte du càp de Bonne-Espérance, ont rendu l'Asie à l'Europe , sont aussi les première qui aient couronné par l'imagination l*alliance que l'industrie venait de renouveler. Ce peuple ne paraît qu'un moment dans l'histoire , et c'est pour accomplir ce miracle. L'œuvre achevée , il rçlômbè dans lé silence. Comme il n'a eu qu'un moment de splendeur , il n'a aussi qu'un poète . un livre. Mais ce pbëte est Càmoens qui rouvre à l'imagination les portes de l'Orient;

ce livre est celui des Lusiades , qui rassemble , avec tous les. parfums du Portugal, l'or, la myrrhe , Tencens du Levant , trempés souvent des larmes de l'Occident. Pour la première fois , le génie poétique de l'Europe quitte le bassin de la Méditerranée ; il rentre dans les océans de l'ancienne Asie. Sans-doute , les souvenirs de la Grèce et du monde chrétien accompagnent le poëte aventureux au milieu des, flots qu'aucune rame n*avaît encore effleurés. On peut même dire que / sous ces cieux brûlants , on retrouve dans ses stances brûlantes une angoisse qui ressemble au mal du pays. Les images, les regrets, les espérances , les fantômes divinisés , les sirènes de l'Occident surgissent du fond des eaux. Ils se balancent autour du navire, et c'est pourquoi le poëme de Camoens est véritablement le poëme de l'alliance de l'Occident et de l'Orient. Vous retrouvez tout ensemble les souvenirs de l'Europe et les tièdes senteurs de l'Asie, dans ce génie qui est Taccord de la renaissance grecque et de la renaissance orientale. En même temps que vous entendez encore, le murmure des rivages européens , l'écho du monde grec , romain , chrétien ^ vous entendez aussi retentir à l'extrémité opposée ce grand cri de Terre ! qui fit tressaillir le quinzième siècle au moment des découvertes des Indes et des Amériques ; vous sentez à chaque vers que le vaisseau de l'humanité aborde des rivages depuis longtemps attendus ; vous respirez des brises nouvelles qui enflent la voile de la pensée humaine ; et les cieux des tropiques se mirent dans le flot le plus pur du Tage. Si les dieux de l'ancienne civilisation , transportés sous un autre ciel , semblent s'y réparer, s'y rajeunir, d'autre part, que de formes , que de créations inspirées immédiatement par

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